‹ Histoire de madame du BarryChapitre 281 sur 304 · PIÈCE N° III · texte numérisé non relu

PIÈCE N° III

devoirs délicats que REND LOUIS XV AU CONVOI DE MADAME DE POMPADOUR.

Il n’y eut aucun changement à la cour. Leroi, quelque affecté qu’il fut, accoutumé à se masquer, prit sur lui avec sa force accoutumée, tout aux affaires, le vide de son intérieur fut diminué. Ses intimes seuls, son sei\ice seul s’en apercevait et quelque distrait qu’il voulut être, une habitude si longue ne pouvait se réparer. Les soupers des petits appartements tinrent. Mais il n avait pas une femme pour lier toutes les parties. Chaque femme de la société tâchait d’attraper le gand si le Roi voulait le jeter. Mais rien ne lui convenait. Personne n avait droit à la même confiance. Champfort, 1er valet de chambre, était de service, couchant alors dans la même chambre que le Roi ; un cordon de sonnette passé dans son bras et tenant au lit du Roi, était le signal si dans la nuit le Roi avait besoin de lui. Le Roi dormait peu et se levait à 1 instant pour se dérober même à son intérieur et passer dans son cabinet. Enfin le jour de l’enterrement de la marquise

PIECES JUSTIFICATIVES

arriva. Le Roi, par les ordres de qui tout se faisait, savait l’heure. Il était six heures du soir en hyver, et par un temps d’ouragan épouvantable. La marquise avait, par son testament, décidé d’être enterrée aux Capucines, place Vendôme, ou elle avait arrangé un superbe appartement. Le Roi prend Champfort par le bras, arrive à la porte de glace du cabinet intime donnant sur le balcon qui fait face à l’avenue dans la cour ; lui fait fermer la porte d’entrée et se met avec lui en dehors sur le balcon. 11 garde un silence religieux, voit le convoi enfiler l’avenue, le suit des yeux jusqu’à ce qu’il perde tout l’enterrement des yeux, malgré le mauvais temps et l’injure de l’air, ou il avait paru insensible, rentre dans l’appartement ; deux grosses larmes coulaient encore le long de ses joues, et ne dit à Champfort que ce peu de paroles : « Voila les seuls devoirs que j’ai pu lui rendre! » paroles les plus éloquentes qu’il pouvait prononcer dans cet instant.

(Extrait des Mémoires manuscrits de Dutfort de Cheveruy.

Bibl. de Blois.)

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