‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 147 sur 241 · LE DUC D'ORLÉANS A L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLÉANS A L'HOTEL DE VILLE

vantes, qu'ils remirent à M. de La Fayette : 1* la souveraineté nationale reconnue en tête de la constitution, comme dogme fondamental du gouvernement; 2'' point de pairie héréditaire ; 3* renouvellement complet de la magistrature; 4' loi municipale et communale sur le principe le plus large de l'élection et sans admettre de cens d'éligibilité; 5* élection appliquée à toutes les magistratures inférieures ; 6"* plusieurs autres dispositions touchant les pri-* vilèges et les monopoles qui paralysent l'industrie ; 7' tout cela adopté provisoirement et devant être soumis à la sanction de la nation, seule capable de s'imposer le système de gouvernement qui lui convient le mieux.

Ainsi tout aurait été mis en question, même le principe monarchique. C'est bien le programme que les républi-^ cains ont continuellement invoqué depuis, dont ils ont en toute occasion cherché à faire prévaloir les principales dispositions dans la Chambre des députés, et que M. de La Fayette a si heureusement résumé lorsqu'il a dit que le trône qu'il s'agissait d'élever devait être un trône populaire entouré d'institutions républicaines. On voit toute la distance qui séparait ces conditions de celles qui étaient énumérées dans la proclamation de la Chambre des députés.

Le duc d'Orléans se rendit à l'Hôtel de ville, escorté par un grand nombre de députés. Le cortège fut accueilli aux environs du Palais-Royal et dans la rue Saint-Honoré par beaucoup d'acclamations sympathiques, puis avec une froideur qui s'accentuait à mesure qu'on approchait de l'Hôtel de ville. Les cris de : Vive La Fayette I éclataient au moins aussi fréquents que celui de : Vive le duc d'Orléans! De distance en distance, quelques cris de : Vive la République ! M. de La Fayette se trouva au bas du perron de l'Hôtel de ville. Le duc d'Orléans monta les marches en lui prenant le bras, après l'avoir embrassé. De l'autre côté marchait M. Laffitte. Quand il fut arrivé dans la grande salle, M. Viennet donna lecture de la déclaration des députés.

Le prince fut proclamé par M. de La Fayette, par la commission municipale et par tous les assistants lieutenant général du royaume. Ce fut alors que le général Dubourg s'approcha et lui dit du ton le plus grossier : « Mon- (( seigneur, vous connaissez nos besoins et nos droits; si <( vous les oubliez, nous saurons vous les rappeler. » Le nouveau lieutenant général lui répondit avec beaucoup d'à-propos et de fermeté, et le remit à sa place.

Le duc d'Orléans rentra dans son palais, roi de fait, sinon de droit. A partir de ce moment, malgré tout ce qui put être encore tenté, une barrière infranchissable fut élevée entre lui et la branche de sa maison qu'il allait remplacer. Le duc d'Orléans, sa résolution prise, ne devait pas s'arrêter devant des considérations de famille. La duchesse d'Orléans, dans sa vertu si haute et dans sa bonté, avait prévu tout ce que la voie dans laquelle s'engageait le prince avait de dangers, tout ce que les divisions de famille devaient apporter d'amertumes. Elle fit, je n'en puis douter, ce qu'elle put pour les éviter. On a dit qu'il fallait à tout prix arrêter le mouvement révolutionnaire, rassurer et grouper les honnêtes gens, éviter l'anarchie, la guerre civile peut-être I On doit, pour être juste, croire que ces puissantes raisons ont décidé le duc d'Orléans, comme elles ont décidé tant. d'hommes de bien et du plus honorable caractère à céder aux nécessités du moment et à faire à la paix publique le sacrifice de leurs vieilles habitudes, de leurs afl'ections les plus chères.

Les fautes du gouvernement de Charles X, le désordre dans lequel il avait jeté la France, son incapacité politique et celle de M. le Dauphin, la conviction que jamais ils n'accepteraient francliement les conditions essentielles du gouvernement représentatif, avaient fait jeter les yeux sur le duc d'Orléans. Le nombre était bien petit de ceux qui alors croyaient possible de sortir sans lui de l'état de malaise et de trouble dans lequel on vivait depuis plusieurs mois.

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