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mulé les aspérités de la route dans laquelle nous nous engagions avec un certain courage, il faut bien l'avouer, et, comme nous le disions dans l'avant-propos de la première édition de ce livre, nous avons bien compris tout ce qu'une pareille tâche comportait de devoirs, imposait de labeurs.
Mais la fatalité singulière et constante qui, dominant notre vie, a brisé notre carrière politique nous a, pour ainsi dire, rejeté à un siècle du temps présent : pour les hommes et les choses de notre époque nous sommes devenu une fraction de la postérité.
Nous pouvons donc avec toute la sérénité d'un esprit dégagé des préoccupations personnelles, avec toute l'impartialité philosophique de l'homme qui ne demande plus rien à son temps, continuer à écrire les fastes du nôtre, quoique les personnages que nous dépeindrons, bien que les faits que nous voulons reproduire soient les faits d'hier, les personnages d'aujourd'hui.
Comme les chroniqueurs du moyen âge, comme certains écrivains du dix-septième siècle, rentré dans le silence et la retraite, nous allons retracer les scènes dont souvent'nous avons été le témoin, dans lesquelles nous avons eu quelquefois notre humble part d'action; et, quant aux tendances politiques de ce livre, si la première série de Y Histoire de mon temps n'en avait pas suffisamment indiqué
l'esprit^ nous dirions pour les bien définir que^ dans le cas où^ après tant de révolutions stériles, tant de bouleversements déplorables, tant d'agitations au moins inutiles, il existerait en France un parti philosophico-politique qui, sans s'inquiéter des hommes, ne veut voir que l'œuvre; sans se préoccuper de ceux qui gouvernent, ne veut apprécier que les résultats bons ou mauvais de l'exercice du pouvoir ; en un mot, qui ne demande que le meilleur des gouvernements possibles au meilleur marché possible, nous appartenons tout entier à ce parti intelligent et logique.
Ajoutons que, si, par hasard, ce parti peu soucieux des noms et de la forme n'existait pas encore, nous serions heureux de contribuer à le fonder.