CHAPITRE IIL
la couronne d'Angleterre comme en étant la plus proche héritière, et supplier Elisabeth de ne pas désigner une autre qu'elle, lorsque Tlntérét de son royaume et le vœu de ses sujets l'obligeraient à régler sa succession.
Tout en poursuivant ces graves desseins, Marie Stuart s'abandonnait aux entraînements de son âge et de son esprit dans la cour d'Ecosse, qu'elle animait de sa vivacité, de ses goûts, de ses charmes et de sa grâce. Elle y avait transporté les usages et les plaisirs de la cour de France. Entourée des agréables jeunes filles qui appartenaient à quelques-unes des nobles maisons du royaume, tantôt elle faisait de la musique, tantôt elle se livrait à la danse, tantôt elle allait à la chasse au faucon, et se plaisait même à composer des vers français avec ceux qui aimaient la poésie comme elle. L'ardeur qu'elle montrait pour ces amusements, profanes aux yeux des ministi^es presbytériens, l'avait exposée de leur part à des blâmes sévères ^ Combien de fois Knox ne s'était-il pas élevé en chaire contre les fêtes prolongées de cette joyeuse cour destinée à devenir avant peu de temps si désolée et si sombre ! u Les princes, disait-il, sont plus exercés à faire de la musique, à s'asseoir à des banquets qu'à lire et à écouter la sainte parole de Dieu. Des musiciens et des flatteui's qui ordinai-
* Knox, Histonjy etc., t. H, p. 330.
rcmcnt corrompent la jeunesse leur convieinient mieux que des hommes graves et sages qui , pai* de salutaires admonitions» peuvent abattre une paitie de cet orgueil dans lequel nous sommes tous nés, mais qui s'enracine plus profondément dans les princes par une mauvaise éducation'. » La danse n'était pas mieux traitée que la musique par le rigide censeur qui ne manquait pas de rappeler à ce pro-pos la tragique histoire d'Hérodiadc et de saint Jean- Baptiste ^.
Malheureusement pour Taimable et légère Marie^ des familiarités excessives Texposèrent alors à des en-* treprises indiscrètes. La trop grande liberté de la femme fit oublier le respect dû à la reine. Un capitaine Hepburn osa se comporter avec une brutale indélicatesse envers elle et n'échappa au châtiment que par la fuite ^» Cet exemple n arrêta point l'infortuné Chastelard. C'était im gentilhomme du Dauphiné, pe** tit*neveu par sa mère du chevalier Bayard*, plein d'esprit, chantant bien et faisant agréablement les
* Knox, History, eic, t. 11, p. 333.
U6ic/., p. 3ââ et 333.
3 Tyiler, t. VI, p. 3â0 et 3âl. « The récent fliçlit of cap« tain HcpburD , who had behaved with brutal indelicacy to Mary. »
* « Il luy ressembloit de taille, car il Vavoit moyenne et très-belle, et maîg^relinc, ainsi qu'on disoit M. de Bayard Tavoit, » Brantôme, Vie de Marie Stuart, t. V, p. lââ.