‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 31 sur 241 · M. CANNING A PARIS. 6Y · texte numérisé non relu

M. CANNING A PARIS. 6Y

sa marche. II désirait donc beaucoup que l'Autriche, la Prusse et la France consentissent à accepter la proposition d'y accéder. C'était la question qu'il était venu traiter avec le cabinet de France, se trouvant à Paris plus a portée qu*à Londres de suivre les négociations qu'il avait fait entamer à Berlin et à Vienne.

Les sujets de conférences, outre celui qui vient d'être indiqué, ne manquaient pas. Une révolution militaire venait d'éclater à Constantinople, où le Grand Seigneur, pour se délivrer de la turbulence des janissaires, avait anéanti le corps qui pendant si longtemps avait fait la force de l'Empire ottoman. La Perse venait de déclarer la guerre à la Russie; le cabinet britannique avait reconnu les Ëtats américains détachés de la monarchie espagnole; enfin, les affaires de Portugal, les sentiments hostiles qui existaient entre ce royaume et l'Espagne, la protection déclarée que le cabinet de Londres accordait au Portugal, toutes ces questions devaient préoccuper singulièrement M. Canning. Il n'avait pas trouvé dans le ministre des affaires étrangères, M. de Damas, un homme capable de comprendre et de traiter ces graves sujets ; tout roulait sur le président du conseil ; mais M. de Yillèle lui-même, dont toute l'intelligence était tournée sur les affaires de l'intérieur, connaissait mal les affaires du dehors, aux- <juelles il ne portait qu'un intérêt très secondaire. Que tout s'arrangeât de manière à troubler le moins possible ses combinaisons financières, ses rapports avec les Chambres, avec le Roi et le parti royaliste, voilà tout ce qu'il demandait. Les idées et les vues de M. Canning s'accordaient à merveille avec les siennes, puisqu'il voulait maintenir le statu quoy puisqu'avec la coopération qu'on voulait obtenir de la France il s'agissait seulement d'obtenir de la Porte qu'elle assurât aux Grecs la sécurité et l'indépendance. L'accord fut vite établi entre le président du conseil et M. Canning; aussi le ministre anglais ne cessait de

louer riiabiletë, la haute intelligence de M. de Villèle. Il félicitait le Roi d'avoir un ministre si capable. Charles X, de son côté, poussait les égards pour le ministre anglais jusqu'à lui faire, contrairement aux usages de la cour de France, l'honneur de diner à Saint-Cloud à la table royale.

M. Canning fut moins heureux avec les cabinets de Vienne et de Berlin. La Prusse n'avait aucune raison de s'intéresser à ce qui se passait sur les côtes de la Méditerranée et ne voyait pas la nécessité d'engager sa responsabilité dans cette affaire. A Vienne, M. de Metternich refusa d'entrer dans une combinaison qui, bien qu'elle fût au fond favorable à l'Empire ottoman, avait un caractère d'intervention impérative dont la Sublime Porle pourrait se sentir blessée. M. de Metternich faisait une faute dont le gouvernement autrichien n'a pas tardé à ressentir les conséquences.

Le résultat de toutes les démarches de l'Angleterre fut en tout opposé à ce qu'elle espérait. La France, qu'on avait voulu lier par ces négociations, dont on croyait avoir enchaîné la volonté, fut par la force des choses amenée en 1827 au traité du 6 janvier, puis à la bataille do V-'^Jc Navarin, enfin en 1828 à l'occupation de la Morée. Elle a ^ joué ainsi un rôle glorieux. Après le refus de l'Autriche et de la Prusse, la France restait seule avec la Russie et l'Angleterre; il était dès lors impossible que l'accord secret qui existait entre la France et la Russie ne finît pas par faire prévaloir leur volonté. L'indifférence et la faiblesse de M. de Villèle n'eurent donc pas les conséquences qu'on pouvait redouter.

Un fait de moindre importance montre bien à quelle situation effacée son dédain pour les affaires extérieures avait réduit la France. Le travail relatif à la démarcation des frontières entre la Prusse et la France avait laissé indécis le sort de deux villages de l'ancien canton de Sarrelouis. Toutefois, les maires n'avaient pas cessé d'être

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