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DANGER COURU PAR M. PASQUIER

Étonné de la tranquillité qui régnait dans toute la ville, où nul ne paraissait instruit d'un événement aussi grand que la mort de l'Empereur et le renversement de son gouvernement, il était plongé dans ces réflexions lorsque parut Laborde qui le fit prisonnier. C'était après cette expédition et sur les ordres du ministre de la guerre, que Laborde était venu à la Force, accompagné de M. Saulnier, et nous avait délivrés.

En arrivant sur le quai, nous rencontrâmes la tète d'une colonne de grenadiers de la garde impériale qui vint, rangée devant le ministère, attendre des ordres; sa présence seule était une suffisante garantie que la tranquillité ne serait pas troublée. On crut donc que tout était fini, ce fut alors cependant que je courus personnellement le plus grand danger.

Ma présence à la préfecture de police devant être nécessaire, je me hâtai d'y retourner. Je commis l'imprudence d'y aller à pied, sans escorte. Pendant mon absence, les soldats de la cohorte, restés en possession de l'hôtel, ayant été rejoindre la compagnie dont ils faisaient partie, avaient été remplacés par la compagnie du bataillon de la garde de Paris, auquel Malet avait assigné cette destination. Celle-ci était commandée par le lieutenant Beaumont.

Arrivé à l'entrée de l'hôtel, voyant la cour remplie de soldats, j'appelai le commandant et lui signifiai qu'il eût à reconduire sa troupe à la caserne. Je crus que ma vue seule devait suffire pour lui apprendre que tout était changé ; les militaires, j'aurais dû le savoir, n'obéissent pas avec tant de facilité aux ordres d'un fonctionnaire civil. Le changement, si brusque d'ailleurs, ne fut pas admis par l'officier, qui, encouragé par un sergent qui paraissait fort animé, refusa tout à fait de se soumettre h mon injonction et cria à sa troupe de prendre les armes. Ce fut le signal d'une manifestation accompagnée de cris : « Il faut l'arrêter, il faut le tuer! » Heureusement, j'étais encore auprès de la dorte; je me rejetai au milieu de la foule de curieux qui s'y

pressait et remontai la petite rue de Jérusalem, dans l'intention de gagner le quai. Les soldats se mirent à me poursuivre, baïonnette en avant, et je n'eus d'autre ressource que de me réfugier dans une boutique , à l'extrémité de la rue. Ils voulurent briser la porte, mais les nombreux agents de la préfecture présents se jetèrent au-devant d'eux, leur persuadèrent de garder la porte, sans recourir à la violence, dont ils leur firent comprendre l'inutilité et le danger. Me voilà donc de nouveau prisonnier. Je restai près d'une heure ainsi bloqué. L'adjudant s'était présenté, muni des ordres du ministre de la guerre, qui enjoignait à la compagnie de rentrer à la caserne, mais son autorité avait été méconnue comme la mienne, on l'avait arrêté; le tumulte ne prit fin que lorsqu'on apprit qu'un fort peloton de la garde impériale était en route pour la préfecture de police. Le lieutenant Beaumont prit alors le parti de se retirer avec la compagnie et cessa ainsi une résistance qui ne lui en a pas moins coûté la vie.

Sur les ordres du général Malet, le chef de la cohorte Soulier, parti pour occuper, l'hôtel de ville, n'arriva qu'à sept heures et demie; il fit stationner sa troupe sur la place, monta pour signifier au préfet les ordres dont il était chargé; mais celui-ci avait couché à sa maison do campagne. Soulier ne put parler qu'à un des employés qui, sachant que le préfet devait être en route , envoya au-devant de lui pour hâter sa marche et lui annoncer la mort de l'Empereur par un petit mot au crayon : Fuit Imperator. M. Frochot arriva à cheval à huit heures; la nouvelle l'avait mis hors de lui, tout ce qu'on lui apprit augmenta son trouble : ainsi il sut que le ministre de la police était venu, sans savoir que ce ministre était Lahorie, que le duc de Rovigo était en prison. On lui parla d'un ordre pour arrêter un de ses employés nommé Lapierre qu'il aimait beaucoup. Enfin il reçut la visite d'un médecin attaché au duc de Rovigo qui venait, de la part de la duchesse au désespoir, lui demander oii était

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