OUVERTURE DES CHAMBRES (3 AOUT
l'oreille dure; on a prétendu qu'il n'avait pas entendu la moitié de ce que lui avait dit le duc, qu'il avait ignoré que le duc de Trévise fût au nombre des délégués, qu'il l'aurait reçu très volontiers. Quoi qu'il en puisse être, dès qu'ils eurent connaissance de l'abdication, les commissaires pensèrent qu'ils n'étaient plus utiles et crurent devoir rentrer à Paris.
L'ouverture des Chambres avait eu lieu le 3 août. Le lieutenant général arriva à cheval et fut reçu, suivant l'usage, par les grandes députalions des Chambres. Sa famille l'avait précédé. Le nombre des députés présents pouvait être de cent soixante à cent quatre-vingts ; celui des pairs s'élevait à soixante ou quatre-vingts. Le discours du lieutenant général n'eut de remarquable que la phrase suivante; après avoir parlé des périls qu'il venait de traverser : « Je suis accouru, dit-il, fermement résolu « à me dévouer à tout ce que les circonstances exigeront « de moi, dans la situation où elles m'ont placé pour réta- « blir l'empire des lois, sauver la liberté menacée et rendre « impossible le retour de si grands maux, en assurant à « jamais le pouvoir de cette charte dont le nom, invoqué « pendant le combat, l'était encore après la victoire. » On s'était beaucoup entretenu, la veille, d'une conversation qu'il avait eue dans la nuit du dimanche au lundi avec une députation du parti républicain, dont l'orateur principal était un jeune homme nommé Cavaignac, fils de l'un des conventionnels qui avaient poussé avec le plus d'acharnement à la condamnation du roi Louis XVI. Le but de la députation était de lui reprocher ce qu'on appelait déjà son usurpation et de le sommer de rendre la liberté à sa patrie en secondant, au lieu de s'y opposer, l'établissement d'un gouvernement républicain. Le duc d'Orléans avait répondu, avec beaucoup de sang-froid, que la liberté serait plus assurée sous un roi citoyen qu'au milieu des orages d'une république dont l'établissement rencontrerait
de puissantes oppositions. « Moi aussi» avait-il dit, j'ai été o républicain, mais les événements et l'expérience m'ont « appris qu'il fallait renoncer à cette brillante chimère et « en réaliser les bienfaits par un gouvernement qui, sans « rencontrer autant d'obstacles, arriverait aux mêmes ré- « sultats. »
Le lieutenant général avait annoncé, après son discours, que dès que les Chambres seraient constituées, il leur communiquerait l'acte d'abdication de Charles X et du Dauphin, acte qui lui avait été remis la veille à onze heures du soir. Il en avait donné le dépôt aux archives de la Chambre des pairs. Il attachait donc une grande importance à cet acte, mais il n'avait pas parlé de la condition capitale qu'il renfermait, à savoir, que le Roi et son fils avaient transféré leurs droits au duc de Bordeaux, leur héritier légitime. On ne voulait pas admettre cette transmission. Cependant, si l'abdication avait une valeur réelle, comment séparer la condition qui y était attachée, et, cette condition retranchée, de quel poids le reste pouvait-il être? Il est des circonstances où les inconséquences ne peuvent s'éviter et où la force des choses oblige ceux qui s'en aperçoivent le mieux à les accepter. L'abdication, quoique mutilée, n'en a pas moins exercé une grande autorité sur la foule. Le père et le fils ont cessé de régner de leur propre aveu; veut-on, après cela, que nous nous battions pour un enfant? La présence du Roi à une si petite distance de Paris, avec la force dont il était encore environné, était un sujet constant d'inquiétudes. Du moment où la résolution était prise, et elle l'était évidemment, de n'écouter aucune de ses propositions, de le déposséder entièrement, lui, son fils et son petit-fils, il fallait trouver un moyen de le séparer des troupes qui étaient encore rangées à ses côtés et de le pousser hors du royaume. Pour obtenir ce résultat, on ne devait reculer devant aucun moyen. Dans quel conciliabule a été proposé et adopté celui qu'on a