CHAPITRE VI
cela ne dépend pas de moi seul , les autres lords étant intéressés dans cette affaire. Cela dépend aussi de vous, et je dois vous dire que vous vous jetteriez dans les hasards et mettriez votre vie en péril si vous cherchiez à troubler le repos de votre royaume et le règne de votre fils," si vous tentiez de sortir d'où vous êtes et de vous procurer la liberté qu il ne vous convient dans le moment ni de désirer ni d'obtenir, si vous excitiez la désobéissance de vos sujets , si vous vous entendiez avec la reine d'Angleterre ou le roi de France pour amener avec l'un des deux la guerre étrangère ou par l'un des deux la guerre civile, si vous persistiez dans votre amour déréglé pour le comte de Bothwell ^ n
A ces paroles , Marie , qui était restée sous les alarmantes impressions de la nuit, éprouva une joie soudaine. Elle se jeta dans les bras de son frère, et se montra très-satisfaite de l'assurance qu'il lui donnait de protéger sa vie et des espérances qu'il lui faisait concevoir de prévenir son déshonneur *. Afin d'arriver plus certainement à ce résultat souhaité , elle le conjura de ne pas refuser la régence '. — « Par là , dit-elle , mon fils sera préservé , mon royaume bien gouverné, et moi je serai en silreté *. » Murray
* Keith, p. 446. — » Ibid., p. 445. — » Ibid.
* u For by this means, said sfae, my son shall be preserved, m y realm well governed, and I ia safety. » Ibid.^ p. 445.
s'en défendit encore. Il allégua des raisons dont on peut suspecter la sincérité. Toujours entraînée par des mouvements irrésistibles, Marie n intercéda qu avec plus d'instance auprès de lui pour qu'il sacrifiât les répugnances qu'il éprouvait aux prières comme aux intérêts de sa sœur ^ Elle l'invita à se rendre maître de toutes les forteresses du royaume, à placer sous sa garde tous les joyaux et toutes les choses précieuses qui lui appartenaient à elle-même, et elle offrit de prêter à sa régence l'appui de ses lettres et l'autorité de son nom *. Murray céda '. Il parut accepter avec résignation ce qu'il convoitait sans doute avec ardeur. Avant de quitter sa sœur, il recommanda aux lords Lindsay, Ruthven et Lochleven d'avoir pour elle toutes sortes d'égards, et de lui montrer la plus bienveillante courtoisie ; puis il prit congé de la royale prisonnière, qui, fondant en larmes , l'embrassa affectueusement et le chargea de bénédictions pour le prince son fils ^.
* Keith , p. 446. — * Ibid.
* « At length he accorded utito her tlie acceptation of Ihe régence, n Ibkl*y p. 446.
* u Tfaen the Earl oi Murray requîring the lords Lindsayi Rulhven and Lochleven, to treat llie queen with g;ent1eness, with liberly, and ail other good usage, he took his leavc of lier; and then began â nevv fit of weepinç, which being appeascd, shc embraced hiin very lovingly, kissed him, and sent her blessing unto ihc prince her son by him. * Ibid., p. 446.