‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 147 sur 239 · VOYAGE DTE LA DAUPHINE · texte numérisé non relu

VOYAGE DTE LA DAUPHINE

tenaient toujours auprès de Charles X les ministres signataires des ordonnances. MM. de Guernon et de Chantelauze ne profitèrent point de l'avertissement que venaient de leur donner M. Gapelle ainsi que M. de Montbel; ils suivirent le Roi jusqu'à Rambouillet, puis se dirigèrent sur Tours, où ils furent, comme on le sait, l'un et l'autre arrêtés. Quant à M. de Polignac, il prit le parti, en paraissant s'éloigner, de se tenir à portée du Roi. Il était en Normandie, conduit par M. de Seraallé, toujours bercé de l'espérance que quelque grand événement allait éclater en faveur de la bonne cause.

Quand M. le Dauphin eut été obligé d'abandonner Sèvres et Saint-Cloud, on prit la résolution de quitter Trianon et de gagner Rambouillet, en évitant de passer par Versailles, en tournant le parc et allant gagner la grande route auprès de Saint-Cyr. Là le Roi vit encore en bataille les élèves de l'École militaire, revenus de Saint-Cloud. Ils saluèrent le Roi par de vives acclamations. Le Dauphin arriva à Rambouillet le lendemain, dimanche 1er août. La Dauphine l'y avait précédé; elle était à Dijon le 28, revenant de Vichy; lorsque la nouvelle des ordonnances y parvint, elle fut saluée au spectacle par des cris de : Vive la Charte! Cette violence indiquait assez le soulèvement de l'opinion. Partie le lendemain, la Dauphine s'arrêta au château de M. de Louvois, qui l'accompagna. Elle lui avait fait prendre place dans sa voiture, lui laissa voir sa douleur : « Les malheureux t s'écria-t-elle en fondant en « larmes, ils ont tout perdu I je l'avais bien prévu ! » Je tiens ce détail de M. de Louvois lui-même. Arrivée à Fontainebleau, elle s'était, sur les bruits de ce qui se passait à Paris, séparée de sa suite et s'était jetée avec une seule personne dans une voiture légère qui la conduisit jusqu'au point où se rencontre la route de Choisy à Versailles ; elle la suivit avec l'intention de gagner Saint-Cloud. Mais à la Croix de Berny, elle fut informée que le château était

évacué et se dirigea sur Versailles. Près de cette ville, elle apprit que le Roi était parti pour Rambouillet; le dévouement d'un postillon lui évita le relais de Versailles, qui eût pu être dangereux, et sans s'arrêter elle gagna Rambouillet. Je tiens de l'un des assistants que le Roi, apprenant son arrivée, courut au-devant d'elle et la reçut dans ses bras en lui disant : « Pourrez-vous jamais mepar- « donner? — Laissons le passé », répondit-elle.

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