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grâce était de droit naturel, qui n’a jamais autorisé une exécution capitale pour crime politique, n’a signé que contraint et forcé les condamnations à mort et seulement quand l’unanimité du conseil s’est prononcée pour une expiation nécessaire.
De Tocqueville et Élie de Beaumont, chargés d’aller étudier aux États-Unis le système pénitentiaire, rapportèrent en France l’idée des réformes qui transformèrent le régime des prisons. La chaîne des forçats fut supprimée, les voitures cellulaires furent instituées. La séparation absolue des prévenus, celle des diverses catégories de prisonniers, la règle du silence, la suppression des cantines, la création de dix-huit maisons cellulaires et l’amélioration des prisons départementales datent de cette époque. Les frères de la doctrine chrétienne sont établis comme surveillants dans un certain nombre de maisons centrales. Des quartiers distincts sont assignés aux femmes à Fontevrault, Beaulieu, Clairvaux, Limoges, Loos et les maisons de Clermont, Haguenau, Cadillac, Montpellier et Vannes ne s’puvrent que pour elles. Toutes ces prisons sont dirigées par les sœurs pénitentiaires de Marie-Joseph, sous la haute surveillance d’une inspectrice générale, Mme Lechevalier.
Outre le pénitencier cellulaire de la Roquette, de nombreux établissements agricoles ou industriels furent fondés pour les jeunes détenus à Marseille, à Rouen, à Bordeaux, à Lyon, à Ostwald, à Petit-Bourg et à Mettray.
Parmi les principaux crédits accordés par les Chambres pour favoriser le commerce et fournir du travail aux classes ouvrières, nous citerons un crédit de 53 ‘millions voté dans les derniers mois de 1830; le crédit de 14 millions destiné à couvrir de routes stratégiques la Bretagne et la Vendée; le vote de 500 millions pour la construction des canaux de la Marne au Rhin, de la Garonne, de l’Aisne à la Marne, de la Haute-Saône et pour l’amélioration de toutes nos rivières; celui de 156 millions consacrés à 1500 kilomètres de routes nouvelles et à 17 000 de routes anciennes; de 470 millions pour les services de l’armée et de 310 pour ceux de la marine. 856 millions de subvention et 252 millions de prêt furent consacrés aux chemins de fer.
Le gouvernement de Juillet éleva la colonne de la Bastille, l’obélisque de Louqsor, le tombeau de Napoléon, l’École normale de la rue d’Ulm, compléta le Luxembourg, acheva la Madeleine, le Panthéon, l’École des Beaux-Arts, le palais Bourbon, celui du quai d’Orsay, l’Arc de l’Étoile et la colonne de Boulogne. L'hospice de Charenton, l’établissement des Sourds- Muets et l’Institution des Jeunes Aveugles reçurent de notables accroissements.
Paris dût à M. de Rambuteau la restauration de l’Hôtel de Ville, la création de 14 rues nouvelles, l’élargissement de 62 rues et places. En 18 ans, le nombre des becs de gaz s’éleva de 63 à 9600. Au lieu de 16 kilomètres de trottoirs en 1850, on en comptait 195 en 1848.
Il n’est que juste de constater que Louis-Philippe, malgré l’amour de l’or qu’on lui a souvent reproché, préleva sur sa liste civile 50 millions pour l’entretien ou les embellissements des châteaux de Versailles, Fontainebleau, Pau et pour l’érection d’une chapelle à Carthage, sur les lieux où mourut saint Louis.
Parmi les lois les plus importantes, votées après des discussions aussi brillantes qu’approfondies et qui resteront l’honneur du régime parlementaire, rappelons la loi du recrutement, la loi de l’état des officiers, la loi d’organisation communale et départementale, la loi de 1842 sur les chemins de fer. Avant 1842 la France n’avait que 467 kilomètres de chemins de fer en exploitation ; de 1842 à 1848 on en compta 1592 en exploitation et 2144 en construction.
L’enseignement supérieur et en particulier les études historiques reçurent une puissante impulsion. Sur tous les points du territoire les vieux monuments furent recherchés et restaurés, les archives livrèrent leurs manuscrits; chaque département eut un inspecteur spécial des monuments historiques. La Collection des documents inédits de l'histoire de France, qui remonte à 1855, eut pour premiers collaborateurs : Augustin Thierry, Mignet, Fauriel, Guérard, Cousin, Auguste Leprévost et le général Pelet.
La loi du 28 juin 1855, qui suffirait pour illustrer le ministre qui y a attaché son nom, a véritablement inauguré l’enseignement primaire en France. Avant Guizot cet enseignement tenait tout entier en trois mots : lire, écrire, compter ; après lui l’instruction
morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les premières notions de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures furent obligatoires dans les écoles élémentaires.
L’enseignement primaire supérieur, créé pour les jeunes gens qui voulaient s’élever au-dessus de l’enseignement du premier degré, comprenait les applications usuelles des éléments de la géométrie, des notions de sciences physiques et naturelles, le dessin linéaire, l’arpentage, le dessin des machines et le chant. Il y avait 527 écoles de ce genre en 1848. Mais c’est surtout dans l’enseignement primaire que les progrès furent sensibles : en 1850 on ne comptait que 27 565 écoles avec 969 540 élèves ; en 1848, 45 614 écoles avaient 2 176 079 élèves. Sur ces 45 000 écoles, 55 955 étaient communales.
Ces chiffres ne s’appliquent qu’aux écoles de garçons. Ce n’est qu’en 1856 qu’une ordonnance royale appliqua aux écoles de filles la plupart des dispositions de la loi de 1855 ; le nombre de ces écoles qui n’était que d’un millier en 1852, s’élevait à 19 414 en 1848, dont 792G communales, qui recevaient ensemble 1 554 056 élèves.
Ajoutons à ces créations celles des cours d’adultes et des salles d’asile. Les cours d’adultes, au nombre de 6877 en 1848, dispensaient l’instruction à 115 164 jeunes gens ou hommes faits. Les salles d’asile, placées sous la double surveillance des mères de famille et des délégations instituées parla loi de 1855, s’éle-
vèrent en onze années (1837-1848), de 261 à 1861, et le chiffre des enfants monta de 29 214 à 124 287.
Enfin ce système d’enseignement, qui s’appliquait à tous les âges, de 2 à 15 ans, fut complété par la création des écoles d’apprentis et des ouvroirs destinés aux garçons et aux tilles de 12 à 15 ans, trop vieux pour les écoles primaires, trop jeunes ou. trop peu instruits pour les écoles primaires supérieures. 11 y avait, en 1848, 56 écoles d’apprentis recevant 2011 enfants et 588 ouvroirs fréquentés par 13200 jeunes filles. Les écoles régimentaires étaient inscrites au budget pour une somme annuelle de 150 000 francs; il n’était guère de régiment qui n’eût la sienne.
En résumé, avant 1850, les écoles réunissaient à peine un million d’élèves; les chiffres que nous avons cités plus haut donnent, pour l’année 1848, un total de 5 784 797, sur lesquels près d’un tiers était admis gratuitement.
Toutes les écoles furent placées dans chaque département sous la surveillance d’un inspecteur départemental, et dans 104 arrondissements sous celle d’un sous-inspecteur. Un article de la loi de 1855 prescrivait à chaque département d’entretenir une école normale primaire, soit par lui-mème, soit en se réunissant à un ou plusieurs départements voisins.
Il n’y avait que 15 écoles normales en 1850 ; on en comptait 70 en 1848, pour 5147 élèves.
Pour les filles, il n’y avait au 1er janvier 1848 que 10 écoles normales et 26 cours normaux.
Le gouvernement de Louis-Philippe fit beaucoup moins pour l’enseignement secondaire ou professionnel ; nous avons vu que la loi qui l’organisait ne put aboutir. Citons cependant la création de 14 nouveaux collèges royaux, de plusieurs écoles spéciales et la reconstitution de l’École normale supérieure. Au nombre des encouragements accordés à l’enseignement supérieur, il faut ajouter le rétablissement de l’Académie des sciences morales et politiques, la fondation de l’École française d’Athènes, de 10 facultés nouvelles (7 de lettres et 3 des sciences) et de 39 chaires dans les anciennes facultés. '
Après les lois importantes que nous avons étudiées avec le détail qu’elles méritaient, énumérons celles qui ont eu pour objet : les chemins vicinaux, les aliénés, les caisses d’épargne, l'interdiction des loteries, le travail des enfants dans les manufactures, les irrigations, la police de la chasse, l'expropriation pour cause d’utilité publique, celle des chemins de fer, les poids et mesures, les écoles de pharmacie, la contrainte par corps, les brevets d’invention, les justices de paix et l’extension de la juridiction de la Cour des comptes aux magasins de l’État.
Les sommes déposées dans les caisses d’épargne à la fin de 1847 atteignaient 400 millions : c'était à peu de chose près le chiffre de l’argent dévoré chaque année (393 millions) par la loterie et les maisons de jeu supprimées en 1856.
En dix-huit ans les progrès de l’aisance amenèrent,
dans les revenus publics une plus-value annuelle de 500 millions ; le commerce général qui n’était représenté, en 1851, que par une valeur de 1 151 millions atteignait, en 1846, 2 457 millions; les 800 millions absorbés par l’Algérie furent imputés sur les budgets ordinaires et ces résultats furent obtenus sans grever l’avenir. Dans le chiffre total de notre dette, le gouvernement de 1850 ne figure que pour 622 millions. Ce chiffre est bien modeste à côté des milliards que nous ont coûté dix-huit années d’un autre gouvernement.
Quelques chiffres donneront une idée des progrès de l’industrie : on comptait, en 1847, 2450 machines à vapeur représentant 60 650 chevaux vapeur. La production du fer s’éleva de 2 millions de quintaux en 1850, à 4 millions et demi en 1847. La fabrication du sucre de betterave monta de 6 millions à 54 millions. Ces progrès eussent été encore plus rapides si Blanqui, Michel Chevalier, Wolowski et Bastiat avaient été écoutés, mais la plupart des producteurs français pensaient comme Bugeaud qu’une invasion de bestiaux étrangers serait plus dangereuse qu’une invasion de Cosaques. L’heure du libre échange n’était pas venue. L’initiative de cette réforme était réservée à l’Empire, qui par tant d’autres côtés resta inférieur à la monarchie de Juillet, qui ne connut ni les grandes discussions parlementaires, ni la tribune libre, ni cette pratique du Self ciovernment, honneur et sauvegarde des souverains aussi bien que des peuples.