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D'autres chrétiens arrêtés en même temps aposiasièrent, et furent relâchés sur-le-champ. Les trois femmes furent conduites au mandarin, mais, chemin faisant, les satellites voyaiii (|iie la mère n'avait pas la force de les suivre, s'en débarrassèrent en la renvoyant chez elle. Les deux prisonnières comparurent devant le mandarin de Tuen-ao qui, ému de compassion à la vue des petits eofaats de Suzanne, employa tour à tour les caresses et les menaces pour obtenir Tapostasie de ces courageuses chrétiennes, sans tottt^ois les mettre à la torture. A la fin, il les renvoya à Eong-tsiott, chef-lieu de la province. G^étaitles envoyer à la mort. Suianne le comprit, et confia ses enfants à un chrétien qui devait les reconduire à leur père. A Kong-tsiou, les deux femmes eurent à subir, à plusieurs reprises, des supplices si cruels, que leurs jambes et plusieurs de leurs côtes furent rompues ; mais elles ne laissèrent pas échapper une |)lainte. On les reporta à la prison, où on les élran^cla le mcnie jour que Thomas Song. Leurs corps, jetés dans les champs, lurent ensuite eulcrré:> par les chréliens dans une même fosse.
11 y eut, en outre, dans les différentes provinces, une vingtaine d'autres martyrs, dont trois dans le Picng-an, deux dans le Hoaog-hai, les autres à Kong-tsiou, à Song-to, etc., mais il a été impossible d'obtenir des documents précis sur leur nombre, leurs noms et les circonstances de leur mort. Ordre était donné dans tout le royaume de brûler les livres et objets de religion que Ton pourrait saisir; la surveiUance mutuelle de cinq eo cinq maisons, responsables les unes des autres, était rétablie avec beaucoup de rigueur, surtout dans les grandes villes; les mandarins devaient par tous les moyens possibles obtenir Tapostasie des chrétiens. La plupart d'entre eu.x profilèrent d'une aussi belle occasion de satisfaire à la fois leur rapacité et leur haine du nom chrétien. Ils torturèrent cruellement tous les néophytes qui leur tombèrent sous la main, pillèrent et brûlèrent leurs maisons, et les réduisirent h la plus affi eiise misère. Beaucoup d'autres mandarins cependant se mirent peu en peine d'exécuter strictement les ordres de la cour. Quelques-uns même, opposés par principe à la persécution, inveotèreui des stratagèmes pour tirer les chrétiens d'embarras, et un certain nombre de prisonniers furent, après des interrogatoires insignifiants, relâchés comme apostats, sans avoir en réalité donné aucun signe d*apostasie.
Mais si Ton était disposé, au moins partiellement, è fermer les yeux sur les chrétiens indigènes, et à les laisser provisoirement
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tranquilles, on ne mettait que plus d'ardeur à poursuivre les missionnaires européens. D'après les dénonciations du traître Ni Soo-i, on était sûr qu'il y en avait au moins neuf en Corée ; on soupçonnait lexisteuce des autres. Aussi, dès le premier jour de la persécatioo, les ordres les plus sévères farent-ils expédiés à tous les gouverneurs et magistrats ; et de nouvelles lettres venaient, chaque semaine, stimuler leur activité et leur vigilance. Tout d*abord, le gouvernement ordonna de placer, à diaque rencontre de chemins, des guérites pour des gardiens chaiîiés de ne laisser passer aucun voyageur sans Tavoir rigoureusement examiné ; mais, au bout de quelques jours, les soldats s'ennuyèrent de ce pénible service, et, sauf dans le voisinage immédiat de la capitale, laissèrent partout ailleurs les guérites veiller seules. On envoya également à tous les lonctionnaires et agents de l'autorilé les signalements des Européens, fournis par Ni Son-i et d'aulies apostats, avec promesse de brillantes récompenses pour ceux ([ui les feraient prisonniers. Nous avons vu que le résultat de ce plan infernal fut, en moins d'un mois, l'arrestation de neuf missionnaires. Les trois autres échappèrent, mais il est difficile de dire ce qu'ils eurent à souffrir dans ces terribles moments. Pourchassés de retraite en retraite par les satellites et les espions, cachés le jour dans des trous de murailles ou dans les rochers les plus inaccessibles des montagnes, errants ht nuit dans des chemins écartés et quelquefois impraticables, Tâme déchirée de mille angoisses à la vue de la ruine de leurs chrétientés, du découragement des néophytes, de l'apostasie des faibles, bien souvent ils souhaitèrent de tomber dans les mains des persécuteurs, et, comme ils l'ont avoué depuis, plus d'une fois ils songèrent à se livrer eux-mêmes.
« J'ai tout perdu, » écrivait M. Pérou au séminaire des Missions-Étrani^vres, » j'ai tout perdu, jusqu'à mon bréviaire. Je ne possède plus que les habits qui me pourrissent sur le corps. Je ne puis attendre aucun secours de mes chrétiens qui sont eux-mêmes complètement ruinés. Tous sont frappés d'ailleurs d'une terreur incroyable qui paraly.se toutes leurs facultés, et devient pour eux le plus grand péril, car beaucoup auraient passé inaperçus, s*ils ne s'étaient trahis d'avance en prenant la fuite. Inutile de vous raconter comment j'ai vécu pendant tout ce temps. Vous n'ignorez pas ce que c'est que le temps de persécution ; plusieurs d'entre vous le savent par expérience. Mais si cette vie est dure, la Providence divine est bien douce. Je puis dire que j'ai marché de miracle en miracle, allant là où je ne voulais pas, n'allant pas
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là ou je voulais, ei toujours j'ai reconnu que si j'avais fait selon ma volonté, je ne sais pas, ou j>lutôt je sais Irès-bien ce qui me serait arrivé. Et puis, dans une cachette obscure et étouffante, on sent le bon Dieu de plus près, et l'on n'échangerait pas volontiers une pareille existence pour une autre plus douce à la nature. »
De son côté, M. Ridel écrivait à sa famille : « En apprenant le martyre de Mgr Berneux, je me mis en route avec quelques chrétiens pour gagner Tsin-pat. 11 y avait une rivière à traverser. Un courrier du gouvernement se présente en même temps
que nous pour passer. J'entre le dernier dans le bateau, et me tourne à l'avant pour ne pas être reconnu. La conversation s'engage, (f Moi, » dit un païen au courrier, «je reviens deTiei-tchen pour l'affaire de ces coquins d'Européens que l'on a pris à la capitale. Y en a-t-il aussi à Tiei-tchen ? — Oui, » répond le courrier, «il y en avait deu.x; j'ai porté Tordre de l«'s prendre, et ils ont été arrêtés. » Et il se mit à les décrire si bien que je reconnus facilement qu'il s'agissait de MM. Pourthié et Petitnicolas. Mes chrétiens effrayés ne soufflaient mot; j'essayais de faire bonne contenance. Le premier interlocuteur ajouta : « A-tron arrêté aussi leurs femmes ? — Us n*en ont pas. — £t comment font-ils leur ménage? — Ah ! je n*en sais rien. Allez leur demander. » Cette réflexion fit rire les chrétiens et empêcha de remarquer leur tristesse trop visible. Arrivé à Tsin-pai, je donnai les sacrements à quelques personnes, je fis enterrer tous mes livres et effets, et je partis le 42 mars, pour aller, je ne savais où, chercher un refuge. André, mon maître de maison, m'accompagnait avec sa femme et ses enfants, et un certain nombre de chrétiens. Le soir même, Tsin-pat était envahi parles satellites de la capitale, avec ordre précis d'arrêter l'Européen qui y résidait habituellement, cl toutes les personnes à son service.
« Après avoir changé plusieurs fois de retraite, et dépensé tout ce que je possédais à nourrir les chrétiens qui m'avaient accora pagné, j'ai été obligé d'en renvoyer le plus grand nombre, et je suis venu me réfugier dans un petit hameau au milieu des montagnes. J'ai couché quinze jours à côté d'un homme qui avait la fièvre typhoïde, et à la moindre alerte, à chaque visite que recevaient mes hôtes, je me cachais sous un tas de bois. G*est là que, le mardi de Pâques, j*ai appris la mort de Mgr Davelny. Le soir, les enfonts d'André causaient entre eux de cette triste nouvelle. J'entendis Anna sa fille ainée, âgée do douze ans, qui disait à ses jeunes frères: « Ou va bientôt venir preudre le Père,
avec papa et maman ; on nous emmènera aussi, on nous dira : Renonce à la religion ou bien je vais te faire couper en morceaux. Que feronsHDOus? — Moi, » dit le plus grand, «je dirai : Faites comme vous voudrez, mais je ferai comme papa ; je ne renoncerai pas au bon Dieu, et si on me coupe la téte, j*irai chez le bon Dieu. — Et moi, » ajouta Tautre, « je dirai au mandarin : Je veux aller au ciel. Si vous étiez chrétien, vous iriez aussi au ciel; mais, puisque vous* faites mourir les chrétiens, vous irez en enfer.» Alors Anna serrant ses deux frères dans ses bras leur dit : « C'est bien, nous mourrons tous et nous irons au ciel avec papa et maman et le Père. Mais pour cela il faut bitMi prier le bon Dieu, car on nous fera bien mal. On nous arrachera les cheveux, les dents, les mains; on nous frappera avec un gros bâton; et le Père dit que si Ton n'a pas bien prié, on ne pourra pas y tenir. » Quelques instants après, le plus jeune des deux frères alla trouver sa mère : « Maman, est-ce qu'on tuera aussi le petit enfant ?
(son petit frère qui n'avait que quatorze mois) » J*ai passé
près d*un mois et demi dans cette retraite, enviant le sort de nos martyrs, faisant pénitence pour mes péchés qui m'^nt privé du bonheur de partager leur sort, et méditant surtout ces paroles : Que votre volonté soH faite sur la terre comme au del! J*avais pu rattraper le Parfum de Rome, et, en relisant ces belles pages dans mes longues journées de loisir, j'y trouvais des tableaux frappants de notre état actuel. Ne sommes-nous pas, en Corée, au temps des catacombes?... Knfin le S mai, j'ai eu des nouvelles de M. Féron, qui se trouvait caché à (|uel((ues lieues de moi, et le ir>, après un voyage de nuit qui na pas été sans danger, j'ai pu me jeter dans ses bras. »
M. Calais fut, des trois missionnaires, celai qui courut les plus sérieux périls. « Je m'étais réfugié, » raconte-t-il, c dans la ville païenne de Moun-kien ; mais un soir, un léger accès de toux trahit ma présence pendant qu*un païen se trouvait à la maison. Je partis la nuit même, et guidé par le chrétien qui m*avait donné asile, je cherchai à regagner par des chemins détournés le village de Hau-sil oii j'avais fait Tadministration quelque temps auparavant. Nous nous égarâmes dans les montagnes, et vers midi seulement nous aperçûmes Hau-sil k une lieue de distance. Je renvoyai mou guide qui, eu arrivant, trouva sa maison dévastée pai' les païens, et je continuai ma roule en portant mou paquet sur mes épaules. Je n'avais rien mangé de|)uis la veille, j'étais épuisé de laliguc Vers trois heures, j'arrivai aupri's d'un petit groupe de maisons chrétiennes. Quelques femmes étaient
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for la porte d^oiM cabane, mais en approcbanl je vis qoatre satellites qui venaient de les arrêter. Je venins fuir, mais ils me
saisirent auvssitôt, m'arrachèrent mon paquet, et me demandèrent : « Qai es-tu? D'où viens-tu? Où vas-tu? » A ces questions, je vis que je n'étais pas reconnu pour Européen, et je gardai le silence. Une (ies chrétiennes s'approcha alors et leur dit : « C'est mon « beau-père, ne voyez-vous pas qu'il est sourd. Dites-moi ce que « vous lui voulez, et je me charge de le lui faire comprendre. » Les satellites demandèrent de l'argent. On parlementa, et l'on convint d*aller appeler les chrétiens cachés dans la montagne. Celui qui me gardait essaya plusieurs fois de me faire parler. 11 me don* nait des coaps de poing en me criant dans les oreilles : « Ente tends-tu? parle donc. » Les chrétiens, apprenant que le prêtre était arrêté, vinrent en assez grand nombre, et voyant que Ton voulait seulement de l'argent et qu'il n*était pas question de religion, ils se méfièrent de quelque fourberie. Interrogèrent les prétendus satellites et les forcèrent à avouer qu'ils n'étaient que des voleurs. Ils les châtièrent et les laissèrent aller.
« Je pus encore enteinire (|uel(|ues confessions, et donner la sainte ronimuiiion le jour de Pâques. Puis, prévenu que les satellites ne tarderaient pas à arriver h Hau-sil, je partis le jeudi suivant, accompagné du chrétien Thomas lou, pour me rendre à un autre village. A la ville de Nieun-phoni^. nous eûmes à passer devant une auberge ; on nous cria : « Qui ètes-vous? Oîi allez- « vous t » Nous nous contentâmes de presser le pas, mais les soupçons étaient éveillés, et nous fûmes bientôt saisis par cinq satellites, qui se mirent è me considérer de la téte aux pieds, par devant et par derrière, et soupçonnèrent que j'étais un Européen. On nous conduisit à Tanberge pour nous examiner de pins près. Thomas, qui marchait devant, se débattait si violemment que les satellites qui étaient à côté de moi s*avancèrent pour porter secours à leurs camarades. Je profitai aussitôt de la circonstance pour prendre la fuite. « L'autre se sauve, » crièrenlils tous, et j)lusieurs se mirent h ma poursuite. Je courais de toutes mes forces, quand ma ceinture, dans laquelle j'avais (juelques cenlaines de sapèques, se déchira et tomba sur les pierres du chemin. Les satellites, à ce son bien connu, se précipitèrent sur le butin, se battirent en le partageant, et ne songèrent j>lus à moi. Jamais auparavant je n'avais porté d'argent sur moi dans mes voyages; c'était toujours un de mes compagnons qui tenait la bourse; mais le bon Dieu, pour me sauver des mains des méchants, avait permis que je m'en fusse chargé moi-même ce
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joor-là. Je parvins à gagner on yillage chrétien ; je n*08ai m'y arrêter, et, accompagné d*un ou deux hommes de bonne volonté, je me réfugiai dans un fourré presque impénétrable des montagnes voisines, un mi repaire de tigres, où je dormis huit jours
à la belle étoile, sur la terre nue. Plus tard, je pus arriver à Somba-kol, à travers un pays tout païen, couchant, côte à côte avec six ou huit i)aïens, dans les auberges de la route. Dieu me garda de tout accident. A Somba-kol, je fis l'administration annuelle et distribuai les sacrements; j'eus même la consolation de baptiseï' quehjues païens adultes, qui ne craignaient pas, en face de la mort, de se déclarer chrétiens. J'ai su depuis que Thomas lou, sur lequel on avait pris mon Nouveau Testament latin, fut conduit devant le mandarin, lequel, à la vue de ce livre, entra dans une fureur épouvantable contre les satellites qui m'avaient laissé échapper. Thomas subit deux ou trois fois les questions et la bastonnade, mais à la fin, voyant qu'on ne pouvait lui arracher aucune dénonciation contre moi, on le mit en liberté. »
Au mois de mai, la persécution se ealma un peu. On recherchait toujours les missionnaires, mais on n'arrêtait plus les chrétiens. Le gouvernement craignait, en maintenant dans le pays une aussi grande agitation, d'empêcher la plantation du riz. D'ailleurs, la sécheresse était extrême ; l'orge, qui est la principale nourriture pendant l'été, menaçait ilo sécher sur pied ; et les païens eux-mêmes criaient de tous côtés (pif la cruauté déployée contre les chrétiens avait irrité le ciel, et tait manquer la pluie. Les ennemis de la religion remirent donc à l'automne la réalisation de leurs plans.
MM. Pérou et Ridel s'étaient réfugiés ensemble dans un petit hameau de quatre maisons, chez une pauvre veuve chargée de six enfants encore en bas âge. La retraite était sûre, et cette femme, malgré son dénuement, malgré le danger qu'elle courait en leur donnant asile, les avait reçus et les gardait avec une cordialité si dévouée qu1ls y restèrent près de deux mois. La famine régnait dans la contrée; les pauvres chrétiens du hameau coupaient l'orge encore toute verte, et en faisaient leur nourriture. Les deux missionnaires essayèrent de ce régime, mais dès la première fois, ils éprouvèrent une indisposition si violente qu'il fallut y renoncer. Les chrétiens mirent en commun leurs (1ernières ressources, vendirent tout ce (pi'ils avaient, et parvinrent à leur procurer deux boisseaux de riz.
Vers le 15 juin, MM. Féron et Ridel eurent des nouvelles de
M. Calais, qu'ils croyaient mort dans les montagnes, et purent correspondre avec lui. C'est alors que, d'un commun accord, ils décidèrent que l'un d'entre eux devait j^agner la Chine, pour faire connaître les désastres que la mission venait de subir, et travailler, si possible, à y porter remède. M. Féron qui était le plus ancien des trois, et à ce titre remplissait les fonctions de sopérieur, désigna M. Ridel poar ce voyage. Le missionnaire obéit, et quitta en pleurant sa chère mission de Corée.
« Nous ftroes préparer une barque, écrit-il, ee qui nous coûta des peines extrêmes; enfin le jour de la Saint-Pierre, je quittai de nouveau M. Féron. Les satellites étaient de tous les côtés, gardaient toutes les routes; les douan&s étaient plus vigilantes que jamais, et les soldais de la capitale mettaient les barques en réquisition pour transporter les matériaux destinés à la construction du nouveau palais; tout autant de périls qu'il nous fallait éviter. J'étais caché au fond do mon petit navire, monté par onze chrétiens résolus , et nos craintes furent grandes pendant trois jours que nous naviguâmes à travers les iles qui bordent la céte, mais Dieu vint à notre aide, et le sang-froid de mon pilote nous tira d'affaire. Ëofin nous gagnâmes le large ; j'avais apporté une petite boussole : je donnai la route pour filer en pleine mer sur les côtes de Chine. Mes pauvres marins n'avaient jamais perdu la terre de vue; quelle ne fut pas leur frayeur lorsque, le soir, ils ne virent plus autour d'eux que Fimmensité des mers? Un vent furieux se déchaîna; nous essuyâmes une violente bourrasque et, pendant deux heures, nous eûmes toutes les peines du monde k maintenir notre navire. Figurezvous une petite barque toute en sapin, les clous en bois; pas un seul morceau de fer dans sa construction ; des voiles en herbes tressées, des cordes en paille. Mais je l'avais appelée le Sni/it- Joseph; j'avais mis la sainte Vierge à la barre et sainte Anne en vigie. Le lendemain, point de terre; le troisième jour nous rencontrâmes des barques chinoises : le courage reveuail au cœur de mon équipage, mais le calme nous surprit. Â la nuit, nous oAmes encore un coup de vent qui dut nous pousser fort loin dans la bonne direction; le vent soufflait par soubresauts de droite à gauche ; la mer se gonflait et frappait les flancs de la barque; on ne pouvait voir à deux pas dans Tobscurité, et il tombait une pluie torrentielle. J*admirai le courage de mon pilote; il resta toute la nuit au poste, ne voulant pas céder sa place avant que Forage ne fût passé, et tenant fidèlement la direction que je lui avais donnée.
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« Enfin le vent cesse, les nuages se dissipent; il ne reste plus que le roulis, et bientôt l'orient en feu nous fait présager une belle journée. Où étions*nou8, où avions-nous été jetés par la tempête? Telle était la question que nous nous posions, lorsqu'un matelot fait remarquer un point noir; peu à peu il grossit; c'est une terre dans la direction que nous avions prise; plus de doute, e*estla Chine. Puis on signale un navire; bientôt, à ses voiles, on reconnaît un navire européen ; il vient vers nous. Tordonne de passer tout h côté, el je tais hisser un petit drapeau incolore que j'avais eu soin de préparer avant de quitter la Corée. Celait un beau trois-mâls ; j'ai ap|)ris depuis qu'il était de Saint-Malo, et venait de Tche-fou. En passant, je lui fais un j^rand salut. Le capitaine qui nous regardait avec attenlion, très-étonné de voir flotter le drapeau français sur une si singulière embarcation qui n'était même pas chinoise, me répond de la manière la plus gracieuse, puis sur son ordre on met le drapeau. J'attendais avec anxiété; c'était le drapeau de la France ; trois fois il s'élève et s'abaisse pour nous saluer. Impossible de vous décrire ce qui se passa dans mon cœur. Pauvre missionnaire, depuis six ans je n'avais pas vu de compatriotes! et en ce moment, perdu au milieu des mers, sans connaître ki route, j'aurais voulu rejoindre ce bittment, maïs sesvoîles enflées par un vent favorable Tavaient déjà emporté à une grande distance. C'était du reste pour nous une grande consolation. Tous mes matelots, qui n'avaient jamais vu de navire européen, étaient dans l'admiration. » Père, est-ce « que ce sont des chrétiens? Si ce navire venait chez nous tout le « monde s'enfuirait ; il j)rendrait notre pays, et forcerait le roi « à donner la liberté de la religion; » etc. Bientôt je reconnus la côte; c'était le port de Wei-liaid'où j'étais parti six ans auparavant. Nous étions sur les côtes du Ghan-tong, dans la direction de Tche-iou où je voulais aller. Nous arrivions par conséquent en droite ligne, aussi bien que Teut pu faire le meilleur navire avec tous ses instruments nautiques. Que la sainte Vierge est un bon pilote ! Il ne nous restait que quelques lieues, mais le vent contraire ne nous permit pas d'aborder ce jour-là. Le 7 juillet au matin, nous vîmes le port, et à midi, nous jetions Pancre au milieu des navires européens. Aussitôt nous fûmes environnés de Chinois curieux de voir les Coréens qu*ils reconnurent aussitôt; je descendis et fus immédiatement entouré d'une foule de Chinois qui me faisaient corlége el regardaient avec curiosité mon étrange costume. Les nouvelles que j apportais tirent grande sensation parmi les membres de la colonie européenne. Je me rendis
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sans retard à Tien-tsin, oli je reneontnii le contre-amiral Roie qui commandait la croisière française sur les côtes de Chine. Il me fit un accueil bienveillant, et me promit son assistance. »
A|nvs le départ de M. Ridel, M. Féron alla rejoindre M. Calais et ils restèrent cachés ensemble. L'été se passa assez tranquillement. Comme on était dans une année de famine, on laissa les chrétieris à la culliire de leurs champs, tout en leur faisant comprendre que ce n'était qu'une trêve, et (jue les poursuites recommenceraient aussitôt que possible. Quant aux missionnaires, leur léte était toujours mise à prix. Le 15 août, arriva de Péking un courrier extraordinaire, porteur d*une dépèche secrète, si secrète que Tambassadeur confen, un des principaux ennemis de la religion, qui se trouvait alors en Chine, n*en avait pas eu connaissance, car Ton craiguait à Péking que les chrétiens n*en fassent Informés. Mais en Corée rien n*est secret : la dépèche et la réponse dn gouvernement conrnrent tout le pays, et les missionnaires purent s*en procurer des copies. La dépêche taxait d*imprudence le meurtre des prêtres européens, et conseillait un arrangement avecla France, parce que celle-ci se préparait à porter la guerre en Corée. On ajoutait que, si la Chine n'avait pu résister aux armes françaises, à j)his forte raison la Corée ne pouvait-elle esi)érer de se défendre. Le régent répondit que ce n'était pas la première fois qu'il faisait tuer des étrangers, (fue c'était son droit, et que personne n'avait rieu à y voir. Les faits vinrent bientôt appuyer cette déclaration de principes. L«e 2 septembre, une goélette américaine, ayant fait côte à Pieng-an, fut brûlée, et les vingt hommes qui la montaient furent massacrés. On arrêta aussi deux jonques chinoises dn Chan-tong, pour s'assurer qu'elles n^avaient pas d*Européens k bord. Il n'y en avait pas, mais on trouva des toiles de coton de fabrication européenne ; Féquipagefut égorgé. Les édits les plus sévères furent renouvelés contre les chrétiens : ordre était donné de les mettre à mort, eux et leurs parents jusqu'au sixième degré, et généralement toutes les personîies qui seraient tenues pour suspectes; des récompenses étaient promises à ceux qui auraient rempli ces ordres.
Après la destruction des navires dont nous venons de parler, le régent, convaincu qu'il avait porté un coup terrible aux barbares d'Occident, et qu'il était délivré d'une parlie de ses ennemis, allait tous les jours sur une montagne voisine de la capitale rendre grâces au ciel de ce brillant succès. Alors môme, Thomas Rim Kei-ho, celui qui, en janvier, s'était le plus activement
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mêlé aux démarches faites auprès de loi par certains chrétiens à
1 occasion de la tentative des Russes, eut la malencontreuse idée (le lui écrire de nouveau. Il exposait que les navires en question n'étaient point ceux qui devaient venir faire la {guerre h la Corée, que les vaisseaux français ne tarderaient pas à se montrer, et que le meilleur plan était de traiter avec la France, d'abord parce que c'était une nation puissante, ensuite parce que sa religion était vraie et utile à la prospérité des États. Comme on le pense bien, il fut, à cause de cette lettre, immédiatement arrêté.
Thomas appartenait à une famille distinguée par sa noblesse. Plusieurs de ses parents païens occupaient des postes élevés dans la magistrature. Sa mère et son frère atné avaient subi le martyre dans la persécution de 1889 ; un autre de ses frères était mort en prison pour la foi, à la même époque. Thomas, dans sa jeunesse, avait été un an au service de Mgr Davelny; puis, entraîné par Tambition et Tamour des plaisirs, il avait abandonné à peu près entièrement ses pratiques religieuses. On dit qu'au commencement de 1866 il se convertit, et quelques chrétiens ont affirmé Tavoir vu réciter ses prières, et l'avoir souvent entendu répéter : « Je rei^rette vivement ma mauvaise conduite; je ne désespère pas do nie sauver, mais pour cela il me faudrait le martyre qui purifie toutes les souillures. » Néanmoins, on ne voit pas qu'il ait alors reçu les sacrements, ce qui lui était cependant facile avant Tarrestation de Mgr Berneux. Devant les juges il confessa courageusement qu'il était chrétien, et subit, à diverses reprises, les plus cruelles tortures avec une fermeté qui étonnait les bourreaux. Il fut conduit au supplice à Sai-nam-to, avec Paul Kim, et un autre chrétien nommé Ni. En chemin et sur le lieu même de Texécution, il ne cessa d*exhorter ses compagnons à accepter joyeusement la mort. C'était le 8 ou le 10 septembre.
On n'a aucun renseignement précis sur Ni; tout ce (ju'on sait de lui, c'est qu'il était domestique du rép^enl. Quant h Paul Kim, il appartenait h une famille de la plus haute noblesse, et s^était toujours distingué par sa foi et sa ferveur. Depuis six ans il était |>aralysé de la moiti»'» du corps, et avait perdu l'usage de la parole; il fallait le soigner comme un enfant. Mj;r Berneux a souvent fait l'éloge de la patience héroïque avec laquelle Paul supporta cette terrible épreuve. Au commencement de la persécution, il habitait la maison du mandarin Jean Nam qu'il avait achetée peu de temps auparavant, et après l'arrestation de iean, il prévit ce qui allait arriver et se hâta de la vendre secrètement. Quelques
jonn après, les satellites vinrent poar piller la maison, mais ils la trouvèrent occupée par un noble païen. Furieux de leur déconvenue, ils jurèrent de se venger sur Paul Kîm, et, en septembre, aussitôt que le régem eut proclamé de nouveau les édits contre les chrétiens, ils le traînèrent devant le grand ju^^e Sio Mien-sioung. Celui-ci, voyant son étal d'infirmité, ne lui fil subir aucun inlenoiîatoirc ni aucune torture. Il le condamna à mort comme chrétien, et donna ordre de l'exécuter en compagnie de Thomas Kini. l'n mois plus tard, les chrétiens lui donnèrent une sépulture honorable auprès des autres martyrs, sur la montagne de Ouai-ai-ko-kai. Dans les quelques jours qui suivirent l'exécution de Thomas et de Paul, quatre autres chrétiens moururent de faim dans les prisons de Kong-tsiou. On ne sait pas leurs noms^ et Ton n'a aucun détail sur leur martyre.
Nous avons laissé M. Ridel à Tien-tsin, oh il avait été informer Famiral Roze des graves événements dont la Corée venait d*étre le théâtre. L*amiral se disposait à porter secours aux deux missionnaires français encore exposés à la mort, quand la nouvelle
d'une révolte «mi basse Cochinchine le força de prendre une autre direction. Il promit à M. Ridel de faire, à son retour de Cochinchine, une descente en Corée. Le missionnaire revint à Tche-fou où il séjourna jusqu'à la mi-aoùt. A cette cpoque, les Coréens qui l'avaient accompagné demandèrent à retourner dans leur pays. Il en laissa partir huit, et, avec les trois autres, se rendit a Chaug-haï pour attendre les événements. Trois semaines plus tard, il reçut de l'amiral Roze Tinvitation de se rendre à Tche-fou pour raccompagner en Corée, il partit en toute hâte, et arriva le 40 septembre à bord de la frégate la Guerrièrt. Lui-même va nous raconter, dans tous ses détails, Thistoire de cette expédition.
« 11 fut décidé que la corvette le PrimauguH^ l'aviso le DèroU" lède et la canonnière le Tardifs iraient faire une première reconnaissance sur les côtes de Corée. L'amiral me prit comme interprète pour ce premier voyage, avec mes trois Coréens comme pilotes. Partis le I K de Tche-fou, nous étions, le 20, dans un groupe d'iles dont los premiôr<'s sont les iles Ferrières et Cliflbrd, et nous mouillàinus dans la baie du prince Jérôme, à une île qui lui nommée Hugéiiir. Le 21, l'amiral envoya son aide de camp sur le Déroulède pour explorer le chemin de la capitale ; je raccompagnai. Toujours dirigés par le pilote coréen qui connaissait à fond tous les coins et recoins de la céte, nous
passâmes à Ttle Boisée, vîs-à-vis la petite Yille de Seung-tsiong, et de là, par un coude très-accentué, nous entrâmes dans le détroit qui sépare 111e de Kang*hoa du continent. On jeta Tancre près de VWe, vis-à-vis du village de Kak-kot-sî. Là se terminait
noire mission. Quelques ofticiers descendirent k terre, et furent émerveillés de l'aspect du |)ays. Une jçrande plaine très-bien cultivée et couverte de rizières, des villages nombreux, et, h une lieue au nord-ouest, les montaL^nos où se trouve la ville de Kanghoa. On voyait de loin quelques forts assez bien situés, des canons, mais pas un soldat. La population effrayée s'était enfuie d'abord, mais quelques individus plus courageux revinrent, d'autres les suivirent, et quand on leva Tancre, les habitants accoururent en foule sur le rivage pour voir ce navire singulier, qui, sans voiles et sans rames, remontait le courant très-rapide en ces parages.
« Le lendemain, nous rejoignîmes le Primauguei et le Tardif, Tous étaient enchantés des observations faites pendant le voyage, et surtout d'avoir acquis la certitude que le chenal était navigable pour la flotte. Les trois navires se mirent immédiatement en roule, mais le Primauguet s'étant écarté de la ligne indiquée par le pilote, alla donner sur des rochers. Heureusement, il ne . fit pas d'avarie sérieuse, et ne perdit que sa fausse quille ; on décida de le laisser h l'île Boisée. Le 23 était un dimanche, et je célébrai la messe à bord. C'était la première fois que le saint sacrifice s'offrait, en toute liberté, dans le royaume de Corée. Les deux navires prirent ensuite la route de Séoul. Au sortir du détroit deKang-hoa se trouve Fembouchure du fleuve qui passe à une lieue au sud de la capitale. Nous devions le remonter jusqu'à une distance de six ou sept lieues. J'étais continuellement au poste, traduisant à Tamiral les indications que me donnait le pilote. Enfin, le 25, dans la soirée, on mouilla devant la capitale, à la grande stupéfaction d'un peuple immense qui couvrait les rives du fleuve et les collines environnantes, pour rassasier ses yeux de ce spectacle inon! : des vaisseaux marchant par le feu.
«f Le gouvernement coréen avait tenté d'arrêter notre marche. Des jonques avaient été placées à un passage assez étroit, et elles nous tirèrent un coup de canon ; un boulet français, on réponse, coula deux des jûu(|ues, elles autres prirent la tuile. Un peu plus loin, une ou deux batteries ouvrirent le feu, mais (luebjiies coups de canon bien dirigés, et un obus, qui éclala h quelques pas des artilleurs, réduisirent tout au silence. On resta un jour devant Séoul« exécutant des sondages, prenant des hauteurs, traçant des
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contrebande, et de nous arranger avec une d'entre elles (M>ur nous faire condoîro à Tche-fou. J'omets le récit de notre traversée qui fut longue et difiiicile, à cause des alternatives de calme plat et de vent contraire. Nous sommes arrivés à Tche-fou le 26 octobre. On vient de nous apprendre que le Primauguet est attendu de Corée pour le 6 novembre ; il vient chercher les dépèches. Nous espérons profiter de son départ pour rentrer dans notre mission, qui noos est plus chère encore depuis que nous en sommes exilés. »
Revenons mainlenanl h l'expéditiGn, et dormons d'abord le récit officiel qui en a été publié par le gouverneuieut. On lisait dans le Moniteur du â7 décembre 18()ô :
« Le ministre de la Marine et des Colonies a reçu du contreamiral Hoze, commandant en chef la division navale des mers de Chine, des dépêches annonçant la prise de Kang-hoa, ville fortifiée située au nord de l'ile de ce nom, et à rcmbouchurc du fleuve sur les bords duquel se trouve Séoul, capitale de la Corée.
« Parti de Tche-fou le il octobre, avec la fr^te (a Guerre^, les corvettes à hélice k Laplaoe et le Primaugusi^ les avisos û DérouUde et le Kien-chm^ les canonnières le Tardif et le Lehrelhon^ le contre-amiral Roze mouillait le 13, avec sa division, devant File Boisée, li 18 milles de Kang-hoa. Le lendemain, les canonnières remontèrent la rivière Salée (détroit de Kanghoa), remonjuaiil les embarcations qui portaient les compagnies de débunjuemcnt de la Guerrière et des corvettes, ainsi (ju'iin détachement des marins-fusiliers du yokoliama. A peine débarqués, nos marins occupèrent les hauteurs sans rencontrer la moindre résistance, et campèrent à 5 kilomètres de Kang-hoa. Le 15, une reconnaissance fut exécutée par une colonne commandée par M. le capitaine de frégate comte d*Osery ; arrivée près d'un fort qui domine la ville, elle fut accueillie par un feu bien nourri de mousqueterie et par celui de deux canons de petit calibre. Après un engagement de quelques minutes, le fort fut occupé, et les Coréens s'enfuirent, laissant un drapeau entre nos mains.
« Le 46, dès huit heures du matin, le contre-amiral Roze,
à la téte de toutes ses forces, se présentait devant la ville,
qu'entourait une muiaille crénelée de 4 mètres de hauteur. Parvenues à une centaine de mètres de la porte principale, nos troupes Idient reçues par une fusillade assez vive : mais la muraille tut bientôt escaladée au cri de ; Vive TEmpereur î et renuemi nous laissa maîtres de la place.
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c Un grand nombre de canons, plus de dix mille fosib, des munitions de toute sorte ont été trouvés dans d'immenses magasins, et démontrent l'importance de la place de Kang-hoa,
au point de vue de la défense de la capitale de la Corée. Le contre-amiral Roze a fait inventorier avec soin les magasins, dont il a pris possession au nom de l'État, et qui coiilenaient également dix-huit caisses remplies de lingots d argent et des archives officielles.
« Une proclamation adressée aux habitants leur a fait connaître le but que l'amiral s'était proposé en venant chàlier le gouvernement coréen, et leur a assuré la protection la plus complète.
« Le blocus du fleuve de Séoul, qui a été notifié aux consuls des puissances européennes en Chine, et la prise de Kang-hoa, devaient produire une profonde impression sur le gouvernement coréen. En effet, la ville de Kang-hoa étant, comme on vient de le rappeler, située à Tembouchure du fleuve de Séoul, commande ainsi la principale voie que le commerce de la capitale est obligé de prendre, particulièrement pour assurer ses approvisionnements de riz. Aussi, dès le 19, le contre-amiral Roze recevait une lettre du roi, à laquelle il s'est empressé de répondre, en faisant connaître les saiislacLioiis qu'il réclame au uom du gouvernement de l'empereur.
« La dépèche qui renlerme ces détails est datée du 22 octobre ; h celle date, le contre-amiral Roze était encore dans la ville de Kang-iioa, où il attendait les interprètes (chinois) quil avait fait demander à notre consul de Chang-hai. »
Le Moniteur du 7 janvier 1867 publiait d'autres dépèches en date du 17 novembre 4866.
« Le contre-amiral Roze avant voulu s'assurer de l'état du pays, un détachement, commandé par le capitaine de vaisseau Oilivier, sortit de Kang-boa et rencontra, à quelques kilomètres de la ville, des Coréens en grand nombre, retranchés dans.une pagode fortifiée ; Fennemi, qui avait d'abord fait une sortie, fut repoussé et se bâta de rentrer dans ses retranchements en abandonnant ses morts. Après une fusillade très-vive, dans laquelle nous n^avons eu aucun homme tué, mais qui malheureusement nous a coûté quelque blessés, la colonne rentra le soir même à Kang-hoa.
a Quelques jours après, le contre-amiral Koze, voyant que le gouvernement coréen ne donnait pas suite aux ouvertures auxquelles il avait dû croire en recevant une lettre du roi, se décida à quitter Kang-hoa ; les approches de l'hiver se faisaient dailleurs déjà sentir, et il était à craindre que toute navigation de la
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rivière Salée ne fût bientôt interrompue ; alors il ordonna la destruction de tous les établissements du gouvernement, ainsi que celle du palais du roi, et nos matelois retournèrent à bord des bâtiments mouillés devant Tîle Boisée.
« Les caisses renfermant des lingots d'argent, représentant une valeur de cent quatre-vingt-dix-sept mille francs, des manuscrits et des livres qui peuvent offrir quelque intérêt pour la science, ont été dirigées surChang-haï,d où elles seront transportées en France.
« Le Gootre-amiral Roze annonce également que les deux missionnaires qui étaient restés en Corée sont venus le rejoindre, après avoir réussi à se faire débarquer à Tche-fou.
« La destruction de Kang*hoa, place de guerre importante, des poudrières et des établissements publics , que cette ville renfermait, a dû prouver au gouvernement coréen que le meurtre des missionnaires firançais ne restait pas impuni. »
Telle est la version officielle de l'expédition de Corée. Voici maintenant le récit beaucoup plus détaillé de M. Ridel. Il nous fera connaître, au sujet de rengagemoiit final près de la pagode, la réalité un peu trop voilée sous les euphémismes de la feuille gouvernementale.
« Le samedi 13 octobre, l'escadre mouillait près del'ile Boisée. 11 avait été décidé qu'on s'emparerait d'abord de Kang-hoa; aussi, le 14, les deux avisos et les deux canonnières, remorquant toutes les embarcations où se trouvaient les compagnies de débarquement, remontèrent le détroit. La frégate et les deux corvettes, qui avaient un trop fort tirant d'eau, restèrent à Tancre. On prit terre auprès do village de Kak-kot-tsi , et le débarquement sWeotua sans quMl fût besoin de tirer un seul coup de fiisil ; il n'y avait pas d*ennemis. A l 'approche des Français, presque tous les habitants avaient pris la fuite ; quelques-uns, plus braves, étaient demeurés, mais ils se contentaient de faire de grandes prostrations. On s'établit dans le villa^îc. Deux jours après, on entra dans la ville qui avait voulu opposer quelque résistance. Quelques coups de fusil qui tuèrent trois ou quatre Coréens, mirent les autres en pleine déroule ; on brisa la porte h coups de hache. La ville était à peu près déserte; les troupes occupèrent immédiatement le palais du mandarin, et les magasins du goiivernement.
« On y trouva des armes en abondance, des arcs et des flèches en très-grand nombre, des sabres en fer que Ton ploie sans pouvoir les casser, de^; casques, des cuirasses d*un beau travail mais excessivement lourdes, environ quatre-vingts canons en enivre
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et en fer de différents calibres, mais en assez mauvais état, une quantité considérable de fusils h mîîche de toutes les dimensions. Les canons en cuivre se chargent par une cavité située près de la culasse, dans laquelle on introduit une espèce de cartouche en fer ne contenant que la poudre : on n'a vu aucun affîit. Quelquesuns des fusils sont à plusieurs coups; ils ont plusieurs lumières sur le canon, de sorte qu'en meltant le feu successivement à chaque lumière, en commeoçaiit par la plus voisine de rorifice, on a une série de décharges^ ce qui doit être très-dangereux. Il y avait aussi des quantité énormes de poudre; quelques-uns des dépôts ont santé en produisant des secousses semblables à celles d'un tremblement de terre. On a trouvé également des toiles, des bois de différentes espèces, des vases en cuivre, des ciseaux, des éventails, des pinceaux, des peaux de bœufs et de cochons trèsbien tannées, de la cire d'abeilles, de la cire végétale qui se récolte dans le sud de la Corée, des soieries de Chine, du rainerai de cuivre, de l'alun, quelques porcelaines de mauvaise qualité, de grantles provisions de poisson sec, et pour plus de cent qualreviugt mille tVaFics d'argent, en lingots qui onl la forme de galettes.
« La bibliothèque était très-riche. Deux ou trois mille livres imprimés en chinois avec de nombreux dessins, sur beau papier, tous bien étiquetés, la plupart très-volumineux, reliés avec des plaques en cuivre sur des couvertures en soie verte ou cramoisie. J'y ai remarqué Thistoire ancienne de la Corée en soixante volumes. Ce qu*il y avait de plus curieux, c'était un livre formé de tablettes de marbre, se repliant comme les panneaux d'un paravent sur des charnières en cuivre doré, très-bien polies, avec des caractères dorés incrustés dans le marbre, et chaque tablette protégée par un coussin de soie écarlate ; le tout placé dans un joli coffre en cuivre, lequel était à son tour renfermé dans une boîte de bois peinte en rouge, avec ferrements en cuivre doré. Ces tablettes carrées lormaient en se développant un volume d'une douzaine de [»ages. Elles conliennent, au dire des uns, les lois inorales du pays, et selon d'autres, dont l'opinion est bien plus probable, les laveurs accordées aux rois de Corée par l'empereur de la Chine, l^es Coréens y attachaient un très-i^rand prix. Dans une autre caisse, on trouva nue tortue en marbre parfaitement sculptée, sous le piédestal de laquelle était le sceau royal, ce sceau formidable que les simples Coréens ne peuvent ni toucher ni même voir, et dont la possession a suffi plusieurs fois pour transférer l'autorité royale et terminer des révolutions. Celui que j'ai vu était neuf, et semblait n'avoir jamais servi.
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« Dans Tenceinte de la maison du mandarin se tronve un palais royal, car c'est dans la forteresse de Kang-hoa que les rois de Corée se réfugient en temi» de guerre. L'emplacement est bien choisi, sur une petite colline boisée qui domine b ville, et d'où Ton jouit d*une vue magnifique sur Itie, la mer« et le continent. L'Ile de Kang-hoa est très-fertile. On y récolte du riz, de Forge, du tabac, du sorgho, du mais, des navets de différentes espèces, des choux «le Chine, des châtaignes, du kaki, des glands doux dont les habitants pauvres font une espèce de bouillie, etc
« Les Français demeuraient en tranquille possession de la ville, où personne ne les inquiétait. La niasse de la population était trop etirayée pour y rentrer, et l'on ne put avoir que très-peu de rapports avec eux. En vain cherchait-on à les rassurer; ils n'avaient pas l'idée d'une pareille manière de faire la guerre; ils s'imaginaient que les vainqueurs, en s'emparant d un pays, devaient nécessairement tout mettre à feu et à sang. Du reste, ils répétaient : « Pourquoi n allez-vous pas h la capitale ? A quoi vous sert de rester ici? vous n'aboutirez à rien. Vous voulez tirer vengeance des massacres commis, et vous punissez de pauvres gens qui n*en sont nullement la cause, et qui n*y ont pas pris la moindre part. » Un chrétien put arriver jusqu*à moi, la nuit, au camp de Kakkok-tsi. Il me dit que Ton rassemblait une armée considérable dans toutes les prorinces de la Corée, que l'on fabriquait des armes jour et nuit, que l'on ramassait tous les morceaux de fer, même les instruments de labourage, jioiir en faire des sabres et des piques, que plusieurs points de la cote, entre autres la ville de Tong-lsin, sur le continent, vis-à-vis de Kang-hoa, étaient fortement gardés, et qu'on avait barré le fleuve en coulant une quantité de barques, à une lieue en aval de Séoul. L'amiral, apprenant ces détails, i*ésolut de pousser une reconnaissance dans les environs de Tong-tsin.
« Cent vingt hommes furent envoyés à cet effet; ils gagnèrent le continent vis-à-vis la porte de Séoul. On nomme ainsi une arche en pierre, de forme ogivale, surmontée d'une toiture en pagode chinoise, qui commande la tète du chemin de la capitale. Autour de cette porte il y a un village et quelques fortifications. Lorsque nos marins voulurent débarquer, ils reçurent à Timproviste une décharge qui leur tua trois hommes. Ils descendirent à terre néanmoins, et se rendirent maîtres de l'endroit ajirès avoir tué quelques Coréens et mis les autres en fuite; puis, ne jugeant pas prudent de pousser plus loin l'expédition, ils revinrent à bord, et demeurèrent en observation. Le soir, une partie de l'armée coréenne détila au fond de la plaine ; mais quelques obus lancés
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à propos vinrent, à leur grande surprise, éclater près de leurs rangs. Étonnés et effrayés par l'effet de ces engins inconnus, ils rompirent bientôt leurs rangs et s'enfuirent sur le sommet des montagnes. Ils se montrèrent depuis, à plusieurs reprises, dans une gorge éloignée de deux mille mètres; mais le feu des canonnières les obligeait de se retirer. La nuit ils venaient allumer des feux de bivouac en différents endroits de la plaine, et le jour ils y plaçaient des mannequins habillés, afin de nous faire dépenser inutilement de la poudre et des boulets. Souvent on entendait le bruit de leurs canons; sans doute ils s*exerçaient au tir dans leur camp, derrière les montagnes. On noas a dit qu'ils avaient fabriqué des canons sur le modèle de ceux qu'ils avaient pris à bord de la goélette américaine, brûlée par eux avec l'équipage, quelques mois auparavant, sur la côte de Pieng-an. Les canonnières étaient postées en différents endroits, pour empêcher la circulation des barques et tenir le blocus de la rivière de la capitale ; un certain nombre de jonques furent brûlées ; mais les Coréens trouvaient moyen de passer pendant la nuit sur de petits canots.
« Pendant ce temps la persécution sévissait plus que jamais à la capitale et dans les provinces. Le père du roi était furieux : il avait fait écrire, sur les poteaux qui sont h l'entrée de son palais, que tous ceux qui parleraient de faire la paix avec le^ Européens seraient considérés comme rebelles et immédiatement exécutés. Le général Ni Kieng-ei avait envoyé à l'amiral, dès le 19 octobre, une longue lettre, dans laquelle, après avoir cité plusieurs sentences des anciens philosophes, il disait que ceux qui franchissaient les frontières d'un autre royaume étaient dignes de mort ; que les Européens étaient venus chez eux, s'étaient cachés en prenant les habits et en parlant la langue du pays, afin de leur enlever leurs richesses ; que par conséquent on avait bien fait de les mettre à mort ; que si nous ne partions pas, nous devions craindre que le ciel ne nous punit bientôt, etc.. L'amiral répondit qu'il était venu au nom de Napoléon, souverain du grand empire de France; que Sa Majesté dont la sollicitude s'étendait sur tous ses sujets, en quelques lieux qu'ils fussent, voulait qu'ils fussent partout en sûreté et traités comme il convenait à des citoyens d'un grand empire; qu'ayant appris que le gouvernement de Corée venait de mettre à mort neuf Français, il venait demander réparation : qu'on eût donc à lui remettre les trois ministres qui avaient contribué le plus à la mort de ces Français, et qu*on envoyât en même temps un plénipotentiaire pour poser les bases d'un traité. Sinon, il rendait le gouvernement
«Notre position devenail embarrassante. En défalquant les blessés et ceux qui en prenaient soin, il ne restait plus guère que quatre-vingis hommes en état de combattre. Si l'ennemi avait cherché à nous coaper hi retraite , il aurait pa réussir ou, da moins, nous tuer beaucoup de monde. Les hommes n'avaieut pas déjeuné, et le cheval qui portait notre repas avait passé à Tennemi. Le docteur pansa les blessés : on dressa des brancards oh étaient portés ceux qui ne pouvaient marcher, et nous pûmes enfin rejoindre la grand*route. Les hommes valides formaient Farrière-garde pour maintenir l'ennemi h distance respectueuse. Trois fois les Coréens essayèrent de sortir, mais à chaque tentative, ils perdirent plusieurs hommes, et finirent par renoncer à la poursuite. Du reste, ils étaient satisfaits, et, montés sur les murailles, ils poussaient des acclamations et des cris sauvages, pour se féliciter de leur triomphe sur les barbares de l'Occident.
a Je ne veux porter aucun jugement sur cette afiaire. Peutêtre cependant y avait-il quelque imprudence à lancer cent soixante hommes, sans un seul canon, contre une forteresse que Ton savait contenir au moins huit cents ennemis. Le premier débarquement et hi prise de Kang-hoa avaient offert si peu de difficultés, que Ton s'habituait à aller à Tattaque comme à une promenade. Cependant la résistance que l'on avait rencontrée à la porte de Séoul, aurait pu donner à penser. Heureusement nous n'avions pas un homme tué ; nous revînmes lentement au camp de Kak-kok-tsi, bien tristes et bien fatigués. Tous ont été admirables d*attention et de charité pour les blessés, et j'étais ému jusqu'aux larmes en voyant avec quelle affection toute maternelle, ces marins à rude écorce savaient soigner leurs compagnons. L'amiral qui avait le pressentiment de ({uelque mésaventure, vint au-devant de nous, avec une partie de son état-major. Il nous rencontra h une demi-Iicue du camp. Il fut très-affecté de ce mauvais succès, et adressa queltjues paroles d'encouragement à chacun des blessés. H était nuit lorsque nous arrivâmes.
« Le lendemain, à huit heures du matin. J'appris que Ton avait décidé Tevacuation immédiate. Les troupes qui étaient dans la ville de Kang-hoa y mirent le feu, et se replièrent sur le campement près du rivage. La ville fut entièrement briilée. Malheureusement ce départ précipité ressemblait beaucoup à une fuite, car ce n*était pas en prévision d'une aussi prompte retraite que l'on avait commencé des travaux de fortification, tant à la ville que sur les collines voisines du camp. On avait voulu emporter de Kang-hou une grosse cloche en bronze ; elle était à moitié route,
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elle y resta, et les Coréens ont dû la reprendre comme un trophée de leur victoire. Les troupes s'embarquèrent pendant la nuit, et le matin à six heures nous étions en route. Au coude du détroit, plusieurs forts tirèrent sur nous, et quelques boulets tombèrent à bord, mais sans blesser personne. Les canonnières ripostèrent énergiqaement. Un peu pins loin nous revîmes les murs de la pagode, qui n*est qu*à deux kilomètres du rivage. Notre retour fut une grande surprise pour la frégate et les corvettes. Beaucoup d^officiers disaient ([u'on aurait dû faire sauter la pagode en la bombardant du rivage ; d'autres soutenaient que c'était impossible. En somme, tous éprouvaient une pénible déception, et manifestaient leur dépit en termes assez peu mesurés.
« La nuit suivante, six maielols chrétiens vinrent à bord. Ils me dirent que la persécution était plus violente que jamais, et que le régent avait solennellement juré d'exterminer tous les chrétiens, même les femmes et les enfants. Le 14 de la neuvième lune (fin d'octobre), le catéchiste Jean Pak, noble de la province de Hoang-baï, ainsi que la femme et le fils de François Ni, compagnon de Mathieu Ni dans l'évangélisation des provinces du Nord, avaient été exécutés à Séoul, après avoir souffert d*horribles tortures. Trois jours plus tard, François Ni lui-môme, trahi par son frère encore païen, venait d*étre mis à mort, en compagnie d^un autre chrétien dont ils ne purent me dire le nom. Le régent, par une dérogation inouïe aux usages du pays, avait choisi un nooyeau lieu d'exécution pour ces cinq victimes. On les avait conduites à lang-ha-tsin, sur les bords du fleuve, h l'endroit même où les deux navires français avaient mouillé, vis-à-vis de la capitale, un mois auparavant. « C'est à cause des chrétiens, » disait la proclamation officielle, « que les barbares sont venus «jusqu'ici ; c'est à cause d'eux que les eaux de notre fleuve ont « été souillées par les vaisseaux de l'Occident. H faut que leur sang « lave cette souillure. » J'appris aussi qu'à lang-ha-tsin même, on avait établi un camp de cinq cents soldats, auxquels on avait donné ordre, s*ils d^uvraient un chrétien parmi eux, de le tuer sans forme de procès.
« J*eus ensuite des détails sur mes deux confirères, BIM. Féron et Calais. Lors de la première expédition, ces mêmes matelots avaient essayé de les amener jusqu*à nos navires, mais ils étaient arrivés deux jours trop tard, et, après avoir erré longtemps dans les lies, ils les avaient déposés sur une barque chinoise qui avait dii les amener à Tche-fou. Il n'y avait donc plus de missionnaires sur cette pauvre terre de Corée ! Je regardais la côte, je ne
pouvais en dclacher mes yeux. Quand y rentrerons-nous? Et alors que de ruines! Que vont devenir nos pauvres chrétiens? Le récent, exaspéré par l'atlaque des Français, enflé de ce qui lui semblera un éclalant triomphe, va tout meure à feu et à saog. Je passai de tristes iostants pendant les quelques jours qae Ton resta au mouillage ; mon cœur était abreuvé d'amertome. L*e8poir de voir bientôt mes confrères m*encouragea on peu. Us arrivèrent en effet sur le La/piace^ qui avait été à Tche-fon chercher les dépêches. Je renonce h décrire leur désolation qaand ils connurent Tétat des choses.
« En quittant la Corée, la flotte se sépara. La (riiemére et le Kien'^han allèrent au Japon, le Laplace retourna à Tchefou, les quatre autres navires se dirip^èrenl sur Chang-haî. Nous y sommes venus nous-mêmes sur le Primauguel^ dont le commandant et les olticiers se montrèrent à notre égard pleins de complaisance et de conliale attention. Nous avons amené dix Coréens, les trois que j'avais avec moi en (juittant Tche-fou, celui qui vint me rejoindre à Kang-hoa, et les six dont je viens de parler. Ils sont ici, habillés à la chinoise, attendant le moment favorable pour regagner leur pays, ou seuls, ou avec quelqu'un d'entre nous. Le retour inattendu de rexpédition, aprâ un pareil insuccès, a étonné tout le monde et excité la verve des journaux angkis. Je vous fais grâce de leurs réflexions h ce sujet. On dit et répète que, pour la sûreté des Européens dans Textrème Orient, pour rétablir le prestige de leurs armes, il faut absolument que les Français retournent en Corée au printemps prochain avec des forces suffisantes ; sinon, les Anglais et les Américains parlent de faire eux-mêmes une expédition. Qu'en arrivera-t-il? Priez, priez beaucoup pour notre infortunée mission. »
On sait que les Français ne sont pas retournés en Corée, et que les Anglais n'ont pas songé à y faire la moindre expédition. Divers navires des Etats-Unis, échoués sur les côtes de Corée, ayant été brûlés et leurs équipages massacrés, une petite flottille américaine vint, en 1871, atio de négocier un traité pour la protection des naufragés. Le 1^*" juin, pendant que deux canonnières prenaient des sondages dans la rivière Salée, entre Tile de Kanghoa et la terre ferme, les Coréens ouvrirent le feu sans déclaration ni sonomation préalables. Les canonnières répondirent et firent promptement taire les forts de l'ennemi. L'amiral Rodgers, supposant que ce conflit était Tœuvre de quehiue agent subalterne, attendit inulilement pendant dix jours les expUca-
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tions du gonvernement coréen. Le iO juin, les marins descen*
dirent dan^s l'île de Kan^f-hoa et s'emparèrent de trois forts, malgré la résistance des Coréens (jui, dil-on, se battirent en désespérés. Les documents ofliciels trouvés dans un de ces forts, prouvcrenl que l'attaque du i""^ juin avait été ordonnée et préparée par le gouvernement. On entra en pourparlers. Tout d'abord les Américains offrirent de nMKb'c los blessés et autres prisonniers, sur leur parole de ne plus porter les armes pendant la guerre. Le ministre se contenta de répondre : « Faites de ces hommes ce que vous voudrez ; lorsque vous les relâcherez, nous les punirons sévèrement. » L*amiral Rodgers comprit bientôt que, pour imposer un traité à ces barl>ares obstinés, le seul moyen était de 8*emparer de la capitale. N*06ant prendre sur lui une pareille détermination, et n*ayant pas d'ailleurs les forces suffisantes, il dut se retirer, et en référer au gouvernement de Washington. Depuis lors, il n'y a pas eu de nouvelle tentative.
Quelques semaines plus tard, un missionnaire écrivait : u L'expédition américaine a décidément quitté la Corée, et nul doute qu'elle n'ait, comme celle des Français en 1«6(), laissé au.>L Coréens l'idée qu'ils ont battu et repoussé les barbares d'Occident. Malgré toutes les explications des journaux de Chang-haï et de Hong-kong, les Chinois eux-mêmes rejçardent la retraite des Américains comme une défaite. On croit que ceux-ci reviendront en Corée; mais, en attendant, la pauvre mission reste sous le pressoir, et cette affaire aggravera encore la persécution. »
Les tristes prévisions des missionnaires, après le retour de Texpédition française, ne se sont que trop réalisées. X plusieurs reprises, des Coréens ont réussi à passer la frontière, et ont apporté des nouvelles de Tintérieur. Neuf chrétiens, qui étaient venus aux navires américains dans l'espoir de rencontrer leurs prêtres, ont été envoyés à Ghang-haî par Tamiral Rodgers, et ont donné de nouveaux détails. En voici le résumé :
La situation est lamentable. Les chrétiens sont proscrits en masse, comme rebelles, traîtres à leur pays, et partisans des étrangers; tous leurs biens sont confisqués. Ils n'ont plus, comme par le passé, la ressource d'émigrer dans d'autres provinces pour y cacher leur foi; une nouvelle loi défend de s'établir dans un district quelconque sans s'être d'abord présenté au mandarin. Toutes les chrétientés sont en ruines, toutes les familles dispersées. De nombreux orphelins tombent aux mains des païens, et seront élevés dans la haine du christianisme ; d'autres, moins malheureux^ sont abandonnés sur les routes, comme des rejetons
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d*one noe maudite, poar y mourir de froid et de dim. Les persécuteurs, renseignés par des traîtres, ont mis à mort tons les chrétiens marquants, tous ceux qui par leur sUe, leur science, leur expérience on leur fortune, auraient pu être un appui pour leurs flores. A la capitale et dans les grandes villes, on se dispense de la formalité de poursuites judiciaires; ceux qui sont reconnus comme étant ou ayant été chrétiens sont traînés k la prison la plus voisine, et aussitôt étrani^lés. Par un raftinement de cruauté satanique, on cherche à les faire aposlasier avant de les ineltre à mort, car les païens n'ignorent pas le grand prix que h^s ehréliens attachent au martyre. Si le confesseur demeure ferme, on le tue sous les yeux des autres pour les frapper de terreur; si, épuisé par les tortures, les membres brisés, il demande grâce et prononce un mot d'apostasie, on le £ût sortir, comme pour le mettre immédiatement en liberté, et on le tue à la porte du tribunal. Dans certains endroits, on a mis de côté le sabre et la hache qui fonctionnaient trop lentement au gré des exécuteurs, et l'on emploie un nouvel instrument de mort. G*est une espèce de guillotine formée de deux poutres superposées ; la poutre supérieure en retombant sur Tautre écrase le eoo à vingt ou vingi-cinq personnes à la fois. Ailleurs, on creuse des fosses lar^^es et très-profondes oîi Ton jette les uns sur les autres des trou[)es de chrétiens tout vivants, puis on entasse sur eux de la terre, des pierres, etc., de sorte qu'ils sont du même coup tués et enterrés. Au mois de septembre 1868, on comptait déjà plus de deux mille victimes de la persécution, dont cinq cents à Séoul même. En 1870, le bruit public, en Corée, évaluait leur nombre à huit mille, sans compter tous ceux qui sont morts dans les montagnes de faim et de misère. Naturellement, il est impossible de contrôler ces chiffres, mais, quelque exagérés qu'on les suppose, ils montrent que le régent veut tenir sa parole, et, en moins de dix ans, anéantir tout vestige de christianisme.
Depuis la fin de Tannée 4866, il n'y a plus de prêtres en
Corée. Avec le glorieux martyre des neuf missionnaires et l'exil forcé des trois autres, se termine la seconde période de l'histoire de PEglise coréenne. Résumons-la en quelques mots.
Depuis rérection de la Corée en vicariat apostolique, il y a eu dans celle mission : cinq évéques, dont trois martyrs; seize missionnaires, dont neuf martyrs; deux prêtres coréens, dont un martyr. Tous ces ouvriers de rËvangile nous les avons vus à
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rœune, instruisant l6s dirétiens, administrant les saeremenls aux néophytes, baptisant les païens, multipliant les livres de réligioD, constamment sur la brèche pour réparer les maux causés par une persécution permanente, se faisant font à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Les comptes rendus annuels nous ont nionlré de quels succès Dieu avait daigné couronner leurs efrorls. Le nombre des âmes sauvées, des infidèles convertis, des entants païens baptisés en danger de mort, allait sans cesse en augmentant. L'Evangile, de mieux en mieux connu dans tout le pays, élargissait chaque jour ses conquêtes; il venait de pénétrer dans les dernières provinces jusque-là fermées à son influence, et tout annonçait un prochain et éclatant triomphe de la vérité sur Terreur, de Jésus-Ghrist sur Satan, lorsque Dieu, dont les voies sont impénétrables, a permis à Tenfer de tenter un suprême effort. L'Eglise de Corée a été noyée dans le sang de ses pasteurs et de ses fidèles.
Mais elle sortira du tombeau que ses ennemis croient avoir scellé pour jamais. Jésus-Gbrîst toujours crucifié dans les siens, ressuscite toujours. De nouveaux missionnaires ont élé envoyés pour remplacer les martyrs. Ils travaillent maintenant dans le Léao-tong, i)rovince de la Mandchourie qui conline à la Corée, et se préparent à profiler de la première occasion pour pénétrer dans leur mission désolée. A M. Kidel est échu le glorieux héritage de MMgrs Berneux et Daveluy. Nommé, par le Souverain Pontife, évéque de Pbilippopolis et vicaire apostolique de Corée, il est venu à Rome à Toccasion du Concile œcuménique, et y a reçu la consécration épiscopale, le 5 juin 4870 i). Sa tache est dilficile. La frontière de Corée est devenue aujourdliui plus infranchissable que jamais. Vainement, depuis le retour de l'expédition française, on a essayé à plusieurs reprises de s*y introduire. N. Calais en i867, Mgr Ridel lui-même, en i869, ont couru les plus grands dangers ; ils ont été forcés de reculer, après avoir salué de loin les montagnes de la terre des martyrs. Le nouvel évêque et ses missionnaires recommenceront ces tentatives, et si leurs efforts échouent, si eux-mruies succombent à la peine el ne • peuvent rentrer en Corée, ils auront des successeurs qui y rentreront, et lâ croix renversée se relèvera^ et l'œuvre de la rédemption
1) Mgr Ridel est nt^ à Chanlenay, diocèse de Nantes, lo 7 juillet 1830. Ordonné prùlro au inoi.s de diM- . mbre IK^iT, il exerça dix-huil mois les fonctions de vicaire dans la paroisse de la Ueniaudière. Le :29 juillet 1859, il entra an Sèmiiiaire des Missions Etrangères, et partit poar la Corée, te SS JuiUet do l^nnée snivanie.
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des âmes, un instant interrompue, se poursuivra avec le même zèle et «le plus lijrands sucd's (ju avant les diTriicrs désastres.
Alors commencera la troisième période de cette histoire. Quand et comment ? Dieu seul le sait. Mais ce qu'elle sera, nous pouvons le prévoir. Ëlle sera pénible, car il faudra déblayer bien desroÎDes, guérir bien des plaies, réparer bien des maux. Peatélresera-t-^Ue encore sanglanle et troublée, car le démon, maintenant vainqueur, ne lâchera pas facilement sa proie. Mais glorieuse et féconde en fruits de salut, elle le sera certainement ; le sang des martyrs n*a pas coulé en vain, et les prières des assodés de la Propagation de la Foi, les supplications de l^Église catholique entière sont montées au trAne du Dieu des miséricordes. Le Souverain Pontife lui-même nous en donne l'assurance. En apprenant les malheurs causés par la persécution de 1860, Pie IX a daigné écrire aux pauvres néophytes de Corée, j)0ur les consoler, leur exi)li(|uer le but providentiel de celle terrible épreuve, leur rappeler les récompenses promises à eciix (|ui souffrent pour la justice, et les encourager à de nouvelles luttes. Voici les paroles du Vicaire de Jésus-ChriNt ; elles sont pour TEglise de Corée non-seulement un beau titre de gloire, mais le gage d'une prochaine résurrealon.
Pie iX, Pape.
« A nos fils bien-aimés, salut et bénédiction apostolique.
« Nous avons été émus jusqu'aux larmes, en lisant le récit de cette tempête de maux qui a succédé, pour vous, aux henreox commencements de cette année ; en voyant de quelle manière le sanglier de la forêt a détruit les ceps pleins de vie, et les nou-
Plus p. p. IX.
« Dilecti lilii, salutem et aposlolicam benedictioncm.
« Ad iacryrnas us{\ue cominoli ',fuimus, nini lepimus quai malonim pnu ella exc^eperil apud vus hrla liujus an ni uxurdia; et quuinudd luxuriantes palmites nuvavSque propajiiiies viiiciu Doniini aper dp silva exterminaveril. Profecto nisi diviria fidei virtus infirniœ iiiituia; sensijs in nobis conipescuissel, a^runinaî, vexationes, cœdes niiunini noslroniii), (jiii pastore privali, disjecli, necessariis omnibus ad vitam exuli, erranles in sulitudinibus, aut etîam coacervati in er^astulis et niorti devoti, malis omnibus opprimuntur, nonnisi gemitus ac lacrymas a paternà nostrà caritate elicere potuissent. At, profandum hune mœrorem non modo tempcrarunt, sed in canticuro laudis converterunt palmœ fortium, qui pro GhristI nomine caduca omniaet vitam ipsam dederunt, instaurata rnrsum in Ecclesia mar-
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veaux rejetons de la vigne du Seipeur. Certainement, si la force divine delà foi n'eût fait taire en Nous les senlimt iils de la faible nature, les souffrances, les tribulations, \v massMcie de Nos enfants qui, privés de pasteurs, dispersés, dépouillés de tout ce qui est nécessaire à la vie, errent dans les solitudes, ou sont entassés dans les prisons et voués à la mort, tous ces malheurs qui vous accablent n'eussent pu qu*arrachcr à Notre charité paternelle des gémissements et des larmes. Mais ce chagrin profond a été adouci, il a été changé en un cantique de louange, par les palmes des forts qui, pour le nom du Christ, ont donné tous les biens passagers et leur vie même. La gloire du martyre renouvelée dans le sein de TÉglise, Fespoir d'une nouvelle et plus abondante moisson qui surgira du sang des martyrs, tout Nous pousse h une sainte jalousie de votre bonheur, ô vous ! qui êtes devenus les dignes compagnons de notre divin Maître et de ses disciples. Ne sommes-nous pas, en effet, les soldats de Celui qui, étant le Fils de Dieu, n'a cependant voulu vaincre le monde que par la croix? ne sommes-nous pas les entants de ceux (jui ont confirmé de leur sang la doctrine de l'Evangile préchée aux nations? n'avons-nous pas, comme eux, reçu l'ordre de nous réjouir au milieu des diverses épreuves, de surabonder de joie quand on nous hait pour le nom du Christ, quand nous sommes persécutés pour la justice, parce qu'alors notre récompense est grande dans le ciel ?
« Oubliez donc votre chagrin, fils bien-aimés, séchez vos larmes, réjouissez-vous de ce qu*il vous a été donné de payer par votre vie Tamour infini de Celui qui, pour vous, a livré sa vie, et s*e8t donné à vous tout entier. Souvenez-vous que vous êtes nés
tyrii gloria, spes novai copiosiorisque segetis e niarlyrum cruorc eruplursc ; omnia(jue nos compulerunl ad sanctnm sortis vestrai invidiam, qui digni divini capilis nostri ejusque discipulorum asseclaB facti estis. Kt sanc, nonne illi inililamus, qui lirot Filius Dci esset nonnisi per cruceni munduiii vinc ère voluit ? Nonne illorum progenies sumus (|ui Iradilam gentibus Evan^elii doclrinain suo sanguine conlirniarunl ? Noniin nos, sicul et illi, jnssi sunius i,';uidere cum in lentationes varias inciderinius, et exulUiie pneserlini dum odio habeniur pro Cbrisli nomine et persecutiunom putiiimr propter justitiam, quia merces noslra cupiosa est in cœlo ?
« Luetnm itaque, dilecti filii, reroiltîle, rapprimite lacrymas, gaudete datum vobis fuisse, per vitam etiam, infinitom ejus amorem rependere, qui vitam suaro pro vobis posuit seque totom vobis don»vit. Memineritis vos cœlo natos esse non teme, intuemini fulgentes
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pour le ciel, et non pour la terre ; regardez ces trônes resplendissants préparés aux vainqueurs; considérez que ce rieu momentané de la tribulation produit un poids éternel de gloire. Pour Nous, bien qu*éloignés, Nous vous accompagnerons en esprit au combat, et par Nos prières incessantes. Nous vous procurerons le plus grand secours que Nous permettra Notre faiblesse. Et de peur que, privés plus longtemps de pasteur, vous ne soyez, comme des brebis dispereées, exposés à un plus grave péril, Nous aurons soin, le plus tôt possible, de remplacer celui qui a déjà rev" la splendide récompense due h ses travaux, par un homme qui ail le m«*'me zèle el la même énergie. Nous prions et prions encore Dieu, qui a \oulu si cruellement vous éprouver parce que vous lui étiez agréables, de détourner de vous toutes les calamités, de ramener une paix sereine, de vous donner la pleine liberté de le servir, et de compenser les maux que vous avez soufferts par une surabondance de tous les biens.
« En gage de ces grâces divines, en témoignage certain de Notre paternelle et ardente affection, Nous vous donnons à tons, avec grand amour, la bénédiction apostolique.
« Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 19 décembre 1866, la vingt-unième année de Notre Pontificat.
<i Pie iX. Pape. »
11)1 scdes viciuribus paralas, coiisiderale momentaneum el levé Iribulallonis œternum parafe glaria3 pondus. Ex Ipsa acerbilate ceriamliii.s ikivos suniite animes. Nos lici't dissili, spirilu aderimus agoni vestro , jiigibuscpie precibus opem , quam pro iiifirmitalo nosira polerimus inaxiinam, vobis feremus : ac lu; diulius paslore rarenles, v«duii palatai ovos, gravius eliam {)criclltemini, curabimus quaniprlmum, ut locum lllius qui splemlidam jam ac dlgnam laboribus buis mercedem accepit, alius non minons fortitudinis ac leli vir subeat. Deum vcroqui vos, utpote sibi acceptos, tamdure probare voluit etiam alqne etiam rogamus, ut calamitatibos omnibus aversis, reductaque pacis serenitate, plenissimam vobis faciat et serviendi libertatem, tolerataque damna uberiore bonorum omnium copia rependat.
« Auspicem intérim gratiarum ejos et patem» nostr» eSésttque dilectionis pignus indubium, apostolicam benedictionem vobis oniversis peramanter impertimos.
t Datum Rom» apud S. Peiram die 19 decembris 1866; Ponlificatns nostri anno vigesimo primo.
(Locus sigilli.) t PIUS P. P. IX. »