I. Voir, infra^ ËcriU sur Uontesquiea p«r ordre de date
Xll INTRODUCTiON.
c ligue. > Je demandai, sans malice, au maire du pays indiqué cet acte de mariage ; il me répondit qu'il ne l'avait pas. Un de mes amis, qui est expert en héraldique, se piqua de retrouver l'acte et y parvint. Cette pièce, inconnue jusqu'ici, prouve que c Montesquieu c avait, en il 4 5, le 30 avril, épousé àBordeaux, Janne c Lartigue. * Ainsi, le renseignement exact sur l'année était faux sur le mois, sur le lieu, sur l'orthographe du nom et sur la particule.
L'autre exemple est plus important. Tous ceux qui se sont occupé de V Esprit (les Lois^ savent qu'il a passé devant la Congrégation de Y Index. Mais a-t-il été condamné? Les uns le croient, jugeant d'après leur conscience et se rappelant que Montesquieu n'a pas fait intervenir Dieu dans la formation des sociétés et a expliqué l'histoire de tous les peuples par Tinfluence des climats. Selon les autres, le duc de Nivernais, ambassadeur près du pape, était parvenu à épargner à Montesquieu une condamnation; Sainte-Beuve le tenait de Dupin, qui le tenait de François de Neuchftteau, qui le tenait des parents du duc de Nivernais. Pour savoir la vérité, il suffisait de consulter une publication périodique du Saint-Siège : Index librorum prohibitorum.
Mais il ne faut pas rire de ces devanciers. Nous serons peut-être devanciers à notre tour ; et qui sait si les qualités que l'on demande aux critiques aujour-
INTRODUCTION. XIU
d'hui De seront pas demain regardées comme des défauts.
Telles sont la légende et les erreurs répandues sur Montesquieu. Ce n'est, en conscience, pas assez pour le faire connaître maintenant surtout. Mais, avant de semer le blé il faut arracher du champ Tivraie qui en occupe la place.
Autrefois la critique littéraire demandait à un écrivain ses livres et un peu son temps; elle les étudiait en détail, y cherchant l'écrivain, Thistorien, le philosophe, l'économiste, le législateur, et en faisait une analyse aussi ingénieuse qu'éloquente. Le dernier mot sous cette forme a été dit, en 1839, sur notre auteur par le ministre actuel de l'Intérieur en Hollande, M. Heems kerk, dont le coup d'essai fut un coup de maître. Son ouvrage est une thèse de doctorat de trois cents pages, écrite en latin, sous le titre de Spécimen inaugurale de Maniesquivio ; elle m'aurait découragé, si elle eût été complète sur la biographie.
Aujourd'hui on prend moins d'intérêt aux œuvres qu'à l'homme ; on veut savoir où, comment, pourquoi il a écrit, et les petites circonstances de sa vie, celles où nous agissons plus naturellement que dans les grandes. Abélard nous intéresse plus par ses amours que par ses livres. Aussi les pi^ofesseurs de rhétorique sont-ils obligés d'être moralistes.
Pour combler une lacune, j'ai donc voulu essayer