IMPRESSION DE LA POPULATION
<f ville personnellement et solidairement aux frais du « procès ;
« Ordonne qu'expédition du présent arrêt sera transit mise à la Chambre des députés par un message ; ordonne « que le présent arrêt sera imprimé et affiché à Paris et « dans toutes les autres communes du royaume, et transmis « au garde des sceaux, ministre secrétaire d'État de la jus- « tice, pour en assurer l'exécution. »
Le silence avec lequel la lecture de cet arrêt fut accueillie par les tribunes n'avait pas empêché de saisir les signes très apparents d'un mécontentement difQcilemcnt contenu. On avait annoncé la condamnation de M. de Polignac à la peine de mort, et cette nouvelle avait été reçue sur plusieurs points avec de cruelles manifestations. Des bonnets furent jetés en l'air en signe de joie. Comment et par qui ce faux bruit avait-il été répandu? Il est fort possible que le mot de mort civile^ répété au dehors, ait causé une confusion d'idées d'où serait née la persuasion que la peine de mort était appliquée à M. de Polignac.
L'audience étant levée, MM. les pairs purent se retirer sans rencontrer aucun obstacle. Je fus obligé de rester dans le palais; j'avais à faire dresser et à signer deux expéditions de l'arrêt, dont l'une devait être adressée le lendemain à la Chambre des députés et l'autre devait être portée ce jour même de grand matin à Vincennes par le greffier de la cour, auquel était commis le soin d'en donner lecture et signification aux condamnés.
Puis il me fallait encore remplir un devoir de convenance en écrivant à M. de La Fayette, au nom de la Cour des pairs, une lettre contenant ses remerciements à la garde nationale pour le zèle qu'elle avait apporté dans l'accomplissement des devoirs si pénibles que les derniers jours lui avaient imposés. Je voulais remettre moi-même cette lettre à M. de La Fayette ; je descendis à son appar-
tement, je n'y trouvai que son fils avec quelques officiers d'état-major qui me parurent assez émus. M. Georges de La Fayette me dit que son père était dans la grande cour, occupé à haranguer les bataillons de la garde nationale. Il se chargea de ma lettre ; comme je lui disais que j'allais chercher ma voiture, il m'exprima aussitôt d'une manière fort obligeante l'intention de m'accompagner, ne voulant pas que je m'exposasse seul au milieu du grand tumulte qui régnait dans la cour et qui, à en juger par le bruit qu'il entendait, n'était pas encore apaisé, malgré les efforts de son père. Arrivés sur le perron, je vis en effet que son récit n'avait rien d'exagéré. L'agitation la plus violente régnait non pas dans les rangs de la garde nationale, ils étaient rompus, débandés, mais dans des groupes tumultueux. On entendait les cris : C'est une indigne trahison! Nous ne voulons plus servir! Puis des fusils jetés en l'air et brisés. J'aperçus M. de La Fayette; j'entendis sa voix, mais sans pouvoir distinguer ses paroles; il fut cependant évident pour moi que sa présence inspirait encore quelque respect, et que c'était dans ce moment la seule autorité qui pût contenir ces esprits égarés. Je parvins non sans peine à gagner ma voiture, grâce aux soins de M. Georges de La Fayette, par la porte de derrière l'Odéon. Je me rendis au Palais-Royal.
Après mon départ, M. de La Fayette se tira d'affaire en congédiant les bataillons et en faisant rentrer chacun chez soi. Il ne laissa dans le palais qu'un poste extrêmement faible, tout à fait insuffisant pour le défendre d'un coup de main.
Au Palais-Royal, je trouvai le Roi et la famille royale dans une grande satisfaction de l'issue du procès et du succès qu'avait eu le transfèrement des prisonniers en plein jour. Il était près de minuit quand je pus enfin rentrer chez moi, après une des journées qui doivent le plus compter dans ma vie. Je sortais d'une terrible épreuve, et