RÉDACTION DES LISTES ÉLECTORALES
ses collègues étaient convaincus qu'il les menait à un désastre. Il leur fallut céder pourtant, la volonté royale appuyant toujours celle de M. de Villèle.
On sut donc, dans le courant d'octobre, que la dissolution était proche. En même temps, on commença à parler d'une nombreuse promotion de pairs, qui devait paraître avec l'ordonnance convoquant les collèges électoraux. Que cette promotion entrât dans les vues du président du conseil comme complément du grand parti qu'il prenait, qu'elle fût arrêtée dans son esprit, il n'y avait guère moyen d'en douter; mais qu'il la mît au jour avant de connaître le résultat des élections, qu'il changeât la majorité dans la Chambre des pairs avant d'être assuré que celle qui allait arriver dans la nouvelle Chambre des députés serait d'accord avec ce changement, c'est ce que ne pouvaient admettre ceux qui avaient encore quelque confiance dans la sagesse de son esprit. Monsieur le Dauphin lui-même et Madame la Dauphine, à en juger par le langage des personnes qui les entouraient, ne dissimulaient guère leur désapprobation. La volonté et le crédit de M. de Villèle triomphèrent de tous les obstacles et l'emportèrent, dans l'esprit du Roi, même sur les représentations qui lui furent directement adressées par ses serviteurs les plus dévoués.
L'ordonnance de dissolution fut publiée le 5 novembre avec celle qui convoquait les collèges d'arrondissement pour le 17 et ceux de département pour le 24. Il n'y avait pas d'exemple de délais aussi courts. Ce même jour, 5 novembre, parurent encore une ordonnance portant nomination de soixante-seize pairs, puis celle qui rendait la liberté à la presse périodique. Des deux côtés, on s'était préparé à entrer en campagne. Les journaux publiaient des avertissements de tout genre : listes de candidats, accusations contre le ministère, contre les manœuvres des préfets dans la confection des listes électorales, rien ne fut épargné. La brièveté des délais accordés excita une indignation qui
tourna contre le gouvernement et redoubla le zèle des électeurs. La nomination des soixante-seize pairs fut prise comme un avertissement de ne plus compter, pour la défense des intérêts constitutionnels, sur la Chambre des pairs; il fallait dès lors redoubler d'efforts pour avoir des députés énergiques et dont l'indépendance pût être une garantie. M. de Villèle dans cette liste de soixante-seize nouveaux élus avait été obligé de faire la plus grande part à ses députés les plus fidèles, à ceux qui depuis douze ans n'avaient cessé d'obéir à ses inspirations, de voter selon ses moindres désirs. Ce furent autant de candidats à remplacer; jusqu'alors ils avaient obtenu la majorité et eussent été facilement réélus. Il ne manqua donc rien, absolument rien de ce qui pouvait contribuer à discréditer, à paralyser l'influence du gouvernement. Aussi fut-il vaincu, dès le début, dans les collèges d'arrondissement.
Le ministère obtint à grand'peine le tiers des candidats qu'il avait présentés comme présidents de ces collèges, et encore parmi ceux qui furent agréés, une bonne partie n'obtinrent ce succès que parce qu'ils étaient d'une nuance très modérée. D'autre part, presque tous les noms que les élections de 1824 avaient écartés reparurent : MM. de La Fayette, de Chauvelin, Bignon, de Kératry, puis des noms nouveaux, mais très connus par leurs principes constitutionnels : MM. de Pradt, Dupin aîné, Ch. Dupin, Mauguin... Les hommes les plus dévoués au ministère échouèrent. MM. de Vaublanc, Dudon, Cornet d'Incourt, de Saint-Chamans, étaient écartés. Le garde des sceaux, M. de Peyronnet lui-même, était repoussé dans deux collèges, à Bourges et à Bordeaux. MM. Benjamin Constant, Dupont de l'Eure, Terneaux, Bignon, Dupin, Casimir Perier furent élus dans plusieurs arrondissements. M. Roycr-Collard fut nommé par sept collèges. Ce fut à Paris que le succès de l'opposition fut surtout complet. Le gouvernement échoua dans les huit collèges électoraux qui