SON REDOUBLEMENT DE FERVEUR
fables, qui faisaient s'écrier à saint Augustin et à sainte Monique, sur le rivage d'Ostie : « 0 mon Dieu, que fais- « je donc sur cette misérable terre, et que puis-je dési- « rer encore ' ? »
Le seul désir qui lui restât , elle Texprimait ainsi à M""® Duchesne : « Si nous pouvions encore nous revoir sur cette terre avant que Dieu dispose de nous, quelle consolation! Hélas! ma chère fille, je ne sais pourquoi je me laisse aller à ces désirs, infirme comme je suis, toujours dans ma corbeille , sans pouvoir faire un pas... »
Cette lettre était du 2 juillet 1830. Trois semaines après, la France avait changé de face.
Il faut nous arrêter. C'est ici, sur le seuil de ces graves événements, que se termine la première partie de la carrière que nous devons retracer, et dont 1830 marque le milieu. Aussi bien, cette année est-elle une date mémorable , dans la présente histoire. D'abord, en fermant un demi-siècle de l'existence de M™^ Barat, elle nous permet d'embrasser, d'un regard d'ensemble, les progrès accomplis depuis le commencement par cette âme fidèle. On la voit premièrement, cachée, soumise, tremblante, obéir comme un enfant à la conduite de son frère, et n'agir que sous la tutelle discrète du Père Varin. Elle s'élève ensuite à la maturité et à l'autorité de sa mission de mère. Bientôt elle devient apôtre, conduisant dans les deux mondes, par ses fondations et sa direction, les pacifiques conquêtes du royaume de Dieu. Enfin, s'unissant chaque jour plus étroitement au Cœur et à la Croix de Jésus, elle appelle, elle embrasse ce rôle de victime
« Conférence du 17 juin 1830. — Recueil, p. 74.
qu'elle ne quittera plus. De riiumilité ù la force, de la crainte à l'amour, de l'amour au sacrifice, du sacrifice à l'holocauste, on la voit, comme dit le psaume, disposer en son cœur ces belles ascensions qui, de celte vallée de larmes, l'élèvent graduellement vers le lieu du repos. « La carrière du juste, a dit l'Esprit-Saint, est comme une lampe brillante, dont la clarté ne cesse de croître jusqu'au grand jourM »
Mais en môme temps qu'elle est une époque considérable dans la vie spirituelle et apostolique de la fondatrice, l'année 1830 marque une heure importante dans l'histoire de sa Société. Quelque temps auparavant, le Père Varin, considérant l'existence de l'Institut dans ses diverses phases, les comparait à celles que suit l'existence de l'homme dans son développement-. L'humilité, l'obscurité de l'œuvre de Tournely, inspirée par le Ciel même, conçue dans l'oraison, portée dans le silence, et longtemps cachée aux hommes, était la vie de l'enfant dans le sein de sa mère. Les humbles commencements de la Société à Paris, et son établissement, si frêle encore, à Amiens, c'était la petitesse et les premières promesses de l'enfant au berceau. Dans la crise d'Amiens, avec ses alarmantes, mais fécondes soulTrances, le fondateur ne voyait qu'une maladie de croissance, profitable à la Société, dont elle avait formé, en définitive, la Constitution. Enlin depuis dix ans, l'Ordre, se fortifiant toujours, était enln'' dans l'àge de l'adolescence. Maintenant, c'était l'heure des épreuves patientes et des veilus viriles, (jui devaient le
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- Journal du iiuviiial, au J'.' juillel \^l'.t.
L'OEUVRE ET L'OUVHIÈRE 563
conduire à ce que saint Paul appelle la plénitude du Christ, et l'âge de l'homme parfait. Les révolutions qui, hélas! vont se succéder désormais, pourront, il est vrai, entraver ce progrès, mais elles ne l'arrêteront pas. G-'est à le raconter que nous consacrerons la suite de cette histoire : l'histoire de M"'' Barat, l'histoire du Sacré- Cœur, l'histoire du règne de Dieu.