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laume fut réélu vicaire, et le couvent se retrouva ainsi sous la direction de ses premiers administrateurs.
Il est touchant de voir avec quelle sollicitude pleine d’intérêt Béatrix suivait les progrès de sa chère maison, surtout quand on pense aux innombrables difficultés que la politique faisait incessamment surgir sous ses pas. La paix avait été récemment consolidée entre la Savoie et le Dauphiné. Tout conflit semblait apaisé. Peu de temps après lui avoir cédé le Faucigny. la baronne faisait au comte Amédée l’abandon de tous les fiefs qu’elle possédait entre Seyssel et Fribourg-en- Brisgau'. Soudain la guerre éclate entre Philippe le Bel et Édouard I”, roi d'Angleterre. La Savoie prend parti pour ce dernier. Le roi de France invite alors Béatrix à retirer le Faucigny de la suzeraineté des princes de Savoie, et à le rétrocéder. au Dauphin* (septembre 1296). Béatrix s'exécute, mais en se réservant de choisir celui des enfants d'Humbert qu’elle préférera ?. Deux ans après, sous l'arbitrage du comte de Savoie, la paix est conclue entre la France et l’Angleterre, et Amédée vient faire valoir auprès du Dauphin ses droits sur le Faucigny. Sans parlementer, Humbert à son tour réclame purement et simplement tout le comté de Savoie, que sa bellemère avait reçu en héritage de Pierre IT et dont, disait-il, elle avait été frustrée’. Une guerre devenait inévitable. Le Dauphin l’avait prévu. Déjà il avait conclu avec Béatrix et dame Léonète de Gex une alliance défensive contre les prétentions possibles du comte Amédéef.
C’est au milieu de ces tristes conjonctures, en face d’un horizon de plus en plus sombre, que Béatrix portait ses regards sur son monastère et en rappelait le premier vicaire. S’occuper de sa pieuse fondation était sans doute pour elle un délassement. Ce devait être avec une sorte d’envie qu’elle voyait les religieuses de Mélan passer doucement leurs
1 Würstemberger, p. 899.
2 Ibid., p. 903.
3 Ibid.
4 Ihid., p. 911-913.
S Ibid., 922.
6 [oid., 909; Hist. de Saroïe, par Victor de Saint-Genis, t. I, p. 270.
jours, loin des orages du monde, dans une paisible solitude, au milieu d’un silence qu'interrompaient seuls la récitation des prières et le chant des cantiques. Aucun des derniers actes signés de Béatrix, et que nous ont conservés les chroniqueurs, ne fut signé à Mélan. La plupart ont trait à la politique, et les dépendances d’un monastère écarté n'étaient guère propres aux discussions passionnées. Toutefois, la grande Dauphine ne se contentait pas d’y venir visiter ses chères filles. Elle s'était en effet réservé. proche le monastère, une demeure que les commissaires de la Convention nomment encore dans l'inventaire de 1793 la maison de la Princesse".
Les principaux événements du second priorat de Marguerite sont : la réunion par Béatrix de la communauté de Thiez à celle de Mélan, la confirmation de la fondation du monastère par le Souverain Pontife et la mort de la grande Dauphine.
Dom Guillaume ne devait pas assister à ces divers événements. Après avoir dirigé les travaux de la clôture, il repartit probablement pour Valsainte, car on ne trouve désormais de lui dans les chartes que cette seule indication à l’année 1307 : « La prieure, le vicaire et le couvent de Mélan sont instamment priés de rendre à Valsainte deux livres qui lui appartiennent et que Dom Guillaume, jadis prieur de ce monastère, en avait emportées?. »
Après son nom, le catalogue de Dom le Couteulx offre une lacune. Un vicaire du nom de P. de Mura, qu’il a omis, et dont la vie aussi bien que la famille nous sont inconnues, nous est révélé par un acte de 1299. Il s’agit d’un accord passé entre Mélan et le prieuré de Contamine à propos d’alpages sur le Môle, montagne qui sépare Saint-Jeoire de Bonneville (Faucigny).
Voici, d'après l'historien de ce prieuré, la question en litige3 : « Les Dames de Mélan prétendaient avoir le droit d’alpager leurs bestiaux en la montagne de Môle, les moines de Contamine s’opposaient à cette
1 Nous n'avons pu découvrir à quelle partie des bâtiments actuels les commissaires donnent cette dénomination.
2 Catal. vicar. Mel. (Dom le Couteulx.)
3 Le Prieuré de Contamine-sur-Arce, par le P. Bouchage, p. 28.
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prétention ; on discuta jusqu'en 1299 où le différend fut terminé par l'accord suivant : Mélan pourra mener païitre tous ses bestiaux en la montagne de Môle, à l'exception des animaux de race chevaline et porcine, et c’est à concurrence de 30 têtes et à l'exclusion du temps qui court de la Saint-Jean-Baptiste à la Saint-Michel. Toutefois, Mélan payera au prieuré de Contamine, pour ledit alpage, 8 sols par an, à la Saint-Michel, ou bien le fruit de deux jours d’alpage audit lieu, au choix du prieuré. Mélan ne payera rien, s’il n’y met pas son bétail. De son côté. le prieuré ne sera jamais tenu de diminuer les troupeaux qu'il y entretient. En outre, Contamine donne à bail perpétuel, aux Dames de Mélan, son pré de Môle, appelé Gyellau, pour 9 sols genevois, payables à la Saint-Jean. 11 s’oblige, par conséquent, à tenir son bétail éloigné de ce pré, non moins qu'à défendre ledit pré contre l'envahissement d'un tiers. Cet accord fut ratifié le 4 des ides de juin par le frère P. de Mura, vicaire de Mélan, et par les religieux de cette chartreuse naissante », dans leur monastère, en présence de Dom Guifred, prieur du Reposoir, de maitre Guillaume de Moens, médecin, et de Jean, fils de feu Pierre Mugnier du Mont. Signé : Jacques Valtier de Cluses, notaire public. La prieure, Marguerite de Gex, et le vicaire + ont apposé le sceau de leur couvent !. Nous avons donné plus haut le nom des dix-sept religieuses qui signèrent cet acte ?.
Il se peut, comme le laisse croire l'historien cité, que les droits des parties ne fussent pas clairement établis. Mais puisque nous abordons ce côté de notre histoire qui regarde les procès, et que nous aurons si souvent à l’envisager, il sera bon de faire ici quelques remarques générales. La fondatrice avait, autant que possible, concédé au monastère des propriétés qui lui étaient voisines. Toutefois, plusieurs communautés, comme Fleyrier, Marignier, Châtillon, Sixt, Samoëns, les Gets, l’abbaye d’Aulps, Mieussy, Saint-Jean-de-Tholome, confinaient avec ces divers biens ou possédaient certains droits sur eux. De nouvelles donations, quelques-unes à une grande distance de Mélan, furent successivement faites par les familles des moniales, ou par de généreux bienfaiteurs. L’administration des biens du monastère devenait donc de plus en plus difficile et compliquée. Les voisins ne se firent pas faute d’empiéter, en toute occasion, sur les droits des religieux. Les chartreux, animés de tout temps des sentiments les plus pacifiques et les plus charitables, n’entreprirent jamais, à Mélan
1 Le Prieuré de Contamine-sur-Arrce, par le P. Bouchage. Document IT, p. 298.
2 Voir plus haut, p. 42.
du moins, de procès qu'ils ne se fussent assurés de leurs droits. Souvent mème, ils préférèrent, en vue de la paix, faire une gracieuse concession plutôt que d'entrer dans des querelles, parfois malhonnètes de la part de leurs adversaires, toujours pénibles pour eux. Nous devons à la justice d’affirmer dès le début cette vérité que bien des faits démontreront dans la suite. En allait-il de même, pour le cas qui nous occupe, des Bénédictins de Contamine ? Nous ne le pensons pas. Nous voyons en effet, quelques années après, le pape Clément V ordonner au sacristain de l’église de Genève de défendre la chartreuse de Mélan contre les Bénédictins de Citeaux, du Templeet autres qui lui suscitaient des querelles !. Les moines de Contamine pouvaient ne pas ètre étrangers à ces tracasseries. Aussi bien, dès l’année 1299, ils pouvaient prévoir la suppression des bénédictines de Thiez et leur réunion aux chartreuses de Mélan*. En effet, le couvent du Rosey était loin de répondre à l'attente de Béatrix. Nous avons énuméré les conditions qu'elle avait mises à sa fondation. On n’en tenait nul compte. La grande Dauphine balança quelque temps, consulta plusieurs prélats, des religieux, d'autres conseillers encore. Tous jugèrent qu'il était bon de mettre fin à ces tergiversations par le transfert pur et simple de cette communauté à Mélan. Béatrix y consentit. Le lundi après l’Assomption de l’année 1301, les religieuses de Thiez, au nombre de dix, furent unies à celles de Mélan *.En mème temps, notre monastère recevait la plupart des biens que la pieuse baronne avait, six ans auparavant, concédés au prieuré, à savoir, sur le territoire de Thiez ou dans les environs, près de 200 journaux de terrain ensemencé de froment, des vignes pour plus de 40 chevalées annuelles de vin, toutes les dimes de Marignier, de la paroisse d’Ayse au Giffre, excepté celles d’Ossaz, plus une vanne dite du Giffre pour prendre le poisson. Le tout est évalué par l’acte à 50 livres de revenu annuel‘. Par
1 Invent. de Mélan, B. 8, f° 7.
? Un Jean de Batigny, prieur du Ros:v, assiste comme témoin à l'acte de 1299 concernant l’alpage du Mble,
3 Ann. Or:l. Cart. ad annum 1301.
4 Inv. de Mél., A. 10, f°* 2 et 3.