VICAIRE : D. GUILLAUME DE LESCHERAINE
A première prieure de Mélan fut Marguerite de Gex. as Elle descendait de l’illustre famille qui gouverna
le pays de Gex pendant près de deux siècles (1188- 1353). Fille d’'Amédée II et de Béatrix de Baugé, elle avait reçu en janvier 1252 de sa sœur aînée Léonète 200 marcs d'argent et une rente foncière de 10 liv. genev.!.
Marguerite était digne de former le premier anneau de cette chaine, qui devait maintenir la communauté de Mélan dans les limites de ses saintes règles. Elle dirigea cette maison avec un plein succès pendant les six premières années. Les difficultés de ces débuts épuisèrent ses forces ; on lui fit miséricorde vers 1294, maïs pour quelque temps seulement.
Elle fut du reste heureusement secondée dans son administration par le P. Dom Guillaume de Lescheraine, premier vicaire. Celui-ci, nous l’avons vu, avait probablement été délégué par le Chapitre général pour présider aux constructions de Mélan, dès l’année 1282*.
Les six années du premier priorat de Marguerite furent consacrées à l’organisation du couvent. Les débuts sont tou-
1 Würst., p. 152, n° 290. — Re. genev., p. 210, n° 343. . ? « Probabile est, dit le catalogue, eum præfuisse ab anno 1282, quo jam hoc Parthenium ædificari cœperat. »
oies
jours difliciles, ils l’étaient à Mélan plus que partout ailleurs. Il fallait, d'une part, surveiller le travail des ouvriers qui achevaient la construction de l’église, pourvoir sans retard aux mille exigences du service intérieur, et en distribuer les offices ; d’autre part, reconnaître les nombreux titres qui mettaient la maison en possession des biens cédés par Béatrix. En attendant l'occupation effective de ces diverses propriétés, le monastère se trouvait dans la gène. Mais les secours arrivèrent bientôt. En 1289, Anne, fille de la grande dauphine, par des lettres datées de Contamine, accordait à perpétuité à Mélan un revenu annuel de cent sous viennois, à percevoir sur le droit de péage de la ville de Grenoble!.
Quelque temps après, un riche propriétaire de Saint-Jeande-Tholome, Rodolphe de la Creyta, laissait en héritage au monastère ses terres situées rière Châtel *, hameau de Saint- Jean-de-Tholome.
Ce fut vers cette époque qu'un premier deuil vint attrister Mélan : Béatrix perdait son second mari Gaston de Béarn, qui mourait à Orthez le 26 avril 1290”. Ce prince, veuf aussi lorsqu'il épousa la grande dauphine, laissait de son premier mariage deux filles : Constance, l’ainée, qui avait épousé Aymon, comte de Genevois“, et Marguerite, femme de Roger- Bernard, comte de Foix, qui succéda à son beau-père dans la vicomté de Béarn”°. Cette mort ne modifiait donc en rien la condition du Faucigny; mais Béatrix se sentait de plus en plus isolée. |
Une consolation toutefois lui était réservée à la fin de la mème année. Sa chère église de Mélan. ecclesiain nostram, comme elle l’appelait dans la charte. était enfin achevée. Elle en annonça l’heureuse nouvelle à l’évêque de Genève, Guillaume de Conflans. La consécration de ce sanctuaire fut
1 Ex veteri registro Cancellariæ Franciæ, apud Quercetanum, inter probationes wenealogiæ Delphinorum Viennensium. (Arch. de la Grande Chartreuse.)
2 Invent. de Mélan, fol. 49, recto.
3 Würst., p. 1N3.
4 Mallet, p. 355.
à Voir Prieuré de Contamine par le P. Bouchage, p. 17, et Würstemb., p. 8è1.
fixée au jour de la fète des saints Innocents, le 28 décembre 1290!. Quel empressement dut mettre la nouvelle eommunauté à orner cette chapelle déjà si élégante, malgré la sévérité de ses lignes architecturales ! car, ces saintes filles le savaient, elles aussi un jour viendraient à leur tour dans ce lieu héni recevoir des mains de l’évèque leur consécration virginale.
Une autre cérémonie cependant devait assombrir cette belle journée. Le corps du dauphin Jean reposait encore dans l’abbaye de Sixt. Béatrix décida que Ia translation des restes de son fils à Mélan se ferait ce jour-là, et ce fut en présence de l’évèque, après que l’église eut été consacrée, que la dépouille du jeune dauphin fut ensevelie dans l’église elle-mème*. La plaie profonde qu'avait faite au cœur de la noble baronne la mort prématurée de son fils, dut se rouvrir tout entière en ce moment. et ce jour de fète devint ainsi une occasion de larmes. Mais de nouvelles complications politiques allaient bientôt porter ailleurs l'attention de Béatrix.
Peu de temps après en effet, sur ses instances *, son gendre Humbert et le comte de Genevois concluaient une alliance offensive contre ce même évèque qui venait de consacrer l’église de Mélan. Le vendredi après l'Assomption de l’an 1291, les armées du comte envahissaient Genève qui appartenait à l'évêque, en incendiaient les faubourgs et faisaient massacrer bon nombre de ses citoyens ; une partie même de la cathédrale devint la proie des flammes. Le lendemain, le dauphin Humbert arrivait avec une nouvelle armée. On n'en voulait
1 Archiv. de la Grande Chartreuse : « Ecclesiam quam Beatrix in suo diplomate (charte de 1292) dicit se fabricasse, consecraverat episcopus Genevensis anno 12%, festo sanctorum Innocentium, die ad quam translatum fuit e cœnobio' de Six et in ea sepultum cadaver Joannis delphini ejus filii...; » et ailleurs : « Cujus (Cartusiæ) e“clesiam anno 1290, in festo SS. Innocentium consecravit episcopus Gebennensis. » (Annales Ordinis Cartustiensis, t. TI, anno 12%.)
? « Anno 1310, duodecimo (ut habet liber anniversariorum domus) sive undecimo calendas Maj. (ut legitur in ejusdem anni charta) moritur (Beatrix), et in ecrlesia a se «dificata sepelitur prope filium. » (Annales etc...) Lors de la restauration de cette église, en 1876, des fouilles furent pratiquées dans le sol, mais on ne retrouva aucune trace de ces sépultures.
3 Voir Les Allinges, op. eit., p. 26.
pas seulement à Genève : toutes les églises qui étaient sous la dépendance de la cathédrale furent pillées. Les alliés étendirent ainsi leurs ravages aux vallées du Fier', du Chéran et de l’Arve jusqu’à Thiez. La mesure de l’insolence et de la barbarie était comble. Le Chapitre de (Genève appela les foudres de l’Église sur les usurpateurs”?. L'évèque Guillaume, après un avertissement demeuré sans résultat”, fulmina la sentence d’excommunication contre les deux princes et leurs fauteurs, au nombre desquels la bulle cite expressément Béatrix, baronne de Faucigny. A cette excommunication, l’évèque ajoutait l’interdit sur toutes les terres que possédaient dans son diocèse le comte de Genève, le dauphin Humbert et Béatrix“. La sentence fut portée le 21 octobre 1291. Quelle fut la durée de cet interdit, nous l’ignorons ; mais, d’après les règles du droit canon, Mélan, durant cet intervalle, ne put recevoir la baronne à ses exercices religieux. Les offices et la sainte Messe elle-même durent être célébrés à voix basse, sans sonnerie qui les annonçât ; la sépulture en terre sainte fut également prohibées.
La même année 1291, une nouvelle donation venait augmenter les revenus du monastère : Humbert ajoutait aux cent sous viennois, accordés précédemment par son épouse Anne, dix livres annuelles à percevoir aussi sur le péage de Grenoble.
Les Capitulaires de la Grande Chartreuse rapportent à cette époque la première visite faite à Mélan par deux Pères déléguëés du Chapitre général. Un religieux du monastère de Pomier y était alors comme hôte’, la charte capitulaire de 1291 l’invite à rentrer dans son couvent.
1 Inter fluvium Arve et fluvium de Cyers et de Cheran. Cvers est le nom donné au Fier au xin° siècle. (Reg. Genev., n° 1,265, 1,367.)
2 Würst., p. NA.
3 [hid., p. 891.
4 Ibid., p. 892. — Fleury, Hist. EÉg. de Genère, t. 1, p. 98.
$ Craisson, t. IV, p. 384 et sequq.
6 Archiv. de la Grande Chartreuse. Benefartores Melani 1291.
7 Quand un Chartreux a fait vœu de stabilité dans une maison de l'Ordre, et que le R. P. Général ou le Chapitre l'envoie dans un autre monastère, il en devient Aospes, hôte.
Béatrix profita sans doute de cette visite pour faire approuver les modifications qu’elle avait apportées à la charte de 4285. Une dernière rédaction fut enfin adoptée. Anne et Humbert y apposèrent leur sceau. Après avoir placé cette fondation sous la sauvegarde du Souverain Pontife, la dauphine qui s'était enfin soumise à l’évèque présentait la charte à son approbation. Ce fut le 12 avril 1292 que celui-ci la ratifia et la scella. Cette date, assignée jusqu'ici par les historiens ! à la fondation de la chartreuse de Mélan, est donc simplement celle de l’approbation épiscopale.
L’illustre bienfaitrice méritait un témoignage de reconnaissance de la part de l'Ordre cartusien. Le Chapitre général qui se tint à la fin de cette mème année, ordonna que dans tous les monastères des prières seraient faites pour la grande dauphine et ses enfants, « afin, disait-il, que la paix règne entre eux° ». Ces mêmes prières en faveur de la paix sont encore réclamées dans la charte capitulaire de l’année suivante 1293 *. Que se passait-il donc dans cette famille ?
Nous avons vu“ qu’en 1282, à la mort de son fils. Béatrix sous l’empire du désespoir, avait déclaré pour héritier universel de la baronnie de Faucigny, son petit-fils Jean, aîné des enfants d'Anne. La pensée que son cher Faucigny, passant au pouvoir des souverains du Dauphiné, serait à l'abri de toute convoitise étrangère, lui avait inspiré cette détermination. Cette cession fut reconnue sans conteste durant dix ans. Mais le 13 juillet 1292, Humbert et Anne songeant à se retirer dans la solitude firent à Jean, leur fils ainé, la donation complète du Dauphiné et du comté de Vienne et d'Albon. Cet acte renfermait une clause qui pouvait être funeste au Faucigny. Si Jean, y lisait-on, meurt sans enfant, ses biens passeront à son frère Hugues, mais celui-ci cédera la baronnie à Guioton son frère puiné, si, à son tour, Hugues n'a pas de descendant, Guioton son successeur renoncera au Faucigny en faveur de son quatrième frère’. C'était violer
1 Voir p. 51, cah. IT.
? Ann. Ord. Cart., ti. TI, an. 1292.
3 Ihid., anno 1293.
4 Voir ci-dessus, pr. 18.
è Würstemberger, p. 594.
les intentions manifestes de la grande dauphine et abandonner la seigneurie de ses ancètres à l'isolement. Pour le coup, Béatrix se fâcha. Après dix mois de pourparlers assez vifs, la baronne résolut d’en finir. Le 26 mai 1293, les châteaux de Bonne, de Montoux, de Bonneville, de Châtelet du Credoz, d'Allinge-vieux, les fiefs de Châteaufort de Rovorée et de Nernier avec mandements, dépendances, hommes-liges, etc.., tout était donné en suzeraineté au comte de Savoie, Amédée V dit le Grand, qui les lui réinfoda aussitôt. A la fin de l’acte, Humbert intervient pour déclarer qu’il n’a nul droit sur les biens cédés. Pour prévenir de nouvelles contestations”, le prince de Savoie renonça le lendemain* en faveur du dauphin Humbert à tous ses droits sur la baronnie de la Tour du Pin et Coligny.
L'orage, sur le point d’éclater, s'était dissipé comme par enchantement. Une messe du Saint-Esprit fut alors célébrée à Mélan“ et dans toutes les maisons de l'Ordre à l'intention de Béatrix. Jalouse de ne pas se laisser vaincre en générosité, la baronne fit à cette occasion une gracieuse offrande à la Grande Chartreuse, et y fonda cette année-là mème à perpétuité un anniversaire pour le bien de son âme et de celles de ses enfants°.
1 Würstemberger, p. 895.
? Les termes de l’acte semblent indiquer que la guerre était imminente sans être encore déclarée ; on y lit en effet : «ad tollendam et s0piendam maximam guerram inter eos (Humbert et Béatrix) certentem ; » et les Annales Cartusiennes disent simplement : « preces ab ordine injungi pro pace inter Beatricem Delphinam et Humbertum generum suum, magna enim erat disrordia inter ambos super Beatricis Melani fundatricis dote.» (Ann. Ord. Cart., t. TT.) Voir Les Chäteaux deg Al Linges. par l'abbé Gonthier.
3 Würstemberzer, p. 896.
4 Ann. Ord. Cart., t. TI, p. 363.
5 Luid., t. IX, p. 414.
Fragment d'une clé de voûte.
Don por mn” 3 - 4 1:
menu TOITS ÉRLAY 2 a Lot got ghtg ce EE) = Æ —
Ancicnne vue de la chartreuse de Valsainte.
ALYSIA DE CHATEAUNEUF, DEUXIÈME PRIEURE CONNUE, VICAIRE : DOM PIERRE DE LUYRIEUX,.
ANS la charte de 1293 dont nous venons de parler,
le Chapitre général accorde le tricénaire par tout
l'Ordre à Dame Alyse de Châteauneuf, moniale de Mélan. Le tricénaire consiste en des messes dites à l’intention d’une personne pendant trente jours de suite. La pieuse Dame qui méritait de son vivant cet honneur extraordinaire, fut élue prieure de notre monastère l’année suivante. Les Annales de Dom Le Couteulx lui donnent un priorat de quatre ans, sans en désigner la date. Nous croyons pouvoir le fixer entre 1294 et 1298. En 1294, en effet, Dom Guillaume quittait le vicariat. Il est à supposer que Marguerite de Gex obtint en même temps miséricorde. Fatiguée par les mille difficultés d’un début pénible, elle avait droit à quelques années de repos. Nous la retrouverons prieure en 1299. Nous n’avons pu trouver aucune donnée biographique sur Alyse de Châteauneuf qui lui succède.
for
Le vicaire Dom Guillaume, désigné par le Chapitre général pour aller fonder la chartreuse de Valsainte dans le diocèse de Lausanne, était, comme le suppose avec vraisemblance Dom Le Couteulx, remplacé par Dom Pierre de Luyrieux. Ce religieux, profès de la chartreuse de Portes (Aïn), avait été un des premiers hôtes de Mélan. Il appartenait à l’illustre famille de Luyrieux (Bugey) que Guichenon fait remonter à l'an 1100.
Deux faits importants, se rapportant à l’histoire de Mélan, eurent lieu sous le priorat d’Alyse : la fondation à Thiez par Béatrix d'un monastère de Bénédictines et le décret de clôture monacale porté par Boniface VIII.
Au milieu de ses luttes politiques, la grande Dauphine portait continuellement ses regards vers le ciel. Agée de 60 ans, à l’époque où nous en sommes arrivés, elle n’envisageait pas sans crainte le moment redoutable de la mort. On l’a vue fonder à la Grande Chartreuse un anniversaire et demander des prières de toutes parts. Les Bénédictins profitèrent de ces dispositions et engagèrent la généreuse princesse à établir une communauté de Cisterciennes au Rosay, près de Thiez-sur-Arve (Faucigny). Béatrix possédait sur cet emplacement un magnifique parc!. Elle accepta. C’est par une inspiration divine plutôt qu’humaine, dit-elle, qu’elle entreprend cette œuvre. Elle y met trois conditions. 1° De son vivant, elle choisira librement les religieux et religieuses dudit monastère, qui recevront leur institution des prieurs de Contamine et de Thiez*?.
20 Après sa mort, l'élection de la sous-prieure se fera par le souverain de Faucigny, le prieur de Contamine et les sœurs du couvent. L’élue pourra être choisie dans une autre maison de l'Ordre.
30 Le nom de la Fondatrice sera inscrit dans le catalogue des moines de Cluny. Lorsqu'elle mourra, le prieur de Thiez en avertira le couvent de Cluny, et on fera pour elle dans
1 Invent. de Mélan, L. I, f° 40.
2 Les religieux possédaient déjà, à Thiez, un prieuré de moines de leur Ordre. (V. P. Bouchage, Contamine, p. 8.)
= fai
toutes les maisons de l’Ordre le mème office que l’on a coutume de célébrer pour les moines défunts!.
Ces conditions étaient trop onéreuses au gré des Bénédictins, on verra plus loin quel effet, heureux pour Mélan, devait en résulter. Quoi qu'il en soit, le 6 décembre 1294, à Bonne, Béatrix promettait à Guillaume, prieur de Contaminesur-Arve, et à Jacob, prieur de Thiez, de fonder en cette dernière localité un monastère pour treize recluses et quatre chapelains de l'Ordre de Cluny. Elle ferait les donations nécessaires pour assurer à ces religieuses les prébendes suffisantes en blé et en vin, comme elle l’avait fait, dit-elle, pour Mélan. Des édifices existaient au Rosay, elle donnera l'argent nécessaire pour les réparer et pour construire auprès une église. Cet acte fut ratifié et signé par les parties intéressées au mois de janvier 1295.
Les historiens qui, depuis Besson jusqu’à l'abbé Lavorel, parlent de cette fondation, ont cru qu'elle n’avait pas été réalisée”. C’est inexact. On se mit immédiatement à l’œuvre, et les restes d’un enclos spacieux, un angle de chapelle avec une colonne et son chapiteau, qui subsistent encore, attestent que Béatrix fut magnifique au Rosay comme elle l'avait été à Mélan. Nous dirons bientôt quelles causes amenèrent la suppression de cette naissante communauté.
Un autre événement devait exercer son influence immédiate sur notre monastère. Jusqu'en 1298, les communications entre l'extérieur et l’intérieur des couvents, motivées sur les visites des parents ou sur les exigences des intérêts matériels, avaient été autorisées. Mais, cet usage donnant lieu à de trop nombreux désordres, le pape Boniface VIII promulgua, cette année-là, un décret ordonnant la clôture rigoureuse des monastères *. Au Chapitre général de la mème année, les Chartreux appliquaient ce décret à toutes leurs maisons et ajoutaient : « Nous avertissons nos moniales que
1 Besson, pp. 403, 404. |
2 V. Besson, p. 403; Regeste Genevois, p. 3%; Lavorel, Clusrs et le Faurigny. t. 4, pp. 24, 25; P. Bouchage, Contamine, p.8. Ce dernier est le seul qui ait soupçonné l'existence de ce monastére.
3 La B. Béatrix d'Ornacieu. par le P. Bellanger, p. 130; Grenoble, 1886.
désormais aucune d'elles ne pourra s’entretenir avec des personnes soit séculières, soit régulières et mème parentes, sinon à travers une grille et en compagnie d’une ou de deux sœurs!, » Mélan dut obéir.
À la mème époque, une inondation du Giffre vint ravager la plaine et emporter le bois ou vernet situé en face du couvent. On s'adressa à la fondatrice qui, par lettres en parchemin du Baïlly de Faucigny, mandaït au châtelain de Bonneville de laisser prendre sur sa forèt de Marignier le bois nécessaire à la clôture de Mélan*.
Quelle fut cette première clôture? Nous pensons qu’elle consistait surtout en grilles dans l’intérieur du monastère et en quelques portes particulières des avenues; car ce ne fut qu'un siècle et demi plus tard que l’enclos fut étendu aux limites qu'il conserva jusqu’à la Révolution française.