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Histoire de mon temps 2e série, présidence décennale, Second Empire

I. Effet produit en Europe par la victoire de l'Aima. Fausse nouvelle de la prise de Sébastopol. Déception on France. Le maréchal Saint- Arnaud marche sur la Katcha. Les Russes ferment l'entrée du port de Sébastopol en coulant sept vaisseaux de guerre. Les généraux en chef décident qu'on attaquera Sébastopol par le edté aud. Aggi-avalion de Tétat de santé du maréchal Saint-Arnaud. Ses dernières heures. Sa mort. Le général Canrobert le remplace dans le commandempnt. Commencement du siégo. Journ(''e du 17 octobre. — II. Désappointement en An^çleterre. Sir Charles Napier et les illusions anglaises. Attitude de TAutriche. Ses réformes politiques. Sa diplomatie dans la question d'Orient. — III. Albires de Grimée. Combat de Baladava. Charge de la cavalerie anglaise. Dispositions stratégiques des généraux. Canrobert et Raglan. Bataille d'Inkermann. Détails. Pertes et souffrances de l'armée anpin iso Ouragan du 14 novembre. — IV. Mesures financières prises en France. Emprunt par souscription. Coup d'œil sur les budgets antérieurs à celui de 1854. Convocation du Cur|>s Législatif. Travaux deî» sessions de 18^4 et ]85.>. Lois sur rinstnietion publique et la dotation de Taimée. M. Billault. Modifications ministérielles. Annonce d'une Exposition unîTerselle de l'industrie. Retour à Paris du prince Napoléon. Départ projeté de Napoléon 111 pour la Crimée. Mort soudaine de l'empereur Nicolas.

Le retentissement de la victoire de TAlma fut

immense. La nouvelle de ce premier choc des

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armées alliées contre l'armée russe et de la défaite de cette dernière^ portée au loin avec la rapidité singulière qui fait croire quelquefois que la reDommée de certains événements devance raccomplissement de ces événements eux-mêmes, fut accueillie en Europe avec une émotion profonde.

Cette émotion fut d autant plus vive qu'une exagération fortuite ou préméditée dans des intérêts de spéculation vint lui donner, au début, une importance beaucoup plus grande encore que celle qu'elle avait en réalité :

Une dépêche datée de Bucharest^ le 30 septembre à six heures du soir, annonçait qu'un Tartare venait d'arriver dans cette ville ^ porteur d'une lettre officielle pour Omer-Pacha et que le général turc, étant parti pour Silistrie, le Tai tare avait rapidement continué sa route, mais que, durant les (juclques instants passés par lui a Bucharest il avait raconté les faits mentionnés dans la dépêche dont il était porteur, faits qui pouvaient se résumer ainsi :

Après la victoire de l'Aima les armées alliées,

marchant en avant, auraient rencontre une seconde fois Tarmée russe sur la Katcha, et l'ayant dispersée, puis investissant Sébastopol, se seraient successivement emparées des torts qui détendaient la place et du corps de la place elle-même. On avait ordonne à Constantiuopie une illumination de dix

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juui b un général français et trois généraux russes blessés, étaient arrivés dans cette ville.

Une antre dépèche affirmait qu*une partie de Sébastopol était déjà occupée par les armées alliées; le prince Menchikoff s'était retiré au fond du port sur les vaisseaux russes et avait menacé de se faire sauter avec toute la Qotte si elles avançaient davantage. Alors on lui aurait donné six heures pour réfléchir, en rengageant, au nom de I humanité, à ne pas persévérer dans cette terrible résolution.

Ces nouvelles controuvées furent généralement

admises non-seulement en France mais dans toute 1 Europe. A Paris on prétendait que la dépêche adressée au gouvernement par le maréchai de Sailli- Arnaud, reçae le 30 septembre à trois heures et parvenue à trois heures et demie à Bou^ logne, où l'empereur accompagné de Timpératrice était allé visiter les troupes du camp, coniirmait la nouvelle transmise de Bucharest et annonçant la chute de Sébastopol.

La vérité, en ce qui touchait cette dernière assertion, était que l'empereur avait reçu la dépêche pendant qu'il passait les troupes eu revue ; qu*il leur avait annoncé la glorieuse victoire de TAlma et avait ajoute, comme Tindiquait la dépêche, que les armées alliées marehaient sur Sébastopol dont la reddition pourrait devenir la cou séquence de

Diyilizeo by GoOglc

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cette victoire. L'illusion, comme noua venons de le dire, n'en fut pas moins complète à Paris et dans les départements où non-seulement on illumina^ comme dans la capitale, mais oii des réjouissances publiques eurent lieu sur plusieurs points.

Cependant une dépêche de Berlin publiée le 3 octobre par le journal X Indépendance belge vint promptement détruire ce mirage en annonçant qu'à la date du 26 septembre le prince Menebikoff occupait toujours SébastopoL La surprise d opinion avait été assez générale en Europe pour que M. de Hubner, ministre d'Autriche à Paris^ eût fait deux démarches successives d'abord de la part du comte de Buol^ puis au nom de l'empereur François-Joseph lui-même, pour féliciter la cour des Tuileries du succès de ses armes. L'Autriche se fût-elle ainsi avancée si elle n^avait pas été sûre de la prise de Sébastopol? Voilà ce qui se disait dans tous les cercles politiques, même en haut lieu, où la double démarche de M. de Hubner avait causé une très-grande satisfaction.

La vérité se fit jour^ enfin, et alors se produisit un fait très-caractéristique * le tempérament du peuple français, particulièrement celui de la population parisienne, est très-impressionnable, on le sait, et peut subir presque sans transition des influences extrêmes d'une nature absolument contraire. C est ce qui arriva en cette circonstance :

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on avait trop facilement aiiiuis la possibilité d une victoire complète et Ton fut presque consterné de n'avoir plus à enregistrer qu'une victoire restreinte. Le canon des Invalides en annonçant aux Parisiens le brillant succès de TAlma ne satisfit plus entièrement des gens qui axaient compté sur la prise de SébastopoL On avait illuminé la veille^ on murmura presque le lendemain.

La concordance d'informations identiques dans leur fausseté et venant de tant de côtés à la fois fut attribuée, ainsi que la dépêche de Bucharest, à un vaste coup de Bourse qui aurait été concerté entre plusieurs grandes maisons financières chargées de faire éclater la triomphante nouvelle sur les principales places de TËurope. Mais ce bruit, généralement répandu, n'a été justilié par aucunes preuves ultérieures^ et ne peut être historiquement mentionné qu*à titre de bruit.

Que se passait-il cependant sur cette terre de Crimée toute retentissante encore du canon victorieux des armées alliées?

Le maréchal Saint* Arnaud avait puisé dans le triomphe les dernières forces que la nature put lui accorder, mais ces forces étaient insuflisantes. Le lendemain de la bataille fut consacré à lenterrement des morts, au transport des blessés, à la constatation officielle des résultats. Les prisonniers russes étaient au nombre de mille envhron, dont

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plusieurs officiers supérieurs et un général. Pendant la nuit même qui avait suivi la bataille^ le maréchal avait utilisé son insomnie en écrivant d'abord à l'Eaipereur, puis à la maréchale et en rédigeant une courte proclamation à Tannée. Sa ferme intention était de se remettre en marche le 22 septembre au matin et de se diriger sur la Katcha où il espérait rencontrer une seconde fois les Russes et remporter sur eux une victoire nouvelle. Mais Tannée anglaise n était pas prête ; il fallut attendre au lendemain. On lit à cette date dans le journal tenu par le maréchal, ces lignes qui révèlent toute une situation : « Quelle lenteur dans nos mouvements ! on ne peut pas bien faire la guerre ainsi, n

Le 23 on partit enfin à sept heures du matin ^ et Ton ne rencontra pas les Russes. Des morts^ quelques blessés abandonnés sur la route» tels étaient les seuls indices de leur présence récente. Les deux armées traversèrent la Katcha en partie à gué, en partie sur un pont qui n'avait pas été détruit et elles bivaquèrent sur des collines boisées qui côtoyaient la mer, tandis que les flottes qui les suivaient jetaient 1 ancre en vue de leurs campements. Ce soir-là le vice-amiral Uamelin Ht savoir au maréchal que les Russes venaient de prendre le parti extrême mais très-habiie, comme la suite Ta prouvé, de couler i Tentrée du port de

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Sébafttopûly sept gros navires» dont dnq vaisseaux

et deux frégates. Le Roland, bâtiment français commandé par le capitaine la Roncière le Noury qui, en opérant une première reconnaissance, avait relevé le nombre de ces vaisseaux, tut envoyé de nouveau par i*amiral pour constater positivement le sacrifice fait par lennemi, sacrifice auquel la flotte avait assisté de loin.

Les Russes sont vaillamment destructeurs lorsqu ils attribuent à cette destruction un grand intérêt défensif. Moscou l'avait prouvé ; Sébastopol devait le prouver encore. 11 est certain que cette mesure extrême de eouler leurs navires mouillés à rentrée

du port, en avant de restacade, a eu pour effet de modifier complètement les plans d'attaque primitivement combinés par les chefs de l'expédition. « En effet, dit le rapport du vice-amiral Hamelin, il avait été en quelque sorte admis^ qu'une fois le fort Constantin pris et les batteries élevées sur la partie nord enlevées^ les flottes, donnant alors dans le port en brisant les estacades^ non-seulement achèveraient Toeuvre de 1 armée en attaquant les batteries du sud, mais offriraient un concours assure à cette armée dans le port même de SébastopoL »

Le maréchal de Saint-Arnaud , aussitôt après avoir reçu cet important avis , appela Lord Raglan à une conférence» et tous deux résolurent d attaquer

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Sébastopol par le sud^ au lieu de l'assiéger par le nord. Il fallait pour la réalisation de ce plan, tour^

ner la place, se diriger sur Balâclava el s emparer de ce point de la côte très-important pour les communications forcées de Tarmée de terre avec les flottes; deux ou trois jours au plus semblaient nécessaires pour arriver à ce résultat.

Le 24 et le 25 septembre les coionues anglofrançaises trayersant un pays découvert sans rencontrer l'ennemi, atteignirent la vallée du Belbeck après avoir gravi les hauteurs qui les séparaient de cette oasis où les dons de la nature et les embellissements dus à la main de ' Tbomme, étaient malheureusement compromis par les conséquences désastreuses de la guerre. Les plantations, les maisons riantes^ les riches villas portaient les déplorables empreintes du génie de la dévastation. Une admirable maison de plaisance, propriété du général prince Bibikoff avait été en partie saccagée par l'armée russe on retrailt? ; les An^lo-traocais en achevèrent la destruction et i incendie la dévora; vandalisme déploré en quelques mots énergiques par le maréchal, dans les dernières lignes que sa main défaillante ait tracées sur le journal qu'il écrivait quotidiennement depuis le commencement de la campagne.

Du campement, installé sur les hauteurs qui dumiaaiient cette fertile vallée, on pouvait aperce-

voir Sébasf opol, et c*élaît à partir de ce point que

les armées allaient manœuvrer pour tourner la place aÎDsi quQ le plan en avait été arrêté la veille. Des bois assez épais qu ii lallait traverser pour exécuter ce mouvement, rendaient difficile et pénible la marche des armées accompagnées de leur matériel. Les Anglais formaient Tavant-garde. Plusieurs cas de choléra s'étaient déjà manifestés et^ dans lanuit^ le maréchal atteint par ce nouvel ennemi, donna les inquiétudes les plus sérieuses. Le lendemain^ le mal étant amoindri, H. de Saint- Arnaud voulut monter à cheval, mais ses efforts furent impuissants, et on dut le transporter dans la calèche du prince MencliikofT, prise, comme on Ta vu, à la suite de la bataille de TAlma. Ce fut ainsi qu'il traversa avec les deux armées, les bois souvent inextricables qu il fallait franchir pour déboucher ensuite dans la vallée de la Tchernaïa, route excessivement difficile à tenir et qui fatigua d'autant plus les hommes et les chevaux qu*un brouillard ijui se Lait élevé retombait en pluie et délayait les terres. L'avant-garde anglaise, en sortant des bois, s'était inopinément trouvée très-rapprochée d'une division russe qui marchait devant elle vers Batchi-SeràlC; c'était l arrière-garde du corps d année commande parle prince Menchikoff en personne^ lequel, après être rentré dans Sébastopol, et avoir ravitaillé la place, se dirigeait vers

le point stratégique qu'il voulait occuper à Batchi-

Serai. La cavalerie anglaise attaqua les Russes qui 86 replièrent immédiatement^ laissant au pouvoir de leurs adversaires une tientaine de chariots et de caissons renfermant des munitions et des bagages. On bivaqua près de la ferme de Maekensie.

Dans la nuit qui suivit cette fatigante journée, Tétat du maréchal Saint-Arnaud empira d'une façon si visible que le docteur Cabrol qui le soignait crut devoir avertir le colonel Trochu, son premier aide de camp. Désormais le maréchal ne pouvait absolument plus, quelle que fût d'ailleurs la force de sa volonté, appliquer son esprit à la direction supérieure d'une armée dans des circonstances si peu ordinaires. Le colonel Trochu recevait donc ainsi la pénible mission de prévenir son chef que le moment était venu de déposer le commandement suprême. Il s'en acquitta en homme de cœur et de courage ; et dès les premières paroles qu'il fit entendre au maréchal sur Timpossibilité physique où la maladie le plaçait^ de s'occuper utilement des mille détails d un commandement tel que le sien.

Je vous comprends, lui dit M. de Saint- Arnaud^ faites appeler Canrobert. »

Le général Canrobert s empressa d'accourir, il était alors cinq heures du matin. Introduit dans la tente du maréchal, il s'approcha de la couche où M* de Saint-Arnaud gisait épuisé. Ce dernier^ au

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bruit de ses pas, se retourna, et, d*une voix qu*on

n'enteodait presque pius^ lui dit : « Vous m'avez fait connaître les ordres dont vous étiez porteur. Désormais, général, je vous conlio le commandement^ et cela diminue un peu mon regret de le quitter, n Canrobert très-ému et qui avait des larmes dans la voix, exprima brièvement et cordialement combien toute Tannée serait affectée en apprenant que les souffrances du maréchal ne lui permettaient plus de la commander. M. de Saint- Arnaud lui serra la main et, peu de temps après , ayant repris quelques iorces, il put dicter ce bel ordre du jour que personne en France n'a lu sans émotion, tant le cœur du soldat y apparaît tout entier derrière la phrase simple et touchante :

9 Soldats, votre général en chef, vaincu par une cruelle maladie contre laquelle ii a lutté vainement^^ envisage avec une profonde douleur, mais saura remplir l'impérieux devoir que les circonstances lui imposent, celui de résigner le commandement dont ï^a santé à jamais détruite ne lui permet plus de supporter le poids. Soldats, vous me plaindrez, car le malheur qui me frappe est immense, irréparable et peut-être sans exemple. »

Tel fut le dernier acte public de cet homme auquel a été accordé cette chance suprême d'avoir une belle mort.

• A sept heures du matin, Tarmée reprenait son

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mouTement vers la vallée de la Tchernaïa et,

sortant enfin des bois qui embarrassaient et attristaient sa marche, débouchait en descendant des puiiles rapides dans une plaine qui présentait à rœil une assez vaste étendue traversée par la rivière dont un aqueduc portait les eaux à Sébastopol.

Pendant ce temps les Anglais qui marchaient à lextrème gauche, s'avançaient vers Baladava où rien n'indiquait que les Russes fussent en force. Cependant lorsque leurs têtes de colonne parurent sur la route qui conduisait à la ville, des coups de canon leur turent tires du haut d'un vieux château génois tout en ruines et Lord Raglan ayant fait occu* per par sa division légère et de Tartillerie, les collines situées à droite et à gauche de la place^ cette dernière se rendit sans résister davantage, ce qui ^ d'ailleurs, lui eût été difficile à cause du petit nombre de ses défenseurs.

Dès que lenuu echal de Saint-Arnaud, qui arrivait au camp de la Tchernaïa dans un état de faiblesse si grand qu'il était devenu impossible de le descendre de voiture > dès que le maivcliai, disonsnous> eut connaissance de Toccupation de Balaclava par les troupes anglaises , il y envoya un de ses aides de camp pour lui faire disposer de suite un logement où il pût séjourner jusqu'«\ ce que le Berthotletf sur lequel il devait s'embarquer, fût entré dans le port. Maintenant qu'il avait fait le

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pénible sacrifice de son ( uuiniaiidement, il semblait qu'il eût nue hâte fébrile de s'embarquer pour Constantinople. Avec les dernières illusions du mourant^ il paraissait^ par moment, conserver encore lespoir d y rétablir sa santé, illusions que ne pouvaient partager, du reste, le marquis de Puységur son gendre» et les officiers qui l'entouraient, instruits qu'ils étaient , par le docteur Cabrol, qu il n'y avait plus à concevoir la moindre espérance. Ce ne fut que deux jours plus tard que M. de Saint-Arnaud put être embarqué sur le Ber- Uiollet , dont les matelots le transportèrent à bord dans un cadre de marine^ recouvert d'un drapeau .tricolore. La veille, les généraux Canrobert et Bosquet étaient venus faire leurs adieux à leur ancien chef Dans la matinée du départ, Lord Raglan et Tamirai Lyons se présentèrent également deux fois pour le voir : la première^ ils respectèrent Tassoupissement du maréchal, la seconde, ils pénétrèrent jusqu'à lui : « Je vais mieiiXi leur dit-il, Tair delà mer, les soins de ma femme vont me remettre. Je vous suivrai toujours par la pensée» >i Les deux braves Anglais se retirèrent navrés.

Et, en effets la dernière heure était arrivée pour le maréchal. Transporté dans une petite cabine disposée tout exprès pour le recevoir sur la dunette du BerlhoUet, et où^ suivant sa demande^ Tavait accompa^é un des aumôniers de Tannée^

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l'abbé Parabère, il reçut les consolations de la religion, puis tombant dans ce repos sinistre qui^suit lesdemières souflGrances et précède souvent la mort, il rendit doucement son âme à Dieu en présence de son gendre, du général Yusuf et de ses officiers.

Le maréchal était mort le 29 septembre; le lendemain, assez tard dans la soirée, le Berlhollet^ qui avait ralenti sa marche pour n*arriver que de nuit à CoUîitantinople, aborda à Tliérapia, où le général Yusuf, accompagné du docteur, descendit pour annoncer à Mme de Saint-Arnaud la douloureuse vérité. Le corps du maréchal^ recouvert d un drapeau, fut transporté dans la chapelle de Tambassade de France, et le 4 octobre à cinq beiu'es, le Berthollet emportait vers la France ces dépouilles mortelles que la maréchale acconi p. lignait pieusement et que le sultan saluait du haut des balcons de son palais, scène imposante par sa funèbre grandeur 1

Cependant le 28 septembre le général Canrobert adressait de Balaclava au ministre de la guerre cette dépêche qui résumait en peu de mots la situation : « le maréchal de Saint-Arnaud , gravement malade^ m*a remis le commandement de Tarmée, conformément aux ordres de TËmpereur. Aujourd'hui je fais des livres à Balaclava et je commencerai dans 1 après-midi mon mouvement vers Sébastupol. L ennemi n'ayant pas reparu depuis la

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victoire de l'Aima, notre marche tournant le sud de Sébastopol s'est opérée sans aucune «iiilicuilé. Établi sur les plateaux qui précèdent la place, je recevrai, par les baies du cap de Chersonèse, mes vivres et mon matériel de siège. »

Bientôt des reconnaissances furent poussées jusqu'en vue de Sébastopol par les généraux Bizot et Thiry^ du génie et de l'artillerie; elles ne furent point inquiétées par le feu de la place. Les Russes étonnés de voir surgir Tennemi sur un point et d'un côté; où ils ne lattendaient pas, s'étaient mis sous r habile direction d un ofQcier du mérite le plus exceptionnel 9 le capitaine de génie (depuis général), Todtleben, à improviser des moyens de défense en construisant des ouvrages en terre destinés à renforcer les fortifications existantes, aucun soldat ne sait remuer le sol comme le soldat russe. Un travail de nuit et de jour éleva rapidement de redoutables obstacles entre Sébastopol et les armées alliées.

Le général Canrobert' devenu commandant en chef de Tarmée d'Orient, était un de ces officiers que les guerres d'Afrique ont formés à leur rude école. De taille moyenne, la tête haute., le regard ferme^ la moustache relevée^ les cheveux un peu longs et tombant en arrière^ c'était, physiquement,

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