SON RAPPEL DANS SA FAMILLE
ordres monastiques. Sans songer à discuter les sentiments de l'une et les jugements de l'autre, la jeune fille se tut, se soumit, et rentra au foyer paternel : elle comptait sur le temps, sa ferme volonté et la grâce de Dieu.
Tout d'abord les parents durent se montrer satisfaits; car par toute sa conduite, extérieure du moins, Philippine semblait entrer à pleines voiles dans le courant de leurs intentions. Elle parut dans le monde : « Elle allait comme nous aux concerts, nous apprend sa sœur; elle s'y amusait fort et prenait grand plaisir à danser. Elle m'a déclaré plus tard que , là même , elle pensait au bonheur qu'elle aurait de se faire religieuse; mais en attendant elle s'appliquait de bon cœur à ses leçons de danse. Elle y portait son caractère sérieux, étudiant gravement les pas les plus difficiles: on eût dit qu'elle prenait des leçons d'algèbre. »
A cette époque, la famille maternelle de Philippine était entrée dans une ère de brillante prospérité. M. Claude Périer, son oncle , venait d'acquérir le château monumental de Vizille, la merveille du Dauphiné, où il avait installé sa fabrication de toiles peintes, une des premières que nous ayons possédées en France. A cet accroissement de fortune se joignait le plus pur bonheur domestique, et un nombreux essaim d'enfants donnait une vive animation aux deux maisons unies des Duchesne et des Périer. Philippine y trouvait une entière et douce communication d'idées et de pratiques avec ses deux sœurs , Amélie , l'aînée, qui devint M'"° de Mauduit, et Charlotte-Euphrosyne, qui fut plus tard M'"" Jouve. Elle se lia aussi d'une spéciale amitié, profonde, inaltérable, avec sa cousine, M"*' Périer, alors âgée de seize ans, cœur et tête dignes d'elle, qui a laissé à Grenoble , sous le nom populaire de M™® Savoie- Rollin, le souvenir d'une charité intrépide, inépuisable,
dont Philippine plus tard ne fut pas la dcrniève à éprouver les largesses. Toutes ces femmes furent dans la suite autant de types accomplis de la vie chrétienne dans le monde, comme leurs tantes et grand'tantes avaient été des modèles de la perfection religieuse dans le cloître.
Tandis que les mères formaient leurs filles sous leurs yeux, toute l'attention des pères, particulièrement de M. Claude Périer, se portait sur ses iils, qui furent au nombre de huit, et dont les trois aînés, Augustin, Casimir et Scipion , bien qu'encore enfants , l'évélaient déjà les qualités d'intelligence qui devaient les élever à d'éminentes positions. Econome du temps comme de tout le reste , Claude Périer n'était pas homme à laisser ses garçons dilapider ce trésor, et l'on peut voir encore dans sa maison de ville la tourelle carrée oîi il les continait tout, le jour pour leurs études, sous la direction d'un prêtre de mérite, M. l'abbé Raillane, qui plus tard fonda une maison d'éducation, transférée à la Tronche en 1815. Grâce à l'action de ce digne ecclésiastique et surtout de leur mère, les jeunes Périer étaient soigneusement élevés dans la crainte de Dieu ; même l'aîné des frères , Augustin , plus tard pair de France, se distinguait alors par une piété ardente qui le rendait spécialement sympathique à Philippine. Celle-ci demanda et obtint la permission de suivre les leçons que ses cousins recevaient à la maison, et de compléter ainsi ses premières études. Tout devait être viril dans la formation de l'esprit comme du cœur de cette femme , l'instruction aussi bien que l'éducation.
C'est ainsi que Philippine étudia le latin, particulièrement en vue de comprendre l'Ecriture sainte, dont nous la verrons faire un si bel emploi dans ses lettres. Elle dut s'appliquer aussi, avec ses cousins, au calcul usuel que M. Périer, leur père, homme éminemment pratique, met-