‹ Histoire de Marie StuatChapitre 67 sur 214 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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elle avait cessé de porter les armes d'Angleterre , et ne s'était plus déclarée la rivale d'Elisabeth. Mais, en renonçant à la déposséder , elle avait visé h lui succéder. C'était le but que lui avait proposé lord James lorsqu'elle était retournée en Ecosse et vers lequel il n avait pas cessé de la diriger. Voulant con^ cilier l'affection qu'il devait à sa sœur avec le zèle qui l'animait pour sa croyance, lord James avait mis tout en œuvre afin qu'une étroite amitié s'établit en^ tre les deux reines et pût conduire plus tard les deux royaumes à vivre sous la même domination et sous la même foi.

Le 6 août 1561 , treize jours avant que Marie Stuart débarquât à Leith , il avait écrit à Elisabeth elle-même une lettre qui fait grand honneur à ses vues comme à ses sentiments. Elle atteste de sa part une loyauté parfaite, un jugement profond, un sage patriotisme. Conseillant l'union affectueuse des deux parentes , l'alliance inaltérable des deux couronnes , il disait à Elisabeth avec des paroles aussi judicieuses qu'aimables c « Vous êtes de tendres cou« » sines, toutes deux dans la fleur de l'âge, très^sem** » blables Tune à l'autre par d'excellentes qualités , >* auxquelles Dieu a départi libéralement tous les n dons de la nature et de la fortune , mais d'un sexe n qui ne vous permettra pas d'avancer votre gloire >' par des guerres en versant du siiiig, et ne vous n permettra de l'accroître que par un règne- de

n paix'. » Il parlait ensuite du titre qu'avait pris sa jeune maîtresse lorsque les deux pays étaient en guen'e, et regrettait que cela eût fait naître entre elles une dangereuse défiance. Afin de changer ce sujet de désaccord en moyen de rapprochement, il demandait qu'après avoir pleinement reconnu l'autorité présente d'Elisabeth, Marie obtint la consécration de son droit futur : « Quel inconvénient y au- » rait-il, disait lord James, à ce que, le titre de Votre » Majesté restant intact , tant pour vous-même que » pour votre descendance , on réservât à la reine ma yy souvei^ne sa place dans la succession à la coun ronne d'Angleterre, place que je considère, Votre n Majesté me le pardonnera, comme la plus proche, » d'après la loi de toutes les nations, parce que » ma souveraine descend en ligne directe du roi » Henri VII, votre grand-père. Cette île serait en yf même temps unie par une amitié perpétuelle. La » succession aux royaumes dépend de la volonté de » Dieu, que la prévision de l'homme ne saurait chan- M ger. Toutefois un pareil accord nous apporterait » une grande ti'anquillité ^. »

Cette proposition n'avait pas surpris Elisabeth. Lethington , au moment même de la mort de François II, en avait fait l'ouverture à Cecil, qui l'avait

^ Lettre de lord James à la reine Élisabelh du 6 août 1561^ extraite du State Pap. Off. par Tyller, t. VI, p. 285. » /6W., p. 286.

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plutôt admise que découragée ^ Aussi Marie Stuart, instruite à son retour de ce qui s'était déjà passé à cet égard, avait envoyé Letbington à Londres pour Y continuer cette séduisante négociation. Elle Tavait chargé en même temps d'assurer Elisabeth de son amitié et de lui remettre des présents, parmi lesquels se trouvait un diamant taillé en forme de cœur, comme témoignage de ses sentiments pour elle. La reine d'Angleterre reçut très-bien l'envoyé

* LcUre d'Alvaro delà Quadra, évéque d'Aquila et ambassadeur de Philippe II à Londres, du 18 mars 1563. Cette lettre est écrite après une conversation que Tévèque d'Aquila vient d'avoir avec Lclhington, lequel lui a raconté tout ce qui s'est passé à cet ég^ard depuis le veuvag^e de la reine Marie Si uart. « ...Ledington propusoà Sicel (Cecil) que para concertar las différencias y sospeclias de las dos reinas, ^ le parescia que séria bien que se procurasse que la d'Escocia, cediesse a esta todo ei derecho que podia prelender a esta corona, con condicion que muriendo esta sin hijos, la de Ëscocia sucediesse, y que esta declaracion fuesse hecha y approvada por los del regno desde lueg^o. La quai cosa oyda por Sîcel , dice este, que se puso muy pensativo y como atonito, pero que tornando sobre si, le dixo que el pensaria en aquello que le a via dicho, y le darïa la respuesta. Passados dos oCros dias, y viendo el Ledington que Sicel no le dezia nada, se partio, y lIe{jado a la primera jornada de liOndres dice que le alcanço un correo, con una carta de Sicel , en que le dezia que el avia pensado eu lo que le avia propuesto para la concordia de las reynas sus amas , y que le avia pareçido muy bien, y mas que haviendo dicstmmente tentado el animo desta reyna sobre ello, la avia hallado en extremo bien inclinada al négocie. »

de Marie Stuait^ qu'elle avait déjà fait complimenter par sou ambassadeur Thomas Randolph. Mais elle était peu disposée à régler d'avance sa succession. I^a jalousie qu elle avait de son autorité devait Tempécher toute sa vie de désigner un héritier. Sans repousser les désii's de la reine d*Écosse , mais sans les satisfaire , elle demanda de son côté la ratification du traité d'Edimbourg. Marie Stuart continua à s'y refuser par de fort bonnes raisons. Elle dit que le traité avait été surtout conclu avec son mari , que les clauses principales en avaient été exécutées, que les Français avaient évacué l'Ecosse, que les forts nouvellement construits avaient été démolis, et qu'elle avait cessé de porter les armes et le titre royal d'Angleterre et d'Irlande. Elle ajoutait qu'elle ne pouvait pas renoncer d'une manière absolue à ce titre et à ces armes, car ce serait renoncer à ses droits futurs. Du reste elle offrait de soumettre le traité à une révision qui fixerait leurs obligations réciproques et conduirait « au raisonnable contentement de toutes deux, au bien commun de leurs royaumes et au perpétuel repos de leurs sujets *. «

Les deux reines poursuivaient ainsi des buts différents, et, dans ce conflit de prétentions, une entrevue fiit proposée comme moyen de dissiper les défiances, de mettre un terme aux désaccords. Aussi , loreque

* Labanoff, 1. 1, p. 115, 116.

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