‹ Histoire de MélanChapitre 95 sur 124 · DL IL · texte numérisé non relu

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MELAN-CHARTREUSE Plan linéaire du premier étage.

Il fallait une fète pour couronner cette restauration. Elle eut lieu le 8 septembre 1779 par le sacre de six religieuses, dont le Livre-Journal ne cite pas les noms.

Mais voici, pour l’année suivante, un fait intéressant. Le Chapitre général de 1779 ordonna qu'on ferait la solennité de saint François de Sales dans toutes les maisons de Savoie. Mélan la célébra pour la première fois le 29 janvier 1780.

Cependant, les travaux projetés par Dom Jacques n'étaient pas achevés. L’autel, gothique aussi sans doute, n’était plus en harmonie avec le nouveau sanctuaire. Le prieur d’Aillon y alla de sa bourse et paya le bel autel en marbre de diverses couleurs, que notre église a conservé jusqu’à ce jour. Les fondements en furent creusés en 1781.

Ici se place un curieux détail : Le Livre-Journal parlant de ce dernier travail ajoute : « Selon les apparences, la princesse Béatrix, fondatrice de cette maison était morte en 1321, et la tradition porte qu’elle a été enterrée au pied du grand autel avec son fils qui était Cardinal et qu’une de ses filles s’est faite religieuse dans cette maison. En 1781, lorsqu'on a creusé les fondements de l’autel, on a fouillé dans la terre le plus profond qu’on a pu, et l’on n’a trouvé aucun vestige de son tombeau parce qu’anciennement l’église était fort enfoncée et qu’on l’a relevée depuis !. »

Béatrix a, en effet, nous l’avons dit, été inhumée près de son fils, ‘au pied de l’autel en 1310. Son fils Jean était-il Cardinal? Nous ne le pensons pas. Nous savons, en effet, qu’il mourut âgé de près de 20 ans. Quant à la fille, il s’agirait ici de la seconde fille de Béatrix, Catherine. L'histoire n'a pas laissé de trace de cette princesse. Elle aurait pu vraisemblablement finir ses jours dans ce cloître Mélanais. Ce serait un beau nom de plus aux dyptiques de Mélan. Mais ce que l’on doit remarquer dans la note du Journal, c’est que les fouilles faites n’aboutirent à aucun résultat.

En 1876, lorsqu'on rétablit l’église dans son style primitif, on eut l’occasion de faire de nouvelles recherches. Je me souviens fort bien que les élèves des hautes classes admis à

creuser le sol de l’église, fouillèrent avec un enthousiasme de dix-huit ans pour retrouver auprès de l’autel le tombeau de la princesse. Tout fut inutile et, à ce jour où nous écrivons, la Grande Dauphine, qui emplissait le monde de sa renommée a dans l'histoire pour épitaphe et pour tombeau un point d'interrogation. Vanité des vanités !

Enfin pour terminer la nomenclature des réparations faites sous les ordres de D. Collonges et de D. Jacques, prieur d’Aillon, disons un mot du couvert de l’église.

En 1670, D. Claude Balmen, vicaire de Mélan, avait découvert au pied de la montagne du Pradelis une carrière de belles ardoises. Il fit venir de Maurienne des ouvriers pour apprendre aux gens de Taninge à exploiter cette carrière. Louable zèle dont la religion a donné tant de preuves dans son histoire. Or, le Licre-Journal nous dit que « le côté de l’église de Mélan qui donne sur le cimetière était encore couvert en 1788, des premières ardoises extraites de cette carrière vers 1670, témoignage de leur bonne qualité et l’autre côté on l’a recouvert à neuf avec les ardoises de cette carrière en 1781. »

Pendant ces travaux de réparation, Mélan continuait d'arrondir ses propriétés, du côté âes Gets. i

Le 24 mars 1779, il acquérait de Claude Jacquier dit Piccard, une pièce de bois de 25 toises de largeur à la Rosière pour la somme de 260 livres; le 21 septembre de la même année de Jean François et Pierre Perrier une montagne au même lieu au prix de 480 livres.

Le 14 février de Claude Jacquier une montagne au dit lieu pour la somme de 1460 livres.

Enfin le 9 janvier 1781, d'Angelin Jacquier une pièce de terre, même lieu, pour le prix de 50 livres. Tous ces actes signés Pralon N°!.

On se souvient qu’en 1713 D. de Montgeffond, Général de l'Ordre, avait prèté à Mélan 16.000 livres. Pour décharger Mélan de cette redevance, la Chartreuse d’Aillon céda à la Grande Chartreuse le domaine de Favrat qu’elle possédait près de Chambéry.

En 1774, l'Ordre donne à Mélan pour subvenir aux nécessités des religieuses, 10.000 livres de France qui furent

placées sur les moulins de bois de Lyon, au quatre pour cent. Mais les intérêts ne rentraient pas. Par acte du 1°" septembre 1780, cette somme fut retirée et prêtée à la chartreuse de Lyon sous le revenu annuel de 480 livres de France!.

Ces faits nous prouvent que si Mélan faisait si bien face à ses affaires, c'était en grande partie grâce à la générosité des autres maisons de l'Ordre.

Vers la fin du priorat de Thérèse de Menthon le monastère intenta un procès au conseil de Taninge. Autorisé par l’Intendant de la province de Faucigny, Rolf, le conseil de la Communauté de Taninge avait imposé aux fermiers et aux domestiques de Mélan les corvées sur la route qui conduisait au Pradelis et au pont des Gets. Mélan crut devoir protester contre cette nouvelle charge. Par décret du 14 novembre 1781, l’Intendant prononça que Mélan devait jouir du privilège des nobles, que les domestiques seraient exempts de corvée, mais non pas les fermiers*. Mélan à cette occasion fit réparer le chemin qui traversait ses possessions au bois des Gets. Le prix fait fut de 300 livres. Ce fut un des derniers actes de ce priorat.

Lors de la visite de 1767, V. Mère de Menthon déjà chargée d'infirmités demandait miséricorde. Les Pères Visiteurs n'accédèrent pas à sa demande. Elle fut maintenue prieure à cause de ses rares qualités et de ses éminentes vertus. Durant quatorze ans encore elle exerça sa vigilante direction. Mais ses forces étaient à bout. Le Chapitre de 1781 accepta sa démission. Elle rentra dans le rang des simples religieuses. où elle passa quatre ans encore. Sa mort arriva en 1785. On lui accorda une messe de Beata dans tout l'Ordre où elle avait vécu louablement pendant 53 ans.

Dix religieuses étaient mortes sous son priorat :

En 1765 : Sœur Josephte Julliard donnée.

En 1767 : Sœur Marie-Françoise Presset, professe. Sœur Jeanne-Marie Déléans, donnée.

. En 1768 : Sœur Marie-Gabrielle Perrier, née à Chambéry

le 5 décembre 1700, professe le 15 août 1721, morte le 22 octobre 1768. Un recueil de profession des différentes maisons de l'Ordre ajoute après son nom cet éloge qui est tout un panégyrique: Vraie sainte.

En 1770 : Mère Marie-Angélique Charmette, sous-prieure.

En 1771 : Sœur Sabine Dufresne, née à Thonon, le ? juin 1698, professe le 17 juillet 1718, antiquior.

En 1773 : Sœur Marie-Claudia Dingy, professe.

En 1779 : Sœur Madeleine Thiabaud, professe.

Sœur Gabrielle de la Croix, donnée qui vécut louablement dans l’Ordre durant 50 ans.

En 1780 : Sœur Jeanne-Claudine Latte, professe.

Toutes les professes qui précèdent eurent le privilège d’une messe de Beata dans tout l'Ordre.

Nous touchons aux derniers jours du monastère.

1 Note communiquée par D. Scribe en 1888.

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Mélan. — Fenêtres géminées de la maison des Vénérables Pères.

Les Fontaines (Châtillon) ferme de Mélan.

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