VOYAGE DE M. DE POLIGNAC A PARIS
ont été grandes, fat le voyage que M. de Polignac fit à Paris à cette époque. J'ai dit ailleurs que M. de Villèle avait employé toute son habileté à détruire M. de Polignac dans l'esprit du Roi, et l'avait empêché d'entrer dans le ministère. M. de Villèle éloigné, l'impression que ses manœuvres avaient produite s'affaiblit. M. de La Ferronnays, plus que personne, contribua à l'effacer. Ancien camarade de M. de'Polignac durant l'émigration, ami de sa famille, se piquant d'autant plus de générosité à son égard qu'il connaissait ses prétentions au ministère des affaires étrangères, il s'appliqua à le relever dans l'esprit de Charles X. Il fit remarquer les dépêches de l'ambassadeur à Londres, qui pouvaient donner une idée avantageuse de son esprit politique. Le succès alla peut-être au delà de ses intentions ; mais cependant j'ai lieu de croire que, s'il ne désirait pas voir M. de Polignac au ministère des affaires étrangères, il n'était pas éloigné de penser que sa nomination au ministère de la marine ne serait pas sans utilité. Selon lui, ce qui manquait à la nouvelle administration, c'était un intermédiaire qui pût se placer à propos entre le Roi et les ministres, en qui sa confiance n'était pas suffisamment établie, c'était un témoin dont les opinions et les principes, bien connus de Charles X, le rassureraient sur leurs tendances. Or, M. de La Ferronnays s'était persuadé que M. de Polignac, une fois entré dans le cabinet, partagerait ses opinions, ses vues; ses idées avaient dû se modifier par le séjour qu'il venait de faire en Angleterre. Tout cela pouvait être vrai, mais Terreur de M. de La Ferronnays fut de croire qu'une fois entré dans le conseil, M. de Polignac se contenterait d'un rôle secondaire. Il se trouva que M. de Polignac avait entre lui et M. Portalis un intermédiaire fort actif, fort habile, M. Laborie. Il était depuis plusieurs années l'agent, le porteur de dépêches de M. de Polignac; il comptait pour rétablir sa fortune faite et détruite déjà plus d'une
d'une partie de la gauche, quelquefois avec celui de toute la droite. Les amis particuliers du Roi, ceux qui avaient le plus d'influence sur son esprit, avaient été exaspérés par les ordonnances du 16 juin et avaient tout fait pour amener le Roi à partager leurs ressentiments. En vain les ministres avaient défendu avec chaleur la prérogative royale; ils n'en demeuraient pas moins responsables à ses yeux des attaques dirigées contre cette 'prérogative. En vain ils s'étaient tenus dans une sage réserve sur les actes de leurs prédécesseurs et avaient tout fait pour détourner les coups qu'on voulait leur porter; le Roi persistait à croire qu'une attitude plus ferme aurait empêché ces tentatives de se produire. N'avait-on pas vu les ministres soutenus par les hommes du centre gauche? Ne devaientils pas tout faire pour se rapprocher des membres de la droite, les seuls sur lesquels il fût possible de compter pour la défense des principes monarchiques?
Dans les choses qui intéressaient le plus le Roi, malgré les bons procédés apparents dont il usait vis-à-vis de ses ministres, sa méfiance se trahissait souvent. Au mois d'avril, quand il fallut remplacer auprès du duc de Bordeaux le duc de Rivière, Charles X, bien loin de prendre l'avis de son ministère, déclara que c'était affaire de famille. Le Dauphin, sur ce point, n'était pas moins prononcé que son père, et tout ce qu'on put obtenir fut que les ministres fussent informés de sa décision la veille du jour où le nom du nouveau gouverneur du duc de Bordeaux serait au Moniteur. Le choix se porta sur M. de Damas, en sorte qu'au déplaisir que dut ressentir le cabinet d'être tenu en dehors d'une affaire qui, dans tous les pays soumis au régime parlementaire, est considérée comme essentiellement politique, il fallut joindre celui de voir un membre de l'ancienne administration placé dans une situation qui le mettait dans les rapports les plus intimes avec le Roi.
Un fait plus important encore, et dont les conséquences