‹ Histoire de Lorraine (volume 2)Chapitre 1 sur 20 · Histoire de Lorraine · texte numérisé non relu

Histoire de Lorraine

Lorsque le doc Charles II mourut, il espérait avoir pris toutes les précautions nécessaires pour assurer le trône à sa fille Isabelle, et ne croyait pas que le comte de Vaudémont, à peu prés complètement dépouillé de ses états, sans appui et sans ressources, oserait disputer la couronne à René et à son épouse, qui, disposant de forces considérables, comptaient, avec raison, sur l'appui du clergé, de la noblesse et des bonnes Tilles. Il se trompait cependant, et les craintes que Ton pouvait concevoir ne tardèrent pas è se réaliser. Charles était mort le 25 janvier 1434 , et Isabelle fut aussitôt reconnue comme duchesse. Bien qu'elle fût en réalité seule

souveraine (i) , René prit le litre de duc de Lorraine et s'achemina vers Nancy. La duchesse douairière el les nobles, qui s'étaient assemblés dans celte ville, allèrent au-devant du prince, et celui-ci, ayant été conduit en cérémonie à la collégiale Saint-Georges, jura de respecter les droits et les privilèges des trois ordres. On dit qu'il abandonna , selon l'usage , son cheval aux chanoines de la collégiale. On a vu que les ducs Jean I" et Charles II étaient venus , à leur avènement, remercier Dieu dans l'église dont nous parlons et avaient donné leurs chevaux au chapitre ; mais il est bien certain que René est le premier duc qui ait fait serment de respecter les privilèges de ses sujets (2). Nous avons rapporté, dans le volume précédent, les heureuses tentatives que Ferri III et tous ses successeurs, jusques et y compris Charles II, avaient faites pour accroître leur autorité aux dépens de celle de l'Ancienne Chevalerie, et sur la fin du règne de Charles, le pouvoir du prince avait pris un accroissement extraordinaire. Le duc ne jouissait pas toutefois d'une puissance illimitée , el plusieurs circonstances avaient contribué à empêcher la décadence totale de la Chevalerie. Si les ducs , maintenant avec rigueur les règles du droit féodal , avaient obligé les nobles au service personnel en temps de guerre, sans que l'âge et le mauvais état de leur santé fussent admis comme motifs d'excuse; d'un autre côté, les gentilshommes étaient parvenus à mettre obstacle aux anoblissements ; el

(1) Elle avait un sceau particulier, qui était appendu aux chartes en mémo temps que celui de René ; v. notamment , au Trésor des chartes , layette Chcuteaumlins , /, n° 31 , les lettres contenant donation de Rémeréville et de trois cents ccus à prendre sur les salines de Chalcausalins, donation laite par René et Isabelle, le 9 juillet 1438, à Girard dUaraucourt pour les bons services qu'il leur avait rendus.

(2) C'est ce qui résulte avec évidence de la protestation faite, le 18 ruai 1562, par Bertrand le Hongre, procureur-général de Lorraine. Nous parlerons plus loin de cette pièce , dont on trouve une copie dans le cartulaire de la bibl. publ. de Nancy, p. 1123 et soiv.

l'oo comprend combien cela fui utile à la Chevalerie, que les dues auraient asservie bien plus facilement, s'il leur eût été loisible Raccorder les prérogatives de la noblesse aux individus qui se montraient dévoués à leurs souverains ; car, devenus gentilshommes , ces individus auraient, à la longue, introduit dans l'ordre nobiliaire l'esprit dont ils étaient animés. Une institution , dont l'origine se perd dans la nuit des temps, le tribunal des Assises fut aussi d'un puissant secours à l'Ancienne Chevalerie contre les entreprises des ducs de Lorraine. Jamais ils n'osèrent supprimer une juridiction révérée ; et pendant que les rois de France dépouillaient peu à peu les justices seigneuriales de leurs attributions les plus importantes, le tribunal des Assises conservait une grande partie de ses droits et de son autorité. Dés les premières années du régne de Charles II , cette juridiction possédait une organisation complète , et depuis l'année 1390 , peut-être même assez longtemps auparavant, il y avait des sessions régulières des Assises dans les trois bailliages de Nancy, Vosge et Allemagne.

La nécessité où se trouvait Charles II de ménager la noblesse, pour l'empêcher de se déclarer en faveur du comte de Vaudémoot, l'engagea è faire quelques concessions sur la fin de sa vie ; mais ces concessions n'étaient rien au prix de celles que René et Isabelle furent obligés de faire pour attacher plus fortement les nobles à leur fortune.

I>p 30 janvier 4451, le duc et la duchesse remirent aux gentilshommes la déclaration suivante, trop importante pour que nous ne la reproduisions pas à peu prés dans son entier :

« Kenc filz du Ko? de Jérusalem et de Sicile, Duc de Rnr ■ et de Lorraine et Marchis, Marquis du Pont. Comte de » Guise, etc. ; El Nous Isabelle Duchesse, Marchise, Mar-

• qoise et Comtesse des Duchiés , Marchisie, Marquisie, » CoiBlé et Seigneurie dcssusdicls, léalc femme et esponsc

• de mondict Seigneur dessus nommé , etc. ; Sçavoir faisons

>• que comme, après le trespas de nostre cher et très-amc

• Seigneur et Père Monseigneur Charles, Duc de Lorraine et » Marchis (que Dieu pardonne!), il nous a esté remonstré » par la Chevalerie dudict Duchié de Lorraine qu'au temps

• de nostre dict Seigneur et Pére, plusieurs nouvelletez soient » esté faictes audict Duchié de Lorraine, oultre l'ancien » usaige et coustume dudict Duchié; Nous désirant le bien,

• utilité et conservation dudict pays ; voulant aussi entretenir

• et garder léaulement et bonnement ledict pays en ses an- ' ctennes coustumes et usaiges, sans les aulcunement enfrein- » dre , etc. ; et pour ce voulons, et à ce nous consentons, et

avons promis en vrayes paroles de Prince et de Princesse, » pour Nous , nos hoirs et ayans cause de Nous, Ducs de

- Lorraine à tousjoursmais, que dés maintenant, pour tout » le temps à venir, toutes et quantes fois que Nous et nos » dits hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine, et nos offi- « ciers, et aultres de par Nous, voudront aulcune chose de-

- mander à ladicte Chevalerie dudict Duchié de Lorraine, ou

• à aulcun ou plusieurs d'eulx particulièrement , leurs hoirs

• et ayans cause, en quelconque manière que ce soit ou

• puisse estre ; Nous et nosdicts hoirs et ayans cause, Nous

• en devons laisser jugier par la Chevalerie native dudict » Duchié de Lorraine et aultres nobles Oefvez dudict Duchié,

• leurs pairs, selon Tus et coustume ancienne dudict Duchié,

> et cz lieux accoostumez.

> Et pareillement si ladicte Chevalerie conjoinctement, plu-

• sieurs ou aulcun d'eulx particulièrement , leurs hoirs ou

• ayans cause, veulent aulcune chose demander à Nous, nos » hoirs, successeurs et ayans cause, Ducs de Lorraine, Nous,

• nos hoirs et ayans cause, nous en devons laisser jugier par

• ladicte Chevalerie native dudict Duchié de Lorraine et » aultres nobles fiefvez dudict Duchié, leurs pairs, selon les » us et coustumes anciennes dudict Duchié , et ez lieux ac-

> coustumez.

> El tout ce que par ladicte Chevalerie sera dict et jugié par

• droict, pour Nous ou contre Nous, pour nos hoirs et ayans

• cause ou contre eulx ; Nous, nosdicts hoirs et ayaos cause, » Ducs de Lorraine , les devons tenir fermement, et en estre » coDiens, sans aller, (aire ue souffrir aller au contraire, en

> quelconque manière que ce soit ou puisse estre.

• El en oultre, toutes et quantes fois que la Chevalerie

• dessusdicte conjoinctemeot , ou plusieurs ou aulcun d'eulx » particulièrement, leurs hoirs et ayans cause, prieront et

• requéreront à Nous, nos hoirs et ayans cause, Ducs de

• Lorraine, avoir droict et jugement par leurs pairs, comme

• dict est ci-dessus, des desbats et demandes que pourraient *

• se mouvoir, en tout temps à venir, entre Nous, nos hoirs

> et ayans cause , Ducs de Lorraine , et ladicte Chevalerie,

• conjoinctemeot ou particulièrement, leurs hoirs cl ayans

> cause ; Nous, nos hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine, » ne pouvons et ne devons aucunement refuser à ladicte

• Chevalerie conjoinctement, ne à plusieurs, ne à aulcun

• d'eulx particulièrement, ne à leurs hoirs et ayans cause, ne

• i aulcun d'eulx, ledict droict et jugement de leurs susdicts

• pairs, par la manière que dessus est déclarée.

• Et voulons aussi que tous les appels des jugemens de » ladicte Duchié de Lorraine soient portez pardevant ladicte

• Chevalerie, ainsi qu'il est accoustumé de (aire d'ancienneté, - sans qu aullres juges y puissent entendre , ne avoir aucune

» Et si Nous, nos hoirs, successeurs et ayans cause, Ducs

• de Lorraine, ou aulcun de nos officiers de par Nous, ou . auieun de nos bourgeois ou hommes de pote (pole$la$y su-

• jets directs) , vouloient aulcune chose demander à aulcun

• ou plusieurs des hommes de ladicte Chevilerie, ou d'aulcun . d'eab ; Nous, ou nos officiers, bourgeois cl hommes dessus-

• tficts, les devons poursuivre pardevant leur justice où ilz « seroieot demeurans, par voie de justice , et de là en avant,

— iO —

> de ressort en ressort, selon les us et coustumes anciennes » dudict pays.

» Et pareillement si ladicte Chevalerie conjoinctement, ou

• aulcun d'eulx particulièrement, ou leurs bourgeois et hom- » mes de poté, ou aulcun d'eulx, vouloient aulcune chose de- » mander ou requérir à Nous, nos officiers , nos bourgeois et » hommes de poté, ou aulcun d'eulx , ilz les devroient pour- » suivre devant leur justice et lieu où ilz sont demeurans, » par voie de justice, et de là en avant, de ressort en ressort, » comme dessus est déclaré.

» Et s'il avenoit que desbats et questions se meussent entre ' » Nous et latiicte Chevalerie , et entre ladicte Chevalerie et » Nous, pour cause de nosdicts bourgeois et hommes de

• poté , ou pour leurs biens , ou pour leurs bourgeois

• et hommes de poté , et leurs biens , lesdicts desbats » et questions viendroient et scroient jugiez et détermi- » nez par ladicte Chevalerie et aultres nobles fiefvez , leurs » pairs, en la manière que dessus est devisée et dé- » cJarée.

» Encore voulons que toutes nouvelletez indues et non rai- » sonnablcs, qui sont esté eslevéez au temps et au vivant de » nostre dict Seigneur et Père, soient mises jus et du tout au

• néant, comme sommes acertcnez duement que nostre dict » Seigneur et Père les auroit mis jus avant son trespasse- » ment, et que ladicte Duchié et pays de Lorraine demeure- » ront doresnavant, et à tousjoursmais, en telles coustumes, » liberté, franchise et anciens usaiges, comme ladicte Duchié » et pays de Lorraine estoient au vivant de feu de bonne mé- » moire nostre très-cher Seigneur et Grand-Père Jehan, Duc » de Lorraine et Marchis, et de ses prédécesseurs Ducs de » Lorraine (dont Dieu ait les Ames t).

» Et voulons aussi que tous cculx de la Chevalerie dessus-

> dicte à qui on aurait faicl aulcun tort ou grief, au vivant » de nostre dict Seigneur et Père, puissent les faire radresser

• par le droicl et jugement de leurs pairs , par la forme et

» Et encore roulons que toutes et quantes fois que ladicte » CaevaJerie, on plusieurs ou aulcun d'eulx , ou leurs bour-

• geois ou hommes de polé, en commun ou en particulier,

• ou leurs hoirs et ayans cause , prieront et requéreront à . Noos, nos hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine et Mar- > chis, ou nos officiers ou aulcun d'eulx, avoir droict et juge-

• ment, les nobles par leurs pairs, les bourgeois et hommes

• de pote par leurs juges, et en appel au ressort de ladicte

• Chevalerie, de tous desbats, questions ou demandes qui » pourroieot naistre et mouvoir au temps à venir ; Nous, nos

• hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine et Marchis, ne nos

• officiers, ne leur pouvons , ne devons refuser aulcunement

• lesdicis droict et jugement, par la forme et manière ci-dessus

• déclarée. Toutes lesquelles choses dessusdictes et une . chacune d'icelles, Nous, pour Nous, nos hoirs, successeurs

• et ayans cause, Ducs de Lorraine et Marchis, avons juré et » promis, jurons et promettons par ces présentes, léaulemenl, » en bonne foy, et vrayes paroles de Prince et Princesse ,

• tenir et faire tenir, terminer, entretenir et accomplir de

• poinct en poinct, inviolablement ; sans jamais aller, ne » souffrir aller, en quelconque manière que ce soit, à l'en- » contre de la teneur de ces présentes, ne des choses conte-

• aues en îcelles. Etc. (1) »

Telles furent les concessions réellement exorbitantes que René consentit à faire, pour ménager l'affection et le dévouement de la noblesse. Il contractait ces engagements non seulement pour lui, mais pour ses successeurs, et nous verrons tous les ducs , jusqu'au commencement du XVII# siècle, ju-

(I) Cette déclara bon est imprimée en entier , mais a* ce des fautes gros- •ère», dan* Rogéville, Diet. des ordonn. et des tribunaux de la Lorraine H éu Barrou, t. I, p. 33-35.

rer, en montant sur le trône , de se conformer aux lettrespatentes de René I". La noblesse ne se contentait même pas du serment du prince ; celui-ci devait donner des lettres expédiées en cinq exemplaires sur parchemin , et revêtues du grand sceau ducal. Une des expéditions était remise au maréchal de Lorraine; trois aux baillis de Nancy, Vosge et Allemagne, et la cinquième était destinée au duc lui-même, qui la confiait au capitaine de ses gardes (1).

René, après avoir pris possession de sa capitale , visita les principales villes du duché de Lorraine , et reçut la soumission de leurs habitants et les hommages de ses vassaux. Il écrivit au clergé de Tout, pour lui faire savoir qu'il le protégerait en toute occasion , et pria l'évéque Henri de Ville de l'aider de ses conseils (2). Il convoqua ensuite les Etats- Généraux , lesquels approuvèrent la déclaration faite par la noblesse en 1425 , et donnèrent leur assentiment à tout ce qui avait suivi cette déclaration.

Le comte Antoine se hâta de revenir, quand il connut la mort de Charles , et de rentrer dans le château de Vaudémont, dont les Lorrains n'avaient pu s'emparer. Dès le 22 février, il prit le titre de duc et les armes de Lorraine , et ne dissimula plus son projet de disputer à Isabelle la succession de Charles II. Au mois de mars , il se présenta tout-àcoup devant Nancy , avec une escorte respectable , et somma les bourgeois de lui ouvrir leurs portes , comme à leur légitime souverain. On lui répondit par un refus ; il s'y attendait sans doute ; néanmoins , il témoigna beaucoup de ressentiment et c jura par Monsieur sainct Nicolas qu'en feroit a raison premier (avant) le mois de may ». Il prétendait que la déclaration des gentilshommes violait ouvertement le droit ancien ; qu'elle n'avait été motivée que par le désir de réunir

(1) V. Mory d'Elvinge. Euis, Droits, Usages en Lorraine, p. 12 el 1U.

(2) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 524.

dans les mêmes mains les duchés de Lorraine et de Bar ; que les Eut» avaient dû être consultés avant la déclaration de la noblesse, et que la ratification par eux donnée postérieurement était nulle et sans valeur.

Ces raisons ne touchèrent personne ; les Lorrains admettent généralement le droit d'Isabelle , et il fallait qu'ils fussent bien persuadés que le duché n'était pas masculin , pour préférer un étranger, tel que René d'Anjou, au neveu de leur dernier souverain , au petit- (ils du duc Jean I".

Ce n'est pas ici le lieu de rapporter tous les faits qui se rattachent à la question de savoir si les femmes pouvaient succéder au duché de Lorraine, et nous avons d'ailleurs parlé déjà plusieurs fois de ce sujet. Ainsi, nous avons rappelé qu'après la mort de Gérard d'Alsace, la fille de Frédéric II, qui avait épousé Louis comte de Montbéliard et de Ferrette, avait réclamé le duché , probablement comme plus proche parente et héritière du dernier duc de la maison de Bar. Ainsi , on a dit qu'en 4306, une partie de la noblesse , réunie à Colombey, avait déclaré que, d'après l'usage constamment suivi en Lorraine , si le fils d'un duc venait à mourir avant son père , et qu'il laissât des enfants légitimes , garçons ou filles, ces enfants devaient succéder au duché , à l'exclusion de tous autres héritiers, et même de leurs oncles; et les nobles, ne se bornant pas à constater la coutume, avaient pris l'engagement de la faire observer.

Les premiers descendants de Gérard d'Alsace eurent tous des fils qui montèrent sur le trône sans obstacle, et pendant les XDa , XIIIe et XIV* siècles , les filles ne rencontrèrent pas une seule fois l'occasion de faire valoir leur droit ; mais ee droit ne cessait pas d'être reconnu , et nous n'en voulons d autre preuve que le contrat de mariage de Catherine fille de Mathieu 11. Elle fut promise, en 1248, au second fils d'Arnould III comte de Cbiny , et dans les arrangements qui eurent lieu à ce sujet, Catherine s'engagea è ne « riens réclamer

• en l'héritaige de la Duchié, tant que il ah hoir

» maisle > (1). Dans le siècle suivant, en 4386, Isabelle, 611e de Jean Ier , épouse Enguerrand sire de Coucy el comte de Soissons, et le contrat contient un article par lequel cette princesse renonce à toute prétention sur le duebé de Lorraine, au profit de ses frères Charles et Ferri (2) ; renonciation d'autant plus remarquable que , selon toutes les probabilités, Isabelle ne devait jamais se trouver appelée » exercer le droit qui lui appartenait.

Sans se prévaloir de ce qui se pratiquait dans les grands fiefs fi ançais, puisque la Lorraine était hors des limites de la France, on peut dire qu'on usage universellement reconnu dans les principautés formées par le démembrement du royaume de Lorraine admettait les filles à la succession paternelle. On voit cet usage établi dans le Barrois, qui était politiquement dans la même situation que la Lorraine. Il existait également dans le comté de Vaudémonl, qui se composait, comme nous Pavons dit, du pagu* Seginteruis détaché de la Lorraine sous le règne de Thierry, fils de Gérard d'Alsace, et dans lequel on devait suivre des usages en tout conformes à ceux du duché. Les filles y succédèrent à leurs pères, sans que les ducs de Lorraine aient manifesté la moindre prétention sur le comté, sans qu'ils en aient exigé le retour à cause de l'extinction de la ligne masculine. Le comte de Vaudémont Henri IV ayant été tué à la bataille de Crécy, en 4546, sans laisser d'enfants, sa sœur Marguerite hérita de ses états, et Anselme ou Anselin de Jotnville, qu'elle avait épousé, fut comte de 1346 à 4349. Henri V, fils d'Anselme, n'eut de son mariage avec Marie de Luxembourg que deux fils, morts jeunes, et deux filles : Marguerite et Alix. L'aînée

cccchiij' 16 C°ntral ' ^ Ca,nïCl' UkL' L " ' P™"*-' C0L CCcdxij Cl

(2) V. une copie de cet acte dans le cartulaire de la bibl. publ. de Nancy, p. 137-139. v

— lîi -

eut le comté de Vaudémont; Jeao de Bourgogne-Comté, tire de Momagu, et Pierre de Genève, qu'elle épousa l'un après l'autre, jouirent tous deux de cette principauté; eofio, Marguerite, étant devenue veuve une seconde fois, se maria en troisième» noces avec Ferri de Lorraine, comme on l'a raconté précédemment. Ce qu'il y a de plus curieux c'est que le fils de Ferri, le comte Antoine, qui devait ses étals à l'union de son père avec l'héritière de Vaudémont, fut le premier à soutenir que la loi salique était en vigueur en Lorraine comme en France.

Les mêmes principes régissaient tous les pays voisins, hans le duché de Brabant, les Allés succédaient à leur père. Dans le comié de Luxembourg, elles jouissaient aussi de ce Jroit. Conrad II étant mort sans enfants , dans la première moitié du XII' siècle, ce fut Hcnri-I' Aveugle ûls d'Ermenson, unie de Conrad, qui devint maître de la couronne; et Henri mi-méme n'ayant eu qu'une fille, appelée Ermenson, comme son aïeule, la princesse se mit paisiblement en possession du Luxembourg. Des faits exactement semblables se sont passés dans les comtés de Salm, de Chiny, de Moolbéliard, et il est inutile d'insister davantage sur ce point.

Tous ces principes, tous ces exemples étaient plus que suffisants pour persuader un homme impartial et désintéressé ; mais il aurait fallu d'autres arguments pour agir sor l'esprit riu comte de Vaudémont. Le dernier historien de René d'Anîn (t) a tracé en ces termes le portrait d'Antoine : « Cétait • an prince né sous la tente, familier avec les périls, et dont » U tierté et le bonheur égalaient l'audace. Ses exploits, lou- ■ jours couronnés de succès, lui avaient fait donner le sur- » nom d'Entrepreneur. Il était , du reste , d'un caractère » élevé, généreux et plein de droiture, ami des pauvres et » grand justicier ; mais une fois convaincu de la bonté de sa

ii) M. de (Juatrebarbes, Œuvres comj>l«*lc* du roi René, 1. 1, p. hv.

» cause, rien ne pouvait lui faire abandonner son droit. » Quoiqu'il y ait, à notre avis, et la suite du récit le démontrera, beaucoup à rabattre sur les éloges que cet historien décerne au comte de Vaudémont, on doit avouer que le fils de Ferri a possédé, à un haut degré, la fermeté et la force de caractère qui conviennent à un souverain.

René d'Anjou, inquiet de l'attitude que le comte de Vaudémont avait prise , résolut de le forcer à se soumettre ou à s'éloigner. Le comté étant un fief du Barrois, le duc dépécha vers son compétiteur les baillis de Bar et de Saint-Mihiel, pour le sommer de reconnaître René en qualité de seigneur suzerain, et de lui remettre, sous peine de commise, toutes les places du comté (4) , « qui estoit tenu en fief des ducs de > Bar, de tel temps qu'il n estoit mémoire du contraire » (2). Une première sommation faite le 41 avril n'ayant eu aucun résultat, on en fit une seconde le 43. Les envoyés de René, s'étant présentés devant le château de Vaudémont, demandèrent qu'on leur en ouvrit la porte pour parler à Antoine luimême ; mais Gérard de Pfaffenhofen , gouverneur de la forteresse, leur déclara que son maître était parti depuis plusieurs jours pour se rendre auprès du duc de Bourgogne , qui était alors eu Flandre, et que si on voulait lui donner, à lui Gérard, un sauf-conduit, il irait trouver le comte et lui exposerait la demande de René. La proposition ne fut pas agréée , et, le 44 mai, le duc écrivit à Antoine pour lui annoncer que, s'il ne se hâtait de remplir son devoir de vassal, les hostilités allaient commencer.

Antoine n'ayant fait aucune réponse , le duc de Lorraine entra dans le comté avec une bonne armée , s'empara de divers châteaux que son ennemi était parvenu à reprendre, et vint, le 4" juin, assiéger la ville de Vaudémont. Gérard de

(1) Plusieurs de ces places étaient déjà occupées par les Lorrains.

(2) V. Cdmet, Notice, t. Il, col. 736.

Pfrfcnhofen cl Henri de Fauconcourt , auxquels obéissait la garnison , opposèrent une vigoureuse résistance ; la place était d'ailleurs ooo moins Tortillée par l'art que par la nature, et René résolut, après quinze jours d'attaques infructueuses, de convertir le siège en blocus. 11 fit construire prés de la ville « dent forteresses de bois bien fort et très-bien fouceilées,

• et ntsl gens d'armes dedans en garnison , pour bien gar-

• der > (1). Il en confia le commandement à Jacques de Kade, son beau-frère, à Hennemant de Lénoncourt et à Erard du Oiairlct, et avant de décamper , il ravagea la campagne, fit arracher les vignes et couper les arbres à fruits.

Pendant ce temps, Antoine achevait ses préparatifs pour entrer en campagne. Son épouse Marie d'Harcourt venait d'accoucher è Joinville ; mais cette princesse, douée d'une grande énergie, quitta Joinville douze jours après avoir été délivrée, et rejoignit son mari, auquel elle apprit que leur principauté était envahie et dévastée par les Lorrains. Le comte ne perdit pas un instant et ramassa tout ce qu'il put trouver d'aventuriers et de soldats mercenaires. Le duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon , lui fut d'un puissant secours, en i^rmetlanl au prince d'Orange, au comte de Sainl-Pol, au tire de Croy , et à quantité de gentilshommes de suivre la bannière du comte de Vaudémonl. Il prescrivit aussi à Toulonpeon maréchal de Bourgogne d'amener à Antoine toutes les forces dont il pourrait disposer. Philippe, qui était en ?»erre contre le roi de France, voulait empêcher le beaufrère de ce prince de s'affermir en Lorraine , dans la crainte qu'il n'aidât plus tard les Français dans leurs projets sur la CbjKâf* ;ne et la Bourgogne. Il était sûr , au contraire , de se créer un allié fidèle et utile en plaçant le comte de Vaudémonl wr le irooe de Charles II.

t V. U «hronique do doyen de Sjint-Thiébaut , dans Oalmrt , lltst . t- II, p*cuv.t coi. ccrij et ectuj.

Aoloioe, quittant la Flandre, traversa la Champagne, avec ses auxiliaires, el retrouva, prés de Joinville, son épouse qui lui ameuail plusieurs bandes de mercenaires qu'elle était par* venue à réunir. Un peu plus tard, Toulongeon arriva avec un gros corps de chevalerie bourguignonne et prit le commandement de l'armée. Elle se composait, selon les uns, de quatre mille chevaliers et de deux mille hommes d'infanterie ; selon les autres, de neuf mille soldats. Antoine cl Toulongeon se mirent à ravager le Barrois, dans l'espérance d'obliger René à évacuer le comté de Vaudémont où ses troupes se trouvaient encore.

Sensible aux plaintes et aux souffrances des habitants des campagnes, le duc résolut de marcher contre son adversaire ; mais il attendit, pour s'avancer dans le Barrois, qu'il eût reçu tous les renforts sur lesquels il comptait. Il avait envoyé des messagers vers ses amis et les avait fait inviter à le rejoindre le plustôt possible. Louis de Bavière, seigneur d'Heidelberg, lui amena cinq cents cavaliers ; Conrad Bayer de Boppart, cvêque de Metz, deux cents ; Robert de Sarrebrûck, damoiseau de Commercy, vingt-cinq; Wisse de Conflans et le gouverneur français de Va ucou leurs , Robert de Baudricourt, trois cents ; Jean Vi, comte de Salm, trente ; Poirsonnetty, maitre-échevin de Toul, le même nombre ; le comte de Blémont el le sire de Ribaupierre, quaranie. Cenl cinquante autres avaient été conduits par Jacques de Bade ; entin Charles VII, appréhendant de voir son beau-frère succomber dans la lutte, avait ordonné à Barbazan, gouverneur de la partie do la Champagne qui obéissait au roi, de se rendre en Lorraine, avec deux cents lances et beaucoup d'archers. Tous ces contingents réunis se montaient à deux mille trois cent soixante • quinze hommes. Les gentilshommes de la Lorraine el du Barrois n'avaient pas voulu rester en arrière, el René avait dans son armée deux mille cavaliers lorrains et barrisiens. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la quantité des hommes de pied ;

le doyen de Saint- Thibaut, après avoir porté la cavalerie de René à douze mille hommes , évaluation extrêmement exagérée, assure que ce prince avait dix mille fantassins ; ce qui est assez vraisemblable (i). L'armée lorraine était certainement bien supérieure en nombre à celle du comte et de Tooiongeon ; mais cet avantage n'était que d'une médiocre importance. La cavalerie , qui constituait, au moyen-âge, la véritable force des armées , présentait des deux côtés à peu prt> \c même effectif ; et quant à l'infanterie, les archers anfttai> et les mercenaires stipendiés parle comte, tous gens rompus au métier des armes et à la fatigue, étaient de bien meilleurs soldats que les piétons lorrains et barrisiens, bourgeois, artisans et campagnards, arrachés à leurs occupations et ronduils sous les bannières des prévôtés.

\je maréchal de Bourgogne avait essayé de pénétrer dans le comté de Vaodémont et se trouvait à une faible distance de Ckaienoy, lorsqu'il apprit que l'armée lorraine s'avançait rapidement à sa rencontre. Le dimanche 1" juillet, il vint coucher a Sandaucourt, village situé à une lieue de Châtenoy, et les Lorrains s'établirent dans les villages voisins, ta lendemain, le maréchal et le comte, craignant d'être attaqués d'un moment à l'antre, rangèr ent leurs troupes en bataille ; mais René rif- parut pas. Sur le soir, Antoine et Toulongeon assemblérem leurs principaux officiers et délibérèrent avec eux sur le P*nj que Ton devait prendre. Le comte insistait pour qu'on offrn ou du moins que Ton acceptât le combat. Plusieurs officiers furent d'un sentiment opposé ; ils représentèrent que l'armée lorraine était trop nombreuse pour être facilement vaincue ; que Ton ne pouvait aller â elle qu'en traversant des haies et des lieux assez difficiles , où l'ennemi aurait tout Pa-

.1 V. b chronique du doyen, tbid. ; v. •u»i la chronique de Lorraine, ua> ijlmel, iM., t. III, prruv., col *iv ; Monlrelrt, I. II. f" Kiij \° «t htuij.

rantage ; que d'ailleurs les vivres commençaient à faire, défaut, et que les Lorrains, maîtres de la campagne, ne manqueraient pas de surprendre et d'accabler les détachements chargés de ramasser des provisions ; que la prudence commandait de battre en retraite ; mais qu'après s'être reposé un peu de temps en Bourgogne, et avoir réuni de nouveaux soldais, on serait en mesure de tenter une seconde invasion, qui serait probablement plus heureuse.

Le maréchal se prononça en faveur de celte opinion , et, malgré la résistance d'Antoine, ordonna que la retraite continuerai! le lendemain. Le 2 juillet, au point du jour, les ennemis décampèrent et se dirigèrent vers la Bourgogne. Ils étaient à peine en marche depuis quelques heures, lorsqu'ils apprirent que René venait de se mettre à leur poursuite. Toulongeon s'arrêta aussitôt et se prépara au combat * Il était arrivé dans une vaste prairie qui s'étend au sud et à l'ouest du village de Bulgnéville. Le front de r'armée était couvert par un petit cours d'eau qui se jette dans le ruisseau d'Anger, un des affluents du Mouzon, et ses derrières étaient protégés par la forêt communale de Vaudoncourt. Les archers anglais et flamands furent placés sur les deux ailes, et ils plantèrent devant eux des pieux qu'ils portaient dans ce but, et qui formèrent une espèce de palissade. La chevalerie bourguignonne voulait combattre à cheval, mais John Ladan, gouverneur anglais de Montigny-le*Roi , conseilla de la forcer à mettre pied à terre, et Toulongeon donna à tous les cavaliers l'ordre de se conformer à cette prescription, sous peine de mort. On ût une enceinte avec les nombreux chariots de bagage dont l'armée était suivie, et les points les plus faibles furent fortifiés par des retranchements en terre exécutés à la hâte, mais qui suffisaient pour arrêter la cavalerie.

L'ennemi était encore occupé à ce travail , lorsque les Lorrains arrivèrent. René, après avoir reconnu, pour la forme, la position de ses adversaires, envoya un héraut pour les dé-

fer et leur offrir le combat. « Je l'accepte », répondit le comte de Vatidémont. Toutefois, avant de donner le signal, le duc ju*e§ eoovcnable d'assembler son conseil. Les ofliciers les plus expérimentés conseillaient de ne pas engager une action; ils disaient que l'ennemi, n'ayant plus de vivres, se- • mit obligé de quitter ses retranchements pour attaquer les Lorrains avec désavantage, ou de continuer sa retraite le ien itt-main ; et que Ton pourrait pendant, qu'il serait en marche, choisir un moment favorable pour le charger. Barbazan et révèque de Mets appuyèrent cet avis, qui était le plus prudent. Mais plusieurs jeunes seigneurs prétendirent qu'il ferait hontenx pour les Lorrains, qui avaient l'avantage du nombre, de n'oser en venir aux mains; que le maréchal de Bourgogne et le comte de Vaudémonl profileraient de la nuit pour s'échapper ; qu'une fois en sûreté au delà des frontières de la Lorraine, ils prépareraient, à loisir et avec toute facilité, une seconde expédition, et qu'ils se jetteraient de rechef sur le duché dans un moment où l'on ne serait pas aussi bien disposé a les recevoir. Ces raisonnements spécieux firent impression sur l'esprit de René, lequel, ajoute un chroniqueur,

• estoit si avide de combattre qu'il luy sembloit qu'il n'y se- » rotl jamais û U'mps ». Désirant néanmoins ne pas choquer barbazan, dont il respectait la valeur et l'expérience, il enjoignit a Robert de Sarrebrùck et au bâtard de Thuilières d'aller reconnaître avec le plus grand soin la position et la farte tpparente de l'ennemi.

<J«and ils se furent acquittés de cette mission, ils revinrent trouver René et insistèrent pour que l'on commençât immédiatement le combat- Robert surtout fit les plus vives instances.

• Ces gens nous fault assaillir , disait-il ; de la première venue » les emporterons. Ils ne sont mye pour nos paiges. > Barb*uu essaya de nouveau de faire prévaloir son avis; mais la pmpsri des gentilshommes qui entouraient le doc ne voulurent rien entendre ; ils ne Craignirent même pas de laissa

voir qu'ils attribuaient à un sentiment peu honorable la prudence du capitaine français. « Quand on a paour des feuilles, > murmuraient-ils, ne fault aller au bois ». « Qui a paour se retire 1 > ajouta Jean d'Haussonville. Ces paroles outrageantes excitèrent l'indignation de Barbazan, qui n'osa plus conseiller à René de se borner à observer l'ennemi. « A Dieu ne plaise, • » s'écria-t-il, que par ma couardise la maison de Lorraine ait » esté mise à déshonneur! Je veux et entends combattre; et » afin que ne dictes mye que à moy tiegne, moy et mes gens 9 voulons estre des premiers à donner dedans. Sonnez, » trompettes, au nom de Dieu, sonnez subitement! »

René rangea ses troupes en bataille ; il se mit au centre avec Tévèque de Metz et le comte de Salin ; Barbazan prit le commandement de l'aile droite , et Robert de Sarrebrùck ce* lui de l'aile gauche. Pendant tous ces pourparlers, pendant ces allées et venues, Toulongeon n'avait cessé d'augmenter les fortifications de son camp, dont l'attaque devenait à chaque instant plus périlleuse. Lorsque le comte vit l'armée ennemie s'ébranler et traverser le ruisseau , il envoya un héraut proposer une conférence à René d'Anjou. Il est impossible de savoir s'il ne voulait que gagner du temps , afin de rendre l'accès de son camp plus difficile encore, tout en fatiguant les troupes lorraines exposées depuis le matin à l'ardeur du soleil ; ou bien s'il espérait que le duc se prêterait à un accommodement. Quelles que fussent les intentions d'Antoine, René ne devait pas consentir à ce que demandait son adversaire ; mais, désirant empêcher l'effusion du sang, il prit le parti de s'avancer entre les deux armées ; Antoine en fit autant de son côté, et ils eurent ensemble une conférence qui n'eut pas de résultat; comme il était facile de le prévoir, puisque le comte réclamait toujours la remise pure et simple du duché de Lorraine, et que René ne pouvait aliéner aucune partie de l'héritage de Charles II.

La conférence terminée, on fit les dernières dispositions

pour le combat. Antoine, monté sur un petit cheval, parcourut les rangs de son armée, < en remonstrant amya-

• blcmeni à tous ceulx-lè estons qu'ils se combattissent

• seurcment et de bon couraige, disant que il prenoit sur » sa dampnacion que sa querelle estoit bonne et juste, et que

• le duc de Bar le ? ouloit sans cause déshériter ; et si avoil > loos/ours tenu le party des ducz Jehan et Philippe de Bourt gongne (1) ». Il arma ensuite chevaliers Gérard de Mari* çns , Mathieu d*Humiéres et quelques autres, et fit distribuer do vin aux soldats, qui avaient achevé de fortifier leur camp et se reposaient en attendant l'action.

René, après avoir également crée des chevaliers, donna le signal de l'attaque. On n'était plus qu'à une portée d'arbalète des retranchements du maréchal de Bourgogne, lorsqu'un cerf, effrayé du bruit que faisait cette multitude, sortit de la foret à laquelle le camp était adossé, se jela au milieu des deux années, et resta un moment immobile; puis tout-àroup il se précipita sur les Lorrains, renversa quelques hommes et disparut. Cet incident, quoique très-naturel , inspira a beaucoup de soldats une sorte de terreur superstitieuse, et ie désordre que le cerf avait mis dans certains rangs leur parut un pronostic de celui qui allait se répandre dans l'armée taut eniière. Le comte de Vaudémont, au contraire, y vit ou feMrnit d'y voir on présage assuré du succès. « Or, frappons

• sur eolx , mes amys , s'écria-t-il , et suivons nostre fortune ; » car ils sont nostres, et Dieu nous monstre signe que la fuyte » tournera nujourd'huy du costé de nos ennemys (1). »

Ae moment où il prononçait ces paroles, les Lorrains abordaient les retranchements des Bourguignons, et leur attaque (ut si impétueuse qu'ils culbutèrent uue partie des chariots <tu> formaient l'enceinte ; mais, au même instant, une dé-

I V. Moo*n4rt. ibid., f" lixtr y".

charge de plusieurs canons et couleuvrines, que Toulongeon avaient habilement masqués, renversa une foule de lorrains et jeta le trouble dans le reste de l'armée. Les archers anglais et flamands , protégés par les pieux qu'ils avaient plantés devant eux, faisaient pleuvoir sur les assaillants une grêle de flèches, dont il était impossible de se garantir. L'infanterie lorraine, qui n'avait aucune habitude de la guerre, ne tarda pas à se rebuter et recula. La cavalerie, bien que composée en grande partie de gentilshommes, n'eut pas un meilleur succès ; les chevaux ne réussirent pas à franchir les fossés et les obstacles que les Bourguignons avaient accumulés devant leur camp , et les lances des cavaliers ne pouvaient atteindre des ennemis qui se tenaient à l'abri de leurs palissades. Peu à peu le découragement gagna les Lorrains, et beaucoup abandonnèrent le champ de bataille. < Celuy jour, dit un » chroniqueur cité par Dom Calmet, furent bien gardez plu-

> siours d'estre prins par lors boins chevaulx et par lors es- » perons que bien les défendont. » I) nomme quelques-uns de ceux qui retournèrent « en leurs hostels, et avec eulx plus » de deux mille hommes d'armes, et par eulx furent les aul-

> très, qui demeurant, morts et plus aisiez à desconfire, » dont ce fut grand dommaige > (1). Jean d'Haussonville, qui avait fait de si vives instances pour qu'on livrât bataille , ne fut pas le dernier à prendre la fuite, et son exemple fut imité par le damoiseau de Commercy. « Les susdicts , fait observer • Thierriat n'attendirent le second choc, mais bien fu-

> rent à val de route dès le premier, dont vint d'est ranges » soupçons (2). » « Mais devoil le damoiseau passer la nuitée » avec certaine Agathe, qu'estdit sienne, et que avoil, ce

> disoit-on, promesse de luy que quitterait la meslée, et que » viendrait à tout meshuy en sa ehambrelte et couchette, que

(1) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 772 et 773.

(2) V. Mémoires , règne de René I", dans le rccucU cité.

• **loii mieux, ce disott-elie, que champ où n'estoient que » horiocks et pieques ; el de ce, n'en doutez, ajoute Bon mon, » fut grande risée, dont afint que disoiton de certains, » qu'estoteot peu soucieux de meslées, qo'esloient braves » comme It damoiseau de Commercy (1). »

Au moment où Robert de Sarrebruck abandonnait lâchement ses compagnons d'armes, il rencontra Barbazan , qui tir hait de rétablir le combat. Barbazan n'avait pas oublié la jactance do damoiseau , et lui adressa de vifs reproches, c Tort ay , répondit Robert , ains Pavois promis à ma mie. » Malpré les efforts de René et du vaillant capitaine français, les des Lorrains s'éelaircissaient de plus en plus. Toulongeon, jugeant que Fiostani d'achever leur défaite était armé, ordonna aux cavaliers de reprendre leurs chevaux et de charger l'ennemi. Le comte de Vaudémonl se mil lui-même à leur tète et força les débris de l'armée de René à rétrograder jusqu'au ruisseau. Il y eut en cet endroit une dernière et sanglante mêlée dans laquelle périrent beaucoup de gentilshommes. On compta parmi les morts les comtes de Sa Un et de Sarrewerden , Henri de Château- Bréhain et ses (jeux fils, Warry de Tonnoy , Fleuri Bayer, Conrad Bayer et Bouillon de Seriey, qui portaient les bannières de Lorraine, de Bar, de Pévéché de Metz et de Salm, Simon Bayer, Henri d'Aboneourt , Jean de Villaeourt , Gaspard de Sierck , Jean de VHIe «son fils, Warry de Savigny, Henri d'Harouc, Henri de Gtroocourl, Guyol de Gondrecourt, Jean de Chambley, Colin de Nancy, Eudes de Gerrainy, Jean de Gombcrvaux , Jean de B'Mufremont , Jean d'Haraucourt , Arnould, Àubert et Colin Wisse, Thierry d'Ane y, Jean de Créhangc, le Moine de Marfille, et quantité d'autres, dont les premiers furent tués à l'attaque du camp, et les seconds sur les borda du ruisseau. La perte la plus ftcheuse fut celle du valeureux Barbazan. qui

1 V. Coupures, rrene <!e René I". dans te même recueil

périt daos la mêlée, après avoir accompli (oui ce qu'on devait attendre d'un général et d'un soldat (t).

Malgré la déroule presque complète de son armée , René continuait à combattre ; il ne pouvait croire que Robert de Sarrebruck , Jean d'Haussonville et les gentilshommes qui avaient pris la fuite, au commencement de l'action, se fussent retirés pour ne plus revenir ; il s'attendait à tout moment à les voir reparaître et arracher la victoire à l'ennemi. Il se berçait d'une vaine espérance ; peu à peu il se trouva resserré dans un cercle infranchissable, et plusieurs des gentilshommes qui l'accompagnaient moururent sous ses yeux. L'évéque de Metz, Erard du Châtelet , le vicomte d'Àrcy , le sire de Rodemack, et quelques chevaliers qui luttaient encore, furent faits prisonniers les uns après les autres ; enfin René, se voyant presque seul, et blessé d'ailleurs au nez, à la lèvre et au bras, se rendit à un nommé Martin Foucars, écuyer du sire d'Enghien. Ayant mené hors du champ de bataille son prisonnier que l'on n'avait pas reconnu d'abord, sans doule parce que sa riche armure était couverte de sang et de poussière, Martin prévint le comte de Vaudémont de ce qui venait d'arriver, et ce prince l'engagea , par la promesse d'une forte récompense, à conduire le duc dans un taillis voisin, où l'on enverrait des gens sûrs pour le prendre et l'escorter jusqu'à Joinville. Mais dans ce moment survint le maréchal de Bourgogne, qui arracha le prisonnier des mains de Martin Foucars et invita le comte de Vaudémont à poursuivre les Lorrains (2).

(I) Le corps de Burbazan fui d'abord inhumé dans l'église collégiale de Vaucouieurs ; on le transporta ensuite à Saint-Denis , par ordre de Charles VII, et on rcnlerra dans le caveau de Churlcs V , aux pieds du connétable de Sancerre. Quelques années après la bataille, René fit élever, sur une colline voisine de Bulgnéville, une chapelle dans laquelle on célébrait la messe, lous les lundis , pour le repos de l'àme de Barbaxan. V. Calmet, Notice, t. Il, col. 727, 728 et 7i8.

(J) V. dans Viguier, ouv. cité, p. 202-20* , une pièce émanant du comte de Vaudémont et relative à cette affaire.

Malgré sa répugnance à obéir à cette espèce d'ordre, le comte, se mettant à la tète des cavaliers les moins fatigués, suivit les traces de Jean d'Haussonville, du damoiseau et de Robert de Baudricourt , qui se retiraient en assez bon ordre, avec ooe partie de l'armée lorraine.

Pendant ce temps, les soldats bourguignons, anglais et flamands relevaient les blessés et enterraient les morts. Les auteurs varient étrangement sur la quantité de ceux-ci; il parait néanmoins que Toulongeon n'eut pas à regretter plus de quatre cents hommes ; que le nombre des lorrains tués ou morts de leurs blessures a clé considérablement exagéré par certains écrivains, et que la perle de René ne dépassa guère douze ou treize cents hommes. Il est vrai que c'était la fleur de la chevalerie lorraine et barrisienne. Prés de cent gentilshommes et beaucoup de soldais furent faits prisonniers et livrés à Toulongeon. Ce dernier, qui avait jusqu'alors commandé l'armée, entendait se réserver les profils de la victoire. Il fit monter le duc à cheval, malgré ses blessures, lui donna une escorte et l'envoya à Châlillon-sur-Seine (i).

(1) On chantait en lorraine la complainte mirante sur la bataille de Bu^névule :

L'an mil quatre eenl trente et un, Deux jours après le mois de jan, Entre Saussure et Beaufrcmont, Antoine comte de Vaudémont, Avec le marchai de Bourgongne, Gagnèrent la dure besongue, Où le bon duc René fut pria, Avec plusieurs île ses amis Plusieurs furent morts sur la place ; Je prie Dieu leur faire grâce.

M:ii* chacun devrait bien niauldire Ceux qui lachrmcnt s'enfuirent; (lar pour eulx endurons grand peine En Barrois et en Lorraine, Dont le noble duc «toit sire.

Or. prions Dieu, nostre sire, (Qu'aux prisonniers soit délivrance, El aux Irespiisez allégeance,

De rccupéreVPce domina ige *

Le 3 juillet, Antoine revint a?ec sa cavalerie; il n'avait pu atteindre les Lorrains, et il fut trés-étonné et très-mécontent quand il apprit que le maréchal avait fait conduire René dans un des châteaux du duc de Bourgogne; ce qui assurait à Philippe-le-Bon tout l'avantage de la bataille de Bu Igné vi 14e, et le rendait arbitre d'une querelle à laquelle il aurait dû rester entièrement étranger. Antoine fut encore plus irrité quand le maréchal annonça, qu'il allait reprendre, avec ses soldats, la route de la Bourgogne, et que ses instructions ne lui permettaient pas de tenir plus longtemps la campagne. Toutes les instances du comte pour obtenir que celle résolution fût changée demeurèrent sans résultat, en sorte que le seul gain immédiat que lui procura la défaite de son adversaire fut la délivrance de Vaudémont. Les lorrains qui bloquaient cette forteresse n'eurent pas pluslôl appris la captivité de René qu'ils s'enfuirent, sans même prendre le temps d'emmener leurs bagages; et la garnison, prévenue d'une retraite aussi précipitée, lit une sortie, attaqua les moins diligents et les tailla en pièces. En même temps, les soldats qui gardaient Vézelise et divers châteaux du comté de Vaudémont se hâtèrent de les évacuer cl de regagner les terres de Lorraine. Il leur semblait que le comte allait paraître, à la tête de l'armée victorieuse, et exterminer tous ceux qui ne se seraient pas mis en lieu de sûreté (1).

Telle fut cette déplorable bataille de Bulgnévillc, source de tant de calamités pour la maison d'Anjou ; gagnée par René , elle l'eût probablement débarrassé pour toujours d'Antoine et de ses prétentions ; perdue, elle donna à ce dernier une audace nouvelle et lui fit concevoir des espérances dont la réalisation aurait été bien funeste à notre pays. Les historiens n'ont

(1) V. Monstrelet, ibîd., fo« Ixxiij v-Ixxy r>; Hutoire de René d Anjoo, par M. le marquis do Villeneinc-Trans, t. I, p. 132-157; M. de Qualrebarbes, ibid., p. xxiv-xxx; Calmet, llisl., t. Il, col. 769 774; Chronique de Lorraine, ibid.. t. III, preuv., col. xiv cl xv.

pu comprendre comment le chic de Lorraine , dont l'armée «Mail bien supérieure en nombre , et qui avait des capitaines juasi braves qu'expérimentés, avait succombé dès Ja première bataille. On a cherché à expliquer ce résultat extraordinaire par Ja trahison supposée de Robert de Sarrebrùck et de quelques gentilshommes , qui auraient préféré la domination d'Antoine à celle d'un prince étranger ; mais il n'est pas nécessaire de recourir à une hypothèse, dénuée de preuves, pour rendre compte de la défaite des Lorrains. La victoire leur échappa à Bulgnéville par suite de la présomption et de I inexpérience de la noblesse, défauts qui, dans l'espace de moins d'un siècle , tirent perdre aux Français les trois grandes batailles de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, avec lesquelles la bataille de Bulgnéville eut malheureusement plus cf un trait de ressemblance.

La. nouvelle de la défaite de René répandit l'effroi et la consternation dans les duchés de Lorraine et de Bar ; il était peu de familles nobles qui n'eussent à pleurer la mort ou la captivité d'un ou de plusieurs de leurs membres; et les bourgeois ci les paysans s'attendaient à voir l'armée d'Antoine et de Toulongcon, dont la renommée grossissait la force, sacrer les villes ei ravager les campagnes. Il ne faut pas croire cependant que la prise de René ait désorganisé le gouvernement ; ce prince n'était que le mari de la duchesse, et Isabelle, saisissant aussitôt les rênes du gouvernement, les tint de m miére à prouver qu'elle était digne de porter la couronne. Elle assembla le conseil et entrant dans la saHe , avec ses quatre petits enfants , elle dit aux seigneurs qui le composaient : « Hélas! ne sçay si mon marit c«t mort ou pris ». ■ Madame, lui répondirent ceux-ci, ne vous desconfortez > mye. Monsieur le Duc , en bonne vérité , les Bourguignons » f ont pris. Il sera racbeplé. N'ayez souci ! A l'ayde de Dieu, • de celle guerre en verrons la lin. Le comte Aotpine d'avoir » I» Ducliié, il en est bien gardé. Toujours luy ferons

■ la guerre, et bien bref aurez Monsieur voslre marit. »

A ces paroles, la duchesse, « ung pelil » consolée, s'occupa, avec ses conseillers, des mesures à prendre pour réparer le désastre de Bulgnéville. On envoya sur le champ des messages dans les villes, pour défendre aux prévôts et aux habitants de rcconnatlre d'autre seigneur que René et Isabelle, et de recevoir des ordres ou des propositions d'Antoine ; on prescrivait en même temps aux prévôts de se tenir sur leurs gardes, afin d'éviter toute surprise, et on leur annonçait que l'on travaillait activement à assurer le salut des deux duchés. • A cet effet, on réunit et on réorganisa les débris de 1 armée vaincue ; on fit de nouvelles levées ; et, peu de jours après une bataille qui semblait devoir ruiner les affaires de René d'Anjou, des troupes plus nombreuses peut-être que celles dont les Bourguignons avaient triomphé, et conduites par des chefs habiles , pénétrèrent dans le comté de Vaudémont et investirent Vézelise. Les diversions tentées par Antoine n'eurent aucun succès, et, après six jours d'attaques, les Lorrains enlevèrent la ville d'assaut et la saccagèrent, pour se venger de tous les maux que l'ambition du comte avait causés à leur pairie. Cet événement et la prise du château de Toullon ou Thelod, qui tomba, presqu'en même temps, au pouvoir des lieutenants d'Isabelle (4), firent comprendre à Antoine que la conquête de la Lorraine était plus difficile qu'il ne pensait. Le 1er août, il conclut avec la duchesse une trêve qui devait finir à la Saint-Martin (44 novembre). Cette trêve fut prolongée jusqu'au 26 du même mois, et enfin jusqu'au 25 janvier 4432. Le comte, qui avait eu le loisir de ramasser de nouvelles troupes et comptait sept mille hommes sous sa bannière, se disposait à recommencer les hostilités ; mais Isabelle et la duchesse douairière lui demandèrent une entrevue et lui re-

(4) Ils y trouvèrent la bannière aux armes de Lorraine que le comte faisait porter devant lui depuis qu'il avnil pris le titre de dur.

présentèrent, avec tanl de force, les malheurs qu'une seconde campagne De pouvait manquer de causer à la Lorraine et à ses propres étais, qu'il consentit à une suspension d'armes de trois mob. Il demanda et obtint que la décision du litige fût abaoïiounéo à l'arbitrage des évêques de Metz, de Toul el de Verdun, d'Erard du Châtclet, et de deux autres gentilshommes dont l'histoire n'a pas conservé les noms ; les arbitres dénient aussi aider la duchesse dans le gouvernement de la Lorraine; ce qui, en apparence du moins, enlevait à la princesse une partie de son autorité. Moyennant ce compromis, Antoine congédia ses soldats el attendit le jugement arbitral (I).

Il était opportun que cet accord permit à la Lorraine de respirer; car Kobert de Sarrebrûck, Robert de Baudricourt et divers gentilshommes, qui n'avaient pas fait preuve d'un grand courage à la bataille de Bulgnéville, continuaient à tenir la campagne et commettaient mille ravages, sous prétexte de continuer la guerre contre le comte de Vaudémont , ou de ♦ Mîdefuuiser dts perles qu'ils avaient faites (2).

Pendant ce temps, le malheureux duc de Lorraine était promené de prison en prison ; après avoir été successivement mfenné dans les châteaux de Chalillon sur-Seine , de Talent, de Bracon et de Rochefort (prés de Dole) , il fut conduit dans une des tours du palais que les ducs de Bourgogne possédaient a Dijon. Elle a conservé le nom de tour de Bar, parce que Kcaê, qui n'était pas reconnu par Philippe-le-Ron comme xmverain de la Lorraine, ne recevait de Ini d'autre titre que eeki de duc de Bar. Ce donjon existait bien entier au commencement du XVIII* siècle, et les fortes grilles qui en garnissaient toutes les ouvertures prouvaient avec quel soin

II' V. Cfcron. do doyen de Saiot Thiéhaut, «Un* Calme* , îbid., t. Il, pr««T , cal. eeti-caj ; M. de Quatre barbon, ibid., p. %xx. i V Ckroa du doyea de Saint-Thiébaut, ibkl.

Philippe veillait sur son prisonnier. La cheminée elle-même était fermée au moyen d'une treillis de fer, qui du dehors ressemblait à une grosse cage d'oiseau (1) ; aussi, les tentatives faites pour faciliter l'évasion du duc de Lorraine furentelles complètement infructueuses. Ses compagnons de captivité obtinrent leur liberté , les uns après les autres ; l'évèque de Metz conclut un accommodement dés le 4 septembre 4431, et rentra dans sa ville épiscopale , le 22 du même mois (2) ; son frère, Didier Bayer, vil les portes de sa prison s'ouvrir peu de semaines après, et René employa les premiers deniers que son épouse lui fil parvenir à payer la rançon de quelques-uns des gentilshommes prisonniers. Isabelle , sa mère et les évèques de Metz et de Toul ne négligeaient rien pour procurer la liberté au duc de Lorraine ; mais Philippe ne voulut d'abord rien entendre. Au mois de février 1432, il vint à Dijon pour y présider un chapitre de Tordre de la toison d'or, et en remettre les insignes à Toulongeon et à un capitaine flamand qui s'était distingué à Bulgnéville. Il eut un entretien avec René, et, charmé de la douceur et de l'affabilité de ce prince, il résolut de lui rendre la liberté, après lui avoir arraché les concessions les plus exorbitantes. Rolin de Poligny, chancelier de Bourgogne, négocia avec le captif un traité provisoire, dont les clauses captieuses pouvaient recevoir différentes interprétations. René était remis en liberté, mais pour uu an seulement, cl, celte année expirée, il devait rentrer en prison sur la première sommation de Philippe. Pour obtenir une faveur si précaire, il s'engageait à payer une somme de vingt mille saluls à compte sur sa rançon, qui serait fixée plus tard ; à confier au duc de Bourgogne les villes de Charmes, Bourmont, Châlillon-sur-Saône et Clermonl-en-

(1) V. Calmet, ibid., l. Il, col. 773.

(2) Il fut obligé de payer une rançon de dix mille saints, dont chacun valait quinze sous monnaie de Metz. V. Giron du doyen de Saint-Tliicbaut, ibid., t. Il , preuv., col. ceix.

\rgoone. dans lesquelles Philippe placerait des garnisons soldées par René; à fiancer sa fille Yolande avec Ferri fil* du comte de Vaudémont , ei à livrer comme otages ses deux fils Jean et Louis, qui étaient encore très-jeunes. El comme ai les garanties données au doc de Bourgogne n'étaient pas suffisantes, Rodolphe comte de Linange et de Réchicourt, Simon III comte de Salm, Arnould de Sierck, Erard du Chfttdet maréchal de Lorraine, Jean d'Autel sire d'Apremont, Jean sire de l'énélrange, Ferri de Chamhley, Jean d'Haussonville, Charles et Gérard d'Haraucourt , Ferri de Parroye, Ferri de Ladres, Philibert de Brixey, Philippe de Conflans, Jean de Saint-Loop, Guillaume de Ligniville, Jacques d'Haussoo ville, terri de Savigny, Jean de Pulligny, Thierry Bayer, Simon des Armoises, Arnould de Ville, Colard du Saulcy, Warry de Fléville, Guillaame de Dommartin, Philibert du Chatdet, Philippe de Lénoncoart, Henri Hans et Robert d'Haroué, tous vassaux de René, s'engagèrent, pour le cas où re prince ne rentrerait pas dans la tour de Bar le 1er mai 1433, à se constituer prisonniers à sa place, le V juin Mmant au plus tard (1).

Le doc de Lorraine était trop impatient de recouvrer sa liberté pour se montrer fort difficile sur les conditions ; il consentit à tout ce que demanda le chancelier de Bourgogne, et le traité fut conclu vers le 20 nvril pour être exécuté le \m mai. Des le 25 avril, on vit arriver à Dijon les deux 6b de René conduits par le sire de Fénétrange, Gérard d'Hartocourt sénéchal de Lorraine, Jacques d'Haraucourt bailli de Nancy, Warry de Fléville bailli d'Allemagne, Philippe de Lénoucourt et quelques autres gentilshommes. Le mëtne jour, René fut mis en liberté, et, après avoir embrassé

1 La ktire de» trenle vaaaaui de René (on ignore le nom de l'un é mmx t été pubbee partiellement par M. de Qoatrebarbe», iWd , t. I.

ses enfants, il prit le chemin do Bar rois, et logea au château de Bar-le-Duc le 1er mai. tl se rendit ensuite à Saint-Nicolasde;Port, pour acquitter un vœu qu'il avait fait, puis à l'abbaye de Bouxiéres-auv Dames, où il rencontra sa belle-mère, Marguerite de Bavière, et le comte de Vaudémont, qui voulut tenir compagnie à René < en signe de grant amour ». Après avoir satisfait sa dévotion, le duc rentra à Nancy et s'occupa avec application des affaires publiques (1).

Antoine ne perdait toutefois pas de vue l'objet de son ambition. Vers le commencement de l'année suivante, il engagea René à partir, avec lui, pour Bruxelles, où se trouvait le duc de Bourgogne, et le duc de Lorraine commit l'imprudence de constituer Philippe juge de son droit. Celui-ci ajourna sa décision, et voyant que les deux princes montraient une égale ténacité à soutenir leurs prétentions, il crut qu'il viendrait plus facilement à bout de les accommoder en arrangeant, d'une manière définitive, le mariage projeté entre Yolande de Lorraine et le fils du comte de Vaudémont. René se prêta volontiers à une pareille négociation, et jura de donner à sa fille une dot de dix-huit mille florins du Rhin et de lui payer, à partir du jour de ses fiançailles, une rente de douze cents florins, rachetable pour la somme de onze mille florins du Rhin. Philippe demanda au duc et à son compétiteur de lui remettre, avant le jour de Noël 1435, tous les titres et éclaircissements qui pouvaient le mettre à même de prononcer en connaissance de cause sur la question de droit , et promit de rendre son jugement au plus tard à la fête de Noël 1434. Cet accord, daté du 13 février 1435 (2), établit en apparence l'harmonie la plus parfaite entre le duc de Lorraine et le comte de Vaudémont. Us revinrent ensemble de Bruxelles ; et le comte s'étant

(1) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 777-779; M. de Quatre barbe*, ibid., p. xxxj-xxxîij.

(2) Il est imprimé duns Calroet, ibid., t. III, pmiv., col. dcxlvj-dclnj.

rendu à Metz, les habitants de celte ville, charmés de la condtrston inespérée dune affaire aussi grave, firent « granl

• honnour » a leur hôte et lui offrirent « deux cowes de très-

• boio vin , cent quairtes d'avoine , et pour vingt francs de » potion » (I). Antoine et René travaillèrent ensuite de eoocrrt à réprimer les brigands qui pillaient les campagnes, lis les battirent dans deux rencontres et en exterminèrent quantité. Ayant su qu'une troupe de ces malfaiteurs occupait le château d'Affracourt , ils allèrent les attaquer, prirent ta forteresse d'assaut et firent pendre tous ceux qu'ils y trouvèrent. Ils réunirent plus tard leurs troupes à celles de Pévêque de Meix et châtièrent quelques seigneurs, dont les châteaux situés sur les frontières de l'Allemagne et des Ardennes étaient devenus des repaires de bandits. René s'empara aussi delà forteresse de Grandpré, refuge d'une autre horde de pillards, et fit démolir le château de Passavant, qui était plusieurs fois tombé au pouvoir d'aventuriers dont les pays voisins avaient eu beaucoup à souffrir (2).

Le soin de rétablir la paix publique et la sécurité n'était pas la seule occupation du duc de Lorraine ; il négocia et conclut, a cette époque, des traités plus ou moins importants, dont le détail ne peut trouver place ici. On doit cependant mentionner ses arrangements avec Conrad Rayer de Roppart eveque de Metz. On a vu que ce prélat , victime de son attae bernent aux intérêts de René , avait été pris avec lui à Ruljméiuïe et obligé de promettre une rançon de dix mille «luis (3); le duc, pour l'indemniser de cette perte, lui rendit les viflef de Nomeny, Saint- Avold, Raccarat, le ban de

! V. dm» do doyen de Swnt-Thiébout , ibid., t. Il, preuv., col. eruj

T V drni, tbid., col. ccxiij cl eexhr.

\* akut éuil une monimw d'or frappée par le roi d'Angleterre R**n VI. rt niant vingt-cinq sou* tournois. Y. Ducange, Glotn.,

Delme et d'autres domaines engagés par les évéques de MeU, et n'exigea da prélat, pour la rétrocession , que la somme de quinze mille florins du Rhin , quoique ces villes et ces domaines eussent une valeur bien plus considérable. La convention est du mois de mai 4433 ; le 8 août suivant , René fit alliance pour six années avec les habitants de Metz, et Baudouin de FléviHe, abbé de Gorze, reçut le serment des parties contractantes , dans la ville de Pont-à-Mousson où le traité avait été négocié (1).

La tranquillité dont le duc de Lorraine commençait à jouir ne tarda pas è être troublée de nouveau. Le comte de Vaodémont avait accepté avec empressement les propositions faites par le duc de Bourgogne aux deux compétiteurs , pendant leur séjour à Bruxelles ; mais il y avait un point sur lequel Antoine et Philippe n'étaient pas d'accord. Nous voulons parler de la rançon de René. Le duc de Bourgogne soutenait que, ayant fait de fortes dépenses pour une querelle qui n'était pas la sienne , celle rançon devait lui appartenir à titre d'indemnité , et que d'ailleurs le duc de Lorraine était le prisonnier de Toulongeon et non celui d'Antoine. Le comte de Vaodémont ne fut pas convaincu par cette argumentation , et fit rédiger un mémoire dans lequel il essayait de démontrer que sa demande était fondée en droit et en raison. Il eut même, dit-on, le projet de s'adresser au parlement de Paris et de lui soumettre le litige ; toutefois, il craignit de rendre par là le duc de Bourgogne favorable à René d'Anjou (2). Ce dernier serait peut-être parvenu a terminer assez promptement l'épineuse affaire de la succession en continuant à négocier avec Philippe ; mais, se défiant de l'impartialité du fils

(1) V. Chron. du doyen de SâintThiébaut, ibid. Le traité conclu entre Conrad et René est imprimé dans Ctlmel, itml . t. III, praav., col. dcxWv tlcxlvj.

(2) V. Vignier. ouv. cité, p. 202.

île Jean- sans- Peur, il lâcha d'obtenir une décision émanant d une autorité plus haute.

Les évéques de Metz , de Toul et de Verdun , et les trois gentilshommes charges d'assister Isabelle dans le gouvernement de la Lorraine et de peser, en même temps, les prétentions réciproques des compétiteurs, étaient trop dépendants de René pour rendre un jugement qui fût écouté avec respect par tout le monde ; aussi n avaient-ils jamais songé à prononcer une sentence , et après avoir, pour la forme , jeté un coop-d'œil sur les titres produits devant eux, ils avaient fait signmer, en 1439, an comte de Vaudémont que la question n'était pa* de leur compétence ; qu'elle devait être tranchée par I* empereur, dont les ducs de Lorraine relevaient pour certains ûefs, et qu'on allait lui en déférer la solution. Antoine n'avait pas osé décliner la juridiction impériale; il se flattait d ailleurs que la sentence lui serait favorable. Sigismond. qai régnait alors (!) , avait fait citer les deux rivaux à comparaître devant lui ; mais René, encore enfermé dans la tour de Bar, ne put se présenter, et l'empereur attendit des circonstances plus favorables (2). L'évèque de Metz et Louis d Haraucourl évéque de Verdun, qui se rendirent à Baie en 1C33. supplièrent les pères du concile d'examiner l'affaire dont il s'agit et de rétablir enfin la paix dans le duché. Leur demande, appuyée par les ambassadeurs de Charles VII , fut •eeaetllte par le concile, et Sigisraond étant arrivé à Baie, le 10 octobre, écouta les prélats et jugea que le moment était >eou de s'occuper de la Lorraine. Le 22 février 1434, il adressa au comte de Vaudémont des lettres par lesquelles il lui ordonnait de comparaître pour exposer ses raisons et enlendre prononcer une sentence qui mettrait 6a è cette longue

'1 B*»t m roi lie* Ho.ua.m e( ne fut «cre empereur que l« M mm |«33.

t Y felmct. ibid . t. II. col. 77S

querelle. Comme il appréhendai! que le comte ne cherchât quelque prétexte pour se dispenser d'obéir, il lui fit expédier, deux jours après , un sauf-conduit , et le concile , qui était également saisi de la question, en délivra un autre (i). Jean Germain évêque de Nevers , qui était chef de l'ambassade de Bourgogne, fît, par ordre de son maftre, des démarches actives pour empêcher Sigismond de donner suite à ses lettres évocatoires ; mais ces démarches furent infructueuses , et Antoine, craignant qu'un refus de comparaître ne parût une renonciation à ses prétentions, partit pour Bâle et remit à l'empereur, le 23 avril , un acte dans lequel il faisait les réserves les plus expresses en faveur de ses droits et demandait communication des moyens et raisons de son adversaire. Le comte accompagna lui-même les avocats et procureurs qui devaient signifier cette pièce cl prit la parole pour exposer l'objet de sa réclamation. L'empereur l'ayant engagé à ne pas continuer, en disant qu'il avait une connaissance suffisante de l'affaire et qu'il en conférerait avec son conseil, un des avocals du comte insista pour plaider et développa le système d'Antoine, jusqu'à ce que Sigismond fatigué eut renvoyé celui-ci el ses avocats devant l'évéque de Passau, le comte d'OEttingen et le conseiller aulique Cicala, qui les écoutèrent patiemment. Le lendemain, l'empereur prononça , dans la cathédrale , une sentence provisoire qui adjugeait le duché à la princesse Isabelle, et accordait à René « pour et au nom de sa femme » l'investiture des fiefs relevant de l'empire (2).

Après la cérémonie de l'investiture, le duc revint en Lorraine et, pour témoigner sa joie, donna des fêtes magnifiques dans la ville de Pont- à -Mousson. Plusieurs messins de distinction y accoururent pour prendre part aux joutes qui de-

(1) On trouve ces trois pièces dans l'ouv. du P. Vîgnier, p. 204 et 205.

(2) V. les protestations d'Antoine el le jugement de Sigismond, ibtd., p. 205-208.

vaientt noir lieo; et, comme les chemins n'étaient pas trèssûrs, les magistrats de Metz envoyèrent au devant de leurs compatriotes quarante-cinq soldats, chargés de les escorter et de les ramener en toute assurance. Quand les chevaliers m es*i as et leurs gardes furent arrivés dans un bois que traversait h route, ils furent attaqués à l'improvisle par cent quarante aventuriers que le damoiseau de Commercy avait places en embuscade. Les Messins opposèrent une vigoureuse résistance , mais furent enfin contraints de s'enfuir, et les gens de Robert de Sarrcbrùck en prirent dix-huit et vingtdeux chevaux de selle, qu'ils conduisirent à Commercy. Un pareil attentat causa à Metz une indignation d'autant plus vive» que le damoiseau, dont on connaissait l'esprit malfaisant, recevait une pension de celte ville pour en protéger et en défendre au besoin les citoyens, et on s'occupa immédiatement de chercher les moyens de le châtier d'une manière exemplaire. René se montra tout disposé à y concourir. Depuis la bataille de Bulgnéville, Robert n'avait pas cessé, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, de faire des courses en Lorraine, et les négociations que la duchesse Isabelle avaient entamées avec lui, pendant la captivité de son nuri, n'avaient eu aucun résultat. Tous les princes et toutes les «illes qui avoisinaient la Lorraine avaient eu également a souffrir des déprédations de Robert, et montraient un égal empressement à s'en venger. Le duc, ayant réuni des troupes nombreuses, prit le chemin de Commercy, dans les premiers jour» de septembre, et fut rejoint par le contingent des Mesura- Ce contingent, commandé par Nicole Xappel , Jean Bataille, Jean de Warize, Jean Baudoche le jeune et Jacob de Broestrolï, se composait de deux cent soixante-dix hommes d'armes, de cinq cent vingt-cinq archers et arbalétriers, avec € plusieurs massons et charpentiers et aultres boins compai- • *non> » , qui tenaient lieu de nos soldats du génie. Ils amaient avec eux « trente-cinq chers (chars) tuit chargiez

> de bombardes , engiens el aullres arlillemens, vin, pain el « aullres vivres ». Le siège de Commercy présentait de grandes difficultés ; le damoiseau n'avait rien négligé pour rendre son château imprenable, et ce château avait une forte garnison, entièrement formée d'aventuriers. Aussi les confédérés ne lardé cent pas a s'apercevoir qu'ils seraient longtemps devant la place. Robert, non content de repousser leurs attaques, fil de fréquentes sorties , afin de détruire leurs travaux ; un jour, il se jeta sur l'ennemi , avec deux cents hommes , le repoussa , coupa les cordes des machines , encloua deux bombardes et parvint à se retirer, non sans avoir toutefois perdu beaucoup de monde. Les magistrats de Metz , qui ne s'étaient pas attendus à une résistance aussi longue, furent obligés d envoyer deux fois de nouvelles provisions à leur contingent ; « c'est assçavoir, le jour de la Saincl-Gury (Goèric).... quinze » chers luit chargiez, deux cowes (tonneaux) de poure (pou- » dre) de bombardes, et deux chers chargiez de traictz, » et les aullres de vivres;... et le jour de feste saincl Re~ » mey, douze chers luit chargiez de vivres, el deux

> cowes de poure de bombardes >. Cependant, les assiégés faisaient des progrès continuels , et le damoiseau voyail avec terreur arriver le moment où il allait tomber entre les mains d'ennemis irrités. Une circonstance imprévue le sauva. Le connétable de France Artos de Richemont, se trouvant à Châlons sur- Marne, avec une armée destinée à agir contre les Anglais , fit prier René de lever le siège de Commercy. Le duc, qui ne voulait pas perdre le fruit de tant de travaux exécutés pour enlever la place , se rendit auprès du connétable avec Nicole Xappel ; de li ils vinrent tous trois ensemble à Bar-leDoc, et le damoiseau , après avoir fait compter à Artus une somme de vingt mille saints pour acheter sa protection, demanda un sauf-conduit qui lui fut accordé. Arrivé à Bar, il se jeta aux pieds du connétable et de René , jura de ne plus commettre aucun acte de brigandage dans la Lorraine,

le Luxembourg et le navs messin : de relâcher les

l'il détenait, nolammeot le prieur de Bel val et le doyen du chapitre de Verdun ; de livrer son château à René pour tout le temps que celui-ci jugerait convenable ; de les frais de la guerre , et de remettre aux confédérés

à litre de dommages-intérêts.

U bolil* avec laquelle Robert acceptait des conditions ausM humiliantes aurait dû inspirer quelques doutes sur sa bonne foi. U ne cherchait, en effet, qu'un prétexte pour violer le traité, et ce prétexte lui fut fourni par les Messins, qui, «v.nt de partir, incendièrent les maisons où ils étaient logés. Le damoiseau attendit qu ils se fussent éloignés, puis déclara que la convention de Bar n'était pas obligatoire pour lui, se bu à la léle de quinze cents aventuriers et exerça dans les de nouvelles déprédations. Le duc de Lorraine me seconde fois le connétable, qui était è Viiry , et le supplia de forcer Robert de Sarrebrùck à observer le traité. Artus ne put y réussir ; mais le damoiseau quitta le pays, et René, ayant rassemblé ses troupes et invité les à lui envoyer leur contingent , que ceux-ci refusé- . , revint assiéger le chAleau de (^ommercy. La forteresse it encore, lorsque Robert lit agir ses amis et surtout le rottaéuble , qui engagèrent le duc à ne pas pousser les choses pUb loin. Un second arrangement lut conclu, le 13 décembre, et ne foi guère mieux exécuté que le premier (4).

Es promettant de s'abstenir de toute violence contre ses voisins, le damoiseau s'était réservé la faculté de continuer la guerre contre le comie de Vaudcmont , et René n'avait pas jujrë • propos de s'y opposer. Celle imprudence, ou Ton poutait voir une hostilité déguisée, excita la colère d'Antoine, qui . « espérant rien de l'empereur, résolut de recourir a

1 V. Chrc, iu doyen de Samt-Thiébmt , dans Calmet, ibid., l. II.

Philippe-le-Boo. Dix-huit mois environ s'étaient écoulés depuis le jour où le duc de Lorraine aurait dû rentrer dans sa prison, et Philippe avait refusé de l'inquiétera ce sujet; mais, irrité de ce que René s'était adressé à Sigismond et cédant aux sollicitations d'Antoine, il envoya à Nancy le héraut Toison-d'or, qui, après avoir sonné de la trompe à la porte du palais, somma le duc de se rendre immédiatement au château de Dijon. Quoique différentes affaires exigeassent la présence et les soins de René, il n'hésita pas un instant à dégager sa parole, et le 1er mars 1435, il se présenta devant la tour de Bar. Il y reprit les occupations qui avaient adouci sa' première captivité; il avait toujours aimé les lettres et les arts; non content de les aimer, il les avait cultivés avec succès, et quelques-uns de ses biographes ont cru qu'il avait reçu des leçons de peinture des frères Hubert et Jean Van Eick. Lorsqu'il fut enfermé dans le donjon qu'il devait habiter si longtemps, il avait fait vœu, s'il obtenait sa délivrance, de . construire , prés de l'église du palais ducal . de Bourgogne , une chapelle dédiée à saint René. Les travaux, continués pendant son absence, touchaient à leur terme lorsque le duc de Lorraine se constitua prisonnier, et il peignit les vitraux qui devaient orner les fenêtres de cet édicule ; il exécuta également des peintures du même genre pour l'église du palais et pour celle des chartreux de Dijon, où L'on voyait autrefois ses armes et son portrait. Il augmenta ses connaissances, en parcourant les livres qui composaient la bibliothèque des ducs, et il étudia les langues classiques, le droit et l'histoire (4). Malgré ces occupations sérieuses, René éprouvait dans sa prison un ennui qu'il ne réussissait pas à vaincre. Naturellement apathique, il avait jusqu'alors senti la nécessité de déployer de l'activité et de l'énergie ; mais, rebuté par les difficultés sans cesse renaissantes qu'il rencontrait, et par l'impos-

[\) V. M. de (Jualreburbca, ibi«l., p. \j et xxxv-xxxvij.

nbiliie où il se trouvait de reconquérir sa liberté, il se ira à celle époque ce qu'il fut le resle de sa vie : brave, généreux, plein de probité, et en même temps ami du repos et des plaisirs, dégoûté des grandeurs el de la puissance. Il ne larda pas à donner une preuve bien remarquable de ces plus fâcheuses encore chez un prince que chez

II, en laquelle devait s'éteindre la famille de Charles de Duras, avait adopté Louis duc d'Anjou, frère de René, qui ût des prétentions bien fondées sur le royaume de Naples que cette princesse. Louis mourut le 15 novembre 4454, et la reine Jeanne, qui ne lui survécut pas trois mois (4), laissa tou5 ses étals à René, en sorle qu'il oblinl presque à la fois le royaume de Naples, le duché d Anjou et le comté de Provence. Cétait plus qu'il n'en pouvait gouverner. Deux provençaux, le baron de Montclar et Vidal de Cabanis, furent chargés d'aller porter ces nouvelles au duc de Lorraine. Vidal se rendit a Dijon et demanda à être introduit devant le prince. Lorsqu'il entra dans 'l'appartement de René, celui-ci était occupé a peindre une perdrix rouge et ne leva pas les yeux; • dont fut ledicl Vidal fort en souciance, rapporte Thierriat, » et, ne pouvant tenir en place sans que fust interrogé de son ■ messaige, se mil à dire : Monseigneur, la bonne royne » Jtbaone, nostre très-loyale souveraine,.... à luy Dieu Ta Auquel propos René reprit : Son âme aye Dieu ; se signa et, ôlanl sa toque, se prit à dire à haulle le De profundU, puis peignit de rechef ; de ce ledict » Vidal fut fort esbahi (2). • L'envoyé parvint cependant à se faire? écouter, et René le pria d'aller trouver Isabelle et de riorîter à prendre immédiatement les mesures que rectales circonstances, el particulièrement à négocier au

! > KiU» mourut le 2 lévrier 1435.

.r V Mémoires, règne de René l«, dan* le recueil cite

plus vite un traité définitif a?ec le duc de Bourgogne. Mais plus le duc de Lorraine avait intérêt à recouvrer sa liberté, plus Philippe montrait de mauvais vouloir ; les conditions qu'il proposa étaient réellement inacceptables, et le duc aima mieux rester dans la tour de Dijon que de se soumettre à ce qu'on exigeait de lui. Il donna des instructions détaillées à son épouse, qui, après avoir confié le gouvernement de la Lorraine et du Barrois aux évéques de Metz et de Verdun (4), se disposa à s'embarquer pour le royaume de Naples, administré provisoirement par seize seigneurs, que Jeanne II avait désignés dans son testament. Avant de partir, Isabelle, qui avait besoin d'argent, convoqua les Etats de Provenee et de Lorraine. Ces derniers se réunirent au mois de septembre, et résolurent de faire tous les sacrifices compatibles avec l'honneur pour obtenir la délivrance de leur souverain. Les gentilshommes consentirent à payer sa rançon et celles de plusieurs chevaliers qui avaient été pris à Bulgnéville, et que le prince était obligé de racheter. Quelques nobles firent des offres très-considérables ; l'on dit même que l'un d'eux engagea ses terres et fournit dix-huit mille saluls (2) ; et les administrateurs de la Lorraine députèrent au congrès d'Arras, où l'on négociait la paix enlre le roi de France et le duc de Bourgogne, des envoyés qui avaient pour mission de faire comprendre René d'Anjou dans le traité que l'on allait conclure. Toutes les sollicitations de ces envoyés échouèrent contre l'obstination de Philippe, qui, à l'instiga-

(I) Chevrier (ont. cité, t. Il, p. 393) prétend que les évéques de Metz et de Verdun ne furent pas seuls chargés du gouvernement de la Lorraine, et qu'on leur adjoignit les trois gentilshommes qui avaient formé, avec eux, une sorte de régence pendant la première captivité de René; mais Chevrier ne cite aucune autorité à l'appui de cette assertion, et nous croyons qu'il se trompe.

Çi) V. l'inventaire du Trésor des chartes, layette EtaU-Généraux , /, nA 117; Dissertation historique sur l'ancaenue chevalerie et noblesse de Lorraine, par Beniiann, p. 99, 153 et 136.

lion du compétiteur de René, déclara de la manière la plus formelle que celui-ci ne serait pas compris dans le traité. Kn méaac temps, le comte de Vaudémonl recommença ses poursuites pour obtenir un jugement relativement à ses prétention» sur la Lorraine, et présenta au duc de Bourgogne un nouveau mémoire sur ce sujet. Le mémoire fut signifié à René , qui ne voulut pas y répondre et reçut quatre fois assignation à comparaître en personne devant Philippe (t). Il refusa de s'y rendre, et le duc donna défaut contre lui ; mais, comprenant que s'il adjugeait le duché de Lorraine au comte de Vaudémonl, sa décision serait considérée comme non avenue ;*qoe le comte était hors d'état de la faire exécuter, et que toutes les forces de la Bourgogne y suffiraient a peine , il ajourna prudemment le jugement définitif de la contestation. Craignant , du reste, qu'âne évasion, plus facile à Dijan que »i,in« un autre lieu, ne lui enlevât l'esoérance au'il nourrissait de tirer de René d Anjou une énorme rançon, il fit transférer ce malheureux prince à Bracon, puis dans diverses forteresses, puis enfin dans le château de Lille, où Philippe pouvait d'ailleurs avoir aisément, s'il le jugeait à propos, des conférences avec son prisonnier. René, qui n'avait pas été instruit des efforts que l'on avait faits pour sa délivrance, supportait avec chagrin sa captivité, accusait sa famille et ses minières, et peignait ■ des oblies d'or en la chambre où il • tenon prison » , pour montrer qu'il se regardait comme o«W»é par tout le monde (2).

Peodanl ce temps, la duchesse Isabelle luttait avec courage pour conservera son mari le royaume que Jeanne lui avait laisse. Elle s'était rendue en Provence au mois de septembre les Etats avaient volé un subside considérable, qui

(t) On peut voir àm copies de deux pièce* relative* à cm procédure»

\e eartubire de Lorraine, p 245 et sotv T V ■ de Quatr<*.rbe», ibîd., p xlj.

avait permis de presser les préparatifs de l'expédition, et, le t8 octobre, la princesse avait rois à la voile, emmenant avec elle son fils Louis, sa fille Marguerite, et un petit nombre de chevaliers et de soldats lorrains et provençaux. Les ressources d'Isabelle lui suffisaient pour se maintenir, mais elles ne pouvaient la mettre en état de triompher ; en effet, Alphonse V, roi d'Aragon et de Sicile, comptait bien des partisans dans le royaume de Naples; et, aussitôt après la mort de Jeanne II, le duc de Sessa avait pris les armes, s'était déclaré en faveur d'Alphonse et l'avait engagé à profiter de la captivité de son rival pour frapper un coup décisif. Le roi d'Aragon , cédant aux conseils de son ambition, s'était hâté de réunir onze galères et dix-neuf grands vaisseaux , el de bloquer par mer la ville de Gaëte, que le duc de Sessa assiégeait du côté de la terre. La chute de cette importante forteresse aurait été fatale aux intérêts de René ; heureusement pour lui, Philippe- Marie Visconti, duc de Milan, qui voyait d'un œil jaloux les progrès de la puissance aragonaise, enjoignit à Biagio Axareto, amiral des Génois, alors soumis au protectorat de ce prince, de voguer vers Gaëte et d'en faire lever le siège. L'amiral génois, dont l'escadre était bien moins nombreuse que celle d'Alphonse, lui livra néanmoins bataille, le 5 août 4435, le vainquit et le fit prisonnier, ainsi que ses deux frères et plus de trois cents chevaliers.

Cette victoire éclatante permit à Isabelle de débarquer à Naples sans obstacle ; elle fut immédiatement reconnue par la majeure partie de la noblesse, par le clergé et par une partie des villes ; mais il fallut combattre pour soumettre les provinces ; le pape Eugène IV envoya à la duchesse de Lorraine un secours de quatre mille hommes , et Michel Altendolo, un des généraux de cette princesse, fit la conquête de la Calabre.

Malgré les soucis de toute nature que lui causait cette laborieuse entreprise , Isabelle ne perdait pas de vue la Lor-

rame et la délivrance de René d'Anjou. La captivité du duc

et l'absence de son épouse avaient enhardi les pillards, dont les ravages recommencèrent , et on fut obligé de prendre des mesures énergiques pour meure fin à de pareils désordres. Dès fe 19 septembre 1435, Conrad Bayer évèque de Metz , Louis d'Harauconrt éféqoe de Verdun , Baudouin de Fléville ahi* de f.orcc, Simon III comte de Salm , Jean tire de Fénrtrange, Pierre de Beaufremont et quantité de chevaliers, assembles « avec les gens des trois eslats à Nancy, pour dé-

• libérer tant sur la prinsc et détention de Monseigneur, que » aattres importantes a flaires pour Y utilité des duchés de

• Lorraine et de Bar » , jugèrent à propos de s'engager par serment i se soutenir réciproquement « contre toutes voies de ■ faict • (1). Les deux administrateurs montrèrent beaucoup d'activité. Ils firent assiéger la ville de la Mothe, qui était tombée au pouvoir d'un aventurier que le doyen de Saint- Thiebaut nomme Guillequin d'Agremont; celui-ci se défendit a^ec courage , et Ton fut réduit à lui donner de l'argent pour le mire sortir du ehAteau (3). Ferri de Savigny, maréchal du Barrois, attaqua la forteresse d'Estrepy, dont le châtelain, Chartes de Cervolle, petit-Ûls du fameux Arnauld de Cervolle dit rArchiprètre, avait fait des courses dans le plat-pays, et on «'en empara par composition (5). Au commencement de Fannre suivante, une bande de routiers, venant de France, pénétra en Lorraine et s'avança jusqu'auprès d'Epioal. L'évêque de Verdun, qui avait quelque goût pour le métier des armes, se mit è la tète d'un corps de lorrains, marcha contre les pillard* et les atteignit à Sercœur, sur t'Urbion, entre Epiaal et Rimbenillers. Ils s'étaient retranchés dans les maisons, et

1 V nnvrnlaiir du Tr**or dr* chartw, layette et numéro cités. W V. U chron. du dote», dans CaJntet, ibid., eol. eexx. Z V Tréw de% charte* , layette Bar-Nieey , n- 2i8 ; layette flaV-- M+Umft . o~ 3M et 393 ; v. mmm Calmet, Notice, t. t, eol. 430 et 49t.

comme on ne pouvait les y forcer, sans perdre beaucoup de monde, les Lorrains incendièrent le village ; cinq cents routiers trouvèrent la mort dans les flammes, et quinze seulement furent faits prisonniers (f ).

Une autre bande, bien plus redoutable, s'était montrée en Lorraine dès le mois de décembre 1454; elle était commandée par Potbon de Xaintrailles, un des plus valeureux généraux de Charles VII, et comptait près de quinze cents hommes d'armes. Ils pillèrent ou rançonnèrent quantité de villages aus environs de Metz. Un capitaine, appelé le Renffont, que cette ville avait pris à sa solde, suivit de près les soldats de Xaintrailles, enleva ceux qui s'écartèrent et les empêcha de faire plus de mal. Le roi de France n'eut pas honte d'écrire aux magistrats de Metz pour les prier de remettre leurs prisonniers en liberté, et on n'osa pas lui refuser leur grâce. Celte bande ne quitta le pays que dans les premiers mois de l'année 1433 (2). Sur la fin de 4437, trois ou quatre mille brigands connus sous la dénomination d'escorchours (écorcheurs), et que leurs excès avaient fait chasser de France, envahirent le Barrois et y vécurent à discrétion pendant quelques jours. Les administrateurs des duchés rassemblèrent une petite armée, attaquèrent ces pillards près de Vaubecoorl , en tuèrent on en prirent plus de trois cent cinquante et forcèrent les autres à se retirer ; mais, au moment où l'on s'y attendait le moins» ceux-ci revinrent à Vaubecourt et massacrèrent soixante paysans occupés à dépouiller les morts (3). Comme les écorebeurs étaient encore réputés au service de Charles VII, les administrateurs lui écrivirent pour se plaindre des violences commises dans le Barrois; et le 50 décembre,

(1) V. Chron. do doyen de Semt-Thiébeiit, dent Calmet, Rist., t. Il, preuv., col. ccxxj.

fî) V. idem, tbid., eol. ccx'tx et ccn. [T, V. htem, ibW., col. eetxvij.

Lhartes Gi expédier des lettres dans lesquelles, après avoir reproché au « bastard de Bourbon, à Louis de ftucil... et à » loes aultres capitaines » de s être logés dans le duché do Bar, et devoir « illec boutlé feu, occis, meurdry, pillé, robé, » rraoconné plusieurs des hommes et subgects » de René, il leur défendait d'entrer à l'avenir dans les états de ce prince, et leur prescrivait d'en faire sortir ceux des routiers qui s'y trouvaient encore (1). Le roi ne pouvait, au reste, faire moins pour René, son beau-frère ; pour les Lorrains , ses alliés, et pour les Messins , qui soutenaient également ses intérêts et lai fournissaient parfois des secours. Celte année même, GUIet Bataille, Geoffroy Dex, Jean de Warize et Jean Bauioebe le jeune avaient servi dans l'armée française pendant le siège de Montcrcau-faut-Yoone (2).

Tontes ces courses, tous ces ravages furent, comme il arrive ordinairement, suivis d'une maladie contagieuse, qui causa une frrandc mortalité a Metz et dans certains cantons de la Lorraine, et le nombre des malades était si considérable que Ton refusait de recevoir dans l'hôpital de Metz ceux qui n'étaient pas de la ville même (3).

Malgré les pertes que la Lorraine avait éprouvées depuis quelques années, les administrateurs travaillaient à recueillir rtôorme rançon que l'on s'attendait a payer pour René d'Àn- /wi ; et comme les contributions volontaires de la noblesse étaient loin d'être su (lisantes, le duc envoya aux administraleurs Tordre d'engager les biens du domaine. Les négociation*, reprises au mois de mai IV36, faillirent être rompues 4c n-m>eau à cause des prétentions de Philippe ; il demandait à »on prisonnier, c sans en laisser vaillant ung denier », 1° la

I, Ce» lettres «oui imprimée* dam Calme t, ibid., t. III. preuv,, col. ear»ij et excviij.

,% V. Cfcroo. du doyen, ibid., t. Il, preuv , col. cctxvj 3 V. Htm, ib»d.. .ol. ccïxxj

cession de ce qu'il possédait ou pourrait acquérir par succession dans le comté de Flandre; 2° un million de saints payable en plusieurs termes ; 5 la remise provisoire de la ville de Neufchâleau et du Barrois tout entier. Il exigeait de plus que René lui fit hommage pour le marquisat de Poot-à- Mousson, si Ton prouvait que les comtes et ducs de Bar avaient fait un semblable hommage aux comtes de Bourgogne (4) ; qu'on lui livrât comme otage Jean fils ainé du duc de Lorraine, qui devait être gardé, aux frais de celui-ci, dans le lieu qu'il plairait à Philippe de choisir ; que René donnât sa ratification aux arrangements pris par le duc de Bourgogne au sujet du comté de Guise avec Jean de Luxembourg ; qu'il fit rendre la liberté au fils du chancelier de Bourgogne, retenu par le damoiseau de Commercy ; et enfin que l'exécution de tous ces engagements fût garantie par le duc de Bretagne, par le comte de Montfort son fils, par Charles d'Anjou, et par les trente gentilshommes qui avaient , une première fois , servi de caution au duc de Lorraine (2).

Des conférences eurent lieu à Dijon, au mots de mai 4436, entre les conseillers de Philippe, les commissaires nommés par René, l'archevêque de Toulouse et le comte de Vendôme, que le roi de France avait envoyés en Bourgogne pour offrir leur médiation, et obtenir un adoucissement aux conditions que Philippe mettait à la délivrance de son prisonnier. Le chancelier Rolin ayant déclaré que ses instructions ne l'autorisaient pas à faire la moindre concession , les représentants du duc de Lorraine refusèrent d'accepter le traité que Philippe proposait , et les conférences furent rompues. René approuva la conduite de ses plénipotentiaires, prolesta qu'il aimerait mieux rester captif toute sa vie que d'acheter la

(1) H s'agit des souverains de la Franche-Comté.

(2) Cet ultimatum est imprimé dans Calmct, ibid., t. III, preuv., col. ccxxij et ccxxiij.

liberté à un prix aussi exorbitant , cl ajouta que le duc de Bourgogne agirait avec sagesse en ne montrant pas tant de rigueur, parce que si lui René venait à mourir en prison , le duc serait privé de tous les avantages qu'il espérait. Cette réflexion frappa Philippe, qui fut dés lors beaucoup plus accommodant. Les conférences recommencèrent vers l'automne, et le dnc s'engagea, le 8 novembre H36, à accorder un répit valable jusqu'au 26 décembre suivant. René jurait, « par la

• foid et serment de son corps et en paroles de Roy », de revenir pour ce moment en l'hôtel ducal de Lille, c oultre » la seconde porte, dedans les quatre murs principaux d'icc-

• luy chasteau » ; il devait livrer son fils aîné, comme otage ; remettre à son geôlier les villes de Neufchàteau , de Gond recourt et de Clermonl-en-Argonne ; donner les garanties de plusieurs de ses vassaux, comme précédemment ; et entamer, pendant le répit, des négociations pour la conclusion d'un traité définitif (1).

Il arriva dans la ville de Pont-à-Mousson le 25 novembre , s'occupa pendant quelques semaines de l'administration de «es états, et partit pour la Flandre avec les évéques de Metz et de Verdun, Jacques de Sierck, prévôt de l'église dTtrccht, et un grand nombre de gentilshommes. On jeta enfin. les bases d'un nouvel arrangement, dont les conditions, quoique assez dures , étaient cependant acceptables. Le duc de Lorreiae cédait à peu près tout ce qu'il avait en Flandre , et s'obligeait à payer pour sa rançon quatre cent mille écus d'or, à la taille de soixante-dix au marc de Troyes ; savoir : cent mille écus à la fin de mai 4457, cent mille le 51 mai 4V38, et les deox cent mille autres quand il se serait mis en position du royaume de Naplea> Comme les finances obérées de René n'inspiraient que peu de confiance à Philippe , celuici riigea la remise de la forteresse de Prény et de la ville de

l V tei lettre» tic Philippe, ibid., col. cxxx-cwxij.

Loogwy , et se' réserva de garder, jusqu'à parfait paiement , les villes de Clermonl et de Neufcbâteau. De plus , quarante vassaux , viogt de Lorraine et Barrois, dix d'Anjou et dix de Provence , cautionnèrent leur souverain et promirent d'aller se livrer comme otages au duc de Bourgogne, si René ne pouvait s'acquitter. Un engagement de même nature fut pris par le fils du duc de Bretagne, qui se réserva toutefois la faculté de se faire remplacer par dix gentilshommes.

Le duc de Lorraine jura de foire hommage à Philippe pour le marquisat de Pont-à-Mousson , si le droit réclamé venait à être clairement établi, et de donner «a fille Yolande en mariage à Ferri de Vabdémont. Il consentit également à faire épouser à son fils aîné, le prince Jean, une nièce de Philippe, Marie fille de Charles duc de Bourbon. Ce traité , qui mettait fin à la longue captivité de René d'Anjou, fut conclu a Lille , le 28 janvier 4437 ; le 4 février, le duc de Bourgogne fit expédier des lettres qui constataient la teneur du traité, et, deux jours après , d'autres lettres aux termes desquelles il devait relâcher le prince Jean , qui était gardé à Dijon , aussitôt que René aurait envoyé le cautionnement de plusieurs gentilshommes lorrains et barrisiens, dont il est inutile de reproduire ici les noms. Ajoutons seulement que ces gentilshommes étaient, à peu ^exceptions près, ceux qui avaient déjà répondu pour leur souverain en 1432 (1).

Avant de partir, René négocia la délivrance du sire de Rodemack, qui avait été fait prisonnier à Bulgnéville. Antoine de Croy, entre les mains duquel il était tombé, voulait uoe rançon fort considérable, et le duc fut obligé de promettre dix mille écus d'or, payables par moitié en 1437 et en 1458. Le doyen de Saint-Thiébaut» prétend que Philippe remit à René la moitié de sa rançon, et bien que les circonstances de cette remise telles que le doyen les rapporte la rendent tout- Ci) V. Calmct, ibid., t. Il , col. 798-800.

ir-fart invraisemblable (1), il paraît qu'elle eut lieu réellement. Ce fui le 11 février que ces arrangements furent terminé», et que • Monseigneur de Rourgpngne quitta sa foy au . roy René en liste en Flandre » (2) ; le duc prit aussitôt le chemin de la Lorraine et se bâta de réunir, à Ponl-à-Mous- «oo, les Eiats des deux duchés pour obtenir le vote d'un aide qui lui permit de payer les premiers termes de sa rançon. Il faibil trouver deux cent mille écus d'or, et des pays appauvris par la guerre ne pouvaient fournir aisément une aussi forte tomme. Us Elats accordèrent deux saluts par conduit ou par feu. et les évèques de Metz, de Toul et de Verdun consentirent à ce qu'on levât un sou par conduit sur tous leurs sujets, quoique ceux-ci fussent complètement étrangers à la Lorraine et au Barrois. Les habitants de ce dernier pays avaient déjà payé quelques aides dans des circonstances extraordinaires, mais c'était la première fois que les Lorrains supportaient un impôt, les revenus du domaine et les autres ressources dont les ducs disposaient ayant jusqu'alors couvert ks dépenses (3). L'aide volé par les Etats, les dons de la noblesse, et la contribution que les trois prélats autorisèrent à percevoir dans le temporel de leurs évêchés produisirent la tomme que l'on devait au duc de Bourgogne, et qui était énorme pour le temps; car, un écu <Tor de soixante- dii au mire de Troyes valant dix livres dix-Oeuf sous cinq deniers tooroeis (il s'agit de la livre tournois de 1789), les deux cent mille écus représentent un peu plus de deux millions trois fent quatre- vingt-doute mille cinq cents livres tournois; et quand on se rappelle quelle était la puissance du

T v\ b chron du doyen, ibtd., (. Il, preuv . roi. cc\xi\. (t\ V. V. de Oiiatreftarbc», ïbid., p. xliij.

^T; V. Chroa. du doyen de Saint -Thiébaut, ibid. Les archives de Lorri-rx rmîrrmaienl autrefois une lavette intitulée Rançon du dur Htmt ; on

y tramait de» pièces importantes, qui ont été enlevée* et transportée* li

numéraire avant la découverte de l'Amérique, ou voit que la rançon de René d'Anjou était véritablement exorbitante (4).

Après avoir ainsi pourvu à l'exécution du traité de Lille , le duc de Lorraine chercha à se procurer de l'argent pour faire le voyage de Naples. Comme il ne pouvait demander à ses sujets de nouveaux sacrifices , il eut recours à des emprunts ; Louis d'Haraucourt évéque de Verdun lui pr$ta huit mille florins; le roi Charles VII, dont les finances n'étaient pas très-prospères , lui en donna vingt mille ; le domaine de Louppy fut engagé moyennant dix mille florins , et plusieurs autres terres le furent également pour des sommes plus ou moins considérables (2). René réorganisa ensuite le gouvernement des duchés de Lorraine et de Bar; le pouvoir exécutif fut confié à l'évèque de Metz , à celui de Verdun et au sire du Châtelet , assistés d'un conseil composé de Ferri de Parroye , Jean d'Haussonvillc , Warry de Fié ville , Jean de Chambley , Baudouin de Fléville abbé de Gorze, Ferri de Savigny et quelques autres gentilshommes. Le duc quitta la Lorraine au printemps et se dirigea vers l'Anjou,. qu'il n'avait pas vu depuis bien des années. Il était accompagné d'un grand nombre de nobles lorrains que l'amour deja gloire entraînait sur les pas de leur souverain , et qui voulaient l'aider à conquérir le royaume de Naples. Au lieu de passer promptemenl dans ce pays, où la duchesse Isabelle avait peine à résister aux forces du roi d'Aragon, René, dont l'apathie augmentait sans cesse, resta plusieurs mois à Angers et perdit, de la sorte, un temps bien précieux. Des nouvelles fâcheuses arrivées de Naples le forcèrent enfin ù partir. Il abandonna l'Anjou dans les derniers jours de novembre et se rendit en Provence ; il fut accueilli avec des transports de joie, et les Etats réunis à Aix lui accordèrent un don de cent mille florins. Il reçut et donna des

(1) V. Lionnois, Hisl. du Nancy, l. I, p. 06.

(2) V. Benoit, Origine de la maison de Lorraine, p.

fêles , dépensa en pure perte son temps et son argent et ne mil à la toile qu'au mois d'avril 4438. Son escadre, composée de cinq galères cl de deux brigantins et commandée par Jean de Beatisset, fut ralliée à Gènes par sept autres galères, et le 9 mai il jeta l'ancre dans le port de Naples. Il amenait avec lui des renforts , notamment beaucoup de gentilshommes angevins, provençaux et lorrains; et on remarquait parmi ces derniers les sires dilaraucourt et de Lénoncourt, qui se distinguèrent dans diverses rencontres.

Le récit de celte guerre est , du reste, tout-à-fait étranger a l'histoire de Lorraine , et nous devons nous borner à rapporter les faits principaux. Philippe-Marie Visconti ayant rendu la liberté au roi d'Aragon , celui-ci était retourné imroédiatement dans le royaume de Naples, avait recommencé la guerre avec une nouvelle vigueur et avait conquis quelquesunes des provinces jusqu'alors soumises à René. Le duc de Lorraine se mit en campagne le 9 août , avec une armée de vingt mille hommes, et ne tarda pas à se trouver en présence des Aragonais. Alphonse se souciait peu d'engager une bataille qui pouvait entraîner la ruine de ses espérances. D'un autre côté , le souvenir de Bulgnêville , et des calamités dont cette journée funeste avait été la source , inspirait à René une pmdenre qui n'était pas dans son caractère. Après s'être observées et injuriées pendant plusieurs jours , les deux armées décampèrent, et René s empara de quelques places importantes. Pendant qu'il était occupé dans les Abruzzes , son rival, maître depuis longtemps de la forteresse de Gaêlc, en sortit a la tète de quinze mille soldats, se présenta lout à-coup de*am Naples et s'empara du chàleau de l'Œuf. Isabelle opposa une vive résistance et donna à son mari le temps d'accourir; Alphonse leva le siège, mais la mort du connétable Jacques faldora porla nu parti angevin un coup mortel. Le tèle des Napolitains commençait à se refroidir ; l'or et les promesses du roi d'Arajron amenèrent des déferlions crlatau-

tes, et René fut obligé de quitter Naples, au moié de décembre 4439, pour aller visiter les villes qui lui obéissaîeot encore, et tâcber de raffermir leur fidélité chancelante. L'Aragonais profila de ce voyage pour bloquer la capitale une seconde fois ; il fut de rechef contraint de se retirer et éprouva même un échec assez grave ; néanmoins , son 'compétiteur se vit abandonné , bientôt après , par la plus grande partie de ses soldats , séduits par le nouveau connétable Antoine Caldora, et se trouva fort heureux de pouvoir se réfugier à Naples avec quatre cents cavaliers. Découragé par ces mauvais succès , il offrit au roi d'Aragon d'abdiquer en sa faveur, si ce prince, qui n'avait pas d'enfants légitimes , voulait adopter Jean de Lorraine , l'aîné des fils de René. La proposition fut .rejetée ; les Aragonais s'approchèrent une troisième fois de la ville de Naples et la resserrèrent de jour en jour davantage. La famine s'y fit sentir, et le duc de Lorraine, désespérant du succès, résolut de mettre Isabelle et ses enfants à l'abri de tout danger. Il les fit embarquer sur un navire génois, qui trompa la croisière ennemie et les conduisit heureusement sur les cotes de Provence. Au mois de mai 1442 , la position do Naples était des plus critiques ; une femme, dont les enfants mouraient de faim , et qui n'avait pu obtenir du prince un secours qu'elle avait sollicité, découvrit à un partisan du roi d'Aragon un aquéduc abandonné , par lequel on pouvait s'introduire secrètement dans la ville. Deux cent cinquante hommes déterminés y pénétrèrent, en effet, dans la nuit du 2 au 3 juin. René , averti de leur présence , les attaqua avec vigueur et les tailla en pièces ; mais, au même moment , les Aragonais simulèrent différentes attaques contre les remparts. Trois cents génois qui gardaient la porte Saint- Janvier l'ayant abandonnée sans résistance , les assaillants se précipitèrent en foule dans le quartier voisin ; René allait cependant parvenir à les repousser et à demeurer maître de la porte, lorsque le roi d'Aragon entra lui-même dans la ville

aw le reste de son armée. Le duc de Lorraine fut sur le point d'être pris et n'eut que le temps de se réfugier dans k château neuf. Puis, profitant du désordre qui suivit le combat, il gagna, non sans difficulté, une galère génoise et débarqua sur la côte de Toscane. Il se rendit à Florence auprès du pape Eugène IV, en fut reçu avec de grands honneurs, et se dirigea ensuite vers la ville de Marseille, où il arriva au cornruencement de novembre , après avoir refusé les propositions du doge de Gènes, qui lui offrait des secours pour tenter de aouveao la conquête de Naples (I).

Au moment où René sortit de Nancy, allant prendre possession d'an royaume qu'il ne devait pas transmettre à ses descendants, les- duchés de Lorraine et de Bar jouissaient d une tranquillité presque parfaite , et tout faisait espérer qu'HIle ne serait plus troublée par la querelle de la succession. On se trompait. Le comte de Vaudémont , qui n'avait p** approuvé les arrangements pris par le duc de Bourgogne, nourrissait toujours de secrètes prétentions sur l'héritage d Isabelle. Il s'était imaginé que le duc confierait l'administration de la Lorraine à Ferri de Vaudémont, dont le mariage ivec Yolande était arrêté depuis longtemps, et il se flattait de «ouvemer sous le nom de son fils. Le choix des régents lui causa un violent dépit, qu'il essaya de dissimuler; mais quand le duc se fot éloigné, Antoine demanda aux administrateurs des dommages-intérêts pour les ravages que le comté de Vaudront avait soufferts. Les administrateurs chargèrent Ferri de Ladres et Charles d Haraucourl de s'entendre avec Gérard de PfoftVnhoren , auquel le comte avait confié sa cause. Les arbitres s'occupaient à estimer les dégâts commis par les Lorrains, lorsque les hostilités recommencèrent subitement (an. 1438). Erard du Chélelet, un des trois administrateurs, avait

-I; V. M. de Qittlrebwbe* , ibid., p. iliij-lxtj; H»t de René d Anjou, pw ». 4e Vflleneove-Trans t. ! , p. 232>-336.

eu personnellement quelques démêlés avec Antoine, et Vautrin de Thuilières, qui avait pris parti pour Erard, fit des courses sur les domaines du comte. Celui-ci vit ou voulut voir dans cette guerre privée une violation des conventions qui avaient rétabli la paix en Lorraine. Il prit à son service un chef de bande, nommé Forle-Epice ou Fort-d'épice , et lui ordonna d attaquer le château d'Haroué, qui appartenait à Guillaume de Dommartin , un des soutiens d'Erard du Châtelet. Forte-Epice s'empara de cette forteresse (I), où il trouva quantité de provisions de bouche, et enleva également le château de Xeuilley, qui fut défendu par le sire de Tantonville, dont il était la propriété.

La guerre s'ouvrait heureusement pour le comte ; mais ces hostilités reprises d'une manière aussi intempestive achevèrent de lui aliéner l'esprit des Lorrains, qui ne lui pardonnèrent jamais d'avoir profité de l'absence de René et d'Isabelle pour porter de nouveau la dévastation dans les campagnes. Les administrateurs, persuadés qu'une rupture était inévitable, résolurent de tâcher de dépouiller de ses étals le comte de Vaudémont, tout en évitant avec soin une bataille dont la perte pouvait mettre encore la Lorraine en danger. Ferri de Savigny et Baudouin de Fléville allèrent assiéger le château deMandres-aux-Quatre-Tours, possession du comte de Blâmont, alors allié d'Antoine. Celui-ci les contraignit à se retirer. Pendant ce temps, les administrateurs preuaienl des mesures pour se rendre maîtres du château de Vaudémont, que l'on regardait, avec raison, comme le boulevard du comté, et ils parvinrent à corrompre quelques soldats de la garnison , qui promirent d'aider les Lorrains à escalader les ' murailles. On réunit à Nancy , sous prétexte de donner la chasse a une bande d'aventuriers qui avait suivi le bâtard de Vertus, un corps de troupes, dont le commandement fut

(1 ) Gérard de Pfaftenhofen fui lue dans celle allaquc.

confié â Jean d'Haussonville, sénéchal de Lorraine. Ce dernier se mil en marche comme pour gagner le Barrois , et se présenta à l'improvislc devant la ville de Yaudémont ; mais les soldats sur lesquels on comptait ne purent ou n'osèrent se montrer, el le sénéchal se trouva dans l'impossibilité de rien entreprendre ; toutefois , avant de partir , les Lorrains ravagèrent complètement les environs de la forteresse (I).

Antoine, qui était à Commercy, n'eut pas pluslôt connu cette tentative que, prenant avec lui la compagnie de Forle- Epke el les soldats du damoiseau, il poursuivit les agresseurs. Il les rencontra campés entre Ormes et Charmes. II n'avait guère avec lui que ceul hommes d'armes , néanmoins, comme l'obscurité de la nuit ne permettait pas de reconnaître leur petit nombre , il n'hésita pas à attaquer les Lorraios. Ceux-ci , surpris au milieu de leur sommeil , n'opposèrent pour ainsi dire aucune résistance ; plusieurs furent tués ; quelques-uns se noyèrent dans le !u*adon, qu'ils voulurent traverser à la nage ; d'autres furent faits prisonniers, et le vainqueur s empara du grand étendard de Lorraine, qui fat porté en triomphe et suspendu dans l'église de Vézelise. Cet avantage ayant rendu le comte de Yaudémont momentanément maître de la campagne, il en profita pour dévaster les domaines des seigneurs lorrains contre lesquels il éprouvait le plas de ressentiment ; les terres de Jean d'iJaussonville furent très-maltraitées ; celles de Ferri de Savigny eurent le même sort, et le comte incendia le faubourg de la ville d'Ormes. Vers l'automne, il prit à son service des gentilshommes flamands, attirés, sans doute, par l'espérance de remporter □ne victoire aussi lucrative que celle de Bulgnéville, et des heCi de bandes qui lui amenèrent quantité d'aventuriers k*>urpxjijmons, anglais, picards et allemands. Antoine, se

tj V Chronique du doyen de Suint-Thicbaiit , ibid , rul. ccwix-

voyant à la (été d une armée nombreuse, la partagea en trois corps pour attaquer ses ennemis de trois côtés à la fois. Les capitaines Forte-Epice et Floquel (1) pénétrèrent dans le bailliage de Vosge, assiégèrent la ville de Mirecourt, qui en était la capitale, la prirent et la livrèrent au pillage. Sur la fin d'octobre, une seconde colonne , guidée par Antoine de Chabannes comte de Dammartin , traversa les états d'Antoine pour s'avancer jusqu'au cœur de la Lorraine et piller le platpays ; mais il semble qu'elle ne put exécuter cette partie de sa mission. En même temps , le comte de Vaudémont , à la tète d'un corps considérable, envahit les districts septentrionaux du Barrois, brûla Dun , Slenay et quelques lieux moins importants , pendant que ses lieutenants enlevaient Rambercourt, Varennes et plusieurs châteaux.

Les administrateurs, sentant l'impossibilité de faire face à tant d'ennemis, s'adressèrent au roi de France et le prièrent de protéger les états de son beau-frère. Charles VII , qui avait repris Paris et n'avait plus un aussi grand besoin de ses troupes, envoya en Lorraine, sur la fin de l'année, La Hlre et d'autres capitaines renommés, avec des forces respectables. L'aspect des affaires ne tarda pas à changer ; les Français, unis aux Lorrains, repoussèrent de toutes parts les bandes d'Antoine, s'emparèrent de Vézelise et de Charmes et occupèrent le comté de Vaudémont tout entier. Le capitaine Flo— quet, qui gardait Mirecourt, témoin de la ruine du prétendant, n'attendit pas qu'on vint attaquer cette ville, et ja rendit aux administrateurs moyennant une somme de cinq mille saluts, et un cheval de prix dont l'évèque de Metz lui fit présent.

Malheureusement pour la Lorraine , les troupes, ou pour mieux dire les bandes qui venaient de la délivrer n'y firent

(I) Robert tic Floquc.

pas un loog séjo«ir(f). Dèslemois de février 1439, elles gagnéreoi les unes le pays messin, les autres l'Alsace, dans le but d'y lever des contributions (3). Aussitôt que le printemps fut revenu, les hostilités recommencèrent dans le comté de Vaudérooat ; les troupes que les administrateurs avaient laissées dans les châteaux firent des courses ; les paysans se défendirent, et bien des lorrains furent tués dans différents combats; mais le comté n'en fut pas moins ravagé; les blés furent faui Jies, les arbres fruitiers arrachés, et certains villages complètement détruits. Celte guerre cruelle dura jusqu'au milieu de l'été; enfin, le 15 août, on convint d'une trêve qui ne devait finir que le jour de Pâques (27 mars) 4440 (3).

Conrad Bayer se félicitait d'avoir, au moyen de celte Iréve, rétabli la paix pour quelques mois et donné à la Lorraine et au Barrois le temps de respirer ; il ne se doutait guère qu'au moment où il consacrait tout son temps à l'administration des duchés, il était l'objet d'une dénonciation calomnieuse. Comme il avait dépensé pour le compte de René des sommes énormes, et qu il avait même été contraint de faire des emprunts à la cité de Metz , il jugea a propos, et on ne peut l'en blâmer, de percevoir de légères taxes à son profit pour récupérer l'argent qu'il jvait avancé. On incrimina celte mesure, et un prêtre nommé Vautrin Jfazard, curé* de Condé-sur-Moselle et ancien secrétaire de René d'Anjou , se rendit à Naples, auprès de ce pnnee, et lui fit un tableau tellement mensonger de l'adminis-

1 M. II. Lcpagc a publié dans le Recueil de documents sur l'histoire <ie Usante, 1. I, p. 129 162, des extraits des « Comptes de Olbtn d'Aaiaaa, receveur général de Lorrainne, pour ung au entier coromensant ma xsriij jour de décembre mil cccc xxxviij et finissant aodit xxviij jour de d«™,bre mil iiij* xxxix ». On y trouve des détails curieux sur les a> en- Lunrrs qui Murent nloi* dans notre pay>, et l'indication des soiuincs ■fi' m leur solda.

{Î)V. Chroo. du doyen de Saint-Thiébaut, ibid., col. ccxxxj ccxxxiv; HocMlrelet, ibid., f— dij v » et clîij r°.

1) V. Giron. du doyen de Saint Thicbaut, ibtd., col. ccixxiv.

t rat ion de Conrad Bayer, que le duc, oubliant ce qu'il devait au prélat, donna ordre de l'arrêter. Hazard, de retour en Lorraine, remit Tordre à Guillaume de Dommartin, à Vautrin de Thuilières et à un autre gentilhomme appelé Godard. Ceux-ci engagèrent Conrad à venir dans le château d'Amance pour traiter avec eux du remboursement des sommes que René devait encore , ajoutant qu'ils avaient reçu des pouvoirs à cet effet. L'évèque partit sans défiance et arriva au rendezvous, avec Thierry Bayer son frère, Androuin d'Oriocourt châtelain de Nomeny et le mayeur de Vie. La nuit suivante, et pendant qu'il se livrait au repos, les trois gentilshommes enfoncent la porte de sa chambre , le frappent avec brutalité , le mettent en arrestation, au nom de René, l'entrainent, sans lui donner le loisir de prendre ses vêtements, le font monter sur un mauvais cheval et le conduisent dans le château de Condé-sur-Moselle. Un acte aussi arbitraire, accompli sans aucun respect pour le caractère sacré dont Conrad était revêtu, sans aucun égard pour sa qualité de prince indépendant , sans aucune reconnaissance pour les nombreux services qu'il avait rendus à la Lorraine, un acte aussi arbitraire, disons-nous, excita un sentiment d'indignation presque général. Les administrateurs et leur conseil n'osèrent cependant pas prendre sur eux de relâcher le préla't. Ils firent même tous leurs efforts pour imposer à Conrad un traité extrêmement désavantageux. Arrêté le 43 octobre, l'évèque resta en prison dix semaines. Enfermé, pendant la saison rigoureuse, dans une chambre où il ne pouvait faire de feu , souffrant et inquiet, il finit par donner son consentement à ce qu'on exigeait de lui, et promit de ne plus élever aucune réclamation au sujet des sommes1 qu'il avait avancées pour le service de René, et d'abandonner, à litre de gage, aux lieutenants de ce prince les villes et châteaux de Nomeny , Rambcrvillers , la Garde, Baccarat, ainsi que les saliues qu'il avait précédemment engagées. Thierry Bayer, Androuin d'Oriocourt cl le

naveor de Vie ne furenl délivrés qu'après avoir payé une rançon considérable.

Aussitôt que Conrad eut recouvré sa liberté, il écrivit aux magistrats messins pour leur annoncer qu'il se proposait d'aller passer les fêtes de Noël dans leur ville; on lui envoya une escorte, et dés qu'il fut en sûreté derrière les murs de Metz, il protesta contre la violence qu'il avait endurée et contre le traité qu'il avait été forcé de conclure. Sans s'inquiéter de la protestation de Conrad, les administrateurs voulurent prendre possession des lieux qu'il devait leur remettre, et notamment de la ville de Baccarat; mais ils rencontrèrent une me résistance, et le prélat, se regardant comme délié de sa prorues si\ donna ordre de repousser la force par la force. Il en résulta des hostilités qui se prolongèrent pendant une partie de Tannée 1440. Un traité, ou pour mieux dire une trêve y mit fin en 1441 ; et la duchesse Isabelle étant revenue ea Lorraine, au commencement de l'année 1442, Conrad se rendit à Pont -à-Mousson où elle se trouvait, lui fit comprendre que René avait, été trompé par des rapports infidèles, et obtint une indemnité de vingt-neuf mille florins (1).

Ce n'était pas seulement contre Tévèquc de Metz que les administrateurs avaient à lutter pendant les premiers mois de IUO; le bâtard de Bourbon s'étant jeté dans le Barrois, avec

(lj V. idem, ibidM col. ccxxxv; Ilist. de MeU, t. Il, p. 639 -Cil. On eoaapoa la complainte suivante à l'occasion de la captivité de Conrad :

Bcncdicile, Domine.

Contre évesque est à Condé.

Dieu nous warde de Goudart

El de messire Waultrin llazart.

Et des villaim du vaulx des Faux,

Qui ne nous fateent point de roauU,

Et de aire Willaumc de Donunartin,

Qui a faict tout le hullin,

El de Waultrin de Tullière.

Oui rv^:n «toit par la vcmère. Amen.

une troupe de routiers, s'était emparé du château de là Motbe, situe sur une colline fort abrupte , et faisait des excursions dans tout le pays. Ayant entendu vanter les richesses du bourg de Saint-Nicolas-de-Porl, il eut l'audace d'y entrer, avec cinq cents cavaliers , sur la Gn du mois de mars 4441 ; « toutes les bonnes maisons il les fourragea, dit la chronique • de Lorraine, robbanl or, argent, joyaulx, lasses, goubellelz, » et tout ce de bon qu'il pouvoit, drapz et marchandises. » Plusieurs bourgeois de iadicle Sainct-Nicolas ilz prindrent, » et d'au lires marchands de beaucoup de lieux. Puis, quand ilz » ne sceurent plus que prendre , ilz se sont despartis ; droicl » vers Langres leurs chemins ont pris. Les seigneurs de » Lorraine et toutes gens de guerre, montez et armez, sont » allez après, proche de Langres se les ont trouvez, ont » chargé sus ; moult y en eut des prins et des tuez. Sainct » Nicolas son miracle y a monstré ; tous prisonniers et tous » leurs butins ont recouvré. Les prisonniers furent laschez, » et la plupart des biens à Sainct-Nicolas rapportez , dont » toutes gens louoient Dieu de ceste victoire (1). »

Quelque temps auparavant, une autre troupe de pillards, venant d'Allemagne et commandée par le sire de Boulay, avait fait irruption dans le temporel de l'évêché de Verdun. Louis d'Ilaraucourt venait de permuter cet évéché contre celui de Toul ; cependant, comme il en avait provisoirement conservé l'administration, il voulut en protéger le temporel. A la tête d'un corps de troupes qu'il tira de la Lorraine et du Barrois, il marcha contre les routiers, qui, ne se croyant pas en mesure d'accepter le combat, rétrogradèrent jusqu'au village de Sancy, à deux lieues au nord de Briey. Sur le point d'être atteints, ils descendirent tous de cheval et se rangèrent en bataille, pensant qu'ils allaient être attaqués d'un moment à l'autre. Mais l'évêque, témoin de leur manœuvre, fit un dé-

t») V. la Chron., dans Calrocl, ibid., t. III, preuv., col. xix.

four, s'empara de leurs chevaux et se relira. Les aventuriers fort décontenancés se décidèrent à s'en retourner à pied, et I on n'entendit plus parler d'eux (I).

Un ennemi beaucoup plus redoutable était le comte de Vaudémont, qui, dans son dépit de voir le duché de Lorraine lui échapper, ne cessait de chercher les moyens d'y répondre le trouble el le désordre. Il avait profité de la trêve conclue en 1439 pour réparer le château de Vaudémont et en augmenter les fortifications (2). Aussitôt que la trêve fut expirée, les hostilités recommencèrent. Au mois d'octobre 1440, Antoine assembla ses troupes, et son gendre, le sire de Croy, loi envoya une bande de picards el de flamands, commandée par Simon de Lalain. Ces forces réunies montaient à deux mille hommes d'armes, et à quatre mille fantassins portant des eouleuvrines ou des arbalètes. Les administrateurs n'étant pas en étal d'opposer à Antoine une armée aussi formidable, Ù péaétra dans le Barrois et arriva devant la capitale. Le second uis de René, le jeune prince Louis, s'était enfermé dans cette ville pour la défendre; Antoine le défia au combat et le H>mma d'en choisir le jour et le lieu ; mais Louis refusa i engager une bataille, qui ne pouvait manquer de lui être funeste, et fit une réponse évasive. Le comte, n'osant assiéger Bar, occupa Longeville, en ravagea les environs, el traversa ensuite le Barrois dans sa largeur. Les aventuriers commirent cks excès de toute nature, pillèrent les villages, en incendièrent

(I; V. b chron. do doyen de Saint-Thiébant, ibid., l. Il, preuv., col. eexuijetcexxxvij. Le 8 mars 1441, le roi de France défendit, tous peine de eaonscalion de corps et de biens, u aux cocnpaignies cl routles « «Jdrts par toi de commettre le moindre ravage dans les duchés de Lorr»rw cl de Bar. On troove une copie des lettres du roi dans les papiers du pnewleat le Ketnre.

fti C'est ce que ro)>|><,lait une inscription ourtipo*ce d'une vingtaine de tt» drir*ublcs, et que l'on voyait autrefois dans l'église collt'-gi.itc (aujourd'hui pirotsMalc) de Vaudémont. Elle est imprimée dansCalmet, ibûl., l 11. eal. 817 et 818, note (o).

plusieurs, tuèrent quantité de malheureux qui essayaient de protéger leurs propriétés et leurs familles, et ne respectèrent ni les églises, ni les choses saintes. Quand ils furent parvenus à Noviant-sur-Moselle, ils s'y arrêtèrent pendant quatre jours pour attendre l'armée lorraine qui les suivait , et qu'ils croyaient disposée à les attaquer. Les administrateurs, qui avaient toujours Bulgnéville présent à la pensée, ne voulurent pas, bien qu'ils eussent l'avantage du nombre, en venir aux mains avec le comte de Vaudémonl. Celui-ci allait , avant de continuer sa route, brûler Noviant; mais l'abbé de Gorze, auquel ce lieu appartenait, réussit à le sauver, en faisant présent d'un beau cheval à Antoine, qui se dirigea du côté de la Seille, détruisit encore quelques villages, et s'en retourna par où il était venu, après avoir ainsi dévasté le Barrois et la Lorraine pendant vingt-six jours. Le doyen de Saint-Thiébaut raconte que les soldats du comte ne se rendirent coupables d'aucun désordre pendant leur retraite; « car c'estoient,

> ajoute-t-il, gens de fasson, qui n'estoient point venus pour

> piller, mais pour conquerre honnour, sy comme ilz le » monstront bien » (4).-

Malgré les sentiments chevaleresques dont les compagnons d'Antoine faisaient parade, leur promenade à travers les étals de René avait eu des résultats désastreux. Charles Vil résolut d'employer sa médiation, et s'il était nécessaire son autorité, pour mettre fin à une 'lutte qui durait depuis neuf années, et menaçait de se prolonger indéfiniment (2), puisque le comte de Vaudémont pouvait sans cesse recruter son

(t) V. la chron. du doyen, ibid. , t. Il, preuv. , col. ccxxxvij et

CCXXXVtij.

(2) La guerre allait recommencer en 1441. Les administrateurs de Lorraine avaient gagné un habitant de Vaudémont, qui avait promis d'introduire leurs soldats dans la forteresse ; mais les Lorrains, n'ayant pas fait assez de diligence, furent repoussés avec perte, le 22 janvier. V. idem, ibid., col. ccxxxviij.

armée, en y attirant, par l'appât du pillage, les aventuriers sans emploi dont l'Europe fourmillait. Au mois de février 1 44! , le roi parcourut la Champagne, avec une armée de vingt mille hommes, soumit quelques places qui ne l'avaient pas encore reconnu et entra dans les duchés de Lorraine et de Bar. Il visita successivement Neufchâteau, Vaucouleurs et Saml-Mimel. Tout le monde croyait qu'il allait châtier le damoiseau de Commercy et les bourgeois de Verdun, contre lesquels il était fort irrité ; mais le damoiseau parvint à Tapai- 1er, en lui faisant hommage pour son château de Commercy, en loi payant vingt-cinq mille saluts, en relâchant ses prisonniers et en promettant de ne plus commettre aucun brigandage. Les Verdunois obtinrent aussi leur grâce, en donnant â Charles VU dix mille saluts et deux grosses bombardes (1).

IvC comte de Vaudémont fut invité à venir à Saint-Mihielet, moitié de gré, moitié de force, promit de s'en rapporter au jujtcmeot du monarque sur l'affaire de la succession. Charles se rendit ensuite è Bar- le- Duc, à Châlons-surMarne, puis i Reims, où il arriva dans le courant de mars. Le 27 de ce mois, il prononça une sentence arbitrale par laquelle il était ordonné, après longue et mûre délibération du conseil, que Le comte renoncerait, pour lui et pour ses hoirs, à tous les droits qu'il réclamait sur le duché, en lui réservant seulement la faculté de les faire valoir dans le cas où la postérité de Chartes U viendrait à s'éteindre. Le même jour, le comte de Vaudemoni et son fils Ferri, qui se trouvaient à Reims auprès do rot ci ne conservaient plus aucune espérance de voir leurs projets réussir, déclarèrent, en présence de Charles VII, des prince? du sang et des membres du conseil, acquiescer à la sentence et renoncer à toutes leurs prétentions (2).

' t) V. idem, ibid., col. ccxxxyuj et ccxxxix.

,t) V. le evUilftire de lorraine, p. 257 et soiv. el 4611. ta sentence article est imprimée (boa Lcibniu, Codex diploiuaticus, l. I, p. 371-37'j.

Isabelle resta donc en possession paisible du duché de Lorraine ; Antoine parut avoir complètement oublié qu'il avait longtemps disputé le trône à cette princesse , et comme la guerre continuait encore entre la France et l'Angleterre, il se mit au service de Charles VII, avec trois mille hommes qu'il avait à sà solde. Quelques bourgeois de Metz voulurent l'accompagner, et ils prirent part au siège de Pontoise, qui se défendit jusqu'au mois de septembre. Le comte mourut en 1447 et fut inhumé dans le chœur de la collégiale de Vaudémont. Marie d'Harcourt, son épouse, vécut jusqu'en 4476 et reçut la sépulture dans le même lieu. Leurs cendres ont été plus tard réunies à celles des aotres princes de leur famille; et les statues maladroitement restaurées du comte Antoine et de Marie d'Harcourt, placées sur un sarcophage moderne, mais imité du style ogival du XV* siècle, ont obtenu un asile dans l'ancienne église des cordeliers de Nancy.

Ferri de Vaudémont, qui avait toutes les qualités de son père sans avoir son ambition et sa dureté, épousa Yolande fille de René et d'Isabelle. Le duc de Lorraine avait promis une dot considérable, mais il ne savait comment la trouver, et il pria les magistrats de Metz de lui prêter une somme de cinquante mille florins. Il éprouva un refus, qui le blessa vivement et lui inspira contre les Messins un profond ressentiment qu'il trouva bientôt l'occasion de satisfaire. Ferri , qui se souciait peu de résider dans le petit comté de Vaudémont, s'attacha à la' fortune de son beau-père et l'accompagna dans ses fréquents voyages. En 4 470, il était grand-sénéchal de Provence (4 ), et nous verrons même plus loin qu'il se rendit en Italie.

Le désistement d'Antoine permit aux administrateurs, enfin débarrassés de la guerre étrangère, de prendre des mesures efficaces pour rétablir la tranquillité , et il était bien temps de cicatriser les plaies de notre malheureux pays. Ses habitants

(1) V. Papon, Hist. générale de Provence, t. III, p. 4SI.

n avaient pas eu à souffrir uniquement du passage et de l'cntretiea des armées. \j\ maladie contagieuse qui se déclara en ! 438 , et enleva vingt mille personnes à Metz et dans le pays messin, s'était propagée dans plusieurs eantons de la Lorraine et du Barrois. Elle régnait encore en 1439, et à ce fléau était Tenue se joindre une disette qui dura deux années tout entières (4). D'un autre coté, les dépenses occasionnées par des hostilités sans cesse renaissantes, et la nécessité de payer pour tes prisonniers des rançons, souvent fort élevées, obligèrent à établir diverses taxes qui causèrent un grand mécontentement. En UVO notamment, on remit au comte de Vauilétnont une somme de cinq mille vieux florins pour la rançon de Jean et Bernard de Germiny, Àndreu de Ville, Vautrin Wi**e et autres gentilshommes qui avaient été faits prisonniers, on ne sait dans quelle rencontre (2).

Le prince Louis, marquis de Pont-à -Mousson, était revêtu du titre de lieutenant de René pour le gouvernement des dnàtt* de Lorraine et de Bar, mais tout le poids des affaires reposait sur les anciens administrateurs, et particulièrement sur réréque de Toul, Louis d'Haraueourt. Ce prélat, sentant combien l'autorité ducale était impuissante pour raffermir la paix et le bon ordre dans un pays depuis si longtemps le théâtre de la fufrre, engagea les gentilshommes à former, à l'exemple de leurs pères, une de ces ligues qui avaient eu autrefois tant de sucées. Au mois d'août 1441 , Baudouin de Fléville abbé de IfOrze, Pierre de Beaufremont, Jean de Fénétrange, Erard du CMielet, Jacques d'Haraueourt, Ferri de Savigny , Jean dUsusson ville, Gérard d'Haraueourt, Ferri de Parroyc, Warry de Fléville , Ferri de Ludres , Philippe de Norroy , Simon de Saint-ftf enge , Jean de Lucy, Philippe de Lé non -

[î] V. Le* chroniques de la ville de Mets, p. 2U4 ei 306.

(Y) V., m Trésor des charte», le compte du receveur-général de Lor-

court , Jacquot de Savigny , Jean de Ligniville , François de Chambley, Colart de Lénoncourt, Philbert du Châlelet, Colart des Armoises, Andreu de Parroye, Jean de Savigny, Andreu de Ville et quelques autres seigneurs, considérant que < depuis le parlement de trés-excellens Prince et Prin- » cesse les Roy et Royne de Hiérusalem et de Secile, Duc et

> Duchesse d'Anjou, de Bar et de Lorraine...., de leurs » pays de par deçà , plusieurs griefs , dommaiges et inconvé- » niens s'estoient ensuis et venus èsdictes Duchiez de Bar et » de Lorraine , et ès Seigneuries cnclavéez en icelles , tant » par les guerres que sont estez, comme aultrement, au » préjudice du bien commung » ; et voulant « relever et met- » tre sus, et entretenir le bien de paix desdictes Duchiez, » Seigneuries, et de tous les subjecls d'icelles, oster toute » rigour et malviolence, œuvre de faict et de volonté des uns » contre les aultres », ces seigneurs, disons-nous, jurèrent, pour trois années consécutives , de s'adresser au marquis de Pont-à -Mousson ou à son conseil chaque fois qu'ils auraient quelque différend, et de se conformer à la décision rendue ; de prêter main-forte aux administrateurs pour réprimer les entreprises des perturbateurs de la paix publique, et à c tous officiers, bai.IIifs, prévosts et leurs lieutenans des- » dictes Duchiez et Seigneuries ou faict de l'exécution de » justice » ; de prendre les armes pour contraindre les individus auxquels on reprocherait quelque acte de pillage à indemniser les personnes qui en auraient souffert ; de défendre « toutes gens et terres d'Eglise , religieux et aultres, tous » leurs domaines, seigneuries , rentes et revenus , tous pèle- » rins, marchands et aultres bonnes gens, ensemble tous

> leurs biens, estons, venans , allans et trespassans par les- » dictes Duchiez et Seigneuries » (1).

(I) Le texte du traité de confédération est imprimé dans Calmct, ibid., t. III, preuv., col. dclvj-dclix.

On désirait vivement que René d'Anjou revint habiter la Lorraine, et on espérait que sa présence achèverait d'y rétablir b tranquillité; mais il préférait le séjour de la Provence, et il était tout occupé du mariage projeté entre sa ûlle Marguerite et Charles de Bourgogne, comte de Nevers. Contenant de la rancune contre la maison de Vaudémont, il lit insérer dans le contrat une clause qui appelait au trône de Lorraine les enfants de Marguerite avant ceux d'Yolande,

sœur aînée. Antoine se plaignit amèrement de cette clause, ou il voyait , avec raison , une infraction à la sentence arbitrale de 4441 ; toutefois, comme Philippc-le-Bon consentait, cd faveur du maria ce, à donner auittanec à René dune somme de quatre-vingt mille six cents écus d'or qui lui était due, le duc ne voulait pas faire droit aux réclamations de son ancien compétiteur. Charles VII, qui avait garanti l'exécution de la sentence arbitrale , jugea à propos d'intervenir et prit parti pour le comte de Vaudémont. René ne pouvait entreprendre de résister à la volonté de son beau-frère ; néanmoins, les négociations relatives à cette affaire traînèrent en longueur, et r union projetée n'eut pas lieu (i).

Les instances des administrateurs pour que le duc habitât La Lorraine, au moins momentanément, devenaient de plus en plus pressantes. Louis d'Haraucourt , qui était chef du conseil et avait la principale autorité, trouvait le poids des afbires trop lourd pour ses forces et désirait en être déchirgé. Malgré toutes les mesures qu'il avait prises, les courses des aventuriers recommencèrent en Lorraine dès I année 1443 ; l'incorrigible damoiseau de Commercy, ayant engagé trois mille routiers à son service, fit une excursion du coté de Metz. Un détachement de cette troupe fut défait par le bdtard de Vergy et par Vautrin de Thuiliércs ; mais on ne put empêcher les routiers de commettre des dépréda-

1 V. Calmct, thid , t. Il, col. 8î26 ?t 847

lions dans le pays messin ; ils pillèrent la léproserie de Saint- Privât et parvinrent à entrer dans l'abbaye de Saint-Clément , où ils s'emparèrent des meubles qui avaient quelque valeur. Après avoir dépouillé les habitants de plusieurs villages et incendié quantité de maisons, ils se « despartont et > allont à tous les diables d'enfer », comme s'exprime le doyen deSaint-Thiébaut, interprète de la haine des contemporains contre ces hordes dévastatrices. Au mois de mai, deux mille bandits , qui reconnaissaient l'autorité du damoiseau, coururent le pays saunois et revinrent par Cheminot ; les villageois s'étaient réfugiés dans l'église; Us se défendirent avec courage et tuèrent quelques-uns des agresseurs ; ils auraient cependant fini par succomber , si on n'eût prévenu les brigands qu'ils allaient être attaqués par les Lorrains et les Messins réunis. Cette nouvelle décida les routiers à se retirer précipitamment ; mais tant de désordres réveillèrent chez tous les seigneurs voisins le désir de méttre Robert de Sarrebrùck dans l'impossibilité de continuer un pareil genre de vie. Au mois de février 4444, le marquis de Pont-à- Mousson vint, avec une armée, assiéger le haut-château de Commercy ; les Messins, qu'il en avait informés,' lui envoyèrent aussitôt cent hommes d'armes commandés par Jean Baudoche. Le siège durait depuis quatorze jours, lorsque le marquis et l'évèque de Toul se décidèrent à conclure avec le damoiseau un traité , qui n'aurait pas été respecté beaucoup plus que les précédents, si au même moment le marquis n'eût acheté, pour quarante-deux mille florins du Rhin , le châteaubas appartenant à une autre branche de la maison de Sarrebrùck. Il reçut une garnison lorraine, et Robert se trouva dès lors observé de prés et placé dans l'impossibilité presque absolue de faire des expéditions lointaines (1).

(1) V. la chron. du doyen, ibid., t. II, preuv., col. ccxliv, ccxlvij et ccxlviij ; Histoire de Cominercv, par M. Dumonl, t. I, p. 249, 256, 273

et m.

Le prince Louis mourut bien peu de lemps après le siège de Commcrcy. Hené en éprouva un violent chagrin el promit de visiter ta Lorraine. 11 se trouvait alors dans la ville de Tours , oo Ton négociait une trêve entre la France et l'Angleterre. Il vint enfin, mais il ne vint pas seul. Charles VII avait une nombreuse armée, composée en grande partie d'aventuriers et de mercenaires qu'il ne savait comment employer, el qu'il ne pouvait licencier sans exposer la France à leurs ravages. Il conçut le dessein de s'emparer des trois villes épiscopales de Metz, de Toul et de Verdun, qui devaient, un siècle plus tard, tomber au pouvoir de Henri II. Et ce qui prouve combien René d'Anjou comprenait mal ses véritables mufrets, c'est qu'il encouragea , s'il ne la provoqua, une expédition dont le résultat devait être d'amener les Français jusqu an eeeur de la Lorraine et de préparer son asservissement. On a formé bien des conjectures sur les motifs qui le poussèrent à faire la guerre aux Messins. Un chroniqueur lorrain, attaché aux intérêts du comte de Vaudémont, dit que Kené n ayant t que vie oiseuse que passoit à faire dixains de

• chapelets que passoit en rubans , ou en oiseaux que plu- » ohmI i telle fin qu'eost couleurs de plumes que vouloit

• peindre, li prit en fantaisie de guerroyer et vint s'attaquer » a li Messins que n'en pouvoient » (\) ; mais ces traits satiriques ne doivent pas faire autorité ; il ne faut pas non plus •ttribupr la détermination du roi de Sicile aux réclamations que les magistrats de Mctx lui auraient adressées, pour obtenir le remboursement de sommes considérables qu'ils avaient priées soit à René lui-même, soit à quelques-uns de ses préderessenrs ; on n'est pas autorisé davantage à croire qu'il ait cédé an ressentiment que lui inspirait le refus fait par les Me^sms de loi confier cinquante mille florins pour constituer

l; y rt ptuage dan* le» Coupure, de Bournoo, r^gne de René !•»,

la dot d'Yolande ; et la véritable cause de la guerre dont nous allons parler semble avoir été inconnue à plusieurs de nos historiens, quoiqu'elle soit rapportée par un chroniqueur. A la fin du mois de mars 1444, il y eut un immense concours de peuple à Poot-à-Mousson, où Ton publiait de grandes indulgences accordées par le pape Eugène IV. La duchesse Isabelle , qui comptait se rendre en cette ville, prescrivit d'y mener ses bagages. Les Messins, prévenus de la circonstance, s'embusquèrent sur la route , saisirent la garde-robe et les joyaux de la princesse et les emportèrent, pour sûreté, disaient-ils, des sommes qui leur étaient dues. Isabelle fit écrire une lettre aux magistrats de Metz pour demander la restitution de ce qu'on venait de lui enlever ; on lui répondit par un refus, et, dans son ressentiment, elle ne négligea rien pour persuader à René de leur déclarer la guerre et de solliciter les secours du roi de France.

Aussitôt que les deux rois eurent arrêté tout ce qui concernait l'entreprise, Charles fit partir un corps d'armée, sous le commandement de Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, qu'il avait chargé de prendre les villes de Toul et de Verdun. Le roi de France et René se mirent eux-mêmes en route avec une autre armée, qui entra en Lorraine du côté de Darney. Les bourgeois d' Epinal saisirent cette occasion pour se soustraire à l'autorité de l'évêque de Metz, contre lequel ils luttaient depuis longtemps. Ils offrirent à Charles VII de le reconnaître pour leur seigneur. Le roi accepta leur proposition et, par lettres datées du 41 septembre, établit à Epinal un bailli , qui devait connaître des sentences rendues par les prévôts et autres officiers de justice (1). Charles et René sé-

(I) Par d'autres lettres des mois de mars iU7 et li*9, il établit à Epinal un bailli et quatre gouverneurs, pour statuer sur les appels des jugements rendus par l'échevin, et il interdit au parlement de Parts d'accueiUir les appels interjetés contre les sentences du bailli et des gouverneurs. V. l'analyse de ces trois pièces a la suite des Mémoires de Conuny-

joarnèrent dans les villes de Toul el de Nancy et allèrent en pèlerinage à Saint-Nicolas-dePort. Pendant ce temps, ils envoyèrent différents détachements se saisir des postes qu'ils jugeaient propres à faciliter les travaux du siège. On espérait que les Messins, rassurés par la lenteur avec laquelle on s'approchait , ne se hâteraient pas de prendre les mesures nécessaires à leur sûreté; mais on se trompait, et dès qtte les magistrats eurent la certitude que les préparatifs de Charles et de René étaient dirigés contre la ville, ils la mirent en état de défense. Par leurs ordres, on rasa l'abbaye de Saiot-Symphorien, le faubourg du même nom, celui qui s'élevait devaat la porte des Allemands, les faubourgs Saint- Thiébaut, Saint-Arnould et Sainte-Elisabeth ; les églises Siint-Thiébaul , Saint-Louis et Notre-Dame-des-Champs, quelques hameaux et quantité de maisons de plaisance, dans lesquels les assiégeants auraient pu se loger. Les Messins coopèrent les arbres, dévastèrent les jardins, construisirent des boulevards devant le pont des Morts et la porte Serpenoîse, réparèrent les murs et augmentèrent la profondeur des fossés (I). Rien ne fut négligé pour rendre la résistance aussi bogue que possible ; la ville fut approvisionnée pour plusieurs mois : on acheta des munitions de toute espèce ; la garde de rbx:une des tours fut confiée à un des corps de métiers ; les portes furent mises sous la surveillance spéciale des premiers àt ta cité, et des védeltes placées dans les lieux convenables.

Ces précautions n'étaient pas inutiles, car, le 12 septembre, le doc de Lorraine, le connétable Artus de Richemont et Pierre de Brézé s'approchèrent de Metz , avec une armée de dix mille hommes. La plupart des châteaux et des mai-

w, é*L Lenglel du Fresnoy, to 4°, U II, p. 596. L'autorité du bailli et 4« §t> u> crriear» était, du reste, à peu près nominale, et l'administration rata iraqu'cntièrement entre le» mains des bourgeois. 1 1 hwirurs des égtises et des faubourg* mentionnés ne furent détruit* (t»n» le mois de septembre, quand le danger devint plus grand.

sons-fortes que les Messins avaient occupés dans les environs tombèrent successivement au pouvoir des assiégeants ; Ars, Ancy, Vaux, Jussy, Clémery, Raucourt, Cheminot, Bouxières, Corny, Saint-Biaise, Mardigny, Goin, Lorry- devant- le- Pont , Eply, Borny, Jouy, Sainte-Ruflîne , Chazelles , Scy, Longeville , Chétel et Lessy furent enlevés d'assaut ou livrés par leurs défenseurs. Tous les villages et hameaux situés entre la Seille et la Moselle furent abandonnés par leurs habitants, qui se réfugièrent à Metz. Quelques châteaux situés plus près encore de la ville succombèrent bientôt après ; enfin, le 32 septembre, une colonne française se déploya devant le pont des Morts et tira plusieurs coups de canon sur la place. Ce n'était qu'une fausse attaque, et, le même jour, un héraut d'armes se présenta devant Metz, y fut introduit et invita les magistrats à envoyer des députés à Nancy pour recevoir une communication importante. Nicole Louve et Geoffroy Dex chevaliers , Poinsignon Baudoche, Thiébaut Louve et Jacob de Bénestroff furent chargés d'accompagner le héraut et se mirent en route , le 27 septembre. Ils furent admis devant Charles VII et René d'Anjou, et Nicole Louve ayant prié les deux rois de lui faire connaître leurs intentions, Jean Raboteau , président au parlement de Paris , prononça un long discours, dans lequel il établit trente-deux propositions différentes, mais toutes relatives aux droits que le roi de France et le duc de Lorraine entendaient revendiquer ; il finit en sommant les Messins d'ouvrir leurs portes aux troupes françaises et lorraines et de faire hommage aux deux rois, comme à leurs légitimes seigneurs. Louve répondit que les Messins ne devinaient pas comment ils avaient encouru la disgrâce du roi de France ; qu'ils n'avaient jamais été ses ennomis , ni les alliés de ses ennemis ; que souvent ils avaient donné asile à des français poursuivis par les Anglais et les Bourguignons ; que des chevaliers messins étaient allés combattre comme volontaires dans les- rangs de l'armée française ;

que MeU avait toujours dépendu de l'empire ; que c'était en un mol une ville libre et impériale , el que Charles VII ne pouvait exiger qu'elle reconnût son autorité ; que les Messins étaient, au reste, disposés à faire les sacrifices compatibles ivec leur honneur et leur indépendance, et que si le roi tenait à entrer dans leurs murs , on était tout disposé à le recevoir magnifiquement, pourvu que sa suite ne ressemblât pas j une armée. Jean Raboteau répliqua à ce discours et fit observer que les titres et les historiens prouvaient que Metz dépendait du royaume de France ; que les habitants de cette iiile avaient eux-mêmes soutenu cette thèse, quand ils avaient touIu se soustraire à quelque charge imposée aux sujets de r propire ; que la question pourrait être traitée plus tard avec I empereur ; mais que, pour le moment, le roi voulait une soumission pure et simple. Nicole Louve s'écria alors : t Nous vous faisons à sçavoir, pour et on nom de la cité, » que nous aimerions mieux touz à morir qu'il nous fust » reprochiés que nous euasimes une fois renoyés la grant ■ aigle! .

Ode tière déclaration annonçait que les Messins se propoaieat de résister jusqu'à la dernière extrémité. En effet, qund la première frayeur fut passée, et bien qu'ils eussent perdu les postes fortifiés qu'ils avaient dans la campagne, ils commencèrent à faire des courses de tous côtés. Les aventurier* qoj composaient l'armée française se tenaient très-mal sur leurs gardes, et les soldats que la ville de Metz avait pris à si solde firent , chaque jour, des sorties presque constamment couronnées par le succès. Parfois cependant ils furent repousses avec perte ; les Français et les Lorrains leur firent mime quelques centaines de prisonniers et arrêtèrent, entr'iatre, beaucoup de vignerons qui ne pouvaient se résoudre i laisser mire la vendange par l'ennemi. L'été et l'automne avaient été chauds et secs ; les raisins avaient la plus belle •apareace , et, malgré le danger, les pauvres gens sortaient

de Melz , le soir , pour aller cueillir des raisins qu'ils vendaient à haut prix , quand les assiégeants n'étaient pas venus interrompre cette lucrative récolte.

On arriva bientôt au cœur de l'hiver, et Charles VU, que la longueur de la guerre commençait à fatiguer, parut disposé à conclure un traité dont les conditions seraient acceptables. Une nouvelle conférence eut lieu dans la ville de Pont-à- Mousson, le 14 janvier 1445. Nicole et Thiébaut Louve, Geoffroy Dex, Poinsignon Baudoche et Jean de Luxembourg, clerc des sept de la guerre , qui représentaient les Messins, furent très-étonnés d'entendre Jean Raboteau reproduire les demandes rejetées précédemment ; il s'adoucit toutefois, mais, comme on n'avait de part ni d'autre les pouvoirs nécessaires pour traiter, on se borna à jeter les bases d'une convention provisoire. Les Messins retournèrent chez eux le lendemain , et le conseil de la cité rédigea, sur leurs rapports, une réponse aux propositions faites de la part des deux rois. Il comprit que, malgré les avantages partiels remportés par les aventuriers qu'il avait pris à sa solde , et par ceux des habitants qui les accompagnaient dans les sorties, la ville bloquée rigoureusement finirait par succomber ; on résolut en conséquence d'essayer de corrompre les principaux conseillers de Charles VU, et d'obtenir ainsi des conditions moins défavorables. L'amiral de France, le grand-maltre-d'hôtel , le grand-écuyer, le chancelier, Jean Raboteau et Pierre de Brézé acceptèrent, dit-on, des sommes considérables et promirent leurs bons offices. Les hostilités se ralentirent sur la ûn de janvier et au commencement de février ; les négociations continuaient , et les ministres du roi de France lui ayant fait observer qu'il valait mieux recevoir une riche rançon que de continuer une guerre onéreuse, des pleins-pouvoirs furent donnés, le 5 février, à Pierre de Brézé , qui se rapprocha de Metz , afin de conférer plus facilement avec les plénipotentiaires de la cité. Le 22 février, ceux-ci furent appelés à Nancy ; à partir de

ce jour, on omit dans la ville assiégée de prendre les minutieuses précautions qui avaient été prescrites tant que le danger mit semblé imminent ; enfin, le dernier jour du même mois, on conclut un traité définitif. Il stipulait seulement que tout acte d'hostilité cesserait sans retard; que ce qui s'était passé pendant la guerre devait être considéré comme non avenu; que les prisonniers seraient relâchés de part et d'autre ; que les maisons-fortes et châteaux occupés par les Français seraient évacués, et que les propriétaires pourraient racheter les objets mobiliers qui se trouvaient en la possession des assiégeants; mais les magistrats messins payèrent, à différentes échéances, quatre-vingt-quatre mille florins, représentant six millions quarante boit mille francs de notre monnaie, et offrirent au roi quantité de faisselle d'or et d'argent. Le 5 mars, un autre traité réconcilia Kené d'Anjou et ses voisins. Les conditions furent à peu près les mêmes que celles dont on vient de donner la substance. Il y avait de plus un article important qui concernait les dettes de René et de ses sujets. Cet article disposait que l'on ne demanderait pas les arrérages échus à l'égard des créances qui seraient remboursées avant la Pentecôte, et l'on renonçait également à réclamer les arrérage* des autres créances, mais seulement jusqu'au 5 mars. Quant aux obligations ayant plus de trente ans de date, et dont on n'avait jamais acquitté les intérêts, elles furent déclarées nulles, ainsi que celles qui n'avaient pas été constatées par un acte écrit, par un nantissement ou par une hypothèque. On estime que ces clauses procurèrent à René un gain de prés de cent mille florins ou plus de sept millions de francs, et les Messins lui payèrent, en deux fois, une somme de vingt mille florins, dont le traité ne dit pas un mot. Les assiégés forent aussi contraints de faire des présents à Pierre de Brézé et a bien d'autres personnes ; cl si l'on additionne les sommes que la ville de Metz versa ou quitta dans celte circonstance, les cadeaux qu'elle distribua de tous côtés et les perles

' qu'elle éprouva, sans que sa prospérité en reçut un coup mortel, on voit quelle était la grandeur de ses ressources (I).

Quoique la paix fût faite , beaucoup d'aventuriers français et anglais, placés en garnison dans les châteaux des environs de la ville, refusèrent de partir tant qu'on ne leur aurait pas remis des rançons plus ou moins fortes. Charles, satisfait de ce qu'il avait obtenu, abandonna ses auxiliaires à la discrétion des Messins, qui arrivèrent devant les châteaux avec de l'artillerie et sommèrent les aventuriers d'en sortir, en leur disant : « Si briefvement de nos places ne deslogez, premier que demain soit venu serez assiégez ». Il fallut recourir à cette voie de rigueur dans divers lieux ; enfin , les étrangt rs furent obligés de se rendre à discrétion, et quelques-uns d'entr'eux furent pendus. Dès le 45 mars les portes de Metz furent ouvertes ; trente-cinq mille paysans qui s'y étaient réfugiés en sortirent, le jour même, pour retourner dans leurs habitations ; et si l'on réfléchit que grand nombre d'hommes, les femmes, les enfants et les malades ne partirent que plus tard, on comprend quelle multitude d'individus la ville devait renfermer pendant le siège (2).

Charles VII, trouvant très-commode de remplir ses coffres aux dépens des cités impériales , Ot dire aux bourgeois de Toul qu'il voulait, à l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, avoir la garde de la ville ; ajoutant qu'il se contenterait, pour tout émolument, d'une pension annuelle de deux mille francs, à condition toutefois que lesToulois lui solderaient une somme de vingt mille francs représentant les arrérages des dix années précédentes. Jean Collignon, maitre-échevin de Toul, vint se jeter aux pieds du roi et le supplia de ne pas

(1) V. Les chroniques de Meta, p. 219-249; Cal met, ibid., t. Il, col. 833-837; Relation du siège de Metz en 1444, par MM. de Saulcy cl Huguenin ainé, passif* .

(2) V. MM. de Saulcy et Huguenin , ibid., p. 176 et 177.

élever ai haut ses prétentions , attendu que les bourgeois étaient ruioés par les guerres qui venaient d'avoir lieu. Charles se montra intraitable el envoya Pierre de Breaé assiéger Toul, avec un corps de six mille hommes. La première opération du sénéchal fut d'incendier les faubourgs Saint-Epvrc el Saini-Mansuy, et une pareille exécution effraya tellement Jes TouJois qu'ils ouvrirent leurs portes et consentirent à ce que le roi exigeait. Ce prince vint leur faire visite, et lévêque bouts d Haraueourt tâcba , mats en vain, d'obtenir quelques concessions. Quand le roi se fut éloigné avec son armée, les bourgeois protestèrent contre le traité qu'on leur avait si durement imposé, et déclarèrent que, leur volonté n'ayant pas été libre, il était nul et sans valeur. Charles VII, qui était au château de Louppy , dans le Barrois , venait d'ordonner à Pierre de Brézé d'assiéger Toul une seconde fois, lorsque Louis d Haraueourt fit tant d'instances en faveur des habitants de sa tille épiscopale, que le roi voulut bien ne pas exiger le paiement des arrérages réclamés par lui et ne demander pour l'avenir qu'une pension de cinq cents florins (1).

Les Vcrdunois ne purent éviter de se placer également sous la garde intéressée de Charles VII ; ils avaient eu recours anciennement è ses prédécesseurs , comme on l'a vu dans le tome second, et les prétentions du roi n'étaient pas dtauées d'une sorte de justice. Les bourgeois, pour ne s'exposer a aucun désagrément , consentirent à fournir, quand ils eu seraient requis, vingt hommes d'armes el vingt arbalétriers, i payer annuellement une pension de cinq cents livres, et 4 donner deux cents livres à un gentilhomme qui résiderait dans ta ville pour exercer les droits de garde (â).

(1) CeUe tnmsactioa fut conclue, le 23 mai ; t. Benoit, llitt. de Toul, p. 337 et $38.

(V) lk payérrul d»» plu* trois mille florius pour If* annales ; v. Routtel, H*i vk Verdun, p. 301, et preuv., p. 54-39.

Les entreprises de Charles VII sur les cités impériales de Metz, Toul et Verdun irritèrent vivement le roi des Romains Frédéric III. Toutefois , comme ce prince n'était pas en état d'en tirer vengeance par les armes, il se borna prudemment à écrire à Charles pour lui faire observer qu'il ne pouvait honnêtement retenir Epinal , fief de l'église de Metz , et que les extorsions dont les Messins , les Toulois et les Verdunois venaient d'être victimes étaient tout-à-fait contraires au droit des gens. Le roi de France fit une réponse évasive, et l'affaire n'alla pas plus loin. René d'Anjou reçut aussi une lettre de reproches au sujet de la part qu'il avait prise à l'expédition contre Metz , mais on ignore quelles raisons il allégua pour s'excuser (1).

Le duc de Lorraine était alors occupé de négociations qui l'intéressaient bien davantage. Le comte de Suffolk était arrivé à Nancy, quelque temps auparavant, avec une suite nombreuse. Il était chargé par le roi d'Angleterre Henri VI de demander en mariage la princesse Marguerite, qui avait dû épouser le comte de Nevers. René accueillit avec empressement la proposition de Henri, et comme il n'avait pas assez d'argent pour assurer à sa fille une dot digne d'une reine, il eut recours à un expédient tres-ingénieux. Ce fut de lui céder le royaume de Majorque , qui appartenait au roi d'Aragon, et devait être conquis aux frais du roi d'Angleterre.

René accompagna Charles VII dans la ville de Châtonssur-Marne, où ils résidèrent ensemble pendant quelques mois. Le roi de France y réorganisa son armée, et le duc de Lorraine y termina deux affaires d'une haute importance pour lui. Il fit rédiger le contrat de mariage de sa fille Marguerite (2),

(1) V. Benoit, ibid., p. 538 et 539.

(2) V. Calmct, ibid., col. 838. On trouve dans les preuves du t. III , col. delix et dclx, une espèce d'attestation relative au contrat, et il semble en résulter que ce dernier avait été rédigé dans la capitale de la Lorraine.

cl il conclut, le 6 juillet , avec la duchesse de Bourgogne, à laquelle son mari a?ait confié les pouvoirs nécessaires, un nouveau traité destiné à mettre fin à la longue série de négociations et d'arrangements qui avait suivi la bataille de Bulgnéville. Le roi de Sicile, dont les coffres élaient habituellement vides, et qui avait dooné une autre destination à l'argent recueilli pour payer sa rançon, devait encore à Philippe- le-Bon quatre-vingl mille six cents écus, plus quarante mille écus environ montant de l'amende de vingt écus, par jour , qu'il avait encourue pour cause de retard. Le duc de Bourgogne, ae voyant pas comment il pourrait tirer quelque chose d'un pareil débiteur, consentit à perdre sa créance, à condition cependant que le duc de Lorraine se chargerait d'acquitter les sommes dues aux garnisons que Philippe avait placées à Préoy, Long* y, Neufcbàtcau et Clermont-en-Argonne (1).

De Chàlons René se rendit dans la ville de Tours, où fut célébré le mariage de Marguerite. Le comte de Suffblk épousa la princesse au nom de son maître, et il y eut, à cette occasion, îles fêtes magnifiques , dont le récit ne doit pas obtenir place dtos celte histoire (S). Après avoir habité, plusieurs semaines, le château de Tours, où se trouvait Charles VII, le roi de Sicile prit le chemin d'Angers. Il avait toujours beaucoup aimé r Anjou, qui était son pays natal, et rien ne pouvait désormais l'empêcher d'y fixer sa demeure ; car les Anglais, qui occupaient encore la plus grande partie de ce duché et une portion do Maine, avaient consenti à se retirer en considération du mariage que leur roi venait de contracter avec la fille de René. Isabelle avait suivi son mari dans tous ses voyages et

t; Le mite se trouvait, au Trésor des chartes, dans ta layette Btmçon 4m Dmt René. Cette layette a disparu, comme nous l'avons dit.

(S, Planteurs historiens, notamment M. de Villeneuve (Ilist. de René {Anjou, t. |, p. 351 cl suiv. et 454-4?it>) et M. de Quatrebarbes (ibid., p hti-Hij , pensent qne le mariage eut lieu à \aoey, et que ftfjrgucritc parut snmcdui tentent après pour l'Angleterre.

ne le quitta plus. Malgré le délabrement de leurs finances, le duc et sa femme vécurent avec splendeur dans le château d'Angers; ils y donnèrent fréquemment des fêtes et des tournois et s'entourèrent d'une maison nombreuse, dans laquelle on voit figurer avec surprise une dame appelée Agnès SorcIIe, qui n'est autre que la fameuse maîtresse de Charles VII (1).

Avant d'abandonner les duchés de Lorraine et de Bar, qu'il ne devait plus revoir, René avait songé à y établir un lieutenant; mais ce fut seulement le 4" juillet 4445, et pendant qui! séjournait en Champagne, qu'il se décida à confier le gouvernement des duchés à son fils Jean, duc de Ca labre. Le jeune prince reçut les pouvoirs les plus étendus, particulièrement ceux de < mettre, instituer et ordonner toutes manières » d'officiers, tant mareschaulx, séneschaulx, baillifs, prévosts, » receveurs, chastellains , capitaines, gruyers, sergens et

• tous aultres officiers, tant sur le faict de la justice, comme

» sur le faict de recepte et garde de places ; de disposer

» et ordonner de toutes les finances, rentes et revenus des- » dicts pays, tant du domaine, comme de tous aydes, em- » prunls, amendes ordinaires, arbitraires et extraordinai- » res et aultres deniers quelconques; de faire tous

> mandemens et ensembléez, tant des trois Estais, comme de » gens d'armes ; de faire alliances et confédérations avec

> tous princes, nobles et bonnes villes, comme il verrait eslre

• à faire;.... de faire battre et forgier monnoyes... »; en un mot, il lui était permis de prendre les mesures que les circonstances pouvaient requérir. Le duc ne se réservait guère que la t collation et présentation des bénéfices apparlenans à son

(1) V. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, troisième série, 1. 1, p. 304; Agnes Sorelle recevait un traitement de dix livres, d'après un état relatif aux u Gages des dames cl officiers de ITiostel de la Reync de Sicile n. Cet étal se trouve à la bibl. impériale, supplém. français, n» 2340, f» 697.

• jiaironaige », ainsi que le droit d'aliéner les biens du dormiM, « pour don, vcnditbn, engaigement ou aullremenl », et Ton verra que cette faculté se réduisait alors è peu de chose (I).

Délivré des soucis que lui a? aient donnés , depuis quinze ans, les a/foires de la Lorraine et du Barrois , résidant tranquillement dans son duché d'Anjou, et ensuite dans son comté de Provence, René se livra presque tout entier è son goût pour la littérature et les beaux-arts. • Il estoit bon musicien,

• dit César Noslradamus, et très-bon Poète François et Ita-

• lien, se délectant singulièrement à lire les belles et naïfvcs

• ritbmes de nos Poêles Provençaux , leurs vies, mœurs et

• coutumes ; tellement qu'il a composé en son tems plusieurs

• beaux et gracieux Romans, comme La conqueste de la douée

• Mrrnj , Le mortifieinenl de vaine plaisance; outre quel-

• qoes dialogues de divers et rares enseignemens. Mais sur » toutes choses, aimoit-il d'un amour passionné la peinture , » et avoit la nature douée d'une inclination tant excellente en

• ceste noble profession, qu'il estoit en bruit et réputation > entre les plus cxcellens Peintres et Enlumineurs de son » tems ; ainsi qu'on peut voir en plusieurs divers chefs-

• d'oeuvres achevez de ses divines et royales mains, sous un » labeur merveilleusement exact et plaisant , tant à Avignon,

• Aix, Marseille, el autres villes de Provence, qu'en la Cité

• de Lyon et ailleurs ; sa maison estoit le chœur

• des Muses, l'cscole des Orateurs, le concours des Poètes,

• F Académie des Philosophes, le Sacraire des Théologiens, » Je Sénat des Sages, l'assemblée des Nobles, les fomenta-

• bons des bons esprits , le loyer des hommes doctes , la la- » bit des pauvres , etc. (2). •

Le prince Jean , qui avait plutôt le caractère d'Isabelle que

•J ; V. le» le(ti«f de René, dans CaJmel, ibitl., col. dcKixvj dctixiviîj ? V. LVatotre et Chronique de Provence , p. 046.

celui de René , se livrait sérieusement aux soins du gouvernement, et le roi de Sicile, voulant lui témoigner sa satisfaction, lui céda, en novembre 4445 , « le marquisat du Pont- » à-Mousson, la Ville et Cité du Pont, et le Bourg, Chastel » et Donjon de Mousson , avec toute la Prévosté du Pont et » Cbastellenie de Mousson » , pour en jouir avec Marie de Bourbon, c sa léale femme et espouse » (1). Une des premières mesures prises par le duc de Calabre eut pour objet la conservation des forêts, que Ton avait fort négligées depuis quelque temps. Il créa, le 20 avril 144G, un grand gruyer, auquel il attribua juridiction sur toutes les forêts de la Lorraine et du Bar rois. Cet officier, qui réunissait dans sa personne les pouvoirs administratif et judiciaire , tenait, chaque année , six audiences à Nancy ou dans le château d'Amance , douze à Dompaire pour le bailliage de Vosge, et douze à Bar-le-Duc ou à Pont-à-Mousson pour le Barrois ; il y jugeait les affaires forestières , avec l'assistance des gruyers particuliers, des procureurs du prince et des clercs- jurés, qui remplissaient les rôles d assesseurs , d'accusateurs et de greffiers. Il devait inspecter les bois, avec des commissaires spéciaux , désignés par le duc , et avec les gruyers particuliers , consigner dans des procès-verbaux les résultats de ses visites, et établir des gardes dans tous les lieux où il le jugerait convenable. Son traitement fut fixé à trois cent cinquante francs barrois, payables par moitié à Pâques et à Noël (2).

Les efforts du régent se trouvèrent bientôt paralysés par le manque d'argent ; les Etats n'étaient pas disposés à voter des aides, et les domaines étaient tellement engagés, que les revenus de la Lorraine , qui sous le règne de Charles II s'élevaient à cinquante mille francs barrois , n'étaient plus que de cinq mille francs ; tandis que ceux du duché de Bar étaient

(1) L'«cte de cession est imprimé dans Calmet, ibid., col. dclx-dclxij.

(2) V. Rogéville, Dicl. des ordnnn., t. I , p. 32if.

réduits de prés de vingt mille francs à (rois mille. Un pareil éial de choses ne pouvait se prolonger sans péril, et le prince Jean représenta avec tant de force à son père la nécessité de chercher un remède efficace , que René se décida , bien malgré lui , à révoquer les aliénations du domaine. Les abus de son administration étaient devenus visibles pour lui, et dès le 10 octobre H44, il avait , sur les remontrances de son procureur-général, et son conseil entendu, déclaré qu'il ne donnerait ou n'engagerait à l'avenir aucun bien domanial, sinon pour cause privilégiée, frappant par avance de nullité tout acte contraire aux termes de cette déclaration (1). Malheureusement, pour rétablir les finances, il ue suffisait pas d'être économe à l'avenir; il fallait encore récupérer ce que Ton avait perdu. Beaucoup de donations avaient été faites légère^ ment, soit par René d'Anjou, soit par quelques-uns de ses prédécesseurs, et les services qu'elles étaient destinées à récompenser n'ayant jamais paru dignes de la rémunération qu'ils avaient reçue, on devait réunir ai| domaine les biens ou les revenus objets de ces aliénations ; mais d'autres actes de même nature avaient eu lieu à la suite de services réels rendus soit au prince, soit à l'état, et l'on ne pouvait, sans une injustice criante , considérer comme non avenues des donations revêtues de la sanction ducale, et qui n'avaient jamais été, que l'on sache, désapprouvées par les Etats-Généraux. H y avait donc une distinction importante à faire ; néanmoins, la nécessité ne permit pas de consulter la justice, et, le 29 décembre 1446, René et Isabelle promulguèrent un édit par lequel ils révoquèrent, annulèrent et abolirent * tous Dons , > Transports, Gaigiéres et aultres Aliénations quelconques, • par Eolx et leurs Prédécesseurs faictes jusques alors, pour

(Il Oo trouve un vidimu* de celle pièce «huis te Trésor des chartes, l»T«tte Eutt-Ginéraux du Duché de Bar, ti° 1.

» quelconque cause ou coq tenu que ce fust > (1). Cette mesure excita chez tous ceux qu'elle atteignit un sentiment de colère bien naturel, et le mécontentement pouvait avec promptitude dégénérer en révolte ; d'autant plus que les individus qui souffraient davantage de l'édit étaient presque tous des seigneurs et des gentilshommes jouissant d*une grande influence. Mais Jean de Calabre , qui avait autant de fermeté que son pére en avait peu, fit si bonne contenance que la noblesse n'osa remuer. Il n'y eut que Jacquemin de Beau mont qui se mit en révolte ouverte; il s'empara du château de Bitche, le vendit au comte de la Petite-Pierre et se retira en France, pour ne pas s'exposer à tomber entre les mains du régent. Celui-ci pria Charles VII de punir Jacquemin de Beaumont, qui fut traduit devant le parlement de Paris (2). Bitche fut ensuite assiégé, et le comte de la Petite- Pierre se trouva trop heureux d'en être quitte pour la restitution de la forteresse. Le régent fit exécuter avec rigueur l'édit de son pére; et dix. années plus tard, René d'Anjou, qui avait conservé le Barrois quand son fils fut devenu duc de Lorraine, et qui avait eu la faiblesse ou s'était vu forcé d'aliéner encore certaines portions du domaine, prescrivit « aux gens des comp- » tes de Bar de faire rendre compte», chaque année, « à ceulx

> qui avoient des engagemens ou donations de son domaine

> estant hors de ses mains » (5). On a longuement disserté sur la question de savoir s'il était aliénable dans les deux duchés; les uns ont admis l'affirmative; d'autres, au contraire, ont pensé que la négative devait être soutenue, et cette dernière doctrine a été récemment sanctionnée par plusieurs

(1) Cet édit, qui est très-long , est imprimé dans le Recueil des anciennes ordonnances de Lorraine, p. 3-9. Il y en a un vidimut au Trésor des ch., layette citée, n° 5.

(2) V. Très, des ch., layette Bitseh, Domaine, II, n° 3.

(3) Cette commission, datée du 26 janvier 1456 (1457), se trouve au Très, des ch., layette Etat» Généraux du Duché de Bar, n* 6.

irrru des cours souveraines. L'examen de la question nous entraînerait trop loin et romprait la suite de notre récit ; nous ne pouvons toutefois nous dispenser de faire observer 4* que les successeurs de René et d'Isabelle ont, fréquemment et aux dépens du domaine, fait des fondations, échanges et ventes, les uses â perpétuité, les autres avec faculté de rachat; ce qui semble indiquer qu'ils ne regardaient pas le domaine comme inaliénable; et î° que le duc Léopold, en ordonnant le retour des biens cèdes, ne lit pousser les recherches à cet égard que jusqu'au commencement du XVII* siècle ; d'où il résulte que pour l,éopold la convention de Nuremberg (1542), qui détacha a peu prés complètement la Lorraine de l'empire, n'avait pas introduit on droit nouveau et des principes ignorés des anciens ducs (4).

Le retrait des domaines avait , malgré son évidente nécessité, beaucoup déplu au généreux roi de Sicile ; et ce prince, i qui son oisiveté causait sans doute quelqu ennui , s'avisa dlnstitacr, en 1448, un ordre de chevalerie, dont les insignes pouvaient lui servir à calmer le mécontentement de plusieurs seigneurs que l'on venait de dépouiller d'une partie de leurs richesses. L'ordre do Croissant, établi le 44 août 4448, avait pour patron saint Maurice et ne devait pas compter plus de cinquante membres. Pour voir prononcer son admission , il faillit être « doc, prince, marquis, comte, vicomte, ou yssu • d'ancienne chevalerie et gentilhomme de ses quatre lignéez,

» et sans vilain cas de reproche >. Au moment de sa

réception, on devait jurer, sur les Saints Evangiles, d'entendre quotidiennement la messe, et si l'on en était empêché, de donner • autant, pour I amour de Dieu, comme on donneroit » a ung cbapellain pour dire et célébrer messe » , ou de ne pas boire de vin pendant vingt-quatre heures ; de réciter l'offert? *ie Notre-Dame, ou de ne pas s'asseoir à table « le jour

M V RogéuOc, ibid.,p. 474.

» ensuivant, au disoer ny au soupper » ; si Ton ne savait pas l'office de Notre-Dame, de réciter, en place, quinze Pater et autant à9 Ave ; « d'avoir et tenir en toute amour el dilection » fraternelle les chevaliers, escuyers, le chancelier et aultres

» officiers jurez et incorporez dudict Ordre , comme

» propres frères germains de père et de mère ; ... de garder

> et défendre leur honneur, en l'absence d'eulx ; .... de ne

> porter armes pour nulles quelconques querelles d'hommes

> qui vivent, excepté seulement pour son souverain seigneur » et pour le maître de l'Ordre ; < de porter, tous dimanches de » Tan et aultres festes commandéez en Saincte Eglise, le crois-

• sant sous le bras dextre, tant en armes que dehors, sur » peine de donner une pièce d'or pour chascun jour de feste ; » et d'estre obéissant au.... chef dudict Ordre, en toutes et » chascune des choses que par luy et aultres de l'Ordre.... » seront adviséez, conclues et passéez au bien et honneur de

> l'Ordre, sans jamais aller à rencontre » . En même temps, on avertit les récipiendaires d'avoir < singulièrement reguard, » plus qu'à chose qui soit, à Testât de leur conscience...; de

> révérer et honorer Saincte Eglise el les ministres d'i celle ;

• de soustenir le droict des pauvres femmes vefves et des or- » phelins aussi ; d'avoir lousjours pitié et compassion du

> pauvre peuple commung ; d'estre, en faicts, en dicts, en » paroles, doulx, courtois et amyables à ung chascun ; de ne » mesdire des femmes, de quelque estât qu'elles soient, pour » chose que doive advenir; .... quand ils vouldront dire » quelque chose , d'y penser avant el premier que le dire, » afin qu'ils ne soient trouvez en mensonges ; de fuyr toutes

• compaignies deshonnestes , questions et desbats, le plus » qu'ils pourront ; de pardonner volontiers, et ne retenir point

» longuement maltalenl sur le cœur contre nully etc. »

On ne pouvait renoncer à faire partie de l'Ordre , si ce n'est pour devenir « gens d'Eglise ou de Religion » ; mais les chevaliers devaient en être exclus s'ils étaient « trouvez non

• pas fermement croyans en la créance de la Foy Calho-

• Itcqoe » ; « ils étaient « con?aincus et atteints véritable- » ment de trahison, prouvée à rencontre d'eulx suffisam- » ment » ; s'ils étaient, « par faulle cl lascheté de couraige,

• et par récréautisc et couardise, honteusement fugitifs de

» bataille arrengée à jour nommé, où seroit la personne de

• leur souverain seigneur, et ses bannières desployéez » ; s'ils étaient c trouvez portans armes par voye aulcune, directe

• ou indirecte, contre leur souverain seigneur » , ou s'ils

étaient « en compaigoie d'aullres, adhérons et consentans, » conforlans on conseillans de faire machination, conspiration » on lignes contre sa personne, ou son estai » ; enfin, s'ils étaient accusés et convaincus de génocherie et art magique. Il leor était de plus recommandé « d'estre une fois Tannée » ensemble» au jour de fesie de Monseigneur sa i net Maurice,

• an lien que serait.... advisé, pour tenir le chapitre général, » et pour adviser et conclure ce que seroit utile et profitable » au bien, honneur et augmentation de- l'Ordre >, et s'ils ne pouvaient assister à la réunion, de constituer ■ ung de leurs

• frères et cempaignons leur procureur , par procuration

• scellée du scel de leurs armes , ou aultre scel authenlicque

• et approuvé >.

!1«sie«rs lorrains figurèrent parmi les chevaliers de l'ordre du Croissant, mais nous eiterons seulement Fern II comte de Vtadémont , Gérard d'IIaraueourl seigneur de Louppy , Jean dnc de Calabre , Thierry de Lénoncourt bailli de Vitry , Jean de Féuélrange maréchal de Lorraine, et Gérard de Lipni'ille, qui furent reçus, les uns après les autres , depuis le 11 août 4448 jusqu'au 23 octobre 1452 (1).

René a rail à peine terminé l'organisation de l'ordre du

I) Le» ttatots de l'Ordre, U liste de* premier» chevaliers , et d'autre» fttctn rrUtnc* u la môme institution se trouvent dans Calinet, ibid., col. ciai-eciij.

Croissant lorsque la guerre recommença entre la France et l'Angleterre. En 4448, Charles VII avait repris la ville du Mans et Pavait remise entre les mains du roi de Sicile, à qui elle appartenait; et, Tannée suivante, le pillage de Fougères par une bande à la solde du roi d'Angleterre entraîna la rupture de la trêve qui durait depuis plusieurs années. René aurait bien voulu rester neutre ; car il désirait, comme prince français et comme beau-frére de Charles VII, voir la France enfin débarrassée d'ennemis qui l'avaient opprimée et ravagée pendant si longtemps ; et, d'un autre côté , il ne pouvait oublier que sa fille Marguerite avait épousé le roi d'Angleterre, et que tout échec subi par les généraux de ce prince allait aggraver sa position déjà si difficile, augmenter le mécontentement des Anglais , et préparer une révolution qui devait se terminer par une catastrophe. Mais le roi de France ne permit pas à son beau-frère de céder à la voix du sang et à son amour pour le repos, et René fut obligé de rejoindre la bannière royale avec son fils, son gendre Ferri de Vaudémont et cinquante lances. Ils prirent une part glorieuse aux deux campagnes à la suite desquelles la Normandie fut réduite au pouvoir de Charles, et, en 4451, ils suivirent en Guyenne l'armée française, qui envahit cette province presque sans coup férir (4).

Le prince Jean revint en Lorraine en 4453. Le duché ne devait pas tarder à lui appartenir, et la duchesse Isabelle, dont la santé n'avait pu résister à tant de fatigues, de voyages et de chagrins, tomba malade au château d'Angers et mourut le 27 février 4455. « De la perte de sa loyalle compaigne, dit » Bourdignc, fut le noble roy de Sicille si actaint de dueil, » qu'il en cuyda bien mourir, ne jamais, tant comme il fut > en vie, n'oublia l'amour qu'il avoit à elle. Et ung jour, » comme ses privez luy remonstroient, le cuydans consoler,

(1) V. Mottstrelct, ibid., f<> cxlvij v».

• qu'il faltoit qu'il eotreoubliasl son dueil et prist réconfort ;

• te bon seigneur, en plorant, les mena en son cabinet, et

• leur monstra une pa inclure que luy mesme a?oit faicte, qui

• esloît ung arc turquoys, duquel la corde estoit brisée, et ■ audcssoubx d'icelluy eatoU escripl ce proverbe itoJlien : » Arco perlentare plaça non tana; puis leur dist : « Mes » amys, ceste paincturc faicl responce à tous vos argumens.

• Car ainsy que pour destendre un arc, ou en briser et rom-

• pre la corde, la playe qu'il a faicte de la sagette qu'il a

• tirée n'en est de rien plus tost guarie; aussy pourtant si la

• vie de ma chère es pou se est par mort brisée, plus tost » n'est pas guarie la playe de loyalle amour dont elle vivante

• navra mon coeur (I). »

Aussitôt après la mort d'Isabelle, René remit la Lorraine à *oo fils Jean II. Dans l'acte qui fut rédigé à cette occasion, le roi de Sicile déclarait, de la manière la plus formelle, que le duché était la propriété d'Isabelle, et que son (ils en aurait été saisi de droit, si la défunte princesse et lui René ne se fussent réciproquement donné leurs états; « pour ce

• que de droicl et de succession maternelle, lit-on dans

• racle, iceluy Duché, Princcric, Marchisic, Pays et Sei-

• gneurîe de Lorraine debvroit naturement (sic) compéter et » appartenir à nostre dict fils, après le trespassement de nos-

• tre dicte Compaigne sa mère, selon la coustume observée > de toute ancienneté ou dict pays , si ne fust la...

• donation mutuelle faicte entre nous et elle, comme dict

• est (3) »

En cédant à son fils le duché de Lorraine, René ne se dépouilla pas du Barrais, et les deux états, qui venaient d'être réunis pendant plus de vingt ans, se trouvèrent séparés de

'i) V. Bourdigné, Itystoire agregatiue des Annuités et cronicques Itiruou d'Anjou), f* dxij r°.

ï V. le t«1c de cet icte, dam Calnct, ibid., col. caij cexiv.

nouveau. L'union n'avait pas été assez longue pour établir entre les duchés, si souvent ennemis Fun de l'autre, des liens indissolubles. En 1461, les Barrisiens ayant eu une guerre à soutenir contre les habitants de Metz, ceux-ci entrèrent dans le duché de Bar, brûlèrent Gondrecourt-en-Voivre et d'autres villages, sans que les Lorrains fissent le moindre effort pour repousser les envahisseurs ou pour ménager un accommodement (1). Ce fut dans ie Barrois que Marguerite, fille de René et femme du roi d'Angleterre Henri VI, vint chercher un refuge, quand son mari eut été détrôné par le duc d'Yorck. Elle résida, pendant plusieurs années, avec son fils Edouard prince de Galles, dans le château de Kœurs près de Saint- Mihiel. Le mécontentement d'une partie des Anglais ayant engagé cette princesse à faire une tentative pour chasser l'usurpateur, Henri Vi et le prince de Galles furent vaincus et tués, et Marguerite elle-même tomba au pouvoir d'Edouard IV, qui la fit enfermer dans la tour de Londres et la retint prisonnière jusqu'en 4476. Elle revint alors en France et passa le reste de ses jours dans le château de Dampierre; près de Saumur, où son père lui avait ménagé un asile.

Les longs malheurs de Marguerite empoisonnèrent une partie de la vie de René, qui avait eu aussi le chagrin de perdre successivement la plupart de ses autres enfants. Nous avons mentionné la mort de Louis marquis de Pont-â-Mousson ; deux autres fils et deux filles ne vécurent qu'un petit nombre d'années. La solitude dans laquelle se trouva le roi de Sicile lui inspira l'idée de se remarier; « adoneques > comme il continuait un dueil, bien que jà feussent deux » ans passez, les barons des pays d'Anjou, du Maine et de » Provence tant le pressèrent de prières, dit Bourdigné, » qu'il leur accorda de s'y marier ; par ainsi que ils luy trou- » vassent quelque vertueuse et noble puccllc qui fusl à son

(I) V. Calroel, ibid , t. IF, col. 948.

• gré; dont les barons humblement le mereyerent, luy pro- » mettant de brief luy en trouver une, espérant par ce le

> tirer de la mélencollie qui le tuoit ; car ils veoient bien » qu'il ne povoit plus goéres vivre ainsy (1) ».

Le nouveau mariage de René ne fut pas jugé en Lorraine avec la même indulgence que dans ses propres états, et un de nos chroniqueurs, après avoir rapporté que le roi de Sicile épousa Jeanne de Laval , ajoute : « Mais ne sçait-on pour- » quoy ; car ne fut que pour dire qu'avoit femme légitime....;

• mais avoit par passe temps certaine que Ton nommoit la

> D'Albertaz (2).*Ladicte provençale avoit jeunesse et beauté,

• sçavoit peindre...., et mieulx dire encore que n'avoit

• beauté ; et passoit le Roy fort joyeusement la vie avec elle , » faisant fondations, petits tableaux et jolis poupons: La

• .D'Albertaz avoit à tel poincl gaigné l'esprit de cestuy.... » prince que trois des siens enfans furent.... légitimez par » M. René (3), quoiqu'à bien dire ne fust clair que soient de » luy ; la D'Albertaz ne s estant laissée faulter (manquer) de

> certaines petites adventures, que faisoient dire grandes » médisances et discours ; et II. René sçavoit très bien ce

• qu'on disoit, mais n'en vouloit rien croire (4). »

11) V. Bourdigoé , ibid., f» clxij V.

•£ Elle appartenait à la maison d'Albertaz.

fîî Cn tih nommé Jean, dont il sera park plu» bas, et deux filles , apptfcr* Bliuche et Madeleine.

{f] V. Tbierrut , Mémoires , règne de René I", dans le recueil cité.

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