COMMISSIONS D'ÉTUDES
« tution. » Où ne peut conduire la conviction d'un droit supérieur à tous les autres et dont on ne doit rendre compte que dans l'autre monde?
Le ministère profita du répit que lui donnait le départ des Chambres pour procéder à une enquête sur les besoins du pays; il proposa au Roi la formation de deux commissions : Tune, sous la présidence du ministre de l'intérieur, fut chargée d'examiner l'état des routes et des canaux; l'autre, sous la présidence du ministre du commerce, chargée d'étudier les changements qu'il était convenable d'apporter dans le régime commercial de la France. Il ne s'agissait de rien moins que de faire une vaste enquête industrielle et agricole : rechercher les causes de la détresse des pays de vignobles, étudier les meilleurs moyens d'assurer la prospérité des forges qui ne devaient leurs bénéfices qu'aux entraves apportées à l'importation des fers étrangers, examiner jusqu'où devait aller la protection accordée aux fabriques de tissus de coton et de drap; voir s'il y avait lieu de maintenir la surtaxe imposée sur les sucres étrangers en faveur des sucres provenant des colonies françaises. La tâche était immense, tout à fait disproportionnée. Elle touchait à une foule d'intérêts qui prirent l'alarme; consommateurs, producteurs, tous redoutaient les différences que les avis de la commission pouvaient apporter dans leurs spéculations. Un programme plus restreint eût donc été préférable. La commission fut d'ailleurs obligée de se renfermer dans un cadre plus modeste. Elle se borna à traiter la question des sucres et celle des fers. Malgré de fort nombreuses séances qui occupèrent la fin de l'année 1828 et les quatre premiers mois de Tannée suivante, ce furent les seules sur lesquelles elle se trouva, dans le mois de mai 1829, en mesure de terminer et de présenter son travail. J'étais membre des deux commissions; dans celle des routes et des canaux, je fus chargé de deux rapports; dans celle du commerce,
je rédigeai le rapport sur les fers. J'ai fait en ma vie peu de travaux auxquels je me sois livré avec plus de goût.
La santé de M. de La Ferronnays était altérée; il fut, un peu avant la fin de la session, obligé de prendre un congé et d'aller aux eaux de Carlsbad. Le portefeuille des affaires étrangères fut confié, pendant son absence, à M. de Rayneval, ambassadeur de France en Suisse. Cette absence obligée du ministre des affaires étrangères amena Charles X à penser qu'il serait bientôt dans le cas de le remplacer. Ses yeux alors se tournèrent vers M. de Polignac; il était difficile de donner à son favori le ministère des affaires étrangères; il considéra donc M. de Rayneval comme un intérimaire commode jusqu'à l'époque où la volonté royale pourrait s'affirmer sans contrainte. M. de Rayneval était certainement un homme habile et méritait tous les égards ; mais il serait facile de l'envoyer à Londres occuper l'ambassade que M. de Polignac laisserait vacante; on verra plus tard avec quelle obstination Charles X suivit ce plan.
L'ambassade de Russie avait été donnée, en dehors de toute intrigue et conformément aux vrais intérêts du pays, à M. le duc de Mortemart. Loin de l'avoir sollicitée, il avait fallu, pour le décider, user presque de violence; encore n'avait-il donné son consentement qu'à condition qu'il n'occuperait ce poste que tant que durerait la guerre entre la Russie et la Porte. La France ne pouvait, de toute manière, être mieux représentée à Saint-Pétersbourg.
Tout autre fut l'attitude de M. de Chabrol; il avait, en quittant le ministère, espéré recevoir en compensation de son portefeuille perdu, l'ambassade de Turin. Mais la place était occupée par M. de La Tour du Pin, qui ne voulait pas s'en dessaisir et fut soutenu dans sa résistance par M. le Dauphin. Il n'y eut donc pas moyen de rendre le poste vacant. M. de Chabrol ne pardonna pas à des hommes dont il avait été le collègue pendant deux mois ce