‹ Histoire de le̓́glise de Corée précédée du̓ne introduction sur lh̓istoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 13 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite de la persécution. — Prodamaiion royale. — Les marlyrs de la

province de Tsieo-la.

Dans la province de Tsien-la, la perséciilion avait été inaugurée, comme nous l'avons vu, dès la (juatrièmc lune, par le inarlyre des cinq confesseurs, (|ui avaient aKendii près de treize ans lexécution de leur sentence. Pendant les inois suivants, les irrestations se multiplièrent, surtout dans les districts de Ko- San, Keum-san, long-tam et Koang-tsiou. Une multitude de chrétiens furent entassés dans les prisons de T'sien-tsiou, capitale de la province, el quoiqu*un grand nombre d*entre eux aient en la faiblesse de racheter leur vie par Tapostasie, \h encore nous avons la consolation de compter plusieurs martyrs.

Les premières victimes immolées cet automne furent cinq chr»''lions d'abord apostats, mais qui, bientôt, se repoiilirent de leiii' raiblt'ssi! el sij^nèrent leur ivlractalion de leur sang. Voici en quelques mois Thisloire de cliacuii d'eux. Les deux frères Jean et Ignace Sin descendaient d'une famille noble d'An-toni^, qui était venue s établir au district de Ko-san. Ai rélé une première fois, lors de la pei'sécution de {H^il, Jean avait subi cinq ans d'exil. 11 fut repris à la cinquième lune de 183i^, et son frère Ignace deux mois après. Pierre Nim, originaire de Nampo, converti par des chrétiens chez lesquels il était venu demeurer, s'était marié à line femme chrétienne, et avait toujours été Irès-exact dans Taceomplissement de ses devoirs. 11 vivait au district de Tsinsan quand éclata la persécution, et fut pris le 6 de la septième lune. Paul Pak Tsioun-hoa, d*une famille du peuple au district de Tek-san, était Ta! né de neuf frères qui tous prati(|uaient la religion avec beaucoup de ferveur. Trouvant (jue, dans leur pavs, il leur était très-diflicile d'éviter toute jiarlicipation au\ cérémonies superstitieuses des païens, ils émigrèrent enscnilde au district de Siou-l sien, chez un chrétien qui tenait inie fabriijue de poleries. Paul s'y lit remarquer par sa charité envers les nécessiteux, son dévouement envers ses parents, el son assiduité à instruire ses frères et les autres personnes de sa famille. Chassé de là par la persécution de 1839, il se réfugia dans une autre poterie au district de Ko-san, où bientdt, à la huitième lune, il fut

pris avec soo père et ao de ses frères. En se rendant à Tsientsiou, il fit remarquer aux satellites que lui et son frère étant arrêtés, on pouvait bien relâcher leur père. 11 fit tant dinstances que les satellites, toucliés de sa piété filiale, mirent son père en liberté. Bientôt après une occasion favorable se présentant, son frère cadet rengagea à prendre la fuite; mais il refusa, disant qu'il fallait obéir è Tordre de la Providence. Augustin Ni Taksim-i, du dislricl de llong-lsiou, avait, lui aussi, pour mieux observer sa religion, émigré au district de Hong-lam, où il fut hieFitôl dénoncé el pris.

Ces cinq chrétiens, après avoir montré beaucoup de courai,^e dans les premiers interrogatoires, et avoir subi plusieurs fois la question devant les mandarins de leurs d ist t icts respectifs, s'étaient trouvés réunis à Tsîen-tsiou. Au tribunal du gouverneur de la province, ils eurent à supporter des tortures bien plus terribles, et tous aposlasièrent, les uns dès la première séance, les autres à la seconde ou à la troisième. On les remit provisoirement en prison. G*est là que la grâce de Dieu les attendait. Honteux de leur faiblesse, torturés par des remords de plus en plus vifs, ils s'encouragèrent mutuellement à réparer leur faute. Ils prièrent Dieu, ]ongt('n)i>s el avec laiiiies, de leur pardoiifjer, el prirent la résolution de profiler de la première occasion pour rétracter j)ubli(piement leui- ap«»stasie. I ri mandarin spécial, envoyé pour terminer les allaires des cliretieiis, les lit appeler, ciovant qu'il ne s'agirait que d'une simple lormalité pour les renvoyer libres. Quel ne fui pas son élonnement quand il les enlendil se rétracter avec énergie, et manifester liantemenl leur regret d'avoir, par crainte des supplices, renié leur Dieu et Sauveur ! Furieux de les voir ainsi revenir sur leurs pas, il commanda de les frapper de soixante coups de la planche à voleurs. 11 n'en fallait pas tant pour les faire mourir. Quatre d'entre eux restèrent sur la place; et Pierre Nim, que Ton rapporta à la prison, expira quelques heures après. Il avait seulement vingt-sept ans. Paul Pak était âgé de quarante-trois ans, Augustin Nim de quarante-six, Jean Sin de einquanle-sept et son frère Ignace de quarante et un ans. Celai i U 1:2 de la dixième lune.

Une ou deux semaines jdiis lard, dans cette même ville de Tsien-lsiou, Jac(|ues Song In-ouen-i, qui a\ail toujours édilié les néoj)liytes par sa vie exemplaire, les éditia plus encore par sa mort glorieuse. Jacques vivait au dislricl de Mok-t'sien. Dès l'enfance, docile aux instructions de ses parents, il se donna tout entier aux exercices de piété, selon les forces de son âge. Plus tard ii devint le modèle des chrétiens par son application à la

prière, et leur soulien par son assiduité à instruire les ignoraots et à réchauffer le zèle des tièdes. Jamais il ne fit rien qui pût déplaire à ses parents, jamais il ne voulut être à chart^e à qui que ce fût. Il avait dans le cœur un vif di's'w du martyre, et répétait souvent que, par toute autre voie, il lui serait dilticilede bien répondre aux hii-ntaiis de Dieu et d'assui'er son salut. Kn I83Î), au fort de la persécution, son frère ainé Philippe l'eui^ageail à fuir ; il répondit : a Nos pasteurs et tous les chrétiens un peu intluenls sont tombés entre les mains des persécuteurs; k quoi boa maioleDaet rester eu ce monde? mieux vaut être, nous aussi, martyrs pour Dieu. » Sur ces entrefaites, il fut dénoncé par quelques chrétiens que Ton torturait au tribunal de Tsientsiou, et on envoya à sa recherche des satellites qui le rencontrèrent en chemin et le saisirent immédiatement. Les païens de son village qui lui étaient fort attachés, le plaignaient et se chargeaient de le faire relâcher, pourvu qu'il voulût prononcer un seul mot d'apostasie. Jacques répondit : « L'amitié qui vous fait parler ainsi m'est bien sensible; mais je sers le L;rand Dieu du ciel, et mourir pour lui a été le désir de toute ma vie; comment pourrais-jc le renier maintenant ? » A Tsien-lsiou, il défendit élo(piemmenl la relii,Mon devant le jn^^e crimini-l, et eulbeaucou|) à souffrir. Plus tard, au tribunal suprême, le gouverneur lui lit mille questions insidieuses ; Jacques n'ouvrit pas la bouche pour répondre, ce qui irrita tellement ce magistral (pi'il le lit torturer avec une violence inouïe. A la fin, il donna l'ordre de le suspendre en l'air, et de le frapper, sans compter les coups, jusqu*à ce qu'il fit quelque déclaration. Mais n'ayant rien pu obtenir, il le remit entre les mains du juge criminel, avec injonction de le torturer tous les dix jours. Ce supplice dura deux mois. Le courage de Jacques, son influence parmi les chrétiens, devaient le faire condamner à mort; mais pour cela il aurait fallu remplir diverses formalités, et en\oyer les j)ièces du procès à la cajiilale, afin que le roi ratifiât la sentence. Le juge trouva plus simj)le de le faire étrangler dans la prison, vers la fin de la dixième lune. 11 n'avait (pie vingt-trois ans. Son nom est resté célèbre parmi les chrétiens de celte province, qui parient encore de lui avec vénération.

Cependant Topinion publique commençait à se préoccuper de ces exécutions multipliées. Si violent que fût le fanatisme des pentécuteurs, si aveugle que fût la haine d'une foule ignorante et ameutée, la conscience conserve toujours ses droits, et Ton commençait à plaindre les innocentes victimes de ces boucheries. Le

T. 11. — L'ÉGLli>£ DE LOREb. U

{gouvernement coréen fit alors ce qoe font tous les persécuteurs, il appela le mensonge en aide à la force, et dans ce même mois de novembre, le 18 de la dixième lune, parut une nouvelle proclamation royale contre les chrétiens. Elle fut répandue dans tout

le royauinr. en caractt-ris chinois cl en caractt*res coréens, afin le peuple entier, hommes et lemmes, savants et is^norants. pùl la lire sans (iilliciillé. La rédaclion en avait été conliée à T'sio Sion-sani-i, honiiue d»' la elass.' du peuple, mais renommé pour sa science, jïréct ptciir et ami «lu premier ministre T sio In-ieng-i, ei comme lui ennemi juré de la religion de Jésus-Christ.

<7est une production étrange, dans le genre de la proclamation de 4801» mais bien inférieure comme style et comme corn* position. « G^est, dit Mgr Daveluy, un fatras intraduisible dont j'ai vainement essayé de me faire donner le sens complet, par les Coréens les plus instruits. Tous ceux à qui je Tai fait lire, m*ont avoué n'y voir eux-mêmes que des phrases et des tirades, sans suite et sans liaison possible. » On commence par y citer quelques passages obscurs des livres sacrés de la Chine, dont on ne voit (>as ra|ipliratioii au cas présent; puis, ajuts avoir recommandé la n'lii;ion des lettrés, que tout le monde doit suivre, on traite la doctrine clm lieiine d'amas de vaines loiirbei ies et de maximes déshonnètes, et ou In siiçnale à Tcxécralion publique comme méconnaissant les desuirs tu vers les parents et envers le prince. On y donne comme base de notre reIip:ion, l'adoration du ciel, et on nous fait dire que Jésus — auquel les injures les plus viles sont p 10 d liguées — est devenu le ciel. Parlant du célibat et de la virginité, on les dit contraires à Tordre de la nature, et on ne manque pas d'ajouter, sans s'inquiéter de la contradiction flagrante entre lesdeux accusations, que notre morale est infiime, et que parmi les chrétiens les femmes sont en commun. Les sacrements sont traités de rites obscènes, le ciel et Tenfer de niaiseries, etc..

L'auteur de ces slui)ides inepties, dij^ues en tous points de nos malérialisles les jdus abrutis ou, si Ton veut, les plus avancés, était d'autant j)lus coupable, que la reliixion chrétienne était alors suffisamment conniu* en (^orée. (iOmbien de fois, devant les tribunaux, les confesseurs n'en avaient-ils pas exposé les dogmes, développé les maximes? Combien de fois les mandarins, poussés à bout par les raisonnements de leurs victimes, n'avaient-ils pas avoué que la religion chrétienne est excellente, et que leur unique raison de la proscrire était Tordre formel donné par le gouver* nement? On avait d'ailleurs en main tous les livres des chrétiens.

Mais dire ce que rËvangile est réellemeDi, c*éuii le justifier ; mieux valait la calomnie.

A la fin de la proclamation, le roi attribue à ses péchés tous les malheurs qui sont venus fondre sur le royaume, et surtout le

plus grand de tous : l'invasion de celle doctrine élranj(ère ; il en^M^e tous ses fidèles sujets à se l altaclicr plus (jue jamais à la relij<ion des lettrés ; et il déclare qu'en sa qualité de père du peuple, il est tenu de cuniballre l'erieur |)ar tous les moyens possibles, et de mettre à mort ses propagateurs et ses chefs.

Le jour même où acte fut publié, une généreuse clirétieune oblenait, par le martyre, la récompense d'une longue vie de vertu et de dévouement. C'était la mère de Paul Tieng, Cécile Niou, que le célèbre martyr de 1801, Augustin Tieng, avait épousée en secondes noces. Instruite de la religion par son mari, elle conserva toujours sa première ferveur. Après la mort d'Augustin, Cécile demeura longtempsen prison avec ses trois enfants. Quand on la mit en liberté, toute sa fortune avait disparu. N'ayant plus aucune ressource, elle se relira h Ma-lsai, chez son beau-frère, qui, loin de venir à son secours, lui suscita mille persécutions domesti(iues, et la laissa languir dans uuv extrême pnuvicté. L'ainée de ses lilles mourul bientôt, ainsi que la ftMnme cl le lils du martyr Charles Tieng, son beau-lils; il ne lui resta que son lils Paul et sa tlllc Elisabelh. Un jour elle eut un songe. Ëlleenleudil son mari Augustin qui lui disait : « J'ai bâti au ciel une demeure de huit appartements. Déjà cinq sont remplis; les trois autres attendent. Supportez patiemment les misères de la vie, et surtout ne manquez pas de venir nous rejoindre. » La famillese composait, en effa, de huit personnes dont cinq déjà mortes : Augustin et son fils Charles, martyrs en 1801 ; hi fille d* Augustin, la femme et le jeune fils de Charles, qui venaient de succomber aux privations et aux mauvais traitements. Ce songe, qui devait avoir sa réalisation complète, la frappa beaucoup ei ranima son courage.

Son fils Paul, tout cniier ii son grand projet de faire pénétrer les missionnaires en Corée, dut vivre longues années séparé de sa mère. C'était pour celle-ci une bien rude épreuve, et chaque fois qu'il parlait pour ses voyages de Péking, le cœur de Cécile était déchiré, car elle croyait lui faire des adieu.x éternels. Lorsque Paul se fut attaché au service des prêtres et de révéque, sa mère le suivit, et, trop âgée ponr sVcuper des travaux de la maison, elle donnait tout son temps aux exercices de piété. Pendant la persécution de 1839, un de ses neveux vint rengager à fuir le

péril et lui offrit un refuge. Elle répondit : « Tai toujours désiré le martyre et je veux le partager avec mon fils Paul. » Elle fut arrêtée, en effet, le 9 de la sixième lune. Liée de la corde rouge, comme criminelle d*état, sansdouteà causedu nom qu'elle portait, elle fut iraduite devant le juge criminel, et, mali^ré son grand ngc, mise à la ({iieslioii. Sa conduite et ses réitonses lurent jus([u*à la lii) franelies et dignes. Dans divers interrogatoires, elle subit les tortures aeeouliinn'cs et reriit, en oulri', deux cent trente coups de bâton. La loi ne permettant pas de décapiter les vieillards, elle languit quelques mois dans la jwison et, consumée par les souffrances, rendit le dernier soupir, le de la dixième lune, en prononçant les saints noms de Jésus et de Marie. Elle avait alors soixante-dix-neuf ans.

Restait à la prison sa fille Elisabeth, femme vraiment forte, élevée à Técole de l'adversité. Emprisonnée dès son enfance, elle ne sortit du cachot que pour aller, chez son oncle, partager les amertumes et les souffrances dont on abreuvait sa mère. Elle sut conserver sa foi au milieu des épreuves ; elle s'habitua à la |)auvreté, au tVoid et à la faim, et s'appliqua avec tant de courage au travail des mains, (ju'elle parvint, par la couture et le lissage, à soutenir sa nière, son frèiv Paul et elle-même. Ses beaux exemples rallièrent h la relii^non (piflques-uns de ses parents, d'abord très-hostiles, et (pii ne pouvaient pardonner au Dieu des chrétiens d être la cause de la ruine de leur tamille. D'une modestie admirable, Flisabelh ne se permit jamais de regarder un homme en face, fûi-il de ses plus proches parents; et de bonne heure, elle consacra à Dieu sa virginité. Elle eut à ce sujet, vers Fâge de trente ans, une tentation des plus violentes, qui dura plus de deux ans et ne servit qu'à donner à sa vertu une solidité inébranlable. Attaquant la nature révoltée par des mortifications et des jeûnes continuels, elle ne cessait de prier jour et nuit son divin Époux, et ses larmes lui obtinrent à la fin une complète victoire. On la vit souvent se |)river du nécessaire, pour subvenir aux besoins des pauvres abandonnés, et elle profitait de ses relations avec eux, pour les instruire, les exhorter et les |)réparer aux sacrements. Ayant suivi sa mère et son frère au service des prêtres et de févêque, elle remerciait Dieu de l'avoir placée ainsi à la source des grAces, en lui rendant si facile la réception des sacrements, et fil preuve de beaucoup d*> dévouement et d'activité. Quand s'éleva la persécution, elle fut d'abord saisie de crainte, se disant que le martyre était au-dessus de ses forces, mais elle ne cessa pas néanmoins d'encourager et

de consoler les clirctit iis, loin cii reiloiihlanl de ferveur pour se préparer ellc-nH^me à la mon. En vain le mandarin lui promit la vie, si elle voulait aposlasier; en vain dans sept interrogatoires successifs on lui fit subir les plus crnelles tortures; en vain on la frappa de deux cent (rente coups de gros bâton, son calme ne se démentit pas un seul instiini, et le juge, dc^'sespéraot de la vaincre, Tenvoya, le S de la dixième luoe, au tribunal des crimes. Là, après six nouveaux interrogatoires, après avoir été remise six fois à la question, elle fut con^mnée à mort. Renvoyée à la prison, elle s*occupait à prier et à servir les prisonniers, ne craignant pas de mendier an dehors des secours qui lui permissent de venir en aide à ces malbeureux. Elle avait pris tellement à cœur ces œuvres de charité, (|u'en parlant pour Texéculion elle ne dit aux chrétiens que ces paroles : « Surtout, priez bien pour les pauvres et les affligés. » Elle fut décapitée, à rài;L' de (piarante-trois ans, le -2i de la onzième lune, et alla ainsi, par la même voie royale du martyre, rejoindre au ciel son père, sa mèrr et ses deux frères.

Mentionnons encore, parmi les confesseurs de cette épo«pie, Pierre Ni Tsiouu boa, natif du district de Hong-tsiou, qui fut alors saisi au district de Na-tsimi. province de Tsien-la, oii il résidait depuis quel ({ne temps. 11 demeura ferme dans les supplices, et mourut dans la prison de cette ville, durant la onzième lune, à l'âge de trente-trois ans. Nous n'avons pas sur lui d'autres renseîpemenis. Puis, la veuve Barbe Pak, sa bellesœur, native du district de T'sieng-tsiou. Toujours fidèle à ses devoirs de chrétienne, d'épouse et de mère. Barbe vivait au dis* trict de Ko-san. Arrêtée cl conduite dans la prison de cette ville, ' elle montra une force au-dessus de son sexe, et ne se laissa ébranler ni par les tortures, ni |)ar la jiivM'nce de ses trois jiMines enfants emprisonnés avec clic. Sorlie victorieuse de ces diverses éprenxcs, elle attendait avec joie dans le cacliot le moment de mourir pour Dieu, ([uand elle fui alieinle de la pcsle. Pourempécber la contagion, on la transporta hors de la prison, dans une cabane de paille, où on i abandonna seule avec ses petits enfants. Ceux-ci s\amuscrent h souffler le feu dans le vase de terre oii quebpies cbarbons étaient déposés, et la llamme se communiqua à la paille de la cabane, qui fut réduite en cendre an bout de quelques minutes. Tous y périrent h la fois. Barbe Pak avait vingt-huit ans, son fils ainé Vincent Ni, sept ans, le second André Ni, quatre ans, et sa fille Marie était encore à la mamelle. Quoique victime de cet accident fortuit, Harbe a cerLaiuement le droit d'être comptée au nombre des mariyrs,

puisque cet accident avait eu pour première cause sa maladie, maladie î^afi^née dans la prison où on la retenait en punition de

sa conrairoiisi' litlélitô à son Dieu.

Ain-tons-noiis aussi qiiohjues iiisianls, au districl dt» lauc;keiin. iM'iccaii de noire sainte ie!iL;ion en dorée, niais dont nous n'avons i^uère en i oecasion <le nous occuper (l(^|Hiis la perséculion de 1801. Les cliréliensy étaient assez peu noml)nni.\. Toutefois, la haioc des peiséculenrs alla les y chercher, cl s'il esta regretter que la noble famille (|ui répandait autrefois la religion avec tant de zèle dans cette partie du royaume, ait refusé en cette circonstance de la sceller de son sang, nous verrons cependant que Dieu a trouvé là des témoins fidèles, moins illustres peutêtre aux yeux des hommes par la renommée et par la position sociale, mais plus grands aux yeux des anges, parce qu*ils ont mieux su mourir. A dix lys de lan<î-keun, vivait Pierre Tsiang Sa-koanî^-i, descendant d'une laniille honnête de la capitale, et établi non loin de la famille des Kouen de Ilan-kani-kai, qui Tavaienl iusti'uit de la relij^ion. Hefroidi danssa première ferveur par les désastres de ISOI, il avait continué de vivre en païen juscpTeu IH^S, (juand les exhortai ions des chrétiens se joignant à l'impulsion de la griicc, il prit enfin une détermination décisive. Dès lors, il til sa profession de foi devant ses parents païens, brûla ses tablettes, fit effarer son nom des registres du temple de Gonfucius, renonça absolument à Tusage du vin pour se guérir de son penchant à Tintempérance, et travailla sans relâche à dompter son caractère dur et violent. Quand les missionnaires eurent pénétré en Corée, il eut le bonheur de recevoir les sacrements, et depuis lors ses bonnes résolutions furent plus solides, et sa fidélité à tous ses devoirs ne se démentit plus un seul instant.

Sa femme, nommée Madeleine Son, était tille de Son Kîengioun-i, catéchiste de la capitale, martyrisé en isiij. Celte fervente chrétienne eut à supporter une j»énihle el longue épreuve, quand son mari, Pierre Tsiang, abandonna ses pratiques religieuses. Jour el nuit, elle se désolait de ne pouvoir accomplir convenablement ses exercices de piété ; elle priait Dieu avec larmes de la secourir et d'ouvrir les yeux à son mari. Aussi, grande fut sa joie quand enfin il vint à résipiscence. Les deux époux ayant été pris, avec leurs deux fils, à la huitième lune de 1839, furent conduits au mandarin de lang-keun, qui voulut obtenir leur apostasie par des supplices multipliés. Pierre ne fut nullement ébranlé, et Madeleine, après avoir été un moment

sur le point de faiblir, reprit de snite une énergie qui irompa ratiente du tyran. Poussé à bout, ce mandarin, par un raffinement inouï de férocité, les menaça de faire mourir leurs deux

enfants sous leurs yeux^ et commença, en effet, à les torturer cruellement. Le cœur des parents rtait iransj)orcé, mais une p^rAcc toute-puissante vint à leur secours, et I^ieric s'écria : » l/ainour (les enfants est naturel à l'Iiommc, cl les soultVanccs de mes (ils me sont cent t'ois plus pénibles les miennes j)ropres, mais comment pourrais-je, par amour pour eux, renier mon Dieu? Non, mille fois non, je ne le ferai pas. » L atfaire ayant été portée au gouverneur, il ordonna d'insister ; et en conséquence, plus de dix fois, ils furent tous deux remis à la question. Leurs fils ayant fini par apostasier, après deux mois de captivité, furent renvoyés libres. Pierre et Madeleine restèrent à la prison, et le mandarin, désespérant de les vaincre par les tourments, essaya d*en triompher par la faim. Il défendit de leur donner aucune nourriture. Quelques jours après, il les cila de nouveau à son tribunal, mats il avait perdu sa ix ine; les deux confesseurs, presque mouiaiiis, lui résistèrent avec plus d'éiici i^ie (|ue jamais. Leur aj^onie se prolon,i;ca <|uel(pies jours encore. Knfin Pierre rendit à Dieu sa belle âme, le 43 de la ofi/iènie lune, à l'ir^M' de cinijuante-lrois ans, et Madeleine le 17. à i'àge de cluquaute-six ans.

Mais le plus glorieux martyre qui, à cette époque, consola rËglise coréenne, fut cerlainement c( lui de Protais Hong et de ses compagnons, dans la province de Tsien-la. Protais Hong Tsa-ieng'i était le troisième fils du noble Hong Nak-min-i, dont nous avons si souvent parlé au commencement de cette histoire. A Fautomne de 1801, son nom ayant été trouvé sur une liste de confrérie dans les papiers du célèbre Alexandre Hoang, Protais tut pris et envoyé en exil à la ville de Koang-tsion, province de Tsien-la. 11 est à peu près certain ([u'en cette occasion, il n'ccliappa à la mort (pie par l'apostasie; cependant le fait nVst établi par aucun document posilil". \ Koang-l'siou, isolé de tous les cliréliens, il passa ([uebpies années sans pi ali(pier sa religion ; puis, réveillé par un cou[» inespéié de la grâce, il reprit ses exercices de piété et chercha à réparer sa faute [)ar un redoublement de ferveur. Sa femme alla le rejoindre au lieu de l'exil, cl ils s'y établirent comme ne devant jamais en sortir. Protais s'appliquait à bien régler sa maison et à instruire chrétiennement ses enfants. Exact à toutes ses prières et se livrant à de longues méditations, il donnait, h peine quelques heures au som-

moil, aux repas cl à tout ce qui concerne la vie du corps. Quand il priait, c'était toujours à genoux devant le crucifix, dans une posture modeste, ne laissant jamais paraître ni nonchalance, ni fatigue, et ses prières étaient tellement prolongées, qu*il se forma une grosse tumeur à ses genoux, de sorte qu'il lui était trèsdifRcile de faire h pied le moindre voyage. Il jeânail trois fois la seniaiiM\ sVxcilait continuellement à la contrition de ses péchés f'i siirloMi (\o son nposlasie, et somciilon rmlornlait snnjîlotcrel pousser (les i^éniisscments lami'n(abl«'s. AtloiiDt' aux (l'uvns de cliaril»', (jnafid il sav.iil iii) de -^t's Irères dans le bextin, il enipDrlai( secrèli'meiil (jiiel(|ue cho.st' de la maison, ri allait remettre s«M) aumône lui-même, atiii que sa l'amille n'en sût rien ; mais il lui surpris plus d'une fois par des païens, qu'une pareille humilité surprenait plus qu'on ne peut dire.

En rannéc 1832, quand on publia ramnistie générale pour les exilés, le gouverneur de la province écrivit au mandarin de Koang-lsiou de relâcher Prolais, s1l était revenu à de meilleurs sentiments. Le mandarin le fit doue venir et lui demanda s*il s*était amendé : « Je n*al pas changé de sentiments, répondit Protais. — Comment, repartit le mandarin stupéfait, quelle parole me dis-tu là? tu es exilé depuis plus de trente ans, lu es mainlejnnl arrivé h la vieillesse el lu t'ohsliiies encore ! Ne le serait-il donc pas bien ai^réable de lelourner dans la patrie? » Plusieurs Jours de >uite, le mandai in revint à I;i charije ; il essaya tour à tour les raisonnements, 1rs promosos, les menaces; mais loul lut inutile. Pendant la persécution de Pro lai s ne se con-

tenta pas de donner une hospitalité passaj^ère à beaucoup de chrétiens fugitifs; il consentit à recevoir chez lui (pialre femmes, qui ne savaient où se refni^ier ; il les entretint à ses frais et voulut que sa maison devint la leur. Quand il apprenait le martyre de quelques nouveaux confesseurs, son cœur était vivement ému, et il sentait d'autant plus le désir de marcher sur leurs traces, qu'il en avait lui-même, une première fois, manqué Foccasion. Dieu lui accorda cette grâce. Le 14 de la s^xi^me Ittne, des satellites venus de Tsien-tsinii rarrétèreni, lui el loute sa famille, ainsi (|ue les qnatie clii'elieiiiies dorii mms venons de parler, (l'étaient : Anastasie Kim, Anasiasie Ni, Madeleine Ni et lîarbe T'soi.

.Apri's nn pn'mier iFiterni^^alnire. le mandarin local fil passer au cou de Prolais une petite can{;ne et l'envoya à Tsien-lsion. Quand il {tariit, les liabitanls de la ville, de tout âge et de tout sexe, au nombre de trois ou quatre cents, le suivaient en disant : ir Est-ce ainsi que Ton punit les hommes justes? Les bonnes

qualités, les plus grandes vertus ne servent-elles donc de rien? » Les uns le retenaient ; d^autres poussaient des cris de douleur : on eût cru voir la séparation d*un père avec ses enfants. Protais les consolait et leur répétait qu*il était très-heureux, que cette route était pour lui le chemin de la gloire. Arrivé le 18 à Tsienisiou, avec toutes les personnes arrêtées dans sa maison, il fut, le soir même, cité devaiil le juge criminel, oii il n'iiisa d'apostasier et de dénoncer ((ni que ce lût. Deux jours aprts, on le conduisit devant le gouverneur. Celui-ci, entouré de quatre-vingts sait'Ilites, renouvela les mêmes injonelions et, sur son relus d'y obtempérer, le lit mettre à la question. Plusieurs interrogatoires se succédèrent, mais Protais demeura inébranlable dans les supplices. Sa sentence fut signée h la septième lune« ei au milieu des coups et des injures des valets du tribunal, il retourna à grand'petne à la prison. En y arrivant, il tomba sans connais- Fance, et ne revint à lui qu'après un assez long intervalle. Le 15 de la neuvième lune, le juge le fit comparaître de nouveau et, après avoir vainement essayé de le séduire, lui dit : a Nonseulement tu es membre d*une secte sévèrement prohibée, mais encore tu as reçu chez loi des étrangers ; ne trouve donc pas mauvais qu'on le pnnisse du dernier su|»plice. — Traitez-moi, repartit Prolais, selon la loi du royaume. » On lui inflii^ea la bastonnade d'usni^e après la lecture de la sentence, et il lut déposé à la prison civile, en alleiidant le jour lixé pour rexéeution.

Barbe Sim, épouse de Thomas Hong, fils ainé de Protais, avait été arrêtée avec son beau-père. Née de parents nobles, au disirirt de ln4*8ien, elle remplissait tous ses devoirs avec fidélité ; mais elle était d'une intelligence si bornée que tous ses efforts lui avaient à peine procuré Tinstruction religieuse nécessaire. Sa foi, néanmoins, était des plus solides, et sa charité, ardente. Elle le fit bien paraître en 4839, |»ar riiospitalilé courageuse et dévouée qu'elle donna à tous les chrétiens que la persécution forçait h fuir, et surtout par la bouté avec laquelle elle accueillit et entretint si loni;lemps les quatre femmes réfugiées dans sa maison. Jamais on n'apereni eluv elle la moindre impalieriee. le moindre signe (pie ses InUes lui liisseiil h charge. .\u monieni de Parreslalion r-l durant les inleirogaloiics, elle ne changea pas de couleur el conserva loul son calme. Quoique d'une sanlé faible et d'une complexion délicate, elh» ne se laissa nullement intimider par l'appareil terrible du tribunal du gouverneur et par les odieuses vociférations qui accompagnent tous les ordres qoi y sont donnés. Elle supporta de nombreuses bastonnades et

fut mise plusieurs fois à la question ; mais ni les coups, ni les blessures, ni les injures des siteUiles et des geôliers, ni les^oar prolongé dans un cachot infect, rien ne put lui arracher une

plainte, parce qirelle souiïrail pour son Dieu. Généreuse juscju à la tin, elle sipjna deux fois sa senhMirc de mort, ainsi (jue son beau-père, à la septième et à la neuvième lune. Sa plus grande épreuve, le jilus terrible sui^plicc pour son cœur de mère, c'était la présence de son plus jeune tils, âgé de deux ans, qu elle voyait mourir lentement de faim êl de misère. Attaquée elle-même d*une violente dyssenterie, qui vint se joindre à ses autres souffrances, elle comprit que la délivrance a|>procbaitet se prépara à la mort. Dieu ne permit pas ((u'elle vécût jusqu'au jour marque pour son supplice, et elle rendit paisiblement son âme à son Créateur, le G de la dixième lune, à l'âge de vingt-sept ans. Son enfant mourut quelques heures après ei alla rejoindre sa mère dans la gloire que Dieu réserve à ses martyrs.

Anastasie Kira, femme de Paul Ni Sieng-sam-i, née au district de Tek-san, appartenait à une honnête famille de la classe du peuple. Son heureux caractère la faisait aimer de tous, et sa maison était le modèle des maisons chrétiennes. Attentive à tous ses devoirs, elle veillait avec un soin particulier à Tinstruction de ses enfants, et même à celle des femmes du village auxquelles ses exhortations furent très-utiles. Dénoncée en 1839, et ne sachant où chercher un asile, elle alla se réfugier chez Protais Hong, au lieu de son exil, et fut arrêtée avec toutes les autres j»ersoiif)es (le la niiiison. Arrivée à Tsien-tsiou, elle dut subir plusieurs interrogatoires devant le juge criminel, et ne céda ni aux menaces ni aux tortures, tlle répondit avec calme et dignité h toutes les questions, et refusa constamment de renier son Dieu et de dénoncer son mari, à Foccasion duquel on lui fit subir des supplices plus longs et plus violents que de coutume. Delà, elle fut conduite an tribunal du gouverneur qui la traita d^une manière plus cruelle encore, sans pouvoir vaincre sa constance. On finit par lui faire signer sa sentence de mort, après quoi elle reçut la bastouFiade, de règle en pareil cas. A la prison, les blessures très-graves qu'elle avait reçues la faisaient beaucoup souffrir ; elle n'en lut |)as moins iidèle à l'oraison et à tous ses autres exercices de piété.

Mais, ce qui occupait surloni son àme et lui causait un grande inquiétude, c'était sa jeune lille Anastasie. Cette pauvre enfant ayant suivi sa mère ehez Protais Hong, était tombée avec elle entre les mains des satellites, et partageait, sa prison et ses souf-

frances. Anaslasio Ni, appelle Poni^-kcum-i, élail un polit ange (l'une piét»' charmanlc. Dos l'âge le plus tenHro, les pieuses ins- Iructions (\o sa mère avaient jeté dans son ruMir de profondes racines. Elle savait remplir ses devoirs, elle savait aussi aimer Dieu de tout son cœur. A dix ans, ayant appris tout son catéchisme et les longues formules des prières du matin et du soir, elle eut le bonheur de rencontrer le missionnaire, qui, frappé de ses dispositions précoces, lui permit la sainte communion. Anastasie avait répandu tant de larmes devant Dieu, dans la crainte de ne pas être admise à ce banquet céleste, qu*etle fut au comble de ses vœux. Son jeune cœur éclatait en transports de joie et de reconnaissance. Ce fut aussi un vrai jour de féte pour son père et sa mère, heureux du bonheur de leurenfani, juste récompense de leurs généreux efforts. La suite ne démentit pas les promesses de ce beau jour, et l'enfant ne cessait de croître en vertu et en piété, quand Dieu permit qu'elle [>assàl par l'épreuve de la jiersécution. Lejiige l'interrogea sur les prêtres européens, lui demandant s'ils avaient étt' chez elle, et où ils étaient à celte heure? — « Oui, ctM'lainement ils sont venus chez moi, répondit-elle, mais j'ignore où ils sont maintenant. Comment voulez-vous qu'une petite fille, comme moi, soit au courant des affaires des missionnaires ? ~ Eh bien ! dit le juge, si tu veux renier ton Dieu et l'injurier, je te sauverai la vie. Sinon, ajouta-t-il d*un ton mena* çant, je te fais mettre à mort. — Avant Fâge de sept ans, dit Anastasie, je n*avais pas Tusage de la raison, je ne savais pas lire et ne connaissais rien, je n*ai pu honorer Dieu comme il faut ; mais depuis l'âge de sept ans je le sers, et vous voulez que je le renie aujourd'hui ! vous voulez que j'en vienne à l'injurier! non, quand je devrais mdui ir mille fois, je ne le puis. » Le juge n'osa pas cette fois exposer au.\ lorlureà une aussi jeune enfant, et on la renvoya à la prison.

Là, sa mère ne cessait de l'exhorter et usait de pieux artifices pour alïermir son courage. « Pour toi, disait-elle, je suis bien sûre que tu apostasieras. » La petite tille de s'en défendre énergiquement, et la mère d'ajouter : « Si on te fait souffrir la torture, tu céderas de suite, tu n*es pas de taille k tenir ferme. » La jeune enfant renouvelait ses promesses de fidélité à toute épreuve, et la mère répétait : « Eh bien ! nous verrons si tu seras capable de quelque chose. » Les anges du ciel ne devaientils pas écouter avec complaisance les paroles de la mère et les élans d'amour que ses doutes affectés faisaient naître dans le cœur de cette enfant prédestinée? Les satellites, les geôliers eux-

mêmes, toucliés de pitié pour son jenoe âge et sa modesde, voulaicnl à toute force la sauver. Ils se mettaient, pour ainsi dire, à ses pieds, la priaient, la conjoraient de se conserver la vie. La moindre parole équivoque Tent mise à Fabri des poursuites ; elle ne prononça pas cette parole, elle sut repousser les tentations des ministres de Satan, et rester sourde à toutes leurs instances. Citée plusieurs fols devant le juge, elle oe se laissa séduire ni par ses menaces ni par ses caresses, et celui-ci irrité liiiil par la taire mettre à la (juestiun. Ne pouvons-nous pas répéter ici ce que saint Ambroise disail de la t^lorieuse sainte Ai^nc's : « Y aura-t-il, sur « ce petit coi'ps, place pour les blessures? .Mais si son corps « peut à peine recevoii' le ler, il j)Ourra triompher du fer. Intré- « pide entre les mains sanglantes des bourreaux, immobile sous « leurs coups furieux, ne sachant pas encore ce que c'est que la (c mort, et déjà prête à mourir, du milieu des tourments tendant « les bras au Christ, et dans ce tribunal sacrilège érigeant les « trophées victorieux du Seigneur, elle est à peine capable de « souffrir, et déjà elle est mûre pour la victoire (1). 9 Anastasie, toujours inébranlable, fut enfin condamnée à mort et signa sa sentence. Sa mère, épuisée par la maladie et couverte de plaies par suite des tortures (prellc avait endurées, s'en alla la première recevoir la couronne, vers la dixii-uie lune, ;i VÀi^a de cinquante et un ans. Ânastasir, restée seule et sans appui humain, trouva sa force dans le Dii-u (ju clle aimait et (pii ne lui lit |)as défaut. Elle sut persister jus(prau bout daus sou héronpie délerniiualion, cl SCS juges vaincus, n'osant la faiic décapiter puMi(piemeul par le bourreau, commandèrent de I étrangler dans la prison; ce qui lut fait dans la nuit delà dixième à la onzième lune.

Anastasie est, croyons-nous, la plus jeune de tous les martyrs qui ont été mis à mort dans ce royaume en vertu d*une sentence officielle. C'est à tort que plusieurs notices lui donnent quatorze ans; elle n*en avait certainement pas plus de douze, puisqu'elle naquit après la fuite de ses parents, pendant la persécution de 1827. Quelle gloire pour la religion d'avoir d*aussi intrépides témoins d'un âge aussi tendre ! Quelle promesse de glorieux avenir pour le peuple (pii Fouruil ii la vérité de pareils déreuseursl

Madeleine Ni, du «listricl de Keuni-san, mariée au frère de Fran(;ois Kiui Sieiii(-sie, de\iiit \euvc avant l'âge de vingt ans. N'ayant point d'enfants, elle s applicpia dès lors uui(juemcnt au salut de sou âme et à l'accomplissemeut de ses devoirs de piété

(1) Saint Ambroise, De Virginibutt Hb. I.

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filiale envers son beau-père et sa belle-mère. Elle remerciait Dieu fréquemment de Tavoir mise dans une position où la vertu Jui était comparativement facile. Elle vivait dans la pauvreté, s'exerçait à la praliqiie de la mortification par des jeûnes el des abstinences volontaires, s"etror(;ail de sonlat^er les malheureux, et s'imposait surtout, avec plaisir, la tàclip ingrate d'instruire les ignorants. Prise dans la maison de Protais, elle lit hardiment sa profession de foi el supporta les diverses tortures sans faiblir. Renvoyée à la prison, s'occupant peu de ses propres souffrances, elle ne songeait qu'à exhorter les clirétiens prisonniers h persévérer dans la courageuse confession de leur foi. « Surtout, disaitelle, agissons franchement avec Dieu ; soyons-lui fidMes et allons tous ensemble au ciel ; qu*aucun n'y manque ! » Citée ensuite devant le gouverneur, elle montra la même fermeté dans les supplices et mérita d'être condamnée à mort.

Barbe T'soi était fille de Marcellin T*soi, martyrisé à Nie-tsiou en 4801. Une bonne éducation réforma son caractère peu discipliné, et bientôt on admira sa patience dans la misère, sa fervente charité envers Dieu et le prochain. Mariée au fils de Pierre Siu T'aipo, elle devint veu\e peu après, resta seule près de son beaii-|ière, et ne témoigna jamais ni fatigue ni tristesse au milieu des mille embarras de sa position. Prise avec son beau-père en ^827, elle fut relâchée prescjue aussitôt ; on ne sait ni pourquoi ni comment, car elle n'apostasia point. Depuis lors, n'ayant pins de maison à elle, elle vécut chez des parents ou amis, visitant souvent son beau-père pendant sa longue détention, et s'efTorçant de lui procurer, ainsi qu'aux autres prisonniers, quelques petits secours. En 1839, elle fut arrêtée chez Protais, comme nous Tavons vu, et subit par devant le juge criminel un premier interrogatoire suivi de la question qu'elle endura avec calme. Au tribunal supérieur, le gouverneur lui demanda : « Qui es-tu ? — Je suis, répondit-elle librement, la fille de Marcellin T'soi décapité en 1801, el la belle-lille de Pierre Sin décapité ce [)rintemps, dans cette ville. — S'il en est ainsi, tu t'es confessée sans doute? — Vraiment oui. — Dans ce cas, il faut que tu meures. — Je m'y attends bien el il y a longtemps que je m'y prépaie. » Sans en dire davantage, le gouverneur porta immédiatement la sentence de mort et la renvoya en prisoti.

Tons ces généreux confesseurs dont nous venons de parler, réunis dans un même cachot, s^encourageaient à la persévérance. La Providence leur adjoignit un autre compagnon, Jacques 0, d'une noble famille chrétienne du district de Eun-tsin. Marié

depuis peu de temps, il était allé rendre visite à son frère ^îné au village de Tsiu-sou, quand il fut pris avec lui et plusieurs autres chrétiens, à la septième lune. Le juge criminel lui dit: « Tu n*es encore qu*un enfant, dis seulement que tu ne le feras plus, et on te relâchera aussitôt. » Il répondit : « Après avoir connu le bonheur de servir mon Dieu, commenl pourrais-je le renier par crainte du supplice ? » Et le juge, ne pouvant rien obtenir par la douceur, le lit mellre à la torture. Tout fut inutile. Envoyé devant le ^'ouverneur, Jacques eut la douleur de voir aposlasier son frère aîné. Il ne se laissa pas ébranler el tint ferme dans les supplices, ce qui lui valut la sentence de mort, que ses désirs appelaient depuis longtemps. Il partagea dans la prison les souffrances des autres confesseurs. On les y laissa languir plusieurs mois, mais enfin toutes les formalités ayant été remplies, le jour du supplice fut fixé. Protais exhorta ses fils, qui jus(ju'alors avaient été d'assez mauvais chrétiens, et ses paroles, que la circonstance rendait plus (''lu(juenies, lirenl sur leur cœur une vive impression. (!oniuie ils versaient des larmes en le voyant partir, il leur répéta plusieurs fois qu'il fallail si- léjouir el non pleurer. 11 se rendit au lieu de l'exécution avec un visage calme et sérieux; on remar({uait, au contraire, Tair de satisfaction des autres confesseurs. Ils furent décapités ensemble le 30 de la onzième lune, 4 janvier 4840. Protais avait soixante ans; Jacques 0, dix-neuf; Madeleine Ni, trente-deux; Barbe T^soi comptait cinquante et quelques années.

Dans cette glorieuse troupe de martyrs de la maison de Protais Hong, se trouvèrent ainsi réunis tous les ài^^es et toutes les conditions : un vieillard, deux veuves, deux Icinmcs mariées, une jeune vierge, un petit enfant. C'est par leur supplice (jue la persécution se termina dans la |)roviuce de Tsien-la, el leurs actes demeureni une des plus belles pages de I hisioire de celte chrétienté.

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