LA FRONTIÈRE DE LA GRÈCE
pas être évacuée et que la France devait y laisser une partie de ses troupes. Sur le second point, les alliés avaient toujours déclaré, malgré la bataille de Navarin, qu'ils n'étaient pas en guerre avec la Turquie. Il fallait donc s'adresser à elle pour qu'elle voulût bien entrer dans les arrangements indispensables pour assurer la sûreté de la Méditerranée et le repos de l'Europe.
Sur cette question, pas de difficultés, mais il en fut autrement quand on arriva à discuter l'étendue qui devait être donnée à la Grèce indépendante. Il n'y avait que trois délimitations possibles : celle de l'ancienne Grèce allant jusqu'aux montagnes de la Thessalie, celle donnée par l'isthme de Corinthe, celle enfin que formerait une ligne tirée du golfe d'Arta au golfe de Volo. La première de ces trois délimitations était la meilleure, la seule assurant à la Grèce une frontière forte et facile à défendre. La seconde, qui ne comprenait que la Morée, réduisait le nouvel État à n'être qu'une espèce d'ile de très faible consistance. La troisième, moins bonne que la première, pouvait encore être admise. L'Attique au moins ne se trouverait pas séparée de la Grèce. L'ambassadeur de France devait demander la première solution, puis la troisième. Pour se contenter de la Morée, il aurait fallu, ce qu'on ne pouvait guère admettre, une impossibilité absolue de rien obtenir au delà. Dans tous les cas, si la conférence n'acceptait pas la délimitation des montagnes de la Thessalie et adoptait l'une des deux autres, M. de Polignac ne devait rien signer qu'après en avoir référé au ministre des affaires étrangères de France. Malgré ces instructions, il se crut permis, dans un acte qui préjugeait la question, d'accepter la délimitation de l'isthme de Corinthe, et ce qui doit paraître plus étonnant encore, M. de La Ferronnays eut la faiblesse de ne pas le désavouer formellement. Il se contenta de chercher des palliatifs à cette concession faite aux idées de l'Angleterre. A partir de ce jour, le duc
de Wellington n'a cessé de célébrer le bon esprit et l'habileté de M. de Poligriac.
Le protocole qui fut signé le 16 novembre contenait une disposition qu'on dut à l'insistance de l'ambassadeur russe et qui laissait une porte ouverte pour revenir à une meilleure délimitation. Il n'en est pas moins vrai que, si le Sultan avait reconnu l'indépendance du territoire fixé par les protocoles, il eût été difficile de revenir sur sa décision et d'étendre le bienfait de l'indépendance au delà des limites acceptées. On eut la chance que son obstination écarta toute négociation; il se montra d'autant plus résolu à ne rien céder que les premières opérations de la guerre qui venait d'éclater entre lui et les Russes n'avaient pas été, à beaucoup près, aussi heureuses, aussi décisives pour la Russie que toute l'Europe s'y attendait. L'occupation des Principautés avait eu lieu, à la vérité, sans de trop sérieuses difficultés, mais plusieurs places fortes d'une haute importance tenaient toujours sur le Danube, et l'armée russe, obligée de les laisser derrière elle, n'avait pas traversé sans de grandes fatigues l'espace qui devait la conduire au pied du Balkan. Arrivée à ce point, elle y avait rencontré une vigoureuse résistance, n'avait pas osé attaquer la place forte de Schoumla, située au milieu de la ligne du Balkan, et s'était bornée à la bloquer. Ses principaux efforts avaient été dirigés, et non sans raison, sur Varna. Cette place, située au bord de la mer, à l'extrémité de la ligne des montagnes, offrait par son port des facilités d'approvisionnement sans lesquelles il eût été téméraire d'aller plus loin. Ce n'était, à vrai dire, qu'une bicoque, mais l'artillerie et la garnison y étaient nombreuses, et on sait comment les Turcs se défendent derrière les moindres retranchements. La première attaque avait eu lieu le 14 juillet, et la capitulation n'eut lieu que le 11 octobre, c'est-à-dire après trois mois d'un siège meurtrier.
La prise de Varna avait été généralement considérée