‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 177 sur 239 · DISCOURS DE M. BERRYER · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. BERRYER

nerait le plus vers la douceur et l'un de ceux auxquels son talent et son influence personnelle donnaient le plus de poids.

Des discours prononcés à la Chambre des députés, je ne veux retenir que celui dans lequel M. Berryer employa un système de défense que, plus tard, les avocats des ministres ont suivi. Il soutint que, le trône étant renversé, la déchéance de Charles X et de ses légitimes héritiers ayant été prononcée et un autre souverain proclamé, on n'avait pas le droit de poursuivre des ministres qui n'étaient responsables que dans un ordre de choses qu'on avait détruit. La discussion générale étant terminée, le rapporteur prit la parole et s'empressa de reconnaître les erreurs qui lui étaient échappées dans son rapport, sur des faits de quelque importance. M. Berryer profita de l'occasion pour en signaler une fort grave qui se trouvait dans ce rapport, au sujet d'un ordre du jour du 20 juillet, donné par le duc de Raguse, et qu'on y avait représenté comme fait en vue des événements pouvant amener les ordonnances du 25, comme signalant dès lors une cruelle préméditation. Il montra que cet ordre du jour n'était que la répétition de celui qui existait depuis plusieurs années, avec de légères modifications qu'avaient rendues nécessaires quelques changements survenus dans l'emplacement des casernes. Cette explication était fort nécessaire, car l'allégation contraire faisait peser une très lourde charge sur le duc de Raguse, qui déjà était si fort en butte à l'animadversion publique. Nouvelle preuve des inconvénients attachés à la publicité que, dans le système adopté par la Chambre, on était obligé de donner à une instruction criminelle, alors qu'elle était si peu avancée et que rien n'y était approfondi.

Il fallut ensuite se fixer sur l'ordre de la délibération, et cette nécessité souleva de grandes difficultés. Prononcerait-on sur tous les ministres? On vota successivement sur

les quatre chefs d'accusation que proposait la commission et qui furent adoptés sans aucun changement, puis sur les sept ministres, en commençant par M. de Polignac et ses trois collègues détenus avec lui. Il y eut, pour la mise en accusation de M. de Polignac et son renvoi devant la Cour des pairs, 244 voix contre 47. M. de Peyronnet eut en sa faveur 54 voix, M. de Chantelauze 75, M. de Guernon-Ranville 74, M. d'Haussez 66, M. Capelle 61 , M. de Montbel 69.

Les commissaires chargés de soutenir l'accusation devant la Chambre des pairs furent MM. Bérenger, Persil et Madier de Montjau. M. Persil venait d'être nommé procureur général près la cour royale de Paris. Le rôle de la Chambre des députés était terminé; celui de la Chambre des pairs commença.

Deux mois n'étaient pas encore écoulés depuis l'établissement du règne de Louis-Philippe, et déjà les passions se donnaient carrière. Les révolutionnaires sentaient bien qu'ils avaient été trompés dans leurs espérances; que la liberté, l'égalité n'étaient pas établies telles qu'ils les concevaient. Il leur fallait une société plus radicalement modifiée; les institutions nouvelles ne pouvaient les satisfaire, il fallait revenir à l'établissement d'une république. Pour atteindre leur but, ils cherchaient à troubler Tordre par tous les moyens, par les journaux, par des placards dont ils couvraient les murailles , enfin par les déclamations de leurs orateurs dans les clubs, les cafés, les estaminets et les cabarets. Le manque d'ouvrage, la misère qui en résultait, aidaient puissamment les efforts de leur propagande. Si le mal n'a pas été plus grand, ce fut grâce à la belle contenance, à la ferme attitude et au zèle de la garde nationale.

Le procès des ministres de Charles X, venant au milieu de toutes ces agitations, devait les augmenter encore et soulever les passions populaires. Sitôt après les journées

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