‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 40 sur 241 · CLOTURE DE LA SESSION (22 JUIN · texte numérisé non relu

CLOTURE DE LA SESSION (22 JUIN

ministère. M. Laffitte alla jusqu'à prononcer le mot de mise en accusation; à la Chambre des pairs, M. de Chateaubriand ne craignit pas de proposer de rejeter le budget. Il prévit que de nombreuses nominations seraient faites dans la pairie pour changer la sage majorité qui tenait tète aux ministres. Pour empêcher un acte dont il montrait les funestes conséquences, il n'y avait d'autre parti à prendre que de renverser le ministère, en refusant de voter le budget.

M. de Lally-ToUendal, dans sa réponse, repoussa avec indignation cette pensée. « Quant à une inondation de « pairs dont on menace la Chambre, sans doute elle serait « un grand malheur pour l'État, mais elle serait en même a temps un tel acte de folie qu'on ne pourrait supposer un « pareil dessein de la part de l'administration. » Trois mois plus tard, la prédiction de M. de Chateaubriand s'accomplissait, et les amis du ministère l'approuvaient hautement.

La session fut close le 22 juin 1827. Deux jours après, parut une ordonnance par laquelle le Roi, usant de la faculté accordée par la loi do i822, établissait la censure sur les journaux jusqu'à l'ouverture de la prochaine session. Quoique prévue, cette mesure fit le plus mauvais effet; beaucoup n'y virent qu'un acte de colère et de vengeance contre la presse, qu'on n'avait pas réussi à enchaîner; c'était la revanche de l'échec subi à la Chambre des pairs. Mais pour tous ceux qui étaient en mesure de pénétrer plus avant dans les intentions du ministère, il devait être hors de doute que M. de Villèle méditait quelque importante résolution qu'il ne voulait pas laisser discuter par les journaux. Quelle était cette résolution? Il avait encore la majorité dans la Chambre des députés, majorité ébranlée sans doute, mais enfin suffisante. C'était donc du côté de la Chambre des pairs que le danger était pressant. Nul doute qu'il ne fût résolu à tout faire pour le conjurer.

II y avait un autre côté de sa situation qui l'inquiétait; c'était la fâcheuse impression qu'il avait constatée dans l'esprit du Roi. Il savait trop à quel point les intrigues anglaises avaient été puissantes aux Tuileries contre le duc de Richelieu pour ne pas travailler de tout son pouvoir à les désarmer. Il n'hésita pas à tout faire pour obtenir les bons offices de M. Canning, qui par la mort de lord Liverpool et la retraite du duc de Wellington était devenu tout-puissant.

Le premier ministre anglais avait suivi avec persévérance son plan avec la Russie, s'cfforçant de donner toutes les satisfactions qui pouvaient empêcher cette puissance d'intervenir par les armes dans les affaires de la Grèce. La Russie, de son côté, paraissait se prêter de bonne grâce à ridée d'une alliance avec l'Angleterre. Que ce fût habileté, prudence ou timidité, toujours est-il que le cabinet de Saint-Pétersbourg se montrait de très facile composition. Cette disposition de sa part s'explique, au reste, assez bien par les satisfactions qui lui avaient déjà été accordées par la convention signée à Ackermann entre ses plénipotentiaires et ceux du sultan. Elle avait eu pour objet de régler les difficultés toujours existantes au sujet de l'exécution du traité qui avait terminé la dernière guerre entre la Russie et la Porte. Il n'y avait plus à régler que l'affaire des Grecs. Le conseiller le plus écouté par l'empereur était l'ambassadeur russe à Paris, M. de Pozzo di Borgo ; il est permis de croire que sa perspicacité habituelle lui avait fait pressentir des conséquences qui échappaient à ceux avec lesquels il avait l'air de se mettre d'accord. Ami très zélé des Grecs, il était convaincu que, l'alliance une fois engagée, les contractants se trouveraient obligés d'aller beaucoup plus loin qu'ils ne le supposaient et qu'on ne s'y attendait généralement.

Pour complaire à M. Canning, M. de Villèle n'avait donc qu'à entrer dans l'alliance également souhaitée par les

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