COMPLOTS CONTRE LA COUR DES PAIRS
la plus étrange révélation de ce qui se préparait fut faite chez M. Laffitte, président du conseil. Un certain nombre de députés s'y trouvaient réunis; ils étaient parmi ceux qui avaient le plus à cœur de soutenir le gouvernement et de lui donner les moyens de maintenir le bon ordre. On raisonnait sur la situation, sur les mauvais bruits qui circulaient, sur les précautions qu'il convenait de prendre, lorsque M. Odilon Barrol, préfet de la Seine, dit qu'il ne fallait pas se faire d'illusions, qu'une attaque non seulement contre la Chambre des pairs, mais contre le gouvernement et même contre la personne du Roi, était préparée, qu'elle aurait lieu très probablement le lundi suivant, que les chefs qui dirigeaient le mouvement avaient à leurs ordres plus de dix mille hommes capables de tout. Le chef des Amis de la patrie et les ventes établies dans la capitale en devaient fournir douze ou quinze cents ; le général Dubourg et le général Lacroix, de deux à trois mille (on savait que ce dernier, sous prétexte d'aller au secours de la Belgique ou de marcher sur l'Espagne, tenait un bureau d'enrôlement); le reste serait fourni par cette partie de la population qui, dans une grande ville, est toujours prête à prendre part à tous les désordres. On demanda alors à M. Barrot depuis quand il avait ces renseignements. Depuis deux fois vingt-quatre heures, dit-il. On demanda à M. le président du conseil ce qu'il savait de ce complot; il répondit qu'il en entendait parler pour la première fois.
Ainsi M. le préfet de la Seine, instruit depuis deux jours, avait gardé le cas secret et n'avait pas jugé à propos d'en donner le moindre avis au gouvernement I Une telle conduite avait lieu de causer plus que de l'étonnement; elle lui attira de la part des personnes qui jusque-là avaient été ses amis de très vifs reproches, mais rien ne put altérer son calme imperturbable. M. le président du conseil dit qu'on allait donner des ordres, que le gouvernement pourvoirait à tout, et qu'on pouvait être tranquille. M. Barrot
avait indiqué un étrange moyen de calmer, de désarmer rémeute qui se préparait. Il suffisait que la Chambre des députés votât immédiatement une loi d'élections conforme aux vœux des Amis de la liberté. C'était montrer plus que de raison à quel point l'agitation populaire était factice, à quel point elle dépendait de quelques chefs que M. le préfet de la Seine connaissait sans doute. La réunion se sépara fort inquiète des révélations de M. Odilon Barrot; je ne fus pas du nombre de ceux qui furent informés et n'ai rien su avant l'issue de la crise.
L'audience du lendemain dimanche 19 s'ouvrit par la défense de M. de Peyronnet. Il donna lui-même lecture d'un discours. Son but, disait-il, n'était pas de discuter l'accusation qui pesait sur lui, mais de dissiper les préventions qu'il avait lieu de redouter; pour cela il voulait faire l'histoire de sa vie, soit publique, soit privée, afin de réclamer l'indulgence et la justice qu'il croyait lui être dues. Il désirait expliquer enfin comment ses sentiments politiques n'étaient en aucune façon et n'avaient point été jusqu'au dernier moment ceux que devaient faire supposer les actes auxquels il avait eu le malheur de concourir et dont il déplorait plus que personne les funestes conséquences. Il fut écouté avec attention, je dirai même avec l'intérêt que ne peut manquer d'inspirer un accusé qui s'efforce de se concilier la faveur de ceux qui doivent le juger. Après lui, son défenseur, M. Hennequin, discuta toutes les questions de droit de la cause, puis les faits sur lesquels reposait l'accusation (il chercha à en démontrer le peu de fondement), et enfin les témoignages entendus. On peut remarquer le soin qu'il mit à représenter son client comme opposé jusqu'à la fin, ainsi que M. de Guernon-Ranville, au système qui avait prévalu dans le conseil. Ainsi, toujours même séparation dans les situations adoptées, avouées par les quatre accusés. Le discours de M. Hennequin, plein de répétitions, d'une fatigante longueur, ne répondit pas à