Moniteur du 15 novembre
En revanche et comme pour faire la contre-partie de ces attaques^ et du langage souvent injurieux des journaux anglais, les principaux négociants et banquiers de Londres eurent Tidée de rédiger une adresse renfermant leurs vœux pour la continuation de la bonne et cordiale entente entre les gouvernements anglais et français qui devait produire le maintien des amicales et fructueuses relations commerciales entre les deux pays. Elle insistait, en exprimant le désir de la paix^ sur ce point que les sujets britanniques n'avaient rien-à démêler avec la politique intérieure ou le mode de gouvernement qu'il avait plu à la nation française d'adopter^ et d'autre part, dans les questions publiques, que la presse anglaise avait l'habitude de traiter en toute liberté, si quelquefois elle parlait avec une apparence de rudesse du gouvernement des autres États, elle déclarait qu'on ne devait voir dans son langage ni esprit d'hostilité systématique, ni intention de blesser un souverain. Cette adresse qui portait deux ou trois mille signatures, fut confiée à une députation de la Cité, ayant en tête un ancien lord-maire, sir James Duke. Elle fut reçue aux Tuileries avec un certain appareil; et Napoléon 111 répondit aux paroles prononcées par le président, qu'il avait la plus grande confiance dans le bon sens de la nation anglaise; que son long séjour en Angleterre lui avait permis d'admi-
rer la liberté dont jouissait ce grand pays^ grâce à la perfection de ses institutions politiques^ et, que comme la députation elle-même, il ne désirait que la paix.
Peu de jours après cette démonstration du commerce et de l'industrie britanniques^ le gouvernement anglais faisait remettre à l'ambassadeur de France le testament olographe de l'empereur Napoléon I" écrit, comme on sait, à Sainte-Hélène et déposé aux Doctor's Gommons à Londres, comme tout testament de sujet anglais. Napoléon III avait reclamé la restitution de ce document curieux non moins que précieux, et après les formalités indispensables à sa remise régulière, le représentant de la France, M. Walewski, entre les mains duquel il avait été déposé, l'avait expédié à Paris par son premier secrétaire, M. Charles Baudin. Ce souvenir de Longwood appartenait bien à la France, cette épave du grand naufrage impérial devait être recueillie sur le sol français. Le testament parafé suivant l'usage, par le président du tribunal civil de la Seine fut ensuite déposé chez le notaire de la famille impériale.
Le parti républicain, dont nous avons dit tout-àl'heure l'attitude, les complots et le langage, n'avait pas été suivi dans son opposition bruyante par les partis royalistes, dont les plus hauts représentants étaient à Froshdorf et à Claremont. Toutefois
M. le comte de Gliambord avait, au moment de la proclamation de l'empire, envoyé en France une protestation basée sur la légitimité de ses droits et cette protestation imprimée à un très-grand nombre d'exemplaires, sur papier à lettres, était parvenue, colportée par des émissaires secrets ou envoyée par la poste, à presque tous les fonctionnaires publics. La branche cadette de la maison de Bourbon avait, de son côté, paru vouloir se rapprocher de la branche aînée. On parlait d'une visite de M. le duc de Nemours à Froshdorf, et de la probabilité d'une fusion définitive entre les deux branches, qui n'avaient plus qu'un intérêt unique. Les salons continuaient leur guerre d'épigrammes, les journaux belges devenaient de plus en plus amers, et renfermaient des correspondances parisiennes où l'hostilité contre Napoléon III, allait jusqu'à l'injure. On en recherchait activement et on en arrêtait à Paris les auteurs. Le mariage de l'Empereur avait provoqué à l'étranger une explosion de commentaires malveillants , en France de suppositions erronées. Pour être sacré par le Pape ainsi que la nouvelle impératrice, on disait que Napoléon III allait faire au pouvoir eclésiastique des concessions importantes, entre autres, la modification de la loi qui veut que le mariage civil précède indispensablement le mariage religieux. Ix Moniteur intervint le 7 avril pour