CONSEIL TENU A SÀINT-CLOUD
quartier général, l'ordre donné au duc de Raguse de n'y avoir aucun égard; il concluait enfin que, si le sacrifice de M. de Polignac était accordé, l'homme le plus sympathique au public, entre ceux que le Roi pourrait mettre à la tète de son conseil, serait certainement le duc de Mortemart.
Charles X avait reçu tous ces nouveaux renseignements lorsqu'il entra dans le conseil; aussi la résolution y futelle bientôt prise à l'unanimité (M. de Guernon affirme qu'il fut le seul à s'y opposer) de rapporter les ordonnances et de changer le ministère. On comptait, pour former le nouveau cabinet, sur le duc de Mortemart. On le fit rechercher, mais on fut longtemps sans le trouver. Sorti du château après son entrevue avec le Roi, il était resté au quartier des gardes à pied jusqu'à onze heures. Comme on disait que des gens de la campagne venaient d'attaquer une des portes du parc de Saint-Cloud, il était monté à cheval pour vérifier le fait. Quand on l'eut enfin trouvé, on savait déjà la prise du Louvre et des Tuileries et la retraite du maréchal Marmont, sur l'ordre de M. le Dauphin, enfin sa marche sur Saint-Cloud. L'étonnement du duc de Mortemart fut grand, quand on lui dit que le Roi l'attendait dans son cabinet; il ne devait pas s'y attendre après la scène du matin. Charles X, avec quelques mots de regret, lui dit de se préparer à partir pour Paris, où sa présence était indispensable; que M. de Polignac n'était plus ministre, que les ordonnances allaient être révoquées, qu'il venait de le nommer président du conseil et se reposait sur lui du soin de composer un ministère dans lequel on croyait qu'il pourrait faire entrer M. Casimir Perier à l'intérieur, M. Humann aux finances et le général Gérard à la guerre. Le duc de Mortemart refusa; le principal motif de ce refus était la conviction, dont il ne pouvait se défendre, qu'il n'aurait jamais la confiance du Roi. « Le Roi « me croit athée ; j'en ai la certitude » , osa-t-il dire. Charles X lui prodigua alors les assurances de sa plus entière con-
fiance, lui rappela tous les liens qui le devaient attacher à la famille royale. Le verrait-il donc refuser les seuls services peut-être qui puissent désormais sauver sa tête et celles de ses malheureux ministres ? Et comme le duc se défendait toujours et allait se retirer, il s'approcha de lui très vivement et passa dans son baudrier la nomination à la présidence du conseil qu'il tenait à la main depuis le commencement de la conférence, lui disant : « Aurez-vous la cruauté de if me la rendre ?» M. de Mortemart baissa la tête et se résigna.
Alors se présenta la question des pouvoirs que le duc de Mortemart devait demander, sans lesquels il ne pouvait se hasarder à rentrer dans Paris. Jusqu'où s'étendraient-ils ? Sur ce point si délicat, il était fort difficile d'espérer que le Roi se décidât à rien conclure avant le retour du Dauphin. La conversation se prolongeait; en vain M. de Vitrolles et M. de Sémonville rappelaient à chaque instant que la situation s'aggravait, que telle concession qui eût été acceptée à neuf heures du matin avec reconnaissance serait peutr-étre repoussée à neuf heures du soir. Le Dauphin n'en poursuivait pas moins sa tournée. Il avait rencontré sur le pont de Saint-Cloud le du€ de Raguse qui venait rendre compte au Roi de ses désastres; il lui avait fait un accueil plus que froid. Arrivé à la porte de Boulogne, il fit mettre les troupes en bataille, passa devant le front des régiments qui l'accueillirent bien et continuèrent leur mouvement sur Saint-Cloud.
Quand le Dauphin rentra au château, il était cinq heures. La conversation durait encore entre le Roi et M. de Mortemart; celui-ci, avec raison, énumérait toutes les questions sur lesquelles il aurait à prendre un parti : l'abolition des ordonnances, le rétablissement de la garde nationale, le sort de la garde royale, celui des Suisses, une amnistie générale, sans réserve, et enfin, si elle était impérieusement demandée, la cocarde tricolore. Le Roi manifestait