SUPPRESSION DE LA GARDE NATIONALE
la force militaire; seule elle avait gardé la famille royale. Monsieur, depuis Charles X, en avait fait alors l'objet de sa plus chère affection. A la revue du 29 août, il avait encore été personnellement l'objet des plus chaleureuses acclamations. Les cris séditieux ne s'étaient produits que dans trois ou quatre légions, et encore n'avaient-ils été proférés que par un nombre assez restreint do mécontents que leurs camarades avaient essayé de calmer en leur imposant silence.
Suivant une version assez accréditée, une des clameurs étant venue jusqu'aux oreilles du Roi, Sa Majesté, s'élant retournée, aurait dit : « Je suis venu ici pour recevoir des hommages, et non des leçons. » Ce qui avait été aussitôt accueilli par les acclamations les plus vives et les plus générales. Si ces paroles avaient été, dès le lendemain, reproduites au Journal officiel, la leçon donnée de si haut et si à propos aurait été accueillie par toute la France comme elle l'avait été au Champ de Mars. Si on voulait se montrer plus sévère, on devait licencier une ou deux légions, sauf à les réorganiser ensuite; cet acte de rigoureuse justice n'aurait pas soulevé la moindre objection. Mais cette mesure extrême, ce licenciement général, cette rupture brutale de tous les liens qui rattachaient la famille royale à une partie de la population, si dévouée dans les jours difficiles, étaient excessifs, et le châtiment n'était pas proportionné à l'offense. C'était d'ailleurs une vengeance impolitique dont la responsabilité pèse sur le président du conseil; le ministère seul, etnon le Roi, avait été mis en cause, et seul M. de Villèle avait entretenu Charles X de cette affaire, car Sa Majesté n'avait pas présidé le conseil dans lequel la résolution avait été prise. De ce jour son impopularité déjà grande augmenta, les haines qu'il avait soulevées ne laissèrent échapper aucune occasion de s'afficher. Les conséquences furent ce qu'elles devaient être; le Roi pendant quelque temps dut éviter de se montrer en
public. Les acclamations habituelles avaient complètement cessé sur son passage; Sa Majesté hâta son départ pour Saint-Cloud.
M. le duc de Doudeauville, qui dans le conseil s'était opposé de toutes ses forces au licenciement de la garde nationale, ne crut pas devoir partager la responsabilité d'une mesure qu'il avait désapprouvée et pria Sa Majesté de vouloir bien agréer sa retraite. Déjà il avait été blessé de l'insulte faite au cercueil de son proche parent, du chef de famille, du duc de Liancourt; il saisit cette occasion de se retirer d'une association qui commençait à lui peser. Cette retraite était un fâcheux indice de la situation de M. de Villèle. On y vit la preuve que, depuis la revue, son existence ministérielle était fort attaquée auprès du Roi, qu'il y avait à la Cour une ligue contre lui, que cette ligue ne tarderait pas à le renverser. Dans cette opposition se trouvaient les hommes les plus éclairés, les plus indépendants de la Cour, qui à la Chambre des pairs avaient voté contre le ministère; plusieurs des serviteurs particulièrement dévoués au Roi, quelques-uns de ses amis, s'il est permis do- se servir de cette expression : le duc de Fitz- James, le duc de Maillé et le duc de Rivière. Ils étaient tous plus ou moins pénétrés de la pensée que le ministre actuel compromettait gravement l'autorité royale; ils ne pouvaient surtout lui pardonner d'avoir laissé affaiblir, puis détruire la popularité dont Charles X avait joui dans les premiers temps de son règne. Sur certains points, ils avaient raison, mais n'avaient-ils pas approuvé, conseillé les imprudentes entreprises du parti religieux? N'était-ce pas cette ingérence du clergé dans les affaires politiques qui avait alarmé, froissé l'opinion, et M. de Villèle, pour leur complaire, n'avait-il pas été dans cette voie beaucoup plus loin que ne l'y portaient ses convictions personnelles?
La discussion du budget fut, comme on devait s'y attendre, le signal des plus violentes attaques contre le