L'OCCUPATION FRANÇAISE EN ESPAGNE
royalistes, devenus la principale force armée du royaume, prétendaient l'obliger à abdiquer en faveur de son frère Don Carlos, lequel se montrait entièrement dévoué aux absolutistes. Il est probable que, sans la présence des troupes françaises qui étaient restées en Espagne, le roi aurait été précipité du trône par ceux qui se vantaient de l'y avoir rétabli. Il avait en vain essayé de calmer les esprits et de se créer, au moyen d'une amnistie, quelques amis en dehors de ceux qui l'opprimaient.
Ferdinand VII, loin de réclamer le départ des troupes françaises, s'était hâté de souscrire à une nouvelle convention prolongeant leur séjour jusqu'au i#r janvier 1825. Plus on approchait de ce terme, plus il était évident qu'une nouvelle prolongation serait nécessaire. Le commandement des troupes dont se composait l'armée d'occupation avait été retiré à M. de Boùrmont, qui paraissait beaucoup trop favorable aux absolutistes. Il avait été donné au général Digeon. Une des circonstances qui aggravaient la position du roi d'Espagne était l'impossibilité de faire rentrer soit par force, soit par voie de négociation, les colonies de l'Amérique du Sud sous l'autorité de la mère patrie. Aussi longtemps que l'indépendance de ces colonies n'était pas reconnue par les grandes puissances européennes, surtout par l'Angleterre, le cabinet de Madrid aimait à se persuader que tout n'était pas définitivement perdu. Tous les efforts du ministère espagnol tendaient à retarder cette reconnaissance, et la France l'aidait de son mieux. Ce fut donc une grande déconvenue quand l'Angleterre se décida à reconnaître la complète indépendance des colonies séparées, et cet échec n'était pas fait pour rétablir le prestige de la royauté en Espagne.
Comme l'Espagne, Naples sentait toujours le poids de l'occupation étrangère, et les frais qu'entraînait la présence des troupes autrichiennes étaient écrasants. Moins que jamais le roi ne voulait se confier aux troupes nationales,
et il reprit avec les cantons suisses un projet de capitulation pour l'organisation d'un corps de troupes qui remplacerait les troupes autrichiennes. En attendant, on obtint de la cour de Vienne que l'armée d'occupation serait diminuée de cinq mille hommes et que l'évacuation complète aurait lieu à la un du mois de mai 1826. Il fallut, malgré cela, contracter dans le cours de 1824 un nouvel emprunt de 62 millions.
La France n'exerçait plus aucune influence sur les résolutions de la cour de Naples, malgré les liens de parenté qui unissaient les deux couronnes. Les conseils de l'Autriche et de l'Angleterre étaient seuls écoutés. Nous trouvions partout le mauvais vouloir, l'antagonisme patent ou secret de cette dernière puissance. Il existait en Grèce, comme en Italie. A Londres, on ne pouvait supporter sans ombrage l'accord qui semblait exister entre le cabinet français et la Russie. Ces deux puissances agissaient toujours, sinon d'accord, du moins au même point de vue. Toutes deux cherchaient loyalement à mettre un peu d'ordre dans l'anarchie qui désolait la Grèce. Jusque-là elles n'avaient obtenu aucune amélioration. Les rivalités, les haines qui régnaient entre les chefs, les guerres qui désolaient les provinces, rendaient inutiles les héroïques efforts faits contre l'ennemi commun. Lord Byron, que son enthousiasme généreux avait conduit au milieu de la mêlée, s'était consumé en de vains efforts pour faire entendre les conseils de concorde et d'union; il était mort à la peine. Malgré les désastres éprouvés dans la Grèce occidentale, l'Attique et le Péloponèse étaient restés libres ; les Turcs, à la suite d'une campagne où ils avaient mis en ligne des forces considérables, étaient venus échouer devant le fameux passage des Thennopyles; mais ils s'étaient emparés, malgré une résistance opiniâtre, de l'île d'Ipsara, l'un des principaux arsenaux de la marine grecque. Ils ne l'avaient évacuée qu'après y avoir tout