‹ Histoire de MélanChapitre 71 sur 124 · JEANNE-LOUISE DE BOËGE, TRENTE-CINQUIÈME PRIEURE CONNUE · texte numérisé non relu

JEANNE-LOUISE DE BOËGE, TRENTE-CINQUIÈME PRIEURE CONNUE

VICAIRES : D. JEAN MACHON (15...) ; D. JACQUES BESSON (1578-1582); D ÉTIENNE ANGELOZ (1582-1584 ; D. NICOLAS GILBERT {1584- 1585) ; D. JEAN BOËTE (1585-1587).

ous avons dit un mot de la famille de Boëge. Jeanne- @ Louise descendante de cette noble maison sera pen- Ca dant onze ans prieure de notre monastère.

À cette époque, nombre de domaines relevaient du pouvoir souverain ; mais, possédés par des gens de main-morte, ils étaient exempts de laods*, leydes et servis. Une perte réelle en résultait pour le trésor. On la pouvait compenser par

1Inv., K. 26; f° 37.

2 Inv., J.16; f° 32.

3 On appelait droits de laods une taxe de 17:/. qui accompagnait l'approbation d’un contrat. (Bally, Tr'aité des laods et servis, ?° édition, p. 2.)

La leyrle était une taxe qui frappait les denrées et marchandises au moment de leur mise en vente.

d’autres moyens économiques que suggéraient soit la justice, soit un accord mutuel des parties. En 1567, parut un édit obligeant les possesseurs de fiefs à faire les reconnaissances de leurs biens. Mélan se soumit sans retard à cette injonction.

Quelques-unes de ces reconnaissances sont parvenues jusqu'à nous.

Le 28 novembre 1377, les sieurs de Coudrey, de Sallanches, reconnaissaient tenir de Mélan deux moulins avec leurs aigages. Trois ans après, en 1580, ces moulins avaient passé en d’autres mains, ct noble Claude-Urbain de Bellegarde, le nouveau tenancier, déclarait encore que ces moulins se mouvaient du fief de Mélan!.

Les nobles Jean du Cloz et Jean Gaccuz. de Cluses, devaient à Mélan 900 ff. sous le servis annuel de 25 ff. Le 8 janvier 1579, noble Dominique Dumaney, comme mari de demoiselle Françoise Gaccuz, reconnaît cette dette dont il s'était chargé. Il l’acquitte d’ailleurs, ainsi que les arrérages pour 573 f., par transaction du {15 août 15852.

Mais toutes les reconnaissances ne s’exécutaient pas aussi facilement.

- En 1577, Mélan prétendait avoir droit de dime sur deux journaux de terre en Noiret, lieu dit en les Contamines. Michel Leschiaz, marchand, bourgeois de Cluses, contestait ce droit. L'affaire fut portée par devant le juge mage de Bonneville, et le 1” juillet une transaction intervint qui abandonnait à Mélan ladite dime à.

Enfin, vers ce même temps, un procès fut intenté par la dimerie de Fleyrier contre Bernard Clerc et Philibert l'Hoste, au sujet de leurs droits de propriété sur la montagne de Grons. Mélan avait droit sur le tiers de ce mas. Le 2 mars 1580, le Rév. P. Jaeques Besson, vicaire, et dame Jeanne-Louise de Boëge, prieure de Mélan, messire François, prêtre, nobles Angelin, Georges et Nicolas de Chignin, frères, etc..., de Flevrier, firent dresser contre lesdits défendeurs procès-verbal de l’acte de donation de Grons, ratifié en 1328 par le dauphin Humbert; Clerc et l'Hoste reconnurent les droits de Mélan et de Fleyrier#.

Cependant le monastère avait obtenu une heureuse concession de droit de la part de Charles Turban et de son fils Pierre, de Châtillon. Ceux-ci possédaient un bois dans leur commune sur le versant du Giffre. Ils songèrent à y élever des constructions. L’enclos des moniales s'étendant dans la plaine jusqu’au Giffre eût ainsi été exposé aux regards de personnes étrangères et la loi de clôture en aurait souffert.

L'Inv., 4:13; 129 2 Inv., J. 26; f° 33.

3 Inv., J. 17; f° 32.

4 Copie de 1580; arch. Mélan.

im

Mélan offrit aux sieurs Turban une certaine somme et, le 25 février 1576, lesdits propriétaires s’engagèrent, eux et leurs héritiers, à ne rien entreprendre qui pût déplaire à la chartreuse. Danton, notaire!.

Ainsi le monastère n’était pas sans sollicitude pour ses intérêts matériels ; il semble que ses intérèts spirituels étaient plus négligés. Après D. Corquet, au vicariat duquel le catalogue n’assigne pas de date, D. le Couteulx nomme D. Jacques Besson dans la liste des vicaires. Nous avons trouvé, dans la série des prieurs de Val-Saint-Hugon, D. Jean Machon qui porte à son obit le titre de vicaire de Mélan. N’aurait-il pas succédé à D. Corquet ? Profès de Chartreuse, puis prieur d’Aillon en 1563, D. Machon s'était retiré ensuite en Chartreuse où il avait été nommé recteur de la Correrie et ensuite prieur de Pomier en 1571. En 1575, on le rappelait à la Grande Chartreuse. Ce serait vers cette époque qu'il aurait rempli la charge de vicaire de Mélan. De 1582 à 1584, il dirigea les moniales de Prémol, revint ensuite en Chartreuse, fut, en 1589, nommé vicaire de Poleteins, et mourut en 1594. Son obit ajoute à tous ces emplois les suivants : D. Machon fut encore procureur de Chartreuse, prieur de Val-Saint- Hugon et de Bonlieu. |

Quoi qu’il en soit, le vicaire de 1576 négligeait l’assistance aux offices de chœur. Le Chapitre de cette année l’en reprend, et l'engage à être plus régulier. Il l’invite en outre à faire tous ses efforts pour que les décrets du Concile de Trente, les bulles du Souverain Pontife et les décisions des Visiteurs soient rigoureusement exécutés dans le monastèreÿ.

Cette dernière recommandation semble viser la loi de la clôture. Aussi bien, le Chapitre de 1577 revient sur ce point. « Nous exhortons vivement, dit-il, la prieure de Mélan à observer et à faire observer à ses religieuses la bulle du Souverain Poniife touchant l’entrée des personnes séculières au couvent. Elles sont tenues de s’y soumettre. Violer ses pres-

1 Inv., C. 34; f° 13.

? Syllabus priorum Vallis Sancti Hugonis.… Chartreuse de Saint- Hugon, par Burnier, p. 32.

3 Catal. Vicar.

criptions serait encourir une excommunication dont le Pape seul pourrait absoudre. » D'autre part, les sœurs, malgré les ordres donnés, avaient continué de sortir pour aller percevoir leurs revenus. « Plus de ces abus, poursuit le mème Chapitre, ils sont contraires à tous nos Statuts. Quant au vicaire, il pourra désormais percevoir les revenus de la chartreuse de Vallon pour réparer les cellules des moniales et autres édifices de Mélan!. » |

Nous devons dire ici un mot de cette chartreuse de Vallon.

Fondée en 1136, dans les gorges de Bellevaux (Chablais), par les sires de Cervenc, de Langin et de Ballaison, cette chartreuse, distante de Mélan de 14 kilomètres à vol d'oiseau, avait traversé quatre siècles de vie relativement tranquille lorsqu'éclatèrent les troubles de la Réforme. En 1536, Berne fit du Bas-Chablais un bailliage de sa République, et prétendit y comprendre Bellevaux et Vallon. Sept ans durant, Charlotte d'Orléans, mère tutrice du duc de Nemours, disputa aux Bernois cette propriété qui dépendait, disait-elle, de la baronnie de Faucigny. Vers 1543, le différend fut porté devant le Conseil du roi de France qui siégeait en Savoie. En 1545, Berne l’'emporta. Vallon fut reconnu comme faisant partie du Chablais, bien que la moitié de son territoire appartint réellement au Faucigny. Cependant les Pères de Vallon s'étaient réfugiés à la chartreuse de Pomier (bailliage de Ternier) et y avaient mis en sûreté leurs titres, chartes, etc... Le prieur se retira au Reposoir et le procureur fut envoyé à Mélan. Les hérétiques détruisirent par la mine la plupart des édifices de Vallon. Quand Charles-Emmanuel eut recouvré le Chablais, il décida d'établir, de concert avec saint François de Sales, une communauté de Chartreux à Ripailles (près Thonon). Ces religieux prirent possession de leur nouveau couvent le 24 avril 1624. Vallon fut attribué au nouveau couvent qui entretint, sur les ruines de l’ancien monastère, jusqu’en 1793, un Père procureur chargé d'en percevoir les revenus. Mais, pendant 80 ans d'abandon, Vallon avait perdu de son patrimoine d’autrefois : plusieurs terres et dimeries en avaient

1 Catal. priorissar.

été distraites et vendues. C’est dans cet intervalle, en 1577, que nous voyons le Chapitre général affecter les revenus de ce monastère aux réparations urgentes de Mélan.

En 1578, le vicaire de Mélan était nommé procureur de Vallon et D. Jacques Besson lui succédait dans le vicariat. Profès de Chartreuse, D. Jacques Besson était prieur d’Aiïllon probablement depuis 1569, et visiteur, lorsqu'il vint prendre possession de sa charge. Le Chapitre lui recommanda d'éviter avec soin toute familiarité scandaleuse ou dangereuse. Nommé convisiteur en 1579, il mourut, unissant cette charge à celle de vicaire, en 1582.

D. Étienne Angeloz lui succéda la mème année. Ce Père, appelé aussi François, était originaire du Grand-Bornand, diocèse de Genève. Profès du Reposoir, il en était prieur depuis 1577, lorsqu'il fut appelé à Mélan. Des infirmités survinrent bientôt qui l’obligèrent à demander miséricorde en 1584. On le pria d'attendre l’arrivée de son successeur et de se rendre ensuite au Reposoir. En 1585, il était procureur de cette dernière maison lorsqu'on lui imposa le vicariat de Val-Saint-Hugon. Son obit se lit dans la charte de 1596.

Ce fut sous D. Angeloz que Mélan obtint, sur la demande du Général de l'Ordre, des lettres de sauvegarde de Charles- Emmanuel duc de Savoie. Depuis quelque temps déjà les hérétiques, sous les ordres de Lesdiguières, ravageaient le Dauphiné et menaçaient la Savoie. Les craintes du duc augmentaient de jour en jour. D'autre part, Charles-Emmanuel ne profiterait-il pas des circonstances troublées que traversait alors la France pour faire valoir ses droits sur le marquisat de Saluces ? D. Jérôme Marchant, Général des Chartreux, en prévision de telles éventualités, se hâta de recourir à la bienveillance du pieux prince et de lui demander une sauvegarde efficace en faveur des monastères cartusiens. Le 7 mars 1584, parurent des lettres, datées de Turin et valables pour 13 ans.

Le duc prenait sous sa protection spéciale la Grande Chartreuse et toutes ses maisons du duché de Savoie, notamment : « Portes, Montmerle, Pierre-Chastel, Sillon, Silignac, Arveyria, Aillons, Repausoir, la vallée de Saint-Hugon, Pomier, Les

nonains de Mélan et de Poletana aussi avec tous les membres en dépendens, » et leurs propriétés. Ceux qui violeraient ces lettres encourraient la peine des lois, l’indignation du souverain, une amende « de cent marcs d’argent pour chascun et toutes les fois qu’il y seroit contrevenu!. »

À D. Angeloz avait succédé, en 1584, D. Nicolas Gilbert, profès de Chartreuse. Comme nous le voyons par les charges qu'il occupa, ce Père avait des aptitudes particulières pour la direction des religieuses; malheureusement, son passage à Mélan fut de courte durée. En 1585, il échange le vicariat de Mélan contre celui de Poleteins qu’il ne garde pas plus longtemps, car il était déjà recteur de Saint-Hugon lorsqu'il en fat nommé prieur en 1587. Il est simple religieux en Chartreuse lorsqu'en 1589 il passe au vicariat de Salettes. La date de sa mort nous est inconnue.

Son successeur fut D. Jean Boëte. Le nouveau vicaire était un homme de haute valeur intellectuelle et d’une profonde habileté. Profès de Bourg-Fontaine, il venait d'occuper pendant quatre ans avec succès le priorat de Saint-Hugon (1581- 1585). Il apportait à Mélan avec la charge de vicaire celle de convisiteur de la province de Genève qu'il exerçait déjà depuis quelque temps. D. Boëte présida deux fois à la direction de Mélan.

Sous son premier vicariat, mourut, en 1586, après un règne de 10 ans, la prieure Jeanne-Louise de Boëge. Sept de ses religieuses l’avaient précédée dans la tombe : Mère Louise Maiblard, sous-prieure, en 1577 ; et les sœurs Humberte Sarsonay, sacristine, et Perronnette Jay, en 1578; Louise de Cornillon, novice, en 1579 ; Ayma Clodoa, en 1582; Bertrande, novice, en 1583 ; enfin, Marie Danton, en 1585.

1 Vingt Chartes inédites relatives à la chartreuse de Saint-Hugon, par Fr. Rabut, p. 24.

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Maitre-aulel de l'église de Mélan.

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