‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 29 sur 241 · LA SUCCESSION DE PORTUGAL · texte numérisé non relu

LA SUCCESSION DE PORTUGAL

loriié qu'on avait voulu lui ravir (1). La conséquence de cette victoire avait été l'expulsion de don Miguel hors du royaume. Envoyé d'abord en France, sa dernière résidence avait été fixée d'un commun accord dans la capitale de l'Autriche, où il se trouvait au moment de la mort de son père. L'héritier du trône de Portugal était l'aîné des fils de Jean VI, don Pedro, reconnu alors empereur du Brésil; mais d'après les conventions, les deux États ne pouvaient être réunis sous la môme autorité. Don Pedro avait donc à opter entre les deux couronnes ; s'il conservait la couronne du Brésil, le Portugal devait appartenir à son frère don Miguel. Don Pedro prit un parti que personne, je crois, n'avait prévu : il garda le Brésil et donna le Portugal à sa fille dona Maria, qui n'était encore qu'une enfant. Il stipula, à la vérité, qu'elle épouserait don Miguel sous la condition que celui-ci s'engagerait à maintenir une constitution conçue dans des idées assez libérales. Je ne prétends apprécier ni le mérite de cette résolution de don Pedro, ni la valeur du droit en vertu duquel il disposait ainsi d'une couronne qu'il délaissait et donnait une constitution nouvelle à un pays qu'il abandonnait.

Les actes exprimant la volonté de don Pedro furent apportés à Lisbonne par sir Ch. Stuart; cette circonstance dut faire croire qu'ils avaient été inspirés par l'Angleterre. L'émotion fut grande à Lisbonne quand ils furent connus. Des troubles éclatèrent dans plusieurs provinces; les ennemis de la nouvelle constitution ne tardèrent pas à se révolter, bien qu'elle eût été acceptée, promulguée par la princesse Isabelle, sœur de don Pedro, et qu'il avait provisoirement confirmée dans la régence que le roi leur père lui avait confiée en mourant.

(i) M. Uyàe de Neuville reçut de Jean VI, en reconnaissance de ce sighalé service, le titre de comte de Beniposta; c'était le nom de la résidence où le roi se trouvait lorsque le corps diplomatique, conduit par M. Hyde de Neuville, était venu à son secours.

L'apparition d'un nouveau régime constitutionnel, établi à une si petite distance de Madrid, n'était pas faite pour plaire au gouvernement espagnol ; on devait craindre qu'elle ne ranimât les espérances du parti qui avait succombé en 1823. Les partisans de la constitution étaient persuadés que l'Espagne allait intervenir en faveur de leurs adversaires, et la cour de Madrid redoutait la contagion. Elle avait pris le parti de rassembler sur la frontière du Portugal une armée d'observation; cette mesure de défense pouvait amener de fâcheuses complications. Tel était l'état des choses dans la Péninsule à la (in de 1826.

M. Canning arriva le 18 septembre à Paris, il y séjourna un mois. C'était un fait au moins étrange que l'absence aussi prolongée du ministre dirigeant les affaires en Angleterre. 11 était inadmissible que ce séjour en France n'eût d'autre motif que le besoin de se distraire sur le continent. Quels pouvaient en être les motifs secrets?

L'empereur Alexandre était mort le 1" décembre 1825, cela avait causé une grande émotion en Angleterre. Dans les premiers moments on était persuadé que le nouveau souverain russe serait plus que ses prédécesseurs disposé à intervenir en faveur des Grecs. Dans cette crainte, le cabinet de Londres, sous le prétexte d'un grand empressement à féliciter le nouvel empereur, se décida à faire partir le duc de Wellington pour Saint-Pétersbourg. 11 devait, en s'efforçant de modifier son ardeur, lui montrer combien il serait à regretter que ses déterminations vinssent à rompre l'équilibre de l'Europe; au fond, il n'était besoin de recourir à aucun parti extrême. Avait-il de justes demandes à formuler en exécution des traités que la Porte Ottomane avait souscrits? Était-il désireux de mettre un terme aux désastres qui accablaient la Grèce, d'assurer la paix à une population que sa religion lui commandait en quelque sorte de protéger? Sur ce dernier point, l'Angleterre elle-même avait un grand intérêt à ce que le désordre

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