‹ Histoire de Mme DuchesneChapitre 81 sur 247 · ENTRÉE D'EUPHROSYNE AU NOVICIAT · texte numérisé non relu

ENTRÉE D'EUPHROSYNE AU NOVICIAT

jamais aucun goût pour le mariage. Dans ses épanchements, elle aspirait à instruire les pauvres et à souffrir le martyre. Je donnai un jour pour devoir de classe de s'exhorter au martyre; elle le fit d'une manière si noble, si élevée , que je vis bien qu'il y avait autre chose que l'efTet de l'esprit naturel dans sa composition, et que son âme n'aspirait à rien d'humain. Au fort de la persécution contre le Pape et l'Eglise, elle y souriait dans l'espoir d'avoir l'occasion de prouver sa foi. Si toi-même ne lui as pas entendu parler de ce ton, il ne faut pas t'en étonner; car cela n'est pas aisé à dire à des parents : le cœur en souffre, sachant qu'il fera souffrir. Ote-toi donc de l'esprit toute pensée amère; bénis Dieu de trouver l'occasion de lui faire un don qui lui agrée, et d'avoir tous les jours, présente devant Lui, l'hostie d'offrande et d'action de grâces qu'il avait droit d'exiger de toi. »

Un mois après cette lettre, nous lisons, dans le journal de Sainte -Marie- d'en -Haut : « Aujourd'hui, 25 décembre 1814, quatre postulantes sont entrées au noviciat : ailles Euphrosyne Jouve, Olympie Rombeau, Rosalie Me- , neroude et Octavie Berthold. » De ces quatre postulantes , une devait un jour partir pour les missions étrangères avec ]\Ime Duchesne ; une autre, celle-là que nous venons de voir aspirer au martyre, devait s'offrir comme victime pour la réussite de l'expédition.

Au bout de sept mois de postulat, le 6 août 1815, en la fête de la Transfiguration , Euphrosyne reçut enfin le voile des mains de sa tante. « Ma chère amie, écrivait celle-ci à M'"° Jouve, en mère chrétienne et pleine de foi, tu témoigneras à Dieu ta reconnaissance pour un sacrifice dur à ton cœur, mais qui fera le bonheur de ta fille. Ce n'est pas à un homme que tu l'as donnée , mais à Dieu ; et peut-on appeler perdu ce qu'on trouve toujours en Lui, et

ce qu'il te rendra un jour avec usure? Euphrosyne a senti tout ce que tu fais pour elle , et la générosité de son sacrifice ne l'empêche pas de faire vers toi les retours les plus tendres. »

Cependant , un grand Conseil destiné à fixer les statuts de la Société étant sur le point de s'ouvrir à Paris , M"»* Duchesne s'y rendit avec la mère Bigeu , alors supérieure de Sainte-Marie-d'en-Haut. Ce fut le 26 octobre 1815 qu'elle quitta la montagne , sans se douter qu'elle ne la reverrait jamais : l'heure de Dieu était proche.

Ce que cette heure du départ lui coûtera de déchirements , et quel cœur elle offrira au glaive qui s'apprête à trancher tant de liens , nous le savons maintenant. Mais celui qui a dit : « Quiconque ne sait pas quitter sa famillQ et sa maison pour l'amour de moi, n'est pas digne de moi, » ne demande de tels abandons que parce qu'il est capable de les récompenser. Son cœur est plus grand que tout; et quelque généreux que soit le sacrifice qui nous immole à lui , il ne sera jamais qu'une réponse tardive à l'amour qui^l'a fait s'immoler pour nous.

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