‹ Histoire de le̓́glise de Corée précédée du̓ne introduction sur lh̓istoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennesChapitre 15 sur 39 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Premières leolaiiTes de M. Ferrèol pour entrer en Corée. — Etat de la chrétienté. — Les martyrs de 1841.

Pendant que le gouvernement coréen se félicitait d*aToir, par le meurtre des missionnaires et de prestiue tous les chrétiens influents, porté un coup mortel à la religion de Jésus-Christ,

Dieu préparait de nouveaux apôtres h cette Église désolée. Avant qu'aucune nouvelle de la persécution fût parvenue en Chine, Si. Ferréol s'était mis en route pour la Corée.

Jean-Joseph Ferréol, né en 180S, à Cucurron, dans le diocèse d'Avifînon, était prêtre depuis quehjues années, lorsque, en 1838, il vint au séminaire des Missions-Ktrangères, se préparer à Tapostolat des infidèles. Il quitta la France au commencemeot de mai lSd9, sur un navire de Bordeaux, et protégé durant son voyage par les prières de ses trois confrères et des autres martyrs coréens qui alors même versaient leur sang pour la foi« il arriva heureusement en Chine le 23 janvier 1840. Il séjourna six semaines à Macao, puis s*embarqua de nouveau, le 6 mars 1840, sur une barque païenne. Après trente-six jours d^une navigation pendant laquelle il courut plusieurs fois le danger de tomber entre les mains des pirates, il put débarquer dans la province du Fo-kien. De là il prit la route de terre, et traversa toute la Cliine du sud au nord, voyageant tantôt à pied, taulùl eu palanquin, le plus souvent en barque sur les canaux et les rivières, passant tour à tour pour petit mandarin, contrebandier d'opium, docteur, homme de tribunal, marchand de tabac, et même prince tartare. Quoique sa fiijtiire fût très-peu chinoise, et qu'il ne pût encore s'exprimer dans la langue du pays, il ne fut pas reconnu pour Européen, et réussit à faire sans accident fâcheux ce long et périlleux voyage. A Ou-tchangfou, capitale du Hou-pé, il logea tout près de ht prison oii était

reDfermé le vénérable Perboyre, mîssionDaire lazarisie qui, quelques jours plus tard, devait verser son sang pour la Foi. Il longea les murs de Péking pendant deux heures, sans entrer dans

celte capitale, traversa liourousement la grande muraille et arriva enfin à Sivang, en Tariarie, oîi il trouva chez les missionnaires lazaristes une fraternelle liospilalilé.

C'est dans ce villac^e (jif il commença à avoir des inquiétudes sur le sort des missionnaires Qt des chrétiens de Corée. Cette année 1840, on n'avait reçu aucune nouvelle de la mission. Aucun courrier chrétien n'était venu à Péking, personne n'avait paru à la frontière. Un Chinois ayant demandé à un membre de îambassade coréenne pourquoi le mandarin Liéou (Augustin Niou] ne faisait plus partie de la députation, — « Que lui veuxtu? • avait répondu celui-ci. — « Je lui ai prêté de l'argent et je vendrais le réclamer. ~ Tu attendras longtemps ton argent, on Ini a coupé la téte ainsi qu'à bien d'autres, » dit le Coréen. Ces paroles sinistres et d'antres symptômes ne laissaient que trop clairement entrevoir ce qui s*était passé ; mais le missionnaire n'en fut point découragé. '

Après avoir séjourné un mois et demi à Sivang, M. Ferréol reprit sa route à travers la Mongolie et la Mandchourie ; il lui restait encore trois cents lieues h faire pour arriver aux frontières de la Corée. Le pays qu'il traversa ne ressemblait plus h la Chine, généralement si peuplée et si bien cultivée. Il marchait quelquefois des journées entières sans trouver une habitation. Les montagnes, les plaines en friche, étaient couvertes de troupeaux de bœufs, de chevaax et de dromadaires, et il put alors voir ce qa*est un peuple nomade, ne cultivant pas la terre, se nourrissant uniquement du lait et de la chair de ses animaux, se revêtant de leur peau, dressant sa tente aujourd'hui dans le lien oh le pâturage est le plus abondant, et demain la transportant ailleurs lorsque ce pâturage est épuisé. Un jour il entra dans une de ces tentes mongoles, pour s*y rafratchir. Elle était de forme circulaire terminée en dôme ; tout autour étaient rangés les meubles do la famille ; au milieu se trouvait le fourneau de la cuisine. Des peaux revêtues de leur poil couvraient le sol, et à l'entrée de la tente il y avait un grand tas de crottins de chevaux et de bouses de vache, seul combustible des habitants de ces déserts.

« Nous nous assîmes sur nos talons, raconlc-i-il, nous bûmes le thé au lait de jument, nous allumâmes notre pipe k un crottin de cheval, et nous partîmes. 0 Dieu ! quel pays pour un voyageur européen I Vous n'y voyez pas de grand chemin, mais en

revanche une mullilude desentiei s propres à vous égarer. C'est ce qui arrivait quelquefois à mes guides. Souveol se rencontraient des rivières à tmerser ; point de bacs, encore moins de ponls. Voulez-vous passer? Otez vos habits, ou bien montez sur votre béte si vous en avez, et si Teau est trop profonde, attendez qu'elle diminue, ou qu*elle gèle pendant Thiver. Nous fûmes obligés de passer plus de trente fois la même rivière. Nos animaux, deux mulets et un cheval qui portaient.le bagage de la mission, avaient quelquefois de Teau jusqu'au milieu du ventre. Un de mes guides fit deux fois naufrage avec son mulet, au milieu de Teau bourbeuse ; mes bagages furent souvent trempés, si l'on me passe l'expression, jusqu'à la moelle. Quand Tcau était trop profonde ou trop impétueuse, deux hommes tenaient mon cheval par la bride; l'eau nous emportait tous ensemble, et je n'étais pas sans quelque crainte. Le temps le plus favorable pour voyager dans ce pays, c'est l'hiver, alors tout est glacé; Tété on ne trouve que de l'eau et de la boue. »

Après vingt-deux jours de voyage, M. Ferréol arriva h Moukden, ancienne capitale des états de la famille impériale de Chine. Il fut assez mal reçu par les chrétiens du Léao-tong. Voici pourquoi. Les missionnaires portugais de Péking, qui jusqu'alors avaient évangelisé cette province, ne pouvant plus depuis longtemps, à cause de leur petit nombre, prendre de ces chrétientés le soin convenable, le Sainl-Siége venait de les détacher du diocèse de I\''kini^% el de les confier à la congrégation des Missions-Étrangères chargée déjà de la Corée. Le Léao-tong est liniiti'ophe de la Corée, et cet arrangement semblait devoir faciliter beaucoup l'entrée des missionnaires dans ce dernier pays. Mais tonte nécessaire qu'elle fût, la mesure prise par le souverain Pontife raviva dans le cœur de quelques prêtres portugais les sentiments de jalousie nationale, et pour mettre plus aisément les chrétiens de leur coté, ils leur peignirent, sous les plus terribles couleurs, la persécution que la présence des prêtres français ne pourrait manquer de susciter bientôt. M. Ferréol étant arrivé sur ces entrefaites, on lui refusa un asile. Il frappa à plusieurs portes, on le pria de continuer son chemin. Un pauvre chrétien, ému de compassion, Payant reçu chez lui, d'autres vinrent d'une assez grande distance pour l'expulser. Cette fâcheuse disposition des esprits fut pour le missionnaiie une épreuve i)énible et la cause de bien des marches et contre-marches; mais sa couliance en Dieu n'en fut nullement diminuée.

11 avait trouvé en arrivant à Sivang une lettre de Mgr Imbert,

adressée tu premier missionnsire qni viendrait en Corée. Le prélat recommandait au nouveau venu de se munir de patience, et de se retirer an petit port de Yang-vou, d'où l'on peut voir les

côtes l'oréoniies, alin de lenler par là quel([u'aulre voie de communication. Le missionnaire put ivinplir la jiremière partie de ces instructions en s'exercant à la patience, mais riiostiliii' des chrétiens du Léao-tong ne lui permit pas de se rendre à Yanj;vou. Il s'éloigna donc, en priant Dieu de les éclairer et de changer leurs cœurs, et se réfugia en Mongolie, à quatre-vingt* dix lieues au nord de >Ioiikden.

.De cette retraite, oit il demeura deux ans, il envoya plusieurs fois des Chinois à la frontière de Corée, avec ordre de se mettre en rapport avec les chrétiens de ce pays, au passage de l'ambassade. Ces tentatives furent inutiles ; il n'y avait à la frontière ni lettres, ni courriers. Les chrétiens de Corée travaillaient cependant, de leur côlé, à rétablir les relations avec la Chine. Kn 1840, ils envoyt*renl un courrier à la frontière, mais ce courrier mourut en route ; l'année suivante , ils en envoyèrent un second qui ne put rencontrer les courriers chinois. Un troisième, expédié à la fin de 1842, fut plus heureux, et réussit, comme nous le verrons plus tard» à s'aboucher avec M. Ferréol et ses compagnons.

Laissons un instant le nouvel apôtre de la Corée se préparer, dans la solitude, à sa périlleuse entreprise, et revenons à nos néophytes.

Avec Tannée kci-liai ( 1839-40) s'était terminée la grande persécution. La paix était presque rétablie, mais, de tous cùlés, quel atHigeant spectacle ! La chréiienlé bouleversée de fond en comble ; des milliers de chrétiens sans glle et sans ressources ; des familles privéesde leurs chefs, décimées par le glaive, la corde, rexil ou la famine, dispersées dans toutes les directions, les entants cberchant leurs pères, les maris leurs femmes, les pères et mères leurs enfants ; un grand nombre de femmes chrétiennes, devenues la proie des satellites, cachant parmi les païens la honte de leur existence ; que de deuils et que de larmes î

Presque tous étaient réduits h la misère. Il fallait vivre cependant. C'était le printemps; ils prirent le chemin des montai^nes, et, comme avaient fait leurs pères ai)rès la pcrséciilion de 1801, se mirent à les défricher. La Providence, qui nourrit les oiseaux du ciel, ne les abandonna pas, et par un motif auquel nous avons déjà fait allusion, et que nous devons signaler de nouveau comme bien honorable pour notre sainte religion, les païens eux-mêmes

vinrent à leur secours. Ils savaient en effet, par expérience, que ces chrétiens si méprisés, si calomniés, étaient en général fidèles à payer leurs dettes, chose rare en ce pays, et les habitants des

villap^es voisins do ces montagnes n'hésiièrent pas à faire aux noiivranx venus des avances eu argent et en grains, qui les sauvèrenl de la mort.

11 fallait aussi reconstituer la chrétienté frappée dans ses pasteurs et dans ses principaux chefs. Dieu y pourvut encore. Les trois hommes de contiance des missionnaires avaient échappé : Charles Hien, serviteur de M. Chastan, Pierre Tseng, serviteur de M. Haubant, et enfin Thomas Ni, petit-fils de Pierre Ni Senghoun-i, qui, depuis la mort de sa femme, s^était attaché à Mgr Imbert. A ces trois hommes échut naturellement la rude tâche de ranimer le courage de leurs frères, et de rétablir peu à peu la pratique des exercices religieux. Ils y mirent beaucoup d'activité et de zèle, malp^ré les dangers qui les environnaient; car tous les trois, dénoncés personnellement à diverses reprises, étaient encore recherchés parla police. Pendant plusieurs années, ils vécurent presque constamment cachés, et ce ne fut que longtemps après qu*ils purent se montrer librement»

lis s'occupèrent aussi de recueillir les actes des martyrs. Nous voyons dans les papiers de Mgr Imbert que, quelques mois avant sa mort, il avait lui-même délégué à cet effet Paul Tleng et Benoîte Hien. Les chrétiensassurent que Jean Ni Kieng-t'sien-i, Philippe T'soi et Charles Hien, reçurent également de révoque la même mission. Quoi qu'il eu soit, ils y travaillèrent consciencieusement, et après la persécution, Charles Hien et Philippe T'soi, les seuls survivants de ceux que nous venons de nommer, se firent aider de Pierre Tseng et de Thomas Ni, pour compléter leurs recherches. Ce recueil a obtenu l'approbation générale des chrétiens, dont un grand nombre avaient été eux-mêmes témoins oculaires des faits rapportés, et c*est là que nous avons puisé presque tous les détails édifiants donnés dans cette histoire.

L'année kiengMsa (1840) fut assez tranquille. Il y eut encore quelques arrestations, quehjues vexations locales, quelques maisons de chrétiens pillées par les satellites, niais tout cela n'éiaii rien comparé à Taffreuse tempête qui venait de finir. D'un autre côté, après plusieurs années de lamine, on eut enlin d'excellentes récoltes, ce qui diminua beaucoup les soul'frances des néophytes, et calma les ressentiments populaires, car, en Corée aussi bien qu ailleurs, l'opinion publique est moins portée aux excès en an temps d'abondance que pendant la disette.

Deox faits seulement méritent d^étre signalés. Quelques chrétiens s*étaient établn dans un village isolé de la province de Kang-ouen, lorsque, vers la fin de la troisième lune, un d*entre eux étant allé à son ancienne demeure chercher ses effets, fut rencontré à son retour par les satellites. Ils le traitèrent de voleur, et mirent la main sur son j)elil ha^af^e. Le pauvre homme, eltrayé, perdit la lôtc, déclara ([ifil était chrétien, et lïil en const'iiuence traîné à la prison de Tsioun-tsien, ainsi que les membres de sa famille et quelques voisins, en tout neuf personnes. L'un deux mourut en prison avant que le mandarin eût examiné leur affaire; les autres se rachetèrent par une lâche apostasie.

Deux mois plus tard, à la cinquième lune, Joseph T'soi que, depuis kl persécution, on avait laiissé languir dans la prison de Hong-tsiou, terminait glorieusement sa carrière de souffrances. Joseph, surnommé Tai-tsong-i, et parent du martyr François Tsoi, était du village de Tarai-kol, district de Hong-tsiou. Pendant de longues années, il avait édifié les chrétiens par sa piété filiale, par sa résii^nation joyeuse dans une extrême pauvreté, par son assiduité à la prière, lorsqu'à la huitième lune de 1839, sur la dénonciation d'un apostat, il fut pris et conduit au tribunal criminel de Hong-tsiou. Il eut à subir de nombreux interrogatoires et des tortures sans nombre, mais son courage n'en fut point ébranlé. Enfermé à la prison des voleurs, jour et nuit chargé d'une lourde cangue, n'ayant pas assez d*espace pour se coucher de tout son long, maltraité par les geéliers qui lui volaient souvent sa maigre pitance et le laissaient plusieurs jours de suite sans nourriture, il fut, après quelques semaines, mis de nouveau è la question. La nature épuisée céda, et il laissa échapper une parole d^apostasie, mais, quelques tustants après, il revint à lui-même, pleura sa faute, fit une rélractation publique, et soutint, sans faiblir, toutes les tortures que lui infligea le mandarin exaspéré. On le renvoya à la prison.

Un de ses frères, ayant pu le visiter, lui demanda quels supplices il avait eu à supporter. Joseph refusa de répondre, et dit : « Non, si mon vieux père apprenait ces détails, il en souffrirait trop. Il faut, au contraire, chercher à le consoler. » A la fin de la persécution, tous les autres chrétiens, compagnons de sa captivité, furent rais en liberté. 11 resta seul, probablement parce qu'on voulait le punir d'avoir rétracté son apostasie. Presque sans vêtements, il eut beaucoup à souffrir des rigueurs de Vhiver, mais on ne Tentendit jamais se plaindre, et, tant que ses forces le lui permirent, il accomplit r^ulièrement chaque jour

ses ezerdoes de piété. Enfin, après neaf mois de prison, il rendît paisiblement son ftme li Dieo, le 5 de la dn^mènie lune, à Tâge dednquaDte et un ans.

Quoique la persécution eût officiellement cessé depuis l'année précédente, nous rencontrons, en 1841, plusieurs nouveaux martyrs, car la paix, pour les chrétiens de cet iotortoné pays, n'est jamais ni complète ni de longue durée.

Il y avait au village de Koui-san, district de Koang-tsiou, une famille du nom de Kim, composée de trois frères qui jouissaient d'une certaine aisance, et dont la droiture et la générosité avaient attiré restime universelle. Quand ilsentendlrent parlerde la religion chrétienne, deux d'entre eux Tembrassèrent de suite, et bientôt, la grâce poursuivant son ouvrage, non-seulement le troisième frère, mais plusieurs de leurs parents, amis et voisins, se joignirent à eux, en sorte que ce petit village devint une fervente chréiienié. A l'arrivée du P. Pacifique, Antoine, Tainédes trois, vint s'établir dans la capitale» pour être plus à portée de recevoir les sacrements. 11 fit même dans sa maison un petit oratoire, où plus tard il reçut M. Maubant pendant tout un été. £n 1839, les frères Kim ayant été dénoncés, Antoine, averti k temps, alla se cacher en province, mais ses frères restés à Koui-san, et un de leurs cousins, tombèrent entre les mains des satellites. Après plusieurs interrogatoires présidés par des mandarins subalternes, ils furent conduits devant le juge du district. Augustin Kim Tek-sim-i, le second des frères, celui-là même qui, arrêté par les idées du monde, avait tardé d'abord à embrasser la religion, développa en plein tribunal les principales vérités de la doctrine chrétienne, et fut mis à la question, qu*il supporta avec beaucoup de courage. Plusieurs interrogatoires successifs, toujoursaccompagnésdesupplices, ne purent ébranler aucun des trois confesseurs, et tous les moyens de persuasion ayant également échoué, on les déposa à la prison de Koang-tsiou, où ils furent à peu près oubliés. L*année suivante, après la persécution, les enfants d'Augustin eurent permission de communiquer avec lui ; ils espéraient même le faire délivrer, mais les jours se passaient sans amener aucun changement, .\ugustin fatigué des souffrances de la prison, obsédé de tentations de découragement, gémissait de ne pouvoir obtenir ni le martyre, ni la liberté. Il en tomba malade, et après quelques semaines d agonie, mourut dans sa prison, le 38 de la première lune de 1841 , dans les plus vifs sentiments de contrition et de charité. 11 était âgé de quarante-trois ans, et avait été prisonnier plus de vingt mois.

Son frère atné, Antoine» n*avait po cependant échapper longtemps aux perquisitions. Pris avec tonte sa famille, et conduit au grand juge criminel de la capitale, il se montra plus fort que les tortures. Il s'établit dans la prison comme chez lui, disposa

tout pour y passer le reste de sa vie, et rien dans son air ou ses paroles ne témoigna jamais qu'il eiii le moindre désir de vivre ou d'être délivré. I.es prisonniers païens prêtaient volontiers l'oreille à ses diseours, et il les prêcha avec tant de ferveur, que deux d'entre eux se convertirent. Le 8 de la troisième lune intercalaire de 1841, on le frappa de soixante coups de la planche à voleurs, et^ comme il demeurait inébranlable, on Téirangla en prison la nuit suivante. 11 avait alors quarante-sept ans.

Le troisième frère fut laissé à la prison de Koang-tsiou, avec son cousin germain. Leur fermeté n'a pas été à l'abri de tout soupçon, car depuis la mort d'Augustin, ils ne furent ni battus, ni mis à la torture. Un fait néanmoins qui semblerait prouver en leur &veur, c'est que, lors de l'amnistie générale prodamée à la naissance de l'héritier présomptif du trône, ils ne furent point mis en liberté.

Parmi les chrétiens échappés aux perquisitions de 1839, et sur lesquels la police voulait, à tout prix, mettre la main, nous devons noter en première ligne Phili[»j)e T'soi Uei-ouen-i, qu'il ne faut pas confondre avec Philippe T'soi Hei-tenk-i étranglé à la neuvième lune de 183i). Celui dont nous parlons était le frère aioé de Jacques T'soi, dont nous avons raconté le martyre. Leur père, exilé à Ueng-baien 1801, y étant mort, Philippe qui n'avait alors que dix ans, chargea le corps sur ses épaules, et alla l'enterrer dans un lieu éloigné, puis, après la mort de sa mère, se retira avec son frère chez un de ses oncles, oh ils passèrent plusieurs années occupés aux travaux des champs. Lorsque son frère Jacques se maria, Philippe le suivit, et tons deux ensemble allèrent s'établir à la capitale. Sans cesse occupés à consoler les affligés, à réchauffer lestièdcs, à instruire les ignorants, Philippe et Jacques se firent remarquer de tous par leur infatigable charité. Après l'arrivée des missionnaires, ils montrèrent un zèle tout particulier pour préparer des oratoires, et disposer les chrétiens à la réception des sacrements ; aussi, quand la persécution éclata, furentils immédiatement dénoncés. Philippe était absent de la maison, quand son frère Jacques fut pris, et il dut dès lors se cacher avec soin, ce qui toutefois ne Tempécha pasd'aiïronter les plus grands dangers pour recueillir les corps des martyrs. Après la persécution, il travailla avec Charles Bien et Jean Ni, à réunir, vérifier

et compléter les actes de tous ceux qui en Corée avaient souffert pour la foi, faisant de cette occupation même une préparation à la mort, car il n'ignorait pas les poursuites dont il était Tobjet.

Ces poursuites furent poussées a?ec tant de vigueur, que pendant la deuxième lune de 4841, on arrêta et mit h la question plusieurs cliréliens soupi onnés de connaître le lieu de sa retraite. Le premier (]iii fui saisi pour re motif, était André He Tai-pok-i, homme d'un caractt'^re droit, doux et dévoué. 11 avait dans sa jeunesse oublié ses devoirs, et pris une concubine ; mais converti par les exhortations de quelques chrétiens fervents, il eut le courage de rompre ce commerce illicite, et de faire une longue et sincère pénitence de ses égareflients. Pour mieux reconnaître la grâce que Dieu lui avait accordée, il se dévoua au salut du prochain, exerça son zèle envers beaucoup de chrétiens tièdes, et convertit nombre de païens. Pendant la persécution, il ne cessa, malgré le danger, de visiter les prisonniers, de courir pour leur service de eôté et d*antre, le jour et la nuit, par le froid et la pluie. Mais son œuvre de prédilection était d'enterrer les martyrs ; cl Ton parle encore de la sai;acilé, du sang-froid, de l'intrépidité (ju'il déployait en ces occasions. Dénoncé à la deuxième lune de 1811, comme complice et ami de Philippe T'soi, il sup- |)orta les tortures sans rien déclarer. Le jiic^e, voyant que sa résolution était inébranlable, ordonna de le laisser en prison jusqu a nouvel ordre.

François Kouen Sieng-ie, frère aîné du martyr Pierre Kouen, signalé aussi comme devant connaître le lieu de la retraite de Philippe, fut saisi à la même époque. Né de parents chrétiens qu*il eut le malheur de perdre dès son enfance, François avait été élevé au milieu des païens et, pendant de longues années, ne connut le christianisme que de nom. La Providence lui ayant fait enfin rencontrer quelques néophytes, il sinstruisit, fit instruire toute sa famille et devint un modèle de ferveur. Les missionnaires remployèrent souvent pour les dinérentes affaires de la mission. Dès 1S37, ilémigradans la province de Kang-ouen pour fuir la persécution (jui menaçait, et en i831), lors de l'arrestation de son frère, il eut beaucoup de peine à échapper aux recherches des satellites. Etabli en pays païen, il se croyait à l'abri de tout danger, lorsque, trahi par un mauvais chrétien qui connaissait sa demeure, il fut pris à l'improviste, dans le district de T'siong-tsiou, à la fin de la troisième lune intercalaire de 1841 . Conduit d'abord à cette ville et interrogé sur sa foi par le mandarin, il lui exposa les principales vérités catholiques, et vengea victorieusement la

religion des calomnies habituelles des païens. 11 fut expédié ensuite à la capitale, où le juge criminel lui ordonna d'indiquer la retraite de Philippe T soi. Il répondit ne pas la connaître et tut, en conséquence, misa la question. Six interrogatoires, accom- |)agnésd»^ supplices atroces, n'ébranlèrent pas son courage, et sur Tordre du juge, on le laissa en prison.

Peu de jours après l'arrestation de François Rouen, les satellites ayant cerné une maison qu'on leur avait désignée comme suspecte, y rencontrèrent un homme qui n'était pas de la famille, et lui demandèrent son nom. « Je m'appelle T'soi. — Ton nom de baptême ne serail-il pas Philippe? — Oui, » répondit le ehrétien. Aussitôt, poussant des cris d*une joie féroce, les satellites le lient, ainsi que ses hôtes, et le conduisentau juge criminel. Celui-ci, enchanté d'une telle capture, lui dit avec un sourire ironique : « Tu es un rusé compère de nous avoir ainsi échappé pendant trois ans, mais, h la fin, nous avons été plus rusés que loi, et te voilà pris. .Mainlenanl, commence par renier ton Dieu. — Non, jamais, m répondit Philippe. Le juge ordonna de lui infliger une torte bastonnade, et les bourreaux olx-ircnt avec allégresse. Puis il îijnuia : « Non content de suivre celt(^ infâme religion, tu as corrompu un nombre intini de personnes. Tu as souvent reçu les prêtres étrangers dans ta maison ; ils t'ont remis beaucoup d'objets en dépôt. Ta faute est dix fois plus grave que celle des autres. La mort t'est due à bien des titres, et tu peux être sùr de ne pas y échapper. » On passa alors au cou de Philippe une lourde cangue, et il fut conduit à la prison. Pendant quatre mois, il n'eut pas d'autre interrogatoire à subir; mais on ne saurait raconter tontes les vexations qu'il eut k souffrir de la part des geôliers et des satellites. Son admirable patience ne se démentit pas un seul instant ; il n'ouvrait la bouche que pour instruire et encourager ses compagnons de captivité. .\près quatre mois, cité de nouveau devant le juge qui le somma d'apostasier, Philippe, toujours ferme, fut torturé et flagellé avec plus de violence (|ue jamais, puis renvoyé h la prison.

Parmi les chrétiens arrêtés eu même temps que lui, nous citerons Jacques Ni et sa tante Anaslasie Tsiniig. Jacques Ni Koun-kiem-i était d'une famille noble du village de Mat-meri, au district de In-t'sien, et avait toujours montré beaucoup d'exactitude à remplir tous ses devoirs. Quand les satellites entrèrent chez lui pour chercher Philippe T'soi, il ne fit paraître aucune frayeur, leur servit du riz et en mangea lui-même avec calme. 11 se montra inébranlable devant les juges et dans les supplices.

Son corps étant couvert de blessores, et ses forces épuisées, il fut pris d'une dyssenterie qui remporta en quelques jours. Il mourut en prison, vers la fin de la cinquième lune, à Tàge de irenie-six ans. Anastasie Tsiang, née à Hle lok-niou-to dans le golfe voisin delà capitale, fut instruite de la relip^ion h l*âge de vingt-cinq ans. Devenue veuve (jiiclque lemps a()K's, sans maison, sans ressources, elle avait passé le temps de la persi'cnlion, en se cachant de côl«' et d'autre, puis enfin, ayant retrouvé son neveu Ja('((ues, était venue demeurer avec lui. Elle ne faiblit pas dans les supj)lices, et lut renvoyée à la prison avec les autres confesseurs.

Plusieurs mois se passèrent sans (jue le gouvernement prit aucune résolution à leur égard. Cependant, il fallait se déliarrasser d*eux de quelque manière. D'après la loi, un chrétien non apostat ne peut être remis en liberté ; d'un autre côté, on ne voulait pas recommencer des exécutions publiques avec grand appareil. On résolut donc de les étrangler secrètement. André He et François Kouen moururent les premiers, après plus de six mois de prison, le 10 de la huitième lune 4841. François avait alors quarante-six ans ; on ne sait pasFàgc exact d'André. Un chrétien, probablement un apostat, délivré le malin de ce même jour, leur taisant ses adieux et les plaignant de leur triste sort, André Hc lui répondit : '( Ce n'est pas nous qu'il faut plaindre, au contraire, nous n'avons jamais été si heureux. » Quelques jours j»Ius tard, le li de cette même huitième lune, Anastasie Tsiang fut aussi étranglée, à l'âge de quarante-huit ans. Enfin Philippe périt par le même supplice, après sept mois de captivité, le 23 de la neuvième lune, à Tàge de cinquante et un ans.

Le supplice de ces confesseurs se rattache, comme on Ta vu, à la grande persécution de 1839, qu'il vint clore d'une façon bien glorieuse pour TÉglise de Corée. Le nombre des prisonniers était sans doute très-petit en 1841, mais jamais peut-être il n'y eut, proportion gardée, si peu d'apostats et tant de martyrs.

Après avoir eu mille l'ois l'occasion d'admirer le courage et la patience de nos néophytes, devant les tribunaux et devant la mort, reposons-nous (inehjues instants dans le récit des vertus cachées d'une âme revenue, il est vrai, bien tard à son Dieu, mais qui, dans ses dernières années, semble avoir marché à pas de géant dans les voies de la perfection. 11 importe de ne pas laisser perdre des souvenirs encore vivants aujourd'hui dans le cœur d'un grand nombre de chrétiens, mais que le temps ferait rapidement disparaître.

Pierre M Pa-ou-i, plus connu sous le nom de Ni Tsiem-tsi, naquit d'une famille du peuple au district d»» Nie-tsiou, vers Tan 1775. Ses doux sœurs étaient mariées, l'ainée à la capitale, l'autre à Siou-ouen, et api es la mort de son père, Pierre, encore enfant, suivil sa mère tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre de ses sœurs. Vers le temps de l'arrivée du P. Tsiou, pendant un séjour à la capitale, la mère de Pierre entendit parler de la religion chrétieoDe pour la première foi». Après s'en être bien iDstruite, elle renseigna k ses trois enfants. Le mari de sa fille aînée ne Toulot pas Tembrasser, mais il n'inquiétait pas les personnes de sa fa* mille dans la pratique de lenrs exerciees religieux, et Pierre suivil en toute liberté les avis de sa pieuse mère. Bientôt elle tomba malade, et mourut entourée de ses enfaiils (jui, ne pouvant contenir leur douleur, lui criaient en gémissant : « Mère, mère, allez auprès de Jésus et de Marie. » Ils crurent entendre une TOix du ciel qui leur répondit distinctement, trois fois de suite : «Oui, oui. » Plusieurs des assistants, y compris le beau-fils jusque-là infidèle, furent tellement frappés d'admiration que, le jour même, ils se déclarèrent chrétiens.

Pierre resta quelque temps chez sa sœur aînée, pratiquant avec fidélité ses devoirs religieux, mais sans être baptisé; il se maria ensuite à une chrétienne. La persécution de 4804 ayant dispersé et ruiné presque tous les néophytes, il se trouva dans une si grande misère qu'il dut, ainsi (jue son beau-trère, exercer le métier de cordonnier pour gaj^ner sa vie. Ce métier, considéré en Corée comme très-vil, le fit mépriser de ses connaissances, et Pierre, ne pouvant supporter leurs plaisanteries, quitta la capitale, se lia avec des gens sans aveu, et se mit à courir le pays, de côté et d'autre, sans avoir de demeure fixe. On conçoit que, dans cette vie nomade de chercheur d^aventures, il ne devait guère pratiquer la religion; néanmoins, il y restait attaché, et gardait au fond du cœur un vague désir de se convertir un jour. 11 vécut de la sorte pendant de longues années, sans avoir aucune relation avec les chrétiens. A la fin cependant, il retourna à la maison de sa seconde sonir, et, touché de ses avis, reprit [leii à peu (juelqiies exercices de piété, quoique souvent encore il se laissât eut rainer dans ses vieilles habitudes de vagabondage. Tous lui rendent celte justice que, même dans ses plus mauvais jours, la pureté de ses mœurs ne fut point soupçonnée. A Tàge de cinquante et un ans, il tomba gravement malade et fut, probablement par les soins de sa sœur, baptisé à l'extrémité. 11 échappa cette fois à la mort, et la grâce

(lu sacrement ayant agi sur soo cœur, il prit la terme résoluUoo de changer de vie.

A partir de ce jour, il fut un homme tout nouveau. Se rappelant que la vanité blessée avait été la première cause de ses fautes, il travailla d'abord à acquérir une véritable humilité, et fit dans cette vertu des progrès merveilleux. 11 était tellement convaincu de son indignité et de son néant, qu'il se mettait au-dessous de tous les hommes, et dans le fond de son cœur se regardait sincèrement comme le plus misérable et le dernier des pécheurs. L*humilité, selon la promesse de Notre-Seigneur, amena bientôt à sa suite loiites les autres vertus : la vraie contrition, la ferveur dans la prière» rcs|)ril d'oraisoii, la morlificalion, la douceur, la patience, etc.. Pendant la famine, un jour que Pierre mendiait quelques jçrains de riz, un chrétien l iche, touché <le sa misère et de son grand âge, lui donna dix rdiiangs ^^environ vingt francs). 11 les avait acceptés quaud, après réflexion, il les rendit au donateur. Celui-ci ne voulut pas les reprendre, mais Pierre les déposa à terre et partit, disant qu'il n'osait pas recevoir une somme si considérable, que c'était déjà trop pour lui d'obtenir, en mendiant, sa nourriture de chaque jour. Sies habits étaient de simple toile, toujours vieux et rapiécés, et jamais il ne se plaignit du froid, même dans les hivers les plus rigoureux.

Lorsque les satellites envahirent Kot«tangi, en 4839, ils rencontrèrent Pierre et lui dirent : « ïoi aussi, tu suis la religion chrétienne? » Pierre, dans l'humilité de son cœur, répondit ingénument : « Vraiment oui, je suis chrétien ; mais ce que je fais est bien peu de cliose. » Les satellites, peu soucieux d'une capture aussi insigniliante, passèrent outre. Otte réponse fut longtemps pour Pierre une cause de regret etdangois.se; il craignait qu'on ne Peut prise pour une parole d'apostasie. Rencontrait-il des chrétiens, il se mettait à ]>leurer et demandait si, en parlant delà sorte aux satellites, il ne s était pas rendu coupable d*un péché mortel. Souvent il passait la nuit seul, dans les montagnes, se nourrissant d*herbes et de racines, et ne voulant plus aller chez les chrétiens, dans la crainte que sa présence ne les compromit.

Sa femme étant morte en 4840, il se retira chez sa fille aînée

qui demeurait alors à Ien-p*ong, dans la maison d'un noble nommé Amhroise Ni, chrétien assez indifférent. 11 v fut bientôt pris d'une maladie grave qui le tint plusieurs mois couché ; c'était la dernière épreuve par laquelle Dieu voulait purilier cette sainte àme. Son corps, crevassé eu plusieurs eudroits el couvert de pus.

répandait une odeur féiide ; ses souiTranees élaienl extrêmes, et cependant, quand il était seul et se croyait sans témoins, il s*étendait sur la terre nue ou sur des pierres, dans la pensée qu'une natte était d*nn trop grand luxe pour lui. Cette humble et héroïque

paliencc frappait d'admiration les païens aussi bien que les chrétiens. Pierre souhaitait ardemment qu'un de ses neveux, homme fervent et instruit, vint le préparer à la mort ; Dieu lui accorda cette grâce. Quand ce neveu arriva près de lui, son corps épuisé n'avait plus qu'un souffle, mais ses idées conservaient encore toute leur lucidité. Us passèrent la nuit en conversations pieuses, et le lendemain vers midi, pendant qu'ils parhiient encore de Jésus el de Marie, tout à coup Pierre dit avec une joie sereine : « VoiU Jésus et Marie qui viennent à moi, du côté de Touesl, » et en disant ces mots, ilexpira. C'était le 6 de la première lune de 4 841 ; il avait alors soixante-six ans.

Quand Pierre eut rendu le dernier soupir, l'odeur nauséahonde qui s'exhalait do son corps cessa subitement, et quoique le ciel fût très-pur et sans \c. moindre nuage, un météore semblable à un arc-en-ciel très-brillant parut et se re[»osa sur lu chambre où était le corps. La nouvelle de cet étrange |>hénomène se répandit rapidement dans le voisinage, et tous, chrétiens et païens, sortirent de leurs maisons pour le voir de leurs propres jeux, et ne purent retenir Texpression de leur étonnement. Quand on voulut Tenterrer, la terre était partout gelée et couverte d*une neige abondante ; on ne savait oh creuser la fosse. On découvrit enfin un petit espace, de la largeur et de la longueur nécessaires, où la terre n'était ni gelée, ni couverte de neige, et là on déposa le corps de ce [>auvn» mendiant, pour la mémoire duquel, non-seulement nos néo[)liyles, mais les païens eux-mênies ont conservé la plus grande vénération. 11 est certain que Pierre pratiqua la vertu d'humilité dans un degré héroïque ; quant au signe éclatant par lequel Dieu aurait glorifié celui qui de luimême s*était tant abaissé, nous dirons seulement que plusieurs des personnes qui avaient vu cet arc-en-ciel ont affirmé le fait par un serment solennel, et ont déposé entre les mains de Mgr Daveluy leur témoignage écrit et signé de l'authcDiicilé du prodige.

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