MORT DE LOUIS XVIII
jeunesse il avait eu, disait-on, des opinions assez voltairiennes, tout en gardant les convenances. Sa situation politique pendant l'émigration lui commandait les plus grands ménagements pour les prêtres, dont un si grand nombre étaient restés fidèles à sa cause. Dès son premier retour en France, il affecta de les traiter avec une prédilection fort marquée. Lorsqu'il revint de Gand après les Cent-jours, il me parut plus sincèrement revenu aux idées et aux croyances religieuses que beaucoup ne le supposaient même à la Cour. Il remplissait tous ses devoirs religieux, assistait aux offices toutes les fois que sa santé le lui permettait, faisait ses dévotions et affectait de le dire. Dans ses dernières années, la nature de sa liaison avec Mme du Cayla n'était pas pour le porter à des sentiments religieux très sérieux. Lorsque ses derniers moments approchèrent, il ne témoigna aucun désir de recevoir les secours religieux; il fallait au moins les accepter, mais on ne savait comment l'aborder sur ce sujet. C'était la grande préoccupation de Madame la duchesse d'Angoulême. On imagina que Mme du Cayla pouvait seule, grâce à l'ascendant qu'elle avait pris sur lui, toucher une corde aussi délicate. Elle s'en chargea et réussit; le Roi consentit à tout ce qu'on voulut; il vit un prêtre, le 13 septembre au matin; il reçut le viatique et fut administré. Il avait' toute sa connaissance; le grand aumônier remplissant mal la cérémonie, il l'avait relevé d'une voix forte et presque colère, en lui indiquant ce qu'il avait à faire. Ce service rendu par Mme du Cayla explique la situation qu'elle a conservée à la Cour, et comment Madame la duchesse d'Angouléme l'a non seulement tolérée, mais lui a même témoigné une certaine bienveillance.
Louis XVIII expira le 16 septembre 1824, à deux heures du matin, entouré de toute sa famille (1). Je n'ai pas la pré-
(1) Veut-on savoir jusqu'à quel point les lois de l'étiquette étaient toujours présentes à la pensée de la famille royale? Pendant la vie de
tention de faire un portrait de. ce prince, que j'ai pu étudier et bien connaître. Je voudrais seulement ajouter quelques traits à tout ce qui a déjà été écrit sur lui. Tout le monde est convenu que la maladie qui le retint en Angleterre pendant un mois, à l'époque de la Restauration, fut un malheur pour la France; cet aveu renferme déjà un grand éloge. Vis-à-vis de l'étranger, comme vis-à-vis du pays, son attitude eût été plus digne, plus ferme et plus habile que celle de son frère. Presque toutes les fautes qui furent commises pendant cette première année, et qui facilitèrent tant les Cent-jours, furent la conséquence logique des mesures prises par Monsieur durant sa lieutenance générale. Louis XVIII arriva alors qu'il y avait plus à réparer qu'à agir. Les manières affables, obligeantes, de son frère avaient séduit dans le premier moment, mais elles ne lui donnaient d'autorité sur personne.
Du moment où Louis XVIII arriva, on reconnut le Roi. La dignité éclatait dans son air, dans son regard, dans ses paroles. Elles étaient habituellement spirituelles, quelquefois fort habiles, mais toujours royales. Comme Louis XIV, il savait, si je puis m'exprimer ainsi, son métier de roi. Il lui a fallu une grande adresse pour suppléer à ce qui lui manquait d'activité physique. Infirme, podagre, ne pouvant monter à cheval, se traînant d'un appartement dans un autre avec un dandinement disgracieux , pénible à voir (heureux encore quand il ne lui fallait pas se faire rouler dans uu fauteuil), il avait à faire oublier l'homme le plus prodigieusement actif, ne quittant le commandement de ses armées que pour parcourir en tous sens son vaste empire! Et cependant, chose étrange! les hommes
Louis XVIIF, Madame la duchesse d'Angoulème, comme fille de Roi, avait le pas sur son mari. Au moment de sa mort, en sortant de la pièce où il venait de rendre le dernier soupir, le duc d'Angoulème prenant place suivant son habitude derrière sa femme, elle se rangea et lui dit vivement : « Passez donc, Monsieur le Dauphin. • Il était déjà convenu qu'il prendrait ce titre.