PREMIERE PARTIE
munes , c'étoit le vrai moyen d'achever ma perte; que de prétendre exercer seul, et sans être soutenu, les petits moyens qu'un habile homme employé pour corriger la Fortune, étoit un métier trop dangereux; qu'il y avoit une troisième voie, qui étoit celle de l'association ; mais que ma jeunesse lui faisoit craindre que messieurs les confédérés ne me jugeassent point encore les qualités propres à la ligue. Il me promit néanmoins ses bons offices auprès d'eux; et, ce que je n'aurois pas attendu de lui, il m'offrit quelque argent lorsque je me trouverois pressé du besoin. L'unique grâce que je lui demandai, dans les circonstances, fut de ne rien apprendre à Manon de la perte que j'avois faite et du sujet de notre conversation.
Je sortis de chez lui moins satisfait encore que je n'y étois entré. Je me repentis même de lui avoir confié mon secret. Il n'avoit rien fait pour moi que je n'eusse pu obtenir de même sans cette ouverture; et je craignois mortellement qu'il ne manquât à la promesse qu'il m'avoit faite de ne rien découvrir à Manon. J'avois lieu d'appréhender aussi, par la déclaration de ses sentimens, qu'il ne formât le dessein de tirer