RETRAIT DU PROJET DE LOI SUR LA PRESSE
laie interv^ention de rautorité, qu'elle seule était responsable du déplorable scandale qui avait indigné la Chambre tout entière.
M. le préfet de police Delavau était trop puissant dans la Congrégation pour qu'il fût possible au ministère de ne pas le défendre. Cette maladroite intervention de M. de Corbière fournit l'occasion de trois ou quatre répliques, entre lesquelles fut remarquée celle, piquante et très énergique, du duc de Broglie. Tout cela n'était pas fait pour modifier les sentiments de la Chambre des pairs, et dans nos rangs, comme dans la France entière, resta la douloureuse impression produite par un pareil trouble aux funérailles d'un tel homme.
M. Portalis fut nommé rapporteur de la loi sur la presse, et bientôt le ministère fut informé que la commission modifiait profondément le projet que la Chambre des députés avait adopté. Il prit alors le parti de le retirer. Il entra probablement dans cet acte beaucoup de dépit, et aussi la crainte d'avoir à rapporter le projet à la Chambre des députés et d'affronter une nouvelle discussion. Peutêtre aussi espérait-il pouvoir triompher de l'opposition de la Chambre des pairs, l'année suivante. Il n'y a aucun doute que dès ce moment la pensée d'une nouvelle et nombreuse promotion de pairs n'ait été arrêtée dans l'esprit de M. de Villèle. Quoi qu'il en soit, le public ne vit dans le retrait du projet qu'une victoire remportée par l'opinion. Sa joie se produisit par de bruyantes manifestations. Les rues furent spontanément illuminées, des feux d'artifice furent tirés dans les carrefours; pendant plusieurs jours, les abords de la Chambre des pairs furent remplis d'une foule criant des vivats chaque fois que paraissait un pair de France.
On était arrivé au jour anniversaire de l'entrée de Charles X dans Paris, en avril 1814. Il était d'usage qu'il passât à cette occasion une grande revue de la garde natio-
nale parisienne, qui alors l'avait si bien accueilli et dont le concours lui avait été si utile. Après quelques hésitations, on se décida à suivre la coutume, et la garde nationale fut convoquée. Le Roi fut personnellement bien accueilli quand il se présenta devant le front des troupes; mais, dès qu'il fut passé, des cris : A bas les Jésuites I à bas les ministres! furent poussés par quatre ou cinq légions. La calèche dans laquelle se trouvaient Madame la Dauphine et Mme la duchesse de Berry suivait à quelque distance. Les deux princesses avaient entendu ces cris et en étaient vivement affectées. Madame la Dauphine surtout avait été impressionnée; outre qu'elle avait été secrètement avertie des sentiments hostiles de la population, ces clameurs étaient de nature à reporter son souvenir sur les fédérations de 1790, 1791 et 1792, dont la dernière avait de si peu précédé le 10 aoûtl Les légions déûlèrent pour regagner leurs quartiers; toutes celles qui passèrent par la rue de Rivoli et la place Vendôme répétèrent avec violence, sous les fenêtres du président du conseil et sous celles du garde des sceaux, les cris : A bas les Jésuites t à bas les ministres! A son retour, M. de Villèle, ayant pris les ordres du Roi, assembla le conseil des ministres; le licenciement de la garde nationale fut décidé. L'ordonnance, aussitôt rédigée sans préambule, fut portée à la signature du Roi par M. le ministre de l'intérieur, qui la contresigna. Elle fut dans la nuit envoyée au maréchal Oudinot; de six à sept heures du matin, tous les postes que la garde nationale occupait furent relevés par les troupes de la ligne, en même temps que l'ordonnance paraissait dans le Moniteur. La mesure était bien grave ; la garde nationale avait été le premier et peut-être le plus utile instrument de la Restauration de 1814. En 1813, après les Cent-jours, la maison de Bourbon l'avait retrouvée animée du même zèle, du même dévouement. Il n'y avait sorte de fatigues qu'elle n'eût supportées pour maintenir le bon ordre et suppléer à