‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 33 sur 239 · LA QUESTION DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

LA QUESTION DES JÉSUITES

plan de l'ancienne école normale qu'elle avait remplacée, la faculté de conférer les grades» enfin la dispense de la rétribution universitaire. Il fit ressortir le danger d'un tel état de choses.

Après lui, vint le ministre des affaires ecclésiastiques, qui posa nettement les trois questions : Que faut-il penser des éloges que peut avoir reçus depuis son origine jusqu'à la Restauration, la Société des Jésuites? Que faut-il penser des accusations qui ont été portées contre elle? Que fautil penser de son rétablisssement par Pie VII et de l'introduction de ses membres en France? Sur tous ces points, l'apologie fut complète; jusque-là, rien de plus simple; ou peut avoir sur cette matière une opinion à soi et la soutenir; les faits passés sont du domaine de l'histoire , on peut les discuter, les apprécier diversement; mais quant au point de droit, il y avait dans l'état présent de la législation des principes que nul ne pouvait nier ni méconnaître. Il ne craignit pas d'affirmer qu'avant comme après la Restauration, on avait accordé une existence de fait à un grand nombre de congrégations et de communautés religieuses de femmes qui n'avaient jamais été inquiétées. « En sorte, dit-il, qu'il y a deux catégories de congréga- « tions : les unes ont pris naissance et ont vécu sous un « régime de tolérance, d'autorisation tacite, sans jouir des « droits civils ; les autres ont été expressément autorisées « par décrets, ordonnances ou lois, et jouissent de ces « droits. » II concluait qu'une maison de Jésuites ne pouvait être autorisée régulièrement à jouir des droits civils que par une loi, mais que pour jouir de l'existence de fait il n'en était nullement besoin. Il proposa donc à la Chambre de passer à l'ordre du jour, afin de témoigner hautement à quel point elle blâmait une attaque aussi injuste, aussi violente contre les ministres de la religion de l'État.

L'heure était avancée, j'obtins cependant la parole. En quelques phrases je pus replacer les faits sous leur véri-

table jour et faire justice de cette distinction toute jésui tique entre une congrégation autorisée et une congrégation tolérée. Je reconnus, avec le ministre, la valeur, l'habileté dont les membres de la Société de Jésus avaient fait preuve; je reconnus que dans bien des pays ils avaient su acquérir une puissance redoutable; c'était pour cela que je demandais s'il était possible de laisser rétablir dans n'importe quel État une compagnie si fortement constituée, se mettant au-dessus des lois et finissant par dominer les autorités établies. Je montrai qu'il était surtout téméraire de les introduire dans un gouvernement monarchique, lequel reposait principalement sur le principe de la succession à la couronne, dans l'ordre légitime et naturel. Je terminai en suppliant la Chambre de ne pas prendre la responsabilité d'un système tout nouveau, violant les coutumes, les lois, la constitution de la France, et d'adopter les conclusions delà commission. L'ordre du jour demandé par le ministre fut rejeté par cent douze voix contre soixantetreize. Les conclusions de la commission furent adoptées par la même majorité. C'était pour le ministère un grand #échec. La loi sur la presse lui en réservait de plus graves encore.

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