TROISIÈME PARTIE. I
tisfaclion de recevoir l'hommage du dauphin de Viennois, pour les châteaux d'Annonay et d'Argental. En voici l'acte : « Nous, dauphin de Vien- « nois et comte d'Albon, savoir faisons à tous « présens et à venir que, pour la révérence, Tact mour et la manutention que nous avons promis « à l'église de Lyon , ainsi que pour notre uti- « lité, nous reconnaissons tenir en fief de l'ar- « chevèque de cette église, sans reddition, les « châteaux d'Annonay et d'Argental, en cette mate nière : Quiconque possédera à l'avenir le comté « d'Albon , tiendra lesdits châteaux en franc fief « de l'archevêque, et ne pourra jamais les sépa- « rer du comté d'Albon. Nous avons promis de « protéger l'archevêque et l'église, et de leur « donner secours dans le diocèse de Lyon contre « tous ceux qui ne voudraient pas leur rendre « justice. Ceux qui seront à l'avenir comtes d'Al- « bon feront la même chose. De notre côté, nous, « Robert, archevêque, Pierre Béraud, doyen, et « le chapitre de l'église de la première lyonnaise, « nous promettons et tiendrons au seigneur dau- « phin de Viennois, comte d'Albon, de lui don- « ner secours dans tout le territoire de Vienne « jusqu'à Voreppe, et même jusqu'au château de « La Bussière, s'il était assiégé ; et sachant que « nous ne pouvons pas aliéner le présent fief, a nous avons statué que quiconque sera comte « d'Albon, deviendra de plein droit chanoine de « notre église. »
Ji2 HISTOIRE DE LYON.
Pendant que l'archevêque signait paisiblement cet acte de féodalité, et cherchait à unir pour toujours au chapitre des comtes puissans, les citoyens se préparaient à détruire le système féodal. Leur mécontentement qui s'était manifesté quelquefois sous l'épiscopal de Renaud, mais que son humeur guerrière avait comprimé , éclata avec d'autant plus de violence sous celui de Robert, qu'il avait été plus long -temps retenu. Son enlèvement par le comte de Champagne montrait qu'on pouvait le combattre avec succès : il ne manquait qu'un prétexte pour justifier la révolte, il se présenta bientôt.
Gaudemar , sénéchal de Lyon , voulut continuer de lever l'impôt sur le vin à l'époque du ban d'août, lorsque la grande consommation en faisait augmenter les prix; car c'était encore là une branche considérable du commerce de Lyon. Les bourgeois, à cette nouvelle s'écrièrent que le moment de se venger était venu : tous se mettent en état de résister à la force; ils construisent à la hâte plusieurs forteresses ; ils entassent rocs et caillous dans leurs maisons , ils prennent l'épée, la cuirasse et la lance; ils élèvent un fanal sur les fossés des Terreaux, près de la rivière, pour éviter toute surprise du côté des Augustins; et ces mêmes hommes qui, épars, isolés, tremblaient au seul nom du chapitre, ou se prosternaient a\ec humilité devant les prêtres en habits sacerdotaux, jurent dans leur imposante communauté d'exter-
miner les chanoines. Dirigés par les nobles réfugiés, ils s'emparent de toute la ville du confluent et en chassent les fonctionnaires de l'église. Afin que ceux-ci ne puissent désormais y exercer leurs rapines, les bourgeois placent une garde dans la tour du pont qui regardait Sàint-Nizier. Les corps de métiers fuient en même temps convoqués : on les distingua par des étendards ou pennons, d'où les différentes compagnies de la cité se nommèrent pennonages. Ces pennons étaient déposés dans la chapelle Saint-Jacques, pour flotter sur le pont de Saône au premier son du beffroi. On assigna à chaque corps d'artisans des capitaines et des officiers, qui prêtèrent serment entre les mains des cinquante. Pour autoriser les actes publics de ces assemblées populaires, on fabriqua un scel et contre-scel au nom de la commune. Le scel était la figure du pont de Saône flanqué de deux tours; au milieu s'élevait une croix avec un cercle au centre des croisons, dans lequel se trouvait une fleur de lis. Au dessous des deux croisons étaient les images du soleil et de la lune; à droite du pied de la croix, une fleur de lis, et à gauche , un lion rampant. Ce dernier seul répété, formait le contre-scel. Avec ces emblèmes les bourgeois témoignaient qu'ils ne se battaient point contre la religion, mais contre ses ministres corrompus. Ils avaient mêlé des fleurs de lis aux armoiries de la cité pour se mettre, en cas de défaite, sous la protection du roi de France.
Cependant l'archevêque et le chapitre, dans la crainte de voir dégénérer celte émeute en rébellion ouverte, tremblant même pour leur propre vie, se virent dans la nécessité de se relâcher de leurs prétentions : ils demandèrent à traiter. Les bourgeois, étonnés de ces avances , qui étaient pour eux une première victoire, acceptèrent avec empressement. La médiation et l'arbitrage du duc de Bourgogne furent agréés de part et d'autres, et l'on signa le traité suivant :
« Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, Eu- « des duc de Bourgogne, Bobert archevêques de « Lyon, Pierre évêque de Maçon, à tous les fi- « dèles en Jésus-Christ, salut: que tous ceux qui « verront les présentes sachent que la discorde a qui s'était élevée entre le seigneur Bobert et le « chapitre de Lyon , d'une part, et les citoyens, de « l'autre, a été assoupie par nos soins et par ceux « de plusieurs personnes discrètes , ainsi qu'il « suit : Le seigneur archevêque et l'église de Lyon « ont, par le plein droit de notre Seigneur Jésus- « Christ, recouvré la juridiction et l'autorité dans « la ville, tant en deçà que delà la Saône, et que « le seigneur archevêque a été investi des clés « des portes et des magasins de munitions. Afin « que la paix puisse être établie avec solidité en- « tre l'église et les citoyens, il est convenu que « la garde des munitions et celle des clés de la « ville, seront remises à Eudes, duc de Bourgogne , « qui les tiendra jusqu'à la quinzaine de Pâques,