‹ Histoire de Montesquieu d'après des documents nouveaux et inéditsChapitre 163 sur 263 · Lettre de Montesquieu du 17 juil · texte numérisé non relu

Lettre de Montesquieu du 17 juil

4. Laplace, Tiice» intéressantes et peu connues^ 178S-90, t. V, p. 367; — Œuvres poêihumei de Montesquieu, 1 voL in- 13. Paris, an VI, p. 430; — Bernadiu, Tableau de Bordeaux ^ in-8, 1810, p.

sat cuAPiTSB xriii.

teequieu ' disait de lui : < Je sens que c'est un homme au-dessus des autres. > Sauriu, avant de se faire une réputation par ses œuvres dramatiques, passait parmi tes gens de lettres pour un esprit étendu, juste et profond, qui avait des connaissances variées, du goût et des mœurs. Il y avait encore Crébilloa le romancier, et Fontenelle, le père du dix-huitième siècle. Hénault, opinant le premier, dit que l'ouvrage n'était pas achevé, quoique les matériaux fussent sublimes. Silhouette conseilla de le brûler. Crébillon et Fonleoelle l'engagèrent & ne pas publier un livre qui ne leur semblait pas dans le bon genre de la httérature française. Helvétius, d'accord avec Saurin, voulut faire plus ; il écrivit leur opinion motivée^.

Vous composez avec le préjugé, comme un jeune homme entrant dans le monde en use avec les vieilles femmes qui ont encore des prétentions et auprès desquelles il ne veut qu'être poli et paraître bien élevé. Hais aussi ue les dattezyous pas trop? Passe pour les prêtres. En faisant leur part de gAleau à ces cerbères de l'Église, vous les failes taire sur votre religion ; sur le reste, ils ne vous entendront pas. Nos robios ne sont en état ni de vous lire ni de vous juger. Quant aux aristocrates et à nos despotes de tout genre, s'ils vous entendent, ils ne doivent pas trop vous en vouloir ; c'est le reproche que j'ai toujours fait à vos principes.

Saurin fut inquietde cette lettre. Helvétius le rassura ainsi : > J'ai enveloppé mon jugement de tous les

t. Lettre A Helvfiliu*, Il nOTembre 1740.

2. Œiinrei compUitt de JTonniquifu, idit. Lttboulije. Ptrl», Garnier, I87C, i. VI.

OPINION DBS AMI8 DE MONTBBQUIEU. 233

c égards de rintérët et de Famitié. Soyez tranquille ; c nos avis ne l'ont point blessé. Il aime dans ses amis c la franchise qu'il met avec eux. Il souffre volontiers c les discussions, y répond par des saillies et change c rarement d'opinion... Son beau génie l'avait élevé c dans sa jeunesse jusqu'aux Lettres persanes. Plus c âgé, il semble s'être repenti d'avoir donné à l'envie € ce prétexte de nuire à son ambition. Il s'est plus c occupé à justifier les idées reçues, que du soin d'en c établir de nouvelles et de plus utiles... Les lumières c que les philosophes auront répandues éclaireront c tôt ou tard les ténèbres dont ils envelopperont les c préjugés ; et notre ami Montesquieu, dépouillé de c son titre de sage et de législateur, ne sera plus c qu'un homme de robe, gentilhomme et bel esprit, c Voilà ce qui m'afflige pour lui et pour l'humanité, c qu'il aurait pu mieux servir. »

Son ami Barbot prononça le vrai mot de la situation : < Président, laissez-les dire, ils ne vous enten- < dent pas ; imprimez et vous irez plus loin qu'eux * , » et Montesquieu répliqua : c Si cet ouvrage a du succès, € je le devrai beaucoup à mon sujet ; cependant je ne c crois pas avoir manqué de génie '. i

Alors fut écrite la préface de YEsprii des Lois, qui est si réservée, si religieuse, si patriotique et si humaine.

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