‹ Histoire de madame du BarryChapitre 277 sur 304 · Corresp. secrète , Yol. XVIII, p · texte numérisé non relu

Corresp. secrète , Yol. XVIII, p

3. La Biographie Michaud, article de Debos, parle aussi de ces billets, mais sa version diffère de celle de Gleichen. Il dit :

« Le chancelier mit en œuvre un moyen plus actif et plus perfide. Il altéra le sens de quelques lettres du duc qu’il montra au Roi4, le venin produisit son effet et le duc fut disgracié. »

Ces lettres étaient de simples billets que le duc de Choiseul écrivait au premier Président, dans le temps de l’affaire des Jésuites et qui ne portaient que la date du jour. Le duc exhortait le Parlement à ne pas fléchir dans cette affaire, en 1 assurant

* Dans l’article de Choiseul de la Biographie il est dit que ces lettres sont adressées à l’abbé de Ghau\elin.

faire d’ Aiguillon. Enfin M. de Gleichen a imaginé de dire que ces billets non datés avaient été montrés au roi comme venant d’être adressés actuellement et contenant des exhortations à résister, des promesses d’appui de la part de M. de Ghoiseul.Ces suppositions paraissent parfaitement invraisemblables et inadmissibles. On ne change pas à volonté la physionomie d’une pièce d’écriture , mais il serait très facile de comprendre que M. de Maupeou, eût connu et dévoilé au roi les intelligences que M. de Ghoiseul aurait pu avoir avec le Parlement, peut-être que voyant la lutte persister et les Parlementaires devenir invincibles dans leur résistance, M. de Maupeou aura fait part de ses doutes au Roi. Il n’avait pas d’écrits à lui montrer. Il pouvait affirmer de mémoire. Gela suffisait bien dans l’état où étaient les esprits, les paroles n’ont pas de date. Il est plus facile de convaincre par un simple récit, plus ou moins habile que par la production de pièces grossièrement antidatées. Telle est du moins notre opinion, qui se résume ainsi : La chute de M. de Ghoiseul a été la victoire du chancelier sur le diplomate et le préambule de l’exil du Parlement.

L’épisode des îles Malouines se réduit donc à rien, mais il est fort possible que cette légende ait été inventée par M. de Ghoiseul lui-même, au lieu d expliquer sa chute par des motifs vrais et naturels. Il a préféré l’embellir à l’aide du merveilleux accompagné d’un peu de calomnie. On peut se le figurer à Ghan-

que le Roi le soutiendrait de tout son pouvoir. Ces billets étant tombés entre les mains de Maupeou, on sent combien il lui fut aisé de faire entendre au roi que le ministre avait des intelligences avec le Parlement et qu’il l'encourageait, à la révolte.

teloup — après le souper — les parties sont finies, les hommes et les femmes se rassemblent autour de lui et l’écoutent avec respect et avidité. Il se met à raconter des histoires et des anecdotes de son ministère et de la cour. Le duc est en belle humeur, il tombe donc sur l’abbé de la Ville, qu’il déteste, sans savoir pourquoi, et sur M. de la Yauguyon, qui partage avec l’abbé les antipathies de l’ancien ministre. Écoutons. A un certain jour M. de la Ville (qui a 80 ans, ne l’oublions pas) se rend chezM. de la Vauguyon pour se faire dresser , c’est-à-dire, souffler sur ce qu’il doit dire au roi. Le vieux diplomate écoute docilement la leçon que lui fait un homme qui ne s’est jamais mêlé de diplomatie. M. de la Vauguyon va plus loin : il prête à l’abbé un manteau pour l’envelopper et le déguiser à tous les regards. Ici se place l’intervention inévitable de madame du Barry ; c’est devant elle que l’entrevue avec le roi doit avoir lieu. L’abbé ne la connaît pas, il se trouble à la pensée de se trouver devant elle et perd connaissance ; le roi n’imagine rien de mieux que de lui jeter un pot d’eau à la figure pour le rappeler à ses sens.

L’abbé se remet et déclare au roi qu’il ne peut savoir si M. de Ghoiseul écrit en Espagne ni ce qu’il écrit, parce que M. le ministre est dans l’habitude invariable d’écrire ses dépêches lui-même et de ne les communiquer à personne. Le seul moyen d’être instruit serait d’ordonner au ministre d’écrire au roi d’Espagne une dépêche, s’il s’y refusait, ce serait une preuve qu’il veut la guerre. Le roi est convaincu, son menton tremble, il signe, sans plus ample informé la disgrâce de M. de Ghoiseul.

Tout ce récit porte au plus haut degré les traces

d’un racontar de Ghanteloup. Attaques venimeuses contre les adversaires habituels du parti (M. de la Vauguyon, l’abbé de la Ville, madame du Barry et par-dessus tout Louis XV), flatteries à outrance pour le chef, méconnaissance des vérités les plus élémentaires, l’assortiment est complet. - M. de Ghoiseul écrit sa correspondance entière de sa propre main — qui pourra dire le contraire? 11 faudrait compulser toutes les minutes du département des Affaires étrangères, et elles sont soigneusement sous clef. On peut donc sans risquer beaucoup, lancer ce mensonge qui pose M. de Ghoiseul, en homme d’État d’une activité, d’une capacité immenses. Plus d’un siècle s’est écoulé avant que la fraude ne fût constatée. M. de Ghoiseul n’écrivait pas plus que les autres ministres ses dépêches; mais il n’était pasfâchéqu’on le crût. Autre invention de même force. L’abbé de la Ville ne connaissait pas madame du Barry et la seule pensée de se trouver en sa présence le fait tomber en faiblesse , le roi lui jette obligeamment un pot d’eau à la figure. On a pu rire beaucoup à Ghanteloup, nous nous contenterons, nous, de hausser les épaules. Les comptes du Livre Rouge prouvent que M. de la Ville a reçu une indemnité de 9,000 francs pour assister aux voyages de la cour à Gompiègne ou Fontainebleau en 1769, en 1770. Il connaissait donc forcément madame du Barry. M. de la Ville ne pouvait savoir si M. de Ghoiseul écrivait en Espagne. — Il y a, dans le seul mois de décembre 1770, sept dépêches de sa main écrites pour M. de Ghoiseul en Espagne. Il en existe plusieurs écrites par M. de la Ville au roi d’Espagne pour le roi de France personnellement. Une telle accumulation d’impossibilités monstrueuses, toutes dans l’intérêt du duc de Ghoi-

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