Anecdotes, p
LE DROIT DE GRACE
nom, aucune date, aucune pièce justificative. Il faut le croire sur parole, ce qui nous répugne toujours quand il s’agit d’un fait susceptible de contrôle, aussi nous avons cherché à nous rendre compte de ce récit et à nous assurer s’il est véridique ou s’il ne cachait qu’une fable purement imaginaire.
Voici ce que nous avons trouvé d’abord dans les registres d’écrou de la conciergerie, conservés aux archives de la préfecture de police et épargnés par le feu en 1871.
Du 1er avril 1769. Appoline Grégeois, âgée d’environ vingt ans, demeurant paroisse N. D. de Liancourt a été amenée et transférée prisonnière des prisons de Chaumont en Vexin, en celle de céans par Frédéric Délé messager du dit lieu chargé de la dite conduite pour être jugée en la Cour sur l’appel à minima d’une sentence qui la condamne à être pendue et étranglée jusqu’à ce que mort s en suive, à une potence qui pour cet effet sera dressée dans la place publique de la ville de Chaumont, déclare tous ses biens acquis et confisqués au profit de qui il appartiendra sur yceux préalablement pris la somme de 60 livres d’amende envers le roy, en cas que la confiscation n’ait lieu au profit de S. M. la ditte sentence rendue par le lieutenant criminel au bailliage du dit Chaumont, le 16 mars dernier pour avoir célé et caché sa grossesse et son enfantement, le tout commis ditte paroisse N. D. de Liancourt, vol domestique chez Louis Leroux boulanger à Gisors et chez Je curé de Saint-Martin du dit Chaumont où elle a demeuré.
En marge.
Par lettres obteniies par Appoline Grégeois nommée cy à droite, données à Versailles.
Au mois de juin 1769 S. M. a commué la peine de mort prononcée contre ladite Grégeois par sentence du bailliage
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de Chaumont en Vexin du 16 mars de la ditte année, confirmée par arrêt du 5 juin suivant, en celle d’être renfermée dans une maison de force pendant trois ans; les dites lettres anthérinées par arrêt du 30 du dit mois de juin, pour être exécutées selon leur forme et teneur
Et le 23 août 1769 la dite fille Grégeois a été remise à nous huissier du Parlement soubsigné qui nous en sommes chargés pour la conduire en Ja maison de force de la Salpétrière, pour y être détenüe au désir des Lettres susénoncées. Signé : Greveau, demeurant, rue de la Calandre, paroisse Saint-Germain.
(— ) Registre d’écrous de la Conciergerie de 1767 à 1769.
Arrêt du parlement de paris dans l’affaire d’apolline grégeois.
« 49. Vu par la Cour le procès criminel fait par le lieutenant criminel du bailliage de Chaumont en Vexin, à la requête du substitut du procureur général du Roy au dit siège, demandeur et accusateur contre Appoline Grégeois deffenderesse et accusée prisonnière ès prisons de la Conciergerie du Palais à Paris, appellante de la sentence rendue sur le dit procès le seize mars mil sept cent soixante neuf par laquelle la dite Appoline Grégeois a été déclarée duement atteinte et convaincue d’avoir célé, caché sa grossesse et enfantement et d’être accouchée d’un enfant mort, sans avoir préalablement fait sa déclaration et convaincüe étant servante de Louis Leroux, boulanger à Gisors, volé des coëffures et autres linges appartenant à la femme du dit Leroux, d’avoir commis un autre vol domestique en argent montant à soixante six livres, étant servante chez le S. Dufour, lors curé de Saint-Martin de la ditte ville, pour réparation dequoy a été condamnée à être pendüe et. étranglée jusqu’à ce que mort s’ensuive à une potence qui pour cet effet seroit dressée en la place publique de la ditte ville, a été ordonné que son corps mort y resteroit vingt-quatre heures
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et seroit ensuite exposé sur le chemin qui conduit de la ditte ville au village de Liancourt tous et un chacun de ses biens ont été déclarés acquis et confisqués au profit de qui il appartiendra sur iceux préalablement pris la somme de cinquante livres d’amende envers le roy au cas que confiscation n’ait pas lieu. »
« 5 juin 1769, anciennes cotes — criminel — 1769, 845 — cotes nouvelles A. N. \lA 844. »
Ces pièces sont par elles-mêmes d’une authenticité indiscutable ; mais elles sont en outre confirmées par le registre criminel des rémissions ou grâces sur lequel on lit :
« 20 juin 1769. — Appoline Grégeois. — A M. le Procureur général, écrit d’envoyer l’extrait de la procédure faite contre la nommée Appoline Grégeois, et faire surseoir. M. de Murat s’y intéresse. M. de la Balme. »
« 28 juin. — Commutation de la peine de mort en celle d’être enfermée dans une maison de force pendant trois ans. Scellé ledit jour. »
On voit par là que le fond des choses est vrai. Seulement il y a quelques enjolivements scandaleux que Pidansat de Mayrobert a inventés ou récoltés dans les bruits du temps. Ainsi la complicité du curé, sa mort, la maladie de la jeune fille, sont apocryphes, ou du moins n’apparaissent pas de l’écrou , ni de l’arrêt. En revanche, le nouvelliste, en habile avocat, a glissé sur les vols domestiques qui auraient été commis au préjudice d’une dame Leroux, boulangère à Gisors, et du curé de Saint-Martin-de-Chaumont. L’accusée sentant bien le péril de sa situation, prenait la qualité d’ouvrière en dentelle qui faisait disparaître
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la circonstance aggravante résultant de la domesticité.
La lettre à M. de Maupeou est fort jolie, et même d’un style trop élégant pour être de madame du Barry , elle ne fait pas de phrases et pas de périodes à progression savante comme celle-ci : Vos lois sont contraires à la politique, à la raison, à l’humanité. La pauvre femme n'a jamais été capable d’une telle rhétorique. Elle a pu avoir une bonne pensée, elle l’aura exprimée simplement, peut-être même aura-telle adressé verbalement sa recommandation au chancelier.
Nous ne savons quel peut être ce M. de Murat dont il est ici parlé. Une dame de Murat a été signalée comme étant une des maîtresses de J. du Barry le Roué.
L’affaire a dû être traitée d’urgence. L’arrêt confirmatif du Parlement est du 6 juin. Les sentences capitales devaient être exécutées dans les vingt-quatre heures. Il n’y avait donc pas de temps à perdre. Aussi l’ordre officiel de surseoir est du 20 juin, et la commutation du 28, avec cette addition : scellée du même jour. Les démarches en faveur de la jeune fille ont dû se placer entre le 7 et le 20 juin 1769.