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Né le 20 août

29ft HISTOIRE DE MON TEMPS. [1854

d'une distinction incontestable dans son t^pe cavalier et militaire. On eût dit (et qu'on nous passe cette expression qui peint bien notre pensée) un \ieux commandant de mousquetaires, oublié par le temps, et survivant à notre ancienne armée.

Entré à quinze ans (en 1 81 6) dans les Gardes du corps, compagnie deGramont, il en sortit comme sous-lieutenant dans un régiment d'infanterie, puis il quitta le service et, pendant toute la durée de la Restauration, suivit, en dehors de l'armée, des fortunes obscures et diverses. Il n'y rentra qu'en 1 831 , fit la guerre de Vendée et fut ensuite attaché au général Bugeaud, en qualité d'officier d'ordonnance. Il était à Blaye pendant la captivité de Mme la duchesse de Berri. « Un fait singulier, et que l'historien doit noter en passant, disions-nous ailleurs, c'est que le général Bugeaud, ayant dû choisir un officier d'ordonnance, parmi ceux qui commandaient le détachement d'infanterie de ligne formant la garnison de la citadelle, son choix se porta sur le lieutenant de Saint-Arnaud qui , plus tard, devait devenir maréchal de France, tout aussi bien que le futur duc d'Isly. Il est vraiment digne de remarque que cette citadelle de Blaye , prison de la duchesse de Berri, ait, pour ainsi dire, couvé ces deux grandeurs de l'avenir et que de ces murailles deux hommes soient à la fois sortis , nonseulement pour aller sur les champs de bataille

chercher leur bâton de maréchal^ mais encore pour jouer un rôle important dans nos crises politiques futures. Chose étrange que les marches de la prison de Blaye aient servi de piédestal à ces deux hommes qui allaient suivre ainsi la même carrière, partager et appliquer les mêmes idées, atteindre la même fortune *. »

En 1 836, M. de Saint- Arnaud passa en Afrique : tour à tour capitaine dans la légion étrangère, chef de bataillon aux zouaves, appelé comme colonel à commander la subdivision d'Orléanville, vainqueur de Bou-Maza, en compagnie des colonels Pélissier et l'Admirauld, et enfin, maréchal de camp en 1847, partout il montra les mêmes qualités militaires, l'élan, la sûreté du coup d'œil, l'activité, et lorsqu'en 1851, on voulut diriger une expédi-> tion sérieuse et spéciale contre les Kabyles insou-t mis, ce fut lui qu'on chargea de la diriger; il y gagna le grade de général de division. Il a raconté lui-même dans une correspondance très-remarquable, et qui le fait bien connaître, les épisodes divers de sa cai'rière, et partout on y retrouve les traces de la rare décision d'un esprit, très-cultivé, d'ailleurs, et comprenant ce qu*il valait, partout les indices d*un caractère singulièrement énergique, fortement trempé.

1, i/^tolc^.de nm temps, t. il, p. 179.

Sauf la santé à laquelle l'être humain ne -peut commander, c'était donc bien l'homme qu'il fallait pour diriger cette expédition d'Orient, qui pour tout le monde était l'inconnu, l'inconnu étrange et redoutable peut-être. A de telles guerres, il faut des généraux du caractère et de la nature de M. de Saint- Arnaud.

11 partit de Marseille, le 29 avril 1854, il partit au bruit du canon et des vivats de la foule sur ce même navire, le BerthoUet qui, quelques mois plus tard, devait rapporter ses froides dépouilles. Le 9 mai, après avoir touché à Malte pendant sa traversée, il atteignit Gallipoli, où de nombreux contingents de troupes étaient déjà réunis. Il voulut tout visiter, tout inspecter, et ce ne fut qu'après s'être fait une idée exacte de l'ensemble des travaux de diverse nature en voie d'exécution ou déjà terminés, qu'il se dirigea sur Constantinople où il débarqua le 8 mai.

Abd-ul-Medjid le reçut avec un empressement bien naturel, et lui envoya à la manière orientale de riches présents, entre autres six chevaux magnifiquement harnachés; les réceptions, les fêtes se succédèrent. Il semblait à Constantinople, dans ce premier moment, que l'arrivée de quelques troupes françaises et la présence de leur chef eussent déjà conjuré le danger. Mais le maréchal, tout entier aux plus sérieuses préoccupations, n'avait

alors qu'une seule pensée : réunir à Varna comme en un conseil de guerre suprême^ les chefs des trois armées, c'est-à-dire y appeler lord Raglan et Omer-Pacha auxquels s'adjoindraient le séraskier, le ministre de la guerre et de la marine , Rizza- Pacha, les amiraux Hamelin et Dundas.

Il fallait avant tout, en effet, éclaircir la situation qui tendait en apparence à se compliquer. ^ Ainsi les Russes, remontant le Danube, s'étaient concentrés en masses considérables autour de Sili strie qu'ils commençaient à investir, tandis que, d'un autre côté, des troubles ayant éclaté en Thessalie et en Épire, troubles que l'on supposait suscités par le gouvernement grec, le général Forey avait reçu, au moment où il allait s'embarquer, l'ordre de s'arrêter au Pirée avec ses troupes, et d'y prendre position jusqu'à ce que le roi Othon eût renvoyé son ministère et déclaré la complète neutralité de la Grèce dans la question d'Orient.

Le colonel Dieu et le commandant Fleury furent envoyés à Schumla oii se trouvait le généralissime turc enfermé dans son camp retranché. Ces deux officiers devaient, en même temps, faire un rapport sur cette portion de l'armée ottomane la plus solide de toutes assurait-on. Omer-Pacha exprima son vif désir de se trouver en présence des généraux alliés. Il avait à Schumla quarante-cinq mille hommes, mais ne pouvait donner aut^uns rensei-

gnements certains sur Tarmée russe. On savait seulement alors que^ quittant la Dobrutscha, elle avait remonté le Danube , et s'approchait de Silistrie qu'elle chercherait sans doute à investir. Tels furent les renseignements apportés par les deux officiers. Ils y joignaient leurs impressions personnelles sur Omer-Pacha et son armée, impressions qui, sauf quelques tristes détails relatifs au , manque d'organisation des troupes turques, étaient plutôt favorables. Le maréchal Saint- Arnaud se montrait visiblement dévoré de la soif de l'action. Il est évident que l'état de sa santé contribuait déjà à cette disposition morale. Au moment de s'embarquer pour Varna, il écrivait au ministre de la guerre. « S'il nous était permis de temporiser et de faire alliance avec le temps qui ne peut servir les Russes, je dirais : Ne nous pressons pas, et forts que nous resterons, choisissons notre temps pour frapper un ennemi fatigué et affaibli ; mais l'inaction n'est pas possible dans la position politique où nous sommes, parce que les Turcs attendent, les Autrichiens attendent, les Valaques attendent, l'Europe attend, et ne rien faire serait ouvrir la porte aux plus mauvaises pensées. C'est à nous de trancher le nœud gordien.... » Le nœud gordien pouvait être tranché autrement et avec moins d'impatience (le maréchal l'affirmait luimême), on devait bientôt ne trouver en face de soi

qu'un ennemi fatigué et affaibli. Il y a mieux : comme on va le voir^ l'ennemi allait se dérober lui-même.

Le chef de l'armée anglaise ne témoignait pas à cette époque une impatience aussi vive. Ce n est que plus tard et sous la pression de l'opinion publique en Angleterre qui voulait à tout prix la destruction de la flotte russe et des établissements maritimes de la Russie dans la mer Noire, que lord Raglan montra autant d'empressement, de hâte même, qu'il témoignait alors de lenteur prudente. Toute son ambition à cette époque était de réunir assez de troupes dans un délai convenable, pour couvrir Constantinople par un camp retranché.

Lord Raglan (les changements de noms dans l'aristocratie anglaise recouvrent et voilent souvent aux yeux du public une vieille illustration historique), lord Raglan*, disons-nous > n'était autre que lord Filzroy Somerset^ le glorieux mutilé de Waterloo, l'ancien aide de camp et l'ami du duc de Wellington.

Après a>oir fait les campagnes de Portugal et d'Espagne, celle de 1845 en Belgique, et Avoir rougi de son sang plusieurs champs d-e bataille, lord Fitzroy Somerset, devenu secrétaire d'ambnssadeà Paris, avait accompagné !e duc de Velling^-

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