CHAPITRE V
apportant une lettre de la reine, qui enjoignait la publication des bans et démentait le bruit de sa captivité. Craig ne se rendit pas encore ; il voulut être confronté aux parties devant le conseil privé. Là , avec une courageuse véhémence , il reprocha à Bothwell les crimes qui lui étaient imputés, l'accusa de meurtre, de rapt, d'adultère. Il publia ensuite les bans pour obéir aux injonctions qu'il avait reçues, et dit en chaire, à la congrégation protestante : — u Je prends le ciel et la terre à témoin que j abhorre , que je déteste ce mariage comme odieux et horrible aux yeux du monde , et j'exhorte les fidèles à adi*e$ser leurs prières ferventes à Dieu , afin qu'une union contraire à toute raison et à toute conscience soit empêchée, à la satisfaction de ce malheureux royaume '. »
L'aveugle Marie ne fut point éclairée par l'effrayante lumière de la réprobation universelle ; elle brava tout pour contenter la passion de son cœur et élever jusqu'à elle son favori. Le 12 mai, elle se rendit à la cour suprême d'Edimbourg, et déclara devant la magistrature et la noblesse du pays, convoquées exprès, qu'elle était libre, qu'elle avait pardonné à Bothwell , eu égard à sa bonne conduite postérieure, l'offense dont il s'était rendu coupable envers elle, et qu'elle se proposait de lui accorder
* Drury à Cecil, 14 mai 1567, au Sf . Pap. Off. — Tytler, t. VII, p. 116, U7.
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encore les plus hautes dignités '. En effet , ce jour même , elle le créa duc d'Orkney et de Shetland , et plaça elle-même la couronne ducale sur sa tête '. Le surlendemain, elle signa son contrat de mariage avec ce noble et puissant prince, afin dç sortir, disaitelle , de son solitaire veuvage et d'augmentei' sa des-cendance. Enfin le 15 mai, à quatre heures du matin, le mariage fut célébré selon le rite catholique, et aussi selon le rite protestant par Tévéque d'Orkney en présence de Craig dans le palais d'Holyrood '. Peu de barons écossais ^ assistèrent à la révoltante cérémonie qui, trois mois après l'assassinat du roi, fit de sa veuve la femme de son meurtrier. Le peuple en apprit la nouvelle dans un mome silence et avec une sombre désapprobalion. Le lendemain au ma*tin , on trouva placardé sur la porte du palais le vers suivant :
Mense malum majo nubere vulgits càt^.
a Le peuple dit que les mariages du mois de mai tournent malé »
Ce pronostic menaçant qu'on tirait d'une union généralement condamnée par la conscience publique ne tarda point à se réaliser.
* Anderson, vol. I, p. 87 à 89. —Tytler, t. VII, p. 118.
* Drury à Cecil, 16 mai. — Tytler, t. VII, p. 118. » Ihid.
* Tytler, t. VU, p. 118, 119.
* Ovide, Fast.f lib. v. — Keitli, p. 386,