LES CONSPIRATEURS MARCHENT SUR LA FORCE
des Minimes» où se trouvait un batailloa de la garde de Paris, composé de six compagnies. Le colonel du régiment, nommé Rabbe, auquel on alla porter la nouvelle, ne fut pas moins crédule que le chef de la cohorte, et envoya Tordre d'obéir à toutes les réquisitions qui seraient faites. D'après ces réquisitions, les six compagnies devaient s'acheminer entre cinq et six heures du matin, pour occuper la barrière Saint-Martin, la barrière de Vincennes, la préfecture de police, le quai Voltaire, la place de Grève et la place Royale, chacun de ces postes devant être occupé par une compagnie. Malet disposait donc de douze cents soldats environ. Il avait réservé ceux de la cohorte pour soutenir et exécuter les coups de main auxquels il attachait le plus d'importance. Mais il lui fallait, pour diriger et faire servir utilement ces soldats, des hommes de résolution, en état de les bien commander; or la prison de la Force renfermait deux généraux dont les sentiments bien connus lui promettaient une vigoureuse coopération. Cette prison se trouvait sur son chemin, en avançant dans la ville; il résolut de les aller délivrer; il se servit, auprès d'eux, du sénatus-consulte et leur confirma la nouvelle do la mort de l'Empereur, toujours avec le môme succès. Cependant beaucoup de temps était déjà perdu; il ne fallait plus compter sur les avantages de la nuit. Il était six heures et demie lorsqu'il se présenta à la Force, suivi d'une partie de la cohorte; le reste marchait pour s'emparer de l'hôtel de ville. Le concierge de la prison, voyant une troupe militaire en bon ordre, commandée par un général en uniforme, n'éleva pas le moindre doute sur la légalité de sa mission et s'empressa de lui obéir.
Les généraux Lahorie et Guidai furent donc mis en liberté, ainsi qu'un sieur Boccheiampe, Corso de naissance, assez récemment amené à Paris, de Parme, où il avait été prisonnier d'État pendant de longues années; le malheureux avait lui-même sollicité cette translation comme un
moyen de faire mieux entendre sa justification, d'obtenir enfin sa liberté.
Le général Guidai, d'un caractère très violent, après plusieurs démêlés avec différents ministres de la guerre, avait été réformé, pour ses sentiments de haine contre Napoléon. Des propos menaçants, qu'il s'était permis depuis, en maintes occasions, avaient motivé la détention qu'il subissait. Malet l'avait connu pendant son séjour à la Force. Lahorie se fit attendre; il était couché lorsqu'il fut averti, et mit assez de temps à se lever. Il ne paraît pas cependant qu'il eût conçu le moindre doute sur la vérité des faits qui lui étaient annoncés. A sa sortie de prison, il reçut le commandement d'un peloton avec l'ordre de se transporter à la préfecture de police, d'y arrêter le préfet, d'y installer à sa place le sieur Boutreux, qui se joignit à lui, revêtu d'une écharpe. Cette expédition faite, il devait continuer sa route jusqu'au ministère de la police, arrêter le ministre et le remplacer dans ses fonctions. Guidai et Boccheiampe eurent aussi chacun le commandement d'un peloton, avec mission d'appuyer, si besoin était, les opérations de Lahorie, avec instruction de se conformer dans tous les cas aux ordres qu'ils en reccATaient. Malet, de son côté, se dirigea avec cent cinquante hommes sur l'étatmajor de la division militaire, place Vendôme.
Il était plus de sept heures quand Lahorie arriva à la préfecture de police. Je venais de quitter mon lit, lorsque j'entendis une grande rumeur dans les pièces qui précédaient ma chambre à coucher. Mon valet de chambre sortit pour en savoir la cause. Voyant une troupe armée, il chercha à l'arrêter, et défendit avec un admirable dévouement la porte de ma chambre; il fut jeté de côté, blessé à la jambe d'un coup de baïonnette. Je cherchais à gagner l'escalier qui donnait sur le jardin, lorsque je fus assailli par une troupe de soldats, conduits par un officier, qui me fit rentrer dans mon appartement, sans souffrir que ses