PROCLAMATION DU DAUPHIN
côté, le prince avait fait rédiger un autre ordre du jour dont voici les termes exacts : « Soldats, vous avez noble- « ment soutenu les dangers et les fatigues des journées qui « viennent de s'écouler ; vous avez rempli avec le zèle et « Fénergie qu'on attendait de vous vos devoirs envers la « patrie. C'est la cause de l'ordre que vous défendez, c'est « la France que vous protégez contre des hommes égarés. « Dans leur délire, ils ont tout à coup troublé la paix proc( fonde et le bonheur dont jouissaient vos familles; vous « pouvez faire rétablir cette paix. Continuez donc à soutenir « avec la constance et la vigueur qui conviennent au soldat « français la lutte que vous avez commencée. La France « l'attend de vous; l'Europe entière a les yeux sur vous. <( Le Roi m'a nommé commandant en chef de ses troupes; <( vous me verrez toujours à votre tête, partageant vos trace vaux et dans l'intérêt de notre commune patrie. L'union « et la discipline font la force des armées. Officiers, rappe- « lez-le à vos soldats. Dirigez-les de vos conseils et de votre « expérience; dites-leur de se défendre des insinuations « perfides, des bruits mensongers qu'on chercherait à ré- « pandre parmi eux. Et vous, soldats, suivez les traces de « vos officiers, qui vous conduiront toujours dans les routes « de l'honneur et du devoir, car je sais qu'ils me suivront « toujours. Les officiers et chefs de corps me signaleront « tous ceux qui donneront des preuves de leur zèle, et je <r m'empresserai à mon tour d'appeler sur eux les bontés « du Roi. Le Roi me charge de vous remercier du dévoue- « ment que vous lui montrez et de vous témoigner sa satis- « faction...
« Fait au chîlteau de Saint-Cloud, le 30 juillet 1830.
« Signé : Commandant en chef, a Louis-Antoine. »
Je n'ai jamais pu me procurer le texte de l'ordre du jour
donné à la même date par le maréchal Marmont, mais il est certain qu'il était conçu dans un esprit tout différent. On comprend la colère qu'il provoqua. Le prince, ayant fait appeler le maréchal, s'oublia jusqu'à lui arracher son épée, qu'il essaya de briser en se blessant assez profondément à la main. Cette scène se termina par un ordre donné aux gardes du corps, qu'il appela à son secours, de saisir le maréchal, do le conduire dans son appartement et de l'y garder prisonnier. Il fallut que le Roi, une demi-heure après, intervint pour apaiser cette affaire. Il fit rendre son épée au maréchal, exigea de son fils une réconciliation pour la forme, car de pareilles insultes ne se pardonnent jamais. Un peu plus tard, le Dauphin alla jusqu'à menacer le duc de Duras de le faire mettre aux fers parce qu'il était venu, avec l'approbation du Roi, le pressentir sur le projet d'abdication en faveur du duc de Bordeaux. Alors on était encore à Saint-Cloud; cette idée fut donc conçue plus tôt qu'on ne le suppose généralement, et si elle eût été réalisée alors, elle aurait eu de grandes clianccs de succès.
Lorsque le Roi partit pour Trianon, il engagea mal à propos, auprès du pont de Sèvres, une escarmouche qui ne servit qu'à faire tuer inutilement quelques hommes, et lorsqu'il voulut lancer les troupes dans une attaque plus sérieuse contre les Parisiens, qui étaient de l'autre côté du pont, il dut reconnaître qu'elles voulaient bien le défendre, le garantir contre toute entreprise ennemie, mais qu'elles ne se souciaient pas d'aller au delà. Telles furent les dispositions qu'à partir de ce moment elles manifestèrent, jusqu'au jour où il fallut se séparer. A cette affaire de Sèvres, un capitaine alla se joindre aux Parisiens avec la meilleure partie de ses soldats; une pièce fut enlevée et livrée par les canonniers. Le poste de Ville-d'Avray, important pour la communication entre Saint-Cloud et Versailles, avait été abandonné la veille au soir. Charles X, pour arriver jusqu'à Versailles, avait été obligé d'envoyer devant