SA PRIÈRE POUR LES MISSIONS
son Institut; mais surtout elle priait. Il n’y avait pas un seul des besoins spirituels, ou privés ou publics, qu'elle ne porlât devant Dieu : elle était, auprès de Lui, ainsi qu’on l’appelait, « le chargé d’affaires de la Société. »
Elle priait pour les enfants, elle se mortifiait pour elles : c'était la dernière ressource et le dernier moyen qui restât à sa vieillesse de servir leurs âmes. Une fois, malgré son âge, elle jeûna huit jours de suite pour obtenir la conversion d'une élève qu'elle poursuivait d’une austère et infatigable affection. Cette jeune fille lui dut la grâce de la vocation religieuse. Plus tard, M°° Duchesne, alors près de mourir, ayant appris que celte enfant de ses prières était sur le point de faire profession , elle en versa des pleurs de joie et de reconnaissance. (
Elle priait pour les missions et les missionnaires ; et ceux-ci n’hésitaient pas à lui attribuer le succès de leur ministère : « À chaque retour de mes missions, écrit le P. de Smet, je me faisais un devoir et un bonheur d'aller offrir mes respects à la bonne mère Duchesne ; et je ne sortais jamais de ces visites sans être convaincu que je venais de m'entretenir avec une vraie sainte. J'ai toujours regardé cette mère comme la plus grande protectrice de nos missions. Pendant bien des années, elle offrit deux communions par semaine, et des prières tous les jours, pour la conversion de nos Indiens qu'elle aimait tendrement. Rien ne semblait la rendre plus heureuse que d'entendre parler de leur conversion, de leur ferveur et de leur zèle dans la persévérance, et je ne doute pas que plusieurs ne doivent leur retour aux prières et aux mortifications de cette sainte mère’. »
1 Saint-Louis, 9 octobre 1872 (traduit de l'anglais).
— « Je n'ai de plaisir qu’à entendre parler des espérances que donne la mission des montagnes Rocheuses, » écrivait-elle de son côté ‘. Et dans une autre lettre : « Quel bien immense résulterait pour la Religion, si on pouvait aider la mission au delà des montagnes Rocheuses! Plus on avance vers l'Océan, plus on trouve de facilité pour le progrès de la foi. Le P. de Smet écrit qu’ils ont baptisé douze cents Indiens; je crois qu’il y aurait de l'ouvrage pour vingt prêtres et vingt frères, si on les avait. C’est en considérant les frais nécessaires à de tels établissements qu'on est tenté d'être riche ?! » Son livre de prédilection était les. Annales de la propagalion de la Foi, dont elle-même écrivait : « Je n’ai rien lu de ma vie de plus intéressant, ni de plus propre à enflammer le zèle. Cette lecture fait mes délices *. » Ainsi se consolait-elle de ne pouvoir prendre part à ces expéditions, comme un vétéran qui, mis hors de service par sa glorieuse vieillesse, aime du moins à relire le bulletin des batailles gagnées par des frères d'armes plus valides que lui.
. Elle priait pour les pécheurs. Une suite de désastres qui fondirent sur Saint-Louis en 1849, fut pour elle le signal d'un redoublement de prières, de zèle et d’expiations : « Cette ville, écrivait-elle, vient de fournir un terrible exemple des châtiments que Dieu envoie pour punir la transgression de ses lois. Le luxe, l'ivrognerie, la violation du repos du dimanche, l’omission de la messe, ont attiré premièrement un incen-
1 A Mne Jouve, 5 mai 1843, 2 À Mre Bazire, 14 octobre 1844.
3 Saint-Charles, 29 décembre 1844.